‹ Traité de la communion, ou, Conduite pour communier saintementChapitre 89 sur 105 · Souvenez-vous que l'obéissance est · texte numérisé non relu

Souvenez-vous que l'obéissance est

particulièrement le caractère des entants: ainsi ne faites jamais rien de tout ce que Dieu vous détend, et pratiquez exactement tout ce qu'il vous ordonne.

Adressez-vous à Dieu dans tous vos besoins avec une confiance filiale. Yn Père, dit le Sauveur, ne donnerait pas un serpent à son enfant qui lui demanderait du pain; à combien plus forte raison le Père Eternel ac cordera- t-il à ses enfants les biens qu'ils lui demandent.

EXERCICE DU SECOND Juin.

Après avoir pris la résolution de vivre d' une manière digne des enfants de Dieu, il faut Bavoir quels sont leurs devoirs. Le Sauveur ;i bien voulu nous les enseigner dans l'Eucharistie. Et comme il sait que les actions font plus d'impression que les paroles; et que 1< s exemples qu'on voit de ses yeux touchent davantage que ceux qu'on lit dans les livres, non-seulement il nous exhorte intérieurement ;i ce que nous devons faire quand nous le recevons, mais il nous doîine dans le Saint-Sacrement des exemples de toutes les vertus que nous devons pratiquer. Par une sagesse admirable il a trouvé fin-

vention d'allier dans l'Eucharistie les vertus propres d'une vie mortelle avec les avantages de la vie glorieuse dont il jouit, pour donner aux hommes un parfait modèle d'humilité, de mortification, de patience, et des autres vertus qui doivent reluire dans la conduite des enfants de Dieu. En effet, toute la morale chrétienne se réduit à deux points essentiels: à mourir, et à vivre; à mourir au péché, et à vivre de la grâce ; à ne plus agir selon les inclinations de la nature, et à agir par l'impression du Saint-Esprit; à perdre une vie sensuelle et animale, et à mener une vie spirituelle. Or le Sauveur nous donne dans l'Eucharistie un excellent modèle de cette mort et de cette vie , comme vous le verrez dans la méditation suivante. Ayez donc soin de le considérer, cle lui en rendre de continuelles actions de grâces, et de l'imiter.

MÉDITATION

Jésus-Christ dans l'Eucharistie est le modèle de la vie où les chrétiens doivent aspirer après avoir communié, pour vivre en enfants de Dieu: Qui manducat me, ipse vire/ propter me (Joan. u\ 08) ; celui qui me mange, doit vivre comme moi.

Premier Point.

Jésus-Christ nous enseigne dans l'Eucharistie à mourir à tout ce qui n'est pas Dieu. Considérez quatre circonstances dans la vie Sacramentelle, pour ainsi dire, dont vit le Sauveur: 1. Il change absolument toute la feubstance du pain et du vin. v2. lien conserve les apparences extérieures, mais ce n'est plus la substance du pain et du vin qui les soutient. 3.11 est environné de ces accidents, mais il n'y est point attaché. 4. Si les créatures peuvent a^iir sur ces accidents, si elles les échauffent, si elles les refroidissent, si elles les altèrent et les corrompent, elles ne font aucune impression sur le Corps du Sauveur. Pourquoi le Sauveur détruit-il toute substance du pain et du vin, sans se mêler avec elle? C'est pour nous apprendre l'obligation que uous avons après la Communion de détruire en nous tout ce qu'il y a de terrestre, et toutes les inclinations de la chair et du sang. Pourquoi conserve-t-il les apparences du pain et du vin? C'est pour nous apprendre que nous pouvons encore nous acquitter des fonctions ordinaires de la vie humaine: nous pouvons agir, parler, boire, manger, vaquer à nos affaires. Mais connue

ce n'est plus le pain qui soutient ces accidents, de même ce n'est plus la nature ni la raison humaine qui doit être l'ànie et le principe de ces actions naturelles et civiles, mais la grâce. Pourquoi est-il environné de ces accidents, sans y être attaché comme l'était leur substance naturelle ? C'est pour nous apprendre que tandis que nous sommes occupés des affaires et des biens temporels, nous n'y devons avoir aucun attachement, nous en devons être parfaitement détachés de cœur et d'affection. Enfin, ces accidents qui reçoivent l'impression des créatures, qui peuvent être rompus et divisés, sans que le Corps du Sauveur en soit ni changé ni altéré, nous apprennent que, tandis que les hommes et les divers événements de la vie changent la face de nos affaires, qu'ils blessent notre honneur , qu'ils diminuent nos biens, qu'ils troublent notre repos, nous devons voir tous ces changements sans les sentir, ou du moins sans en être intérieurement agités ni inquiétés. 0 qu'un chrétien qui serait dans ces dispositions, serait parfaitement mort à tout ce qui est sensible ! Mais que ce modèle est parfait ! Si je consultais mes forces, je désespérerais, Seigneur, de pouvoir jamais l'imiter. Mais quand je pense que

vous ne me demandez rien d'impossible,

quand je pense que vous êtes avec moi, que vous (Mes dans moi, que vous êtes uni à moi par la Communion, je dis hardiment après Mitre Apôtre: Je puis tout avec le secours de-celui qui me fortifie: omniapossum in eo, 7/'/ me confortât (Phil. 4. 13). C'est dans celte vue queje travaillerai à détruire en moi cette vie de corruption et de péché , à faire mourir le vieil homme, afin que vous viviez seul en moi, mon Sauveur et mon Dieu.

S( Point.

Le Sauveur est dans l'Eucharistie le modèle de la vie sainte que les Chrétiens doivent mener après avoir communié. Considérez ([ne toute la vie chrétienne est une vie d'amour, et que tous les devoirs d'un enfant de Dieu sont renfermés dans Les deux commandements, dont l'un nous ordonne d'aimer Dieu, et l'autre d'aimer le prochain; mais remarquez les beaux exemples que le Sauveur nous donne dans l'Eucharistie , de ible charité. Premièrement, il teigne l'amour qu'il a pour son Père, par l'honneur qu'il lui rend. Nous honorons Dieu quand nous reconnaissons que toutes les atur< 3 •• : i;<' sont qu'un

pur néant. Or, quand est-ce que le Sauveur en a fait un aveu plus solennel que dans l'Eucharistie ? 11 se réduit comme en un atome dans ce Mystère, pour montrer par là que tout T univers, tous les hommes devant Dieu ne sont qu'un grain de poussière , comme disait Abraham ; ne sont qu'une goutte d'eau, comme disait un Prophète. 11 se met en un état de mort : car encore qu'il ait tous ses sens, il n'en fait aucune fonction que par un miracle, pour reconnaître qu'il n'y a que Dieu qui soit , à proprement parler, vivant : Vivo egoJ dicit Bominus (Ezech. 14. 16. 18. 20. 16. 48. 17. 16. 18. 3. 20. 31. 33. 33. 11.. 34. 8). Saint Paul dit que le Verbe s'est anéanti en se faisant homme ; mais dans l'Eucharistie où il cache jusqu'à son Humanité, il s'anéantit encore plus parfaitement que dans l'Incarnation, pour reconnaître qu'il n'y a que Dieu seul qui soit, et qui existe véritablement, absolument et indépendamment : Ego sum qui sum (Exod.

3. 14). Il renouvelle, il continue dans l'Eucharistie le mystère de sa Passion, pour reconnaître qu'il n'y a que la mort d'un Homme -Dieu qui puisse dignement réparer les offenses commises contre la Majesté divine. Enfin, le Sauveur est sur nos Autels

dans une adoration perpétuelle do cotte suprême Majesté; et reconnaissant qu'il a reçu tout ce qu'il est et tout ce qu'il possède de son Père, il emploie tout ce qu'il est et tout ce qu'il possède, pour procurer sa gloire en sanctifiant les hommes, et en leur inspirant les mêmes sentiments d'amour et de respect dont il est pénétre.

Voilà, mon âme, le modèle que le Sauveur te présente, de l'amour et du respect que tu dois à Dieu. Oui, mon Dieu, je reconnais que tout ce qu'il y a au monde de plus grand et de plus admirable , n'est rien en votre présence. Je reconnais que j'ai reçu de vous tout ce que je suis, et dans cette vue, je vous l'offre pour travailler avec mon Sauveur à votre service et à votre gloire. 0 mon Jésus, demeurez éternellement dans mon cœur, afin qu'étant uni à vous, je rend*4 à votre Père et au mien d<is respects plus convenables à sa grandeur et à sa majesté. Je me démets entre vos mains de tout ce que je suis, prenez-en possession, servez-vous de toutes les puissances de mon âme pour glorifier votre Père. Peignez dans ma mémoire l'image de sa grandeur et de mon néant, éclairez mon entendement dos plus pures et des plus vives lumières, pour concevoir l'excellence de

adorables perfections, et la vanité do toutes

les créatures. Mais surtout que mon cœur brûle continuellement de son amour, et qu'il soit jour et nuit , s'il est possible , dans un état d'adoration en sa présence.

Troisième Point.

Considérez que le Sauveur nous donne , dans l'Eucharistie, un modèle achevé de la charité la plus parfaite à l'égard du prochain. S'il honore son Père, c'est non-seulement en son nom, mais au nom de tous les fidèles, qu'il l'honore. Il apaise, par ses adorations, sa colère justement irritée par nos péchés. Il ne demeure parmi nous que pour être notre refuge dans tous nos besoins , et pour nous distribuer ses grâces. Il souffre nos froideurs, nos irrévérences, nos immodesties avec une patience infatigable. Il veut être notre nourriture, pour communiquer son esprit et ses1 sentiments à nos âmes, pour s'unir à elles, et pour donner, par cette union, l'immortalité glorieuse à nos âmes et à nos corps, et pour nous faire ses cohéritiers.

0 l'admirable, 6 l'incompréhensible charité! Voilà encore une fois, 6 mon àme , le modèle que tu dois imiter , voilà la règle de ta conduite à l'égard du prochain, voilà quel-

sont tes obligations après avoir communié. Je vous promets, ô mon Sauveur, que je me remettrai souvent devant les yeux ces admirables exemples de charité , que j'en étudierai tous les traits, et que je tacherai de ii-s exprimer par ma conduite.

Je prierai pour mon prochain, je demanderai I ces qui lui sont nécessaires , je supporterai ses défauts, ses brusqueries, ses injures, ses méchantes humeurs, je lui ferai part de tous les biens que je possède, j'exercerai à son égard toutes les œuvres de charité, soit corporelles, soit spirituelles. Je vous promets beaucoup, mais instruit et animé par votre exemple, fortifié de votre grâce et de vohv présence, j'espère tenirtout ce que je vous promets. Ainsi soit-il.

Page 1