CHAPITRE VIII. — DESSICCATION DU DOIS ET DE LA TOURBE
que celte flamme ou fumée se rende ensuite dans deux des autres pour commencer à les échauffer en finissant de se refroidir ellemême. Supposons la première. A, déjà portée au rouge sombre ; on arrête Tintroduction de la chaleur dans son intérieur ; on Tisole des autres après Tavoir remplie de bûchettes à l'aide d'ouvertures supérieures, et on ferme toutes les issues, sauf quelques orifices nécessaires pour le dégagement de la vapeur : en même temps on introduit la flamme ou la fumée directement dans la chambre B d'où elle passe dans celles C etD. Au bout de peu de temps, quelques heures seulement, le bois remplissant la chambre A sera déjà sec, on l'en retirera par le bas ; la chambre B aura atteint au même moment la température voulue, on l'isolera à son tour et on y mettra le bois vert : ensuite on établira la communication de la chambre A avec celle D de manière à ce qu'elle commence à s'échauffer à l'aide de la fumée sortant de cette dernière, et ainsi de suite. Les produits de la combustion du foyer spécial ou bien la fumée venant d'un autre foyer, se trouveront ainsi refroidis d'une manière méthodique, en parcourant successivement des fours ou chambres de moins en moins chauds, et leur chaleur, qu'ils auront transmise directement aux parois de ces chambres, sera rendue en entier par rayonnement au bois à dessécher dont on remplit successivement chacune d'elles lorsqu'elle a atteint la température voulue.
L'on voit que, contrairement à ce qui se passe dans les deux méthodes habituelles, le bois est d'abord soumis à la température la (dus élevée, et que la température du four diminue à mesure que la dessiccation avance ; malgré cette condition qui semblerait éloigner toute chance d'inflammation, et aussi malgré l'absence de courants d'air, le feu se manifeste encore quelquefois à la partie supérieure, lorsqu'on cherche à amver au maximum de dessiccation; mais ici elle est facile à arrêter, soit en bouchant bien toutes les issues, soit de préférence en ajoutant un peu de bois nouveau dans l'espace vide résultant, à la partie supérieure de la chambre, de là <liminution de volume produite par la dessiccation elle-même.
Dans des chambres ou fours de 0'",80 de largeur, 4 ",10 de hauieiu*, sur 4 mètres de longueur et chauffés au rouge sombre, du menu bois vert de 0»,01 à 0'",03 de diamètre en bûchettes de 0'",22
à 0",27 de longueur perd en 2 heures | de 25 à 30 pour 400 de
son eau, en subissant une réduction de volume de 18 à 20 pour 100 :
ce temps de 2 heures à 2 heures 5 que dure la dessiccation dans ces
conditions est celui qui est utile pour réchauffer la chambre suivante ; du moins on doit s'arranger pour qu'il en soit ainsi, de telle sorte que les opérations se succèdent d'une manière continue. Comme elles sont très-courtes, les chambres peuvent être petites et l'appareil complet coûte peu d'installation et n'exige pas à beaucoup près autant d'espace que les appareils précédents, pour la dessiccation d'une même quantité de bois.
MM. Laurens et Thomas ont appliqué ce procédé pour fournir du bois desséché à un haut fourneau de Normandie, où l'on fabriquait des moulages en première fusion. Mais ce fourneau a été éteint à la suite du traité de commerce de 1860. Le bois devait être desséché à peu près au fur et à mesure de son emploi ; l'opération n*est praticable que lorsque le transport du bois vert aux usines n'est pas trop coûteux. On peut alors l'exécuter au moyen des chaleurs perdues, ou du gaz des gueulards. Dans d'autres circonstances, on devra brûler du combustible qui ne représentera d'ailleurs qu'une fraction peu importante du bois à dessécher.
1789. MM. Geneste fils et Herscher frères ont employé, pour la dessiccation du bois des allumettes, un séchoir à air chaud alimenté parles produits de la combustion. Leur appareil se compose d'abord d'un foyer en briques disposé de façon à obtenir la meilleure utilisation possible du combustible; le gaz de la combustion arrivant dans un tuyau dans lequel le tirage se produit au moyen d'un jet d'air comprimé agissant par entraînement. En arrière de ce jet, se trouve placé, sur le tuyau même, un orifice permettant l'introduction d'une quantité plus ou moins grande d'air extérieur, de telle façon que la tcmpérafture des gaz mélangés soit de 120°. Ces gaz sont envoyés à la partie supérieure d'une armoire close, munie de tablettes à clairevoie, sur lesquelles les bois d'allumettes taillés et blutés sont soumis à l'action du séchage ; un mouvement mécanique est disposé de telle façon que les tablettes se substituent les unes aux autres de bas en haut, de sorte que la chaleur des gaz est utilisée méthodiquement ; cette disposition est très-économique au point de vue de l'utiUsation du combustible ; elle nécessite, il est vrai, l'emploi d'une petite force motrice nécessaire pour obtenir le jet d'air comprimé ; mais cette dépense est insignifiante et se trouve compensée et bien au delà par la bonne utihsation de la chaleur et la suppression des surfaces de chauffe dans le séchoir.