‹ Traité de la chaleur (volume 2)Chapitre 69 sur 283 · CHAPITRE VIII. — INCRUSTATIONS DES CHAUDIÈRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — INCRUSTATIONS DES CHAUDIÈRES

pour 10 heures 5^40, à peu près 0,10 du prix du combustible consommé. Pour les eaux de Seine, le prix de revient de la précipitation des sels de chaux serait dix fois plus petit.

1265. Lorsqu'on emploie du sel de soude pour précipiter le carbonate et le sulfate de chaux, il reste dans les eaux, comme nous l'avons dit, une certaine quantité de soude plus ou moins carbonatée; cet état alcalin des eaux d'alimentation ne peut avoir aucun résultat fâcheux, pourvu que le liquide de la chaudière soit renouvelé assez fréquemment pour que les sels ne s'y trouvent pas en trè&-grande quantité. Cependant il serait très-utile d'employer les dispositions indiquées (1201, 1202), pour que ia vapeur, en se dégageant, entraînât le moins d'eau possible, à cause de l'action que pourraient avoir les eaux entraînées sur les conduits de vapeur et les organes de la machine.

1266. C'est surtout pour les locomotives, les locomobiles, et en général les chaudières à foyer intérieur, qu'il serait important de n'employer que des eaux dont on aurait préalablement précipité les sels de chaux, à cause de la difficulté qu'on rencontre dans l'enlèvement des dépôts adhérents. M. Polonceau a pris, il y a plusieurs années, un brevet pour enlever les incrustations des locomotives par l'emploi successif des carbonates alcalins et de l'acide chlorhydrique. Il introduit le carbonate de soude en quantité suffisante dans la chaudière, et maintient l'eau en ébullition pendant douze à quinze heures ; le sulfate de chaux est transformé en carbonate de chaux, et on introduit alors dans la chaudière de l'acide chlorhydrique qui dissout le carbonate. M. Polonceau estime à 100 francs la dépense de maind'œuvi'e et de matière pour une locomotive, à 25 ou 30 kilogranunes la quantité de carbonate de soude, et à 100 ou 120 kilogrammes le poids de l'acide chlorhydrique. Voilà évidemment une opération trèsefficace, mais qui est fort compliquée, dispendieuse, et qui pourrait à la fin altérer la chaudière par l'action de Tacide ; d'un autre côté, quand on laisse les incrustations se former, on ne peut les enlever que par le démontage des tubes ou par l'action chimique que nous venons d'indiquer. Ces deux opérations ont toutes deux de graves inconvénients, qu'on éviterait en employant des eaux préalablement privées de sels calcaires. J'ajouterai que, dans le Guide du mécanicien constructeur et conducteur de machines locomotives de MM. L. Lechatelier, E. Flachat, J. Petiet et C. Polonceau, on estime à OSIO par kilomètre parcouru le surcroît total de dépenses qu'occasionne Vusage d'une eau impure, ce qui correspond à 2,000 francs par ma-

chine et par an, à raison de 20,000 kilomètres. En admettant une consommation moyenne de 9 kilogrammes de coke par kilomètre et une production de 6 kilogrammes de vapeur par kilogramme de coke, la dépense serait de 0^10 pour S4 kilogrammes d'eau vaporisée, et de 1^85 par mètre cube d*eau, tandis qu'avec des eaux qui seraient complètement saturées de sulfate de chaux, ce qui ne se rencontre presque jamais, même dans les pays abondants en terrains gypseux, le poids du sulfate de chaux serait de 2^,33 et n'exigerait, pour sa précipitation, qu'un poids peu différent de carbonate de soude, qui coûterait V,28. Mais, dans un grand nombre de localités, les eaux douces ne contiennent que du carbonate de chaux et de très-faibles quantités de sulfate, et par conséquent la dépense moyenne d'épuration des eaux serait très-faible en comparaison du chiffre moyen qui représente l'enlèvement des dépôts. La dépense serait encore diminuée par une autre raison : les eaux livrées aux chaudières étant claires, il ne serait nécessaire de les vider que quand elles seraient trop chargées de sels solubles, et non, très-fréquemment, pour enlever les eaux devenues trop boueuses par les dépôts en suspension. Ainsi, il me paraîtrait avantageux sous tous les rapports, et surtout pour la conservation des générateurs, qui sont d'un prix si élevé, de purifier les eaux d'alimentation ; cette opération devrait s'exécuter pour tous les réservoirs placés sur les lignes de chemins de fer.

1267. Ce procédé d'épuration présente certains avantages ; il a été mis en pratique sur le chemin de fer du Nord ; mais il ne réussit qu'imparfaitement ; en effet, nous avons vu que les eaux contiennent généralement du sulfate et du bicarbonate de magnésie, sels qui ne sont que très-imparfaitement précipités par le carbonate de soude et qui forment des incrustations très-résistantes ; d'autre part, quand la quantité d'eau qu'il s'agit de purifier devient un peu considérable, comme le dépôt se fait avec une grande lenteur, il faut avoir recours à des bassins d'une très- grande surface. Aussi sur plusieurs lignes de chemin de fer, est-on allé chercher des eaux de rivière souvent très-loin pour alimenter les réservoirs, en plaçant près du cours d'eau une pompe à feu, qui refoule l'eau dans une canaUsalion menant aux réservoirs.

D'ailleurs, l'épuration préalable obtenue conune nous l'avons dit plus haut ne supprime pas les dépôts d'une façon absolue^ et les encrassements se produisent encore surtout dans les chaudières tubulaires. Dans le cas où les tubes sont mobiles comme pour les tubes Langlois ou Berendorff, on peut, pour les nettoyer, enlever ces

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