CHAPITRE XI
Gènèratears chauffés par la chaleur des gaz qui s^échappent
de certains fourneaux.
4415. Dans un grand nombre de fourneaux et surtout de ceux employés en métallurgie, Tair brûlé est abandonné à une très-haute température; dans d'autres, il renferme une quantité plus ou moins grande de gaz combustibles, et quelquefois ces deux circonstances se trouvent réunies. Dans tous les cas, la chaleur que possèdent les gaz chauds, et celle qui peut être développée par une combustion complète, peuvent être employées à produire de la vapeur.
i416. Lorsque la combustion a été complète dans un foyer, et que l'air s'échappe à une haute température, comme dans les fourneaux où l'on fabrique le gaz d'éclairage, et dans certains fourneaux métallurgiques, on peut produire de la vapeur en plaçant une chaudière à la suite. En général, le tirage n'éprouvera que peu de diminution, parce qu'il varie très-peu avec la température de l'air, quand elle est très-élevée, que l'accroissement de résistance provenant de l'accroissement de longueur du circuit est peu considérable, et que les cheminées ont en général un grand excès de tirage. Mais si on voulait refroidir la fumée, autant qu'elle peut l'être par un générateur, il pourrait être utile d'avoir recours à un tirage artificiel, et cela serait
indispensable, dans certains cas, si Ton voulait utiliser toute la chaleur produite par le chauffage de Teau d'alimentation. Dans le cas où le refroidissement devrait être complet ou à peu près, on disposerait Tappareil de manière que Pair brûlé pût parvenir à la cheminée sans rencontrer toutes les surfaces de chauffe, et à une température assez élevée pour produire le tirage ; on ferait d'abord prendre ce chemin aux gaz chauds pour effectuer la mise en train, et, quand la chaudière serait en pression, on enverrait la vapeur dans la machine motrice et on ferait suivre à Tair brûlé toutes les surfaces de chauffe. L'appareil le plus commode serait un ventilateur à force centrifuge qui appellerait Tair refroidi pour le rejeter dans la cheminée. Si la vapeur était produite à haute pression, on pourrait employer un jet de vapeur.
Nous allons maintenant examiner les dispositions des chaudières chauffées par la chaleur et les gaz combustibles perdus des fours à coke et des fourneaux métallurgiques.
1417. Les fours à coke, anciennement employés et dont nous avons déjà parlé (216), ressemblent à des fours de boulanger; mais ils ont une ou plusieurs courtes cheminées par lesquelles s'échappent les gaz qui se produisent pendant la transformation de la houille en coke. La perte de chaleur totale peut être estimée à 0,40, et un tiers seulement des gaz combustibles dégagés n'est pas brûlé. On effectue la combustion de ces gaz par Tintroduction d'une certaine quantité d'air convenablement divisé. On peut calculer la puissance du générateur, ses dimensions et celles de te cheminée, comme si Ton brûlait au-dessous un poids de houille égal à 0,4 de la houille distillée dans le même temps.
Il est évident que le générateur doit être très-rapproché du four. On l'a placé quelquefois au-dessus; cette disposition a Tinconvénient de rendre les fours et le générateur solidaires, à moins que ce dernier ne soit supporté par des piliers en fonte placés dans les piedsdroits des massifs. Les fours qui alimentent un même générateur doivent évidemment être assez nombreux pour que, les chargements ayant lieu successivement et après des intervalles égaux, la quantité de chaleur fournie au générateur n'éprouve que'de faibles variations*
L'introduction de l'air pour effectuer la combustion présente une assez grande difficulté, parce que dans le même four elle doit Tarier avec l'état de la carbonisation. A la vérité, si les fours sont très-nombreux, en fournissant à chacun la quantité moyenne d'air nécessaire, la compensation s'établira dans le mélange des fumées^
mais on pourrait craindre que la température ne fût plus assez élevée pour efTectuer la combustion. Au-dessous des générateurs doit se trouver un foyer qu'on allume quand les Tours à coke ne fonctionnent pas et que la vaporisation ne doit pas être interrompue.
1418. La figure 303 représente la disposition d'un appareil de vaporisation appliqué à (les fours à une seule porte : C, C fours à coke ; D,0' conduits de la flamme et des gaz des fours; 0,0' canaux de
Fig. 303.
terre réfractaire, percés d'un certain nombre de petits orifices par lesquels l'air extérieur vient se mêler à la fumée pour la briller complètement ; ces orifices doivent être munis en dehors de registres ou de bouchons, qui sont destinés à modérer le volume d'air qui pénètre dans le canal à fumée, et dont on détermine, par expérience, la position la plus convenable ; II, B' bouilleurs ; A, A' chaudières; I, r registres en terre cuite qu'on tient fermés quand on charge ou qu'on décharge les fours.
1419. On a prétendu qu'il n'y avait pas avantage à utiliser la chaleur perdue de ces fours à colce, parce qu'on augmentait ainsi le tirage, et que le trop grand volume d'air appelé dans, le fourneau brûlait une portion du coke obtenu. Maïs en réglant avec soin et attention le volume d'air nécessaire à l'opération, on peut utiliser la chaleur perdue sans qu'il en résulte aucune perte dans le rendement. On a dit aussi que le coke fabriqué dans les fours dont on utibsait la chaleur perdue, était trop léger et ne pouvait pas servir aux opérations métallurgiques; mais il est probable que les mauvais résultats obtenus provenaient uniquement de ce qu'on avait produit trop de tirage et fait marcher l'opération trop vite. Il est bien certain qu'en utilisant ta chaleur perdue, et en réglant convenablement le
tirage, on peut ne rien changer à la marche ordinaire des fours. Cette installation d'une longue chaudière au-dessus d'un groupe de fours à coke a été rarement faite ; c'est à peine s'il en existe encore quelques exemples.
1420. Depuis que l'on fait du coke métallurgique avec des houilles demi-grasses, avec des mélanges de houilles grasses et de houilles maigres ou anthraciteuses, en même temps qu'on emploie les gaz produits au chauffage à haute température des parois latérales et de la sole des fours, la quantité de chaleur disponible, à la suite des fours, est bien moindre que dans le cas précédent. Les fours, comme nous l'avons dit (223), sont oblongs, étroits, à section rectangulaire dans le sens vertical et dans le sens horizontal ; ils ont une porte à chacune de leurs extrémités, afin de permettre un prompt défournement, qu'on exécute au moyen d'un boucher, ayant la section du bloc de coke à expulser, bouclier qui est poussé, soit par un treuil à bras, soit par une machine à vapeur. On donne l'air pour brûler les gaz dans chacun des premiers carneaux, celui qui longe une des parois latérales du four, au moyen d'une série de petits caniveaux répartis sur la longueur de ce carneau. Des tampons disposés sur leurs orifices servent à donner plus ou moins d'accès à l'air, suivant le besoin. Les gaz enflammés passent ensuite sous la sole; après avoir chauffé la sole, les gaz brûlés arrivent à la cheminée ou £iux deux cheminées de chaque four, ou bien encore à une artère générale qui se rend à une cheminée unique desservant tout un groupe de fours. Dans ce dernier cas, chaque branchement de four sur l'artère générale est muni d'un registre en terre réfractaire. Les gaz brûlés que reçoit cette artère générale sont à une température assez élevée pour chauffer une chaudière à vapeur ; mais il est clair que la quantité de vapeur qu'on peut en obtenir est bien moindre que dans le cas précédent, puisqu'une grande partie de la chaleur produite a été appliquée aux fours eux-mêmes, et que dans les parcours accessoires, nécessaires cependant, il y a de la chaleur perdue. Cependant sous un groupe de 12 à 15 fours, produisant environ 2,000 kilos de coke par jour, on peut obtenir une force de 20 à 23 chevaux, au moyen d'une bonne installation. La quantité de gaz produite varie suivant la nature des houilles ; on ne saurait donc poser à priori des chiffres absolus de vaporisation par ces chaleurs perdues ; on devra, pour s'en rendre compte, avoir recours à une expérience directe, ou à une détermination calculée d'après la composition des combustibles à carboniser.
1421. Dans la plupart des usines métallurgiques, principalement dans celles qui ont pour objet la fabrication du fer, et ce sont les plus répandues, les opérations nécessitent des températures trèsélevées, d'où résulte une perte de chaleur très-considérable par les cheminées. Dans ces mêmes usines, on a besoin d'une grande puissance motrice, soit pour lancer le vent dans les foyers, soit pour le travail des métaux. On a cherché, dans ces dernières années, à utiliser la chaleur perdue des fourneaux pour faire mouvoir les machines, et on a complètement réussi. Ainsi, sur ces trois conditions qui étaient nécessaires pour la création d'une usine à fer, la proximité des minerais, celle du combustible et la jouissance d'un cours d'eau, la dernière a perdu presque toute son importance.
1422. Les foyers métallurgiques peuvent se diviser en deux classes. La première comprend ceux dans lesquels le combustible est brûlé sur grille, et agit principalement par la flamme qu'il produit. L'air qui s'échappe de ces fours est presque entièrement brûlé, mais il est à une très-haute température. La seconde comprend les fourneaux dans lesquel les matières que l'on veut chauffer, réduire ou fondre, sont mêlées avec le combustible et forment des couches d'une grande épaisseur, circonstance qui occasionne la formation d'une grande quantité d'oxyde de carbone et de différents carbures d'hydrogène.
1423. La première classe renferme tous les fours à réverbère, les fours à réchauffer, les fours à puddler. L'utiUsation de la chaleur perdue dans ces fours, pour la formation de la vapeur, est trèssimple ; il suffit de faire circuler la flamme et l'air brûlé qui sortent du fourneau, autour de chaudières de dimensions convenables, et de faire écouler dans l'atmosphère l'air brûlé refroidi» par une cheminée d'une section et d'une hauteur surfisante. On conserve quelquefois à la suite du fom* l'ancienne cheminée, que l'on tient fermée à l'aide d'un registre, quand le générateur est en activité. Le générateur est pourvu d'un foyer spécial, si l'on prévoit que l'on puisse avoir besoin de vapeur quand le four, par une circonstance quelconque, cesse de fonctionner.
1424. Quand on doit appliquer des chaudières à vapeur à des fours à puddler ou à réchauffer, il faut se rendre compte de la consommation de houille que l'on fait par heure dans ces fours. Cette quantité est assez variable aupuddlage, suivant la nature des fontes traitées elles contrées. Ainsi pour les fontes au bois de la Champagne, elle est d'environ 70 kilogrammes à Theure, tandis que pour des fontes au coke, elle varie, suivant les espèces, de 93 kilogrammes à 100 kilo-
206 LIVRE VÎI. — VAPORISATION.
grammes et même 120 kilogrammes. Pour les fours à réchauffer, les consommations varient plus encore, suivant les dimensions des fours et des charges à passer. Ainsi 100 kilogrammes pour un four à petits fers et 120 à 12S kilogrammes pour un four à gros fers marchands seront la consommation par heure dans certains cas, tandis que, dans d'autres, elle sera portée à 200 kilogrammes, et même plus.
1425. Les cheminées de ces fours sont ordinairement établies à raison deO"^,01 de section par 4 kilogrammes ou 4^,30 de houille consommée par heure ; mais pour que le passage de Tair brûlé autour des chaudières ne diminue pas le tirage des fours, il importe de donner aux carneaux et à la cheminée une section sensiblement plus grande . La cheminée peut être calculée à 0*^01 par 3 kilogrammes à 3S50 de houille brûlée par heure. On donne à ces cheminées de 20 à 25 mètres de hauteur; cette dernière dimension devra d'ailleurs être réglée suivant la situation et suivant le nombre des fours qu'elle dessert.
Il est reconnu que le chauffage des chaudières par la chaleur perdue des fours à puddler ou à réchauffer ne nuit en rien au travail de ces fours. Les opérations s'y font dans les mêmes conditions de durée et de consommation que lorsqu'on n'utilise pas les chaleurs perdues, à la condition toutefois que l'on aura adopté des installations rationnelles et pratiques au point de vue du travail des fours. On met une chaudière par four ou par deux fours, mais il faut que chaque four soit indépendant et soit muni de son registre pour en régler le tirage à volonté. Les registres se placent habituellement entre la chaudière et la cheminée. Cela est inévitable quand plusieurs fours à chaudières ont une cheminée commune.
1426. Quant à la surface de chauffe, on peut la déterminer comme si le foyer du four était placé sous la chaudière, parce que, comme nous le verrons plus loin, l'effet du combustible est à peu près le même pour la même étendue de surface de chauffe. On pourrait penser qu'il est utile d'employer des surfaces de chauffe beaucoup plus grandes que pour les appareils ordinaires, attendu qu'aucune partie des chaudières n'est chauffée par rayonnement ; mais cet accroissement de surface n'est pas nécessaire, parce que la flamme arrive sous la chaudière et que Fair brûlé est à une température beaucoup plus élevée que dans les appareils ordinaires.
Les chaudières placées à la suite des fours à réchauffer donnent presque autant de vapeur que si la houille était brûlée directement sur une grille placée au-dessous. Ainsi pour les chaudières ordinaires à bouilleurs, on compte sur 5 kilogrammes de vapeur par kilo-
gramme de houille ; mais quand il s'agit de faire une évaluation à ce sujet, il convient de tenir compte de la qualité de la houille et des circonstances accessoires. Un assez grand nombre de fours à réchauffer sont soufflés sous la grille à Taide d'un ventilateur qui en dessert plusieurs. Le cendrier est fermé par une porte que Ton peut ouvrir pour décrasser. On arrive ainsi à employer des houilles menues et de moindre qualité.
1427. Les fours à puddler suivis d'un petit four à réchauffer préalablement la fonte, ne donnent guère, en employant des houilles médiocres, que 3^30 de vapeur. D'autres puddlings donnent presque autant que des fours à réchauffer ordinaires. On peut compter sur une production de vapeur de 12 à 1 5 kilogrammes par mètre carré de surface de chauffe ; sur des fours à réchauffer, on peut aller à plus de 20 kilogrammes.
1428. Dans certaines usines, le manque d'espace exige que Ton place les chaudières au-dessus des fours à puddler ; cette disposition n'est pas commode, parce qu'il est difficile de rendre les deux fourneaux indépendants et que le rayonnement de ces chaudières surperposées rend plus pénible le travail des ouvriers puddleurs.
1429. Ce sont surtout des chaudières horizontales à bouilleurs et à foyer intérieur que l'on a employées pour utiliser les chaleurs perdues dans les foyers ; cependant on s'est également servi de chaudières verticales d'une grande hauteur, à chauffe intérieure ; on en a fait aussi à chauffe extérieure.
La figure 304 représente la chaudière qui a été appliquée vers 1865 à tous les fours à puddler et à réchauffer de la nouvelle forge du Creusot. Chaque four a une chaudière semblable, qu'il chauffe par sa chaleur perdue, le fourneau en briques de la chaudière lui sert de cheminée; pour un four à puddler, la longueur de la chaudière est de 12", 30 et son diamètre de 1 mètre : la partie qui contient la vapeur a 3 mètres de hauteur. La surface de chauffe est de 26"' environ. Le timbre est de cinq atmosphères; il faut observer, à cet égard, que le bas de la chaudière supporte environ une atmosphère de plus que le haut; les soupapes de sûreté sont au haut de la chaudière; le tuyau fg de prjse de vapeur passe dans l'eau de la chaudière pour déboucher en y à 4'',50 du sol, d'où il se rend à l'artère générale de vapeur. Deux petits tuyaux placés de même desservent un indicateur du niveau placé près du sol ; l'alimentation a lieu en u dans le bas de la chaudière; h est un tuyau de vidange. Une échelle de perroquet, fixée au centre du corps abcd, permet de monter dans l'in-
i08 LIVRE VII. — VAPORISATION.
teneur de celui-ci pour le nettoyage. Une plaque de fonte vv', fixée à la fondation, reçoit la chaudière; une au^re plaque annulaire qq supporte la maçonnerie. En i se trouve une tubulure avec un trou d'homme ; k est un revêtement en briques réfractaîres qui a pour objet d'éviter les coups de feu. La flamme du four arrive par le canal /.
En mn se trouve une galerie pour la surveillance. Les gaz brAlés, qui arrivent par le canal /, s'écoulent verticalement parle vide existant entre le briquetage et la chaudière, ets'échappent dans l'atmosphère par les deux cheminées en tôle s,^' de 6à7 mètres de hauteur, dont la section totale est de O*"! ,2S ; la température au bas de ces cheminées est encore de 330 à 400° ; l'emplacement occupé par cette installation au niveau du sol a environ 3 mètres de diamètre.
Des chaudières verticales de ce genre, avec prolongement en contrebas du canal / pour recevoir les dépôts, ont été établies dans la Moselle, en 18S3, mais en prenant des dispositions pour que les gaz ne pussent pas se rendre aussi directement aux deux cheminées s, s' ; le motif qui les avait fait employer était l'impossibilité absolue de trouver un emplacement suffisant pour y placer des chaudières horizontales.
Quelques chaudières du modèle du Creusot ont été établies dans diverses forges; lesgravesconséquencesqu'ont eues les explosions de la forge de Clairvaux et de la forge de Commentry, nous mènent à faire remarquer que ces chaudières à enveloppe de maçonnerie d'une grande hauteur, placées dans les ateliers ou à proximité de ceux-ci, projettent au loin, lorsqu'elles font explosion, une véritable mitraille de briques qui peut atteindre un grand nombre d'ouvriers. Les
soupapes de sûreté, placées hors de la vue et de la main, ne sont pas faciles à surveiller ni à tenir en état. Quand la question d^emplacement oblige à recourir à cette installation, il y a des précautions particulières à prendre. En dehors de cette nécessité, il est préférable d'employer des chaudières horizontales qui fournissent beaucoup plus de vapeur à égaUté de surface de chauffe.
On remarquera que ces chaudières, auxquelles on donne un petit diamètre, afin d'occuper moins de place sur le sol, et une trèsgrande hauteur, afin d'obtenir une surface de chauffe suffisante, présentent au maximum l'inconvénient justement reproché à la presque totalité des chaudières verticales et aussi à certaines chaudières horizontales, celui d'offrir une très-faible surface d'eau libre relativement à la surface vaporisa trice. Ainsi la chaudière de 26"*^, 00 de surface de chauffe n'a que 0"'»,78 de surface libre d'eau. Avec une chaudière horizontale, on pourrait avoir une surface libre 8 ou 10 fois plus grande. Plus la vapeur viendra du fond et plus il y aura d'eau entraînée ; c'est une perte de chaleur, indépendamment des accidents qui en peuvent résulter.
1430. On avait employé en Angleterre, il y a fort longtemps, comme le mentionnent d'anciennes publications, une chaudière verticale à basse pression, en forme d'œuf, d'une faible hauteur et d'un diamètre qui recevait la chauffe de quatre fours à réchauffer. Cette disposition a été reproduite depuis en France, en faisant aboutir la flamme des fours dans un corps intérieur, lequel est traversé par plusieurs petits bouilleurs horizontaux ; la flamme, amenée par un lube, qui traverse l'espace annulaire plein d'eau, descend par le corps central pour arrivera un canal souterrain, aboutissant k une cheminée unique. Cette disposition, dans laquelle les fours n'étaient pas indépendants, n'a pas été conservée.
L'intermittence du travail mécanique dans les forges et les variations de la dépense de fer exigent que, suivant les limites dans lesquelles elles se produisent, on donne aux chaudières des volumes d'eau et de vapeur en réserve qui suffisent au débit inégal, et ne laissent pas tomber la pression au-dessous d'une certaine valeur qui dépend du moteur à vapeur dont on dispose.
1431. Dans les foyers de la seconde classe, la chaleur perdue n'est pas simplement celle que renferment les gaz qui s'échappent et dont la température est plus ou moins élevée, mais principalement celle qui peut être dégagée par la combustion des gaz combustibles que renferme la fumée : ainsi, pour utiliser la chaleur perdue,
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il ne suffit pas de refroidir les gaz, il faut les brûler complètement.
1432. Les hauts fourneaux qui produisent la fonte sont en première ligne ; les gaz qui se dégagent sont presque entièrement formés d'azote et d'oxyde de earbone, quand on emploie du coke ou du charbon de bois; ils renferment en outre des carbures d'hydrogène, quand le fourneau est alimenté par du bois incomplètement carbonisé ou par de la houille crue, comme cela a lieu en Ecosse. J'ai donné précédemment (837 et 302 bis) la composition des gaz qui s'échappent des hauts fourneaux, leur puissance calorifique et la température qu'ils peuvent produire.
1433. En parlant des foyers à gaz, j'ai dit que les gaz des hauts fourneaux avaient été employés à un grand nombre d'usages, et notamment à la production de la vapeur nécessaire aux machines soufflantes, au chaufiage de l'air et au chaufi'age des fours où le fer doit être soumis à une température très-élevée. Mais les maîtres de forges trouvent qu'il est plus avantageux d'employer les gaz au chaufi'age de l'air et aux souffleries à vapeur, parce que ce sont là deux opérations nécessaires et essentielles pour eux, et qui absorbent la presque totalité des gaz.
1434. Les premiers générateurs à vapeur furent placés au sommet du haut fourneau, à une petite distance du gueulard. Plus tard on a essayé d'employer des chaudières verticales ; les gaz brûlés descenaaient dans un canal vertical en échaufiant une partie de la surface ')t remontaient en chaufiant l'autre partie. Maintenant on préfère généralement les placer au niveau du sol ; les gaz descendent par un tuyau, et sont brûlés dans un foyer qui peut être disposé de diverses manières, et l'air brûlé, après avoir parcouru toute la surface de chauffe du générateur, se dégage par la cheminée.
Ordinairement, dans les générateurs chauffés au gaz des gueulards, les gaz ne sont pas réchauffés, et l'air employé pour la combustion est simplement l'air extérieur que fournit l'appel de la cheminée, car on ne se sert pas d'air forcé dans ce cas.
1435. Nous avons donné (n"" 829 etsuivants) les prises de gaz usitées et les conditions à remplir pour employer les gaz sans déranger les hauts fourneaux. La plus importante est de n'exercer aucun tirage au gueulard du haut fourneau et d'y maintenir, au contraire, une certaine pression supérieure même à celle de la marche antérieure. Au moyen de la pression donnée aux gaz, on les fait cheminer dans des tuyaux jusqu'aux appareils utilisateurs placés sur le sol de l'usine. L'accroissement de pression au gueulard est favorable au roulement des
hauts fourneaux, parce qu'il amène une répartition plus uniforme des gaz dans la masse des matières en mouvement.
Il est très-important de ne pas exercer de tirage par la cheminée des générateurs, ou par un ventilateur, sur le haut fourneau, parce qu'alors on changerait son allure d'une manière tout à fait désavantageuse. Les mauvais résultats obtenus par quelques directeurs d'usines étaient dus à ce qu'on n'avait pas observé cette condition et qu'on croyait nécessaire de tirer les gaz pour les faire descendre sur le soL
L'observation de ces principes, que nous rappelons ici, a lieu généralement maintenant, et montre que l'utilisation des gaz des hauts fourneaux produit un bénéfice net sans aucun inconvénient qui le compense désavantageusement. Depuis 185S, elle s'est assez répandue en Angleterre, d'après les errements suivis en France, alors qu'auparavant les mauvais résultats de quelques tentatives avaient jeté la défaveur sur cette application.
1436. Les foyers à gaz, bien disposés pour les chaudières, consistent en une ou plusieurs lames de gaz de 3 à 8 centimètres d'épaisseur, sur plus ou moins de largeur, suivant la puissance du générateur; elles sont établies verticalement ou horizontalement au moyen de caisses ou sortes de buses plates, en fonte ou en tôle, avec accès d'air en lames, beaucoup plus minces, à côté des lames de gaz. Il importe même d'éviter de donner trop d'air dans le foyer à gaz et d'avoir le moyen de réduire son accès à volonté. Les circonstances peuvent même modifier la forme de ces foyers, tout en observant le même principe. Gomme dans bien des cas on a du gaz en excès, on ne fait pas toujours le nécessaire pour obtenir la meilleure combustion possible. Avec de bons foyers, on a non-seulement assez de gaz, dans la plupart des hauts fourneaux, pour fournir toute la vapeur aux souffleries et chauffer l'air, mais encore un excès qu'on peut appliquer à des opérations accessoires, comme des chauffages d'étuves, etc. On éclaire aussi au gueulard, et même certains chantiers, au moyen du gaz des hauts fourneaux.
1437. Les générateurs sont généralement des chaudières à bouilleurs ou à réchauffeurs. On ne pourrait pas employer des chaudières tubulaires du type des locomotives, parce que les flammes sont trop longues, qu'elles s'éteindraient à l'entrée des tubes et qu'il en résulterait une perte notable de chaleur. Des chaudières tubulaires à retour de flamme ne présenteraient pas le même inconvénient. Aussi emploie-t-on des chaudières tubulaires à retour, a foyer amovible,
du type décrit précédemment (1372), chauffées, sans addition de combustible, par les gaz des hauts-fourneaux au charbon de bois. Pour le soufflage de ceux-ci, une autre portion des gaz sert à chauffer Tappareil à air chaud.
Indépendamment des chaudières à bouilleurs, on voit aussi des chaudières à tube intérieur, genre Cornvyall, chauffées au gaz de hauts fourneaux au coke.
Il est très-important d'employer des chaudières renfermant un assez grand volume d'eau et un grand réservoir de vapeur, afin d'obvier aux irrégularités qui peuvent se produire dans le service du gaz.
^ 438. Il est toujours utile de placer près de l'arrivée des gaz, sous la chaudière, un petit foyer destiné à rallumer spontanément les gaz, en cas d'arrêt dans leur débit. Il faut rallumer le gaz aussitôt qu'il parait et ne pas le laisser se répandre, éteint, dans les carneaux, dans lesquels il formerait un mélange détonant, circonstance qui donnerait lieu à de violentes explosions, quand on viendrait à allumer le gaz au foyer. Il est aussi très-prudent de munir les parois d'un fourneau chauffé au gaz et les conduites des gaz de clapets formant soupapes de sûreté, et de placer en outre sur ces conduites des caisses à eau servant au nettoyage et en même temps de soupapes de sûreté. Avec les précautions indiquées, les explosions, qui se produisent quelquefois, surtout par suite de négligence, ne causent pas de dommage. Les explosions se produisent plus difficilement avec les gaz des fourneaux au coke qu'avec ceux au charbon de bois, surtout quand ceux-ci fonctionnent avec addition de bois vert ou torréfié, parce qu'alors les gaz renferment toujours une certaine quantité d'hydrogène bien plus inflammable que l'oxyde de carbone*
4439. Les feux d'affinerie et de chaufferie, quoique n'ayant que peu de hauteur, rentrent, quant à l'utilisation de la chaleur perdue, dans la même classe que les hauts fourneaux ; car il s'en dégage beaucoup d'oxyde de carbone qui brûle très-facilement à la sortie des feux, à cause de sa haute température. Les feux de forge peuvent alors être couverts et les gaz sont amenés dans une petite chambré de combustion placée à leur suite. Un feu d'affinerie au charbon de bois, qui produit 24,000 kilogrammes de fer par mois, peut fournir par sa chaleur perdue 180 kilogrammes de vapeur par heure^ quantité bien suffisante pour faire marcher la soufflerie et son marteau; celte vaporisation peut être produite par une chaudière de IG"*,? de surface de chauffe, même en chauffant dans un petit four qui précède la chaudière, la fonte qui doit être affinée. Ces résultats ont