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CHAPITRE XXÏII

Fxemiûes insignes de Peste et de Famine chez les anciens. Item des impôts et des rapines.

Tu persistes dans ta plainte, et tu m'allègues la Peste, la Famine, les Tributs, les Rapines. Veux-tu que, brièvement, nous comparions chacun de ces maux à ce qu'ils ont été autrefois?

Dis-moi, combien la peste a-t-elle enlevé de personnes en Belgique dans les cinq ou six dernières années ? Cinquante mille à peu près, je pense ; mais pour être larges, mettons cent raille. Or dans la seule Judée, sous le Roi David , en moins d'un jour, elle en a emporté soixante-dix mille. Sous les empereurs Gallus et Volusien, une peste venue d'Ethiopie a envahi toutes les provinces Romaines et, pendant quinze années continues, les a épuisées d'une manière incroyable, et je n'ai lu nulle part qu'il y en ait jamais eu de pareille, soit pour la durée, soit pour l'étendue de ses ravages. Cependant celle qui, sous Justinien, se déchaîna sur Byzance et ses environs, fut plus remarquable encore

quinque raillia funerum daret, interdum atiam clecem. Timide hoc dicerem et ambiguus fidei : nisi fidissimi huic rei ab illo ipso £evo testes. Nec minus miranda Africana pestis, quse eversa Carthagine orta, iii sola Numidia Octingenta hominiun millia delevit : in maritima Africa, ducenta, et apud Uticam, triginta millia militum, qui ad orse ejus praesidium relicti. Iterumque in Grsecia. Michaëlis Ducae imperio, tam sseva wçe

a'ô'jva-reîv (Zonarae verba SUnt) toÙ; t^wv-ra; Tacp-r, Tzapaot-GÔva!. Toù; 9v/.7xovTa;. ut vivi prorsiis pares non essent mortuis sepeliendis. Denique Petrarchse sevo, ut ipse refert, tam valida in Italiam incubuit, ut ex millenis quibusque hominibus vix decem superessent.

Jam de Famé, nihil profecto nos aut œtas nostra vidimus. si videmus antiqua. Sub Honorio Imperatore Romse tanta caritas et raritas omnis annonse, ut homines hominibus jam imminerent, et in Circo palam audita sit illa vox, Pone pretium humant garni. In tota Italia, vastantibus eam Gothis, sub Justiniano, iterum tanta , ut in solo Piceno quinquaginta hominum millia famé interierint : et passim in usum ciborumvers£e sint non carnes solum humanae, sed humana excrementa. J)nve mulieres(narrare exhorresco) septem-

par son impétiiositë et par sa violence. Elle frappait à coups si précipités que, chaque jour, elle causait cinq mille et quelquefois jusqu'à dix mille funérailles. Je ne dirais cela qu'avec timidité et doute, si nous n'en avions pour témoins des historiens très dignes de foi et contemporains. Non moins surprenante fut la peste d'Afrique, qui, après la ruine de Carthage où elle avait pris naissance, fit mourir en Numidie quatre-vingt mille hommes, dans l'Afrique maritime deux cent mille, et k Utique la garnison de trentemille soldats. Une seconde fois en Grèce, sous l'empire de Michel Duca, la peste sévit avec tant de rigueur qy:il ne restait plus assez de vivants pour enterrer les morts, suivant le motdeZonare. Enfin, du temps de Pétrarque, et selon ce que lui-même en rapporte, il se déchaîna sur l'Italie une peste si cruelle que, sur mille hommes, il n'en survivait pas plus de dix.

Maintenant parlons de la Famine. A cet égard ni nous, ni notre temps nous n'avons rien vu de comparable à ce qui a eu lieu autrefois. Sous l'empereur Honorius, il y eut à Rome une telle cherté , une telle disette de denrées alimentaires, que les hommes déjà menaçaient les autres hommes, et qu'en plein cirque on entendit une voix demander que l'on mît en vente de LA CHAIR humaine. Pendant les dévastations des Goths, sous Justinien, il y eut dans toute l'Italie une si grande disette que, dans le seul Picenum, cinquante mille personnes moururent de faim, et que l'on en vint à manger non seulement de la chair humaine mais jusqu'à des excréments humains. Deux femmes, j'ai horreur do le

decim viros per insidias noctu interfecerant, et cornederaiit : ipsse à decimo octavo, quid id agi senserat, csesae. Nec refero in Sacra urbe famem, et exempla jam protrita.

Qaod si de Tributis etiam aliquid dicendum est : non nego gravia esse quibus premimur, sed ita si sola et per se ea videas, non si componas cum priscis. Plerœque omnes provincite sub Romano imperio, fructuum ex agro pascuo Quintam quotannis persolvere, Decimcnn ex agro arvo, Nec defuere Antonius et Caesar novem decemque annorum tributa exigere in unum annum. Julio Caesare interfecto, cum arma sumpta pro libertate, singuli cives vigesimamqumtam omnium bonorum dependere jussi : et hoc amplius, Senatorii ordinis omnes , in singulas aedium suarum tegulas ,5e^ asses . Quse immensa contributio, nostrisque sensibus nec credenda nec reddenda. At Octavianus Caesar, (credo ratione nominis sui habita) octavam omnium bonorum partem àlibertis exegit, et accepit. Et omittoquœ Triumviri, quse alii tjranni patraverunt : ne nostros doceam, recitando. Unum tibi instar omnium exactionum rapinarumque sit, de Coloniis. Quo invento ut nihil ad vim imperii firmius, ita nihil in subditos cogitari potuit tristius. Deducebantur passim legiones cohortesque veteranae in agros et oppida; miserique provinciales momento

dire, avaient de nuit tué dix-sept hommes attirés dans des embûches, et les avaient mangés : elles furent ellesmêmes tuées par le dix-huitième qui se méfiait. Je ne te parle pas de la famine qui sévit dans la ville sainte, et dont les détails sont partout rebattus.

Si nous en venons aux Impôts, j'avouerai que ceux qui nous oppriment sont énormes , mais seulement si on les considère seuls et en eux-mêmes, non si on les compare avec ceux d'autrefois. Sous l'empire Romain, presque toutes les provinces étaient obligées de payer chaque année le cinquième du revenu des terres destinées au pâturage, et le dixième pour les terres cultivées. Et ni Antoine, ni César n'ont hésité à exiger en une seule année les impôts de neuf ans. Après le meurtre de César, quand on prit les armes pour la liberté, chaque citoyen reçut l'ordre de verser au trésor public la vingt-cinquième partie de tous ses biens; de plus, tous les membres de l'Ordre des Sénateurs durent payer six as pour chacune des tuiles qui couvraient leurs maisons. Cette contribution est prodigieuse et l'on dut avoir autant de peine à la payer que j'en ai à y croire. César Octave, et je pense que c'est de là qu'il a tiré son nom, exigea et reçut le huitième de tous les biens des aifranchis. Je ne veux rien dire des impôts imaginés par les Triumvirs et les autres tyrans, car je craindrais en les racontant de les apprendre aux nôtres. Il me suffira, pour te donner une idée de ces extorsions et de ces rapines, de te dire un mot des Colonies. Si rien n'a été plus efficace pour maintenir la puissance de l'Empire, rien non plus ne peut être imaginé de plus funeste pour

temporis bonis et fortunis omnibus provolvebantur. idque nihil ausi, nihil meriti : sed pro crimine omni, opes aut opimi agri. In quo profecto gurges quidam calamitatum omnium apparet. Miserum est nummis spoliari : quid etiam agris tectisque? Grave istis pelli : quid tota patria? quid templis, arisque? Distrahebantur ecce aliquot millia hominum, liberi à parentibus ; domini à familiaribus ; uxores à viris ; et in varias terras, ut cuique fors sua fuit, spargebantur : alii in sitientes Afros, ut poëta in hac ipsa re ait, ^«rs Scythiam, aut totos divisos orhe Britannos. Solus Octavianus Csesar in sola Italia duo-de-triginta colonias collocavit ; in provinciis quot libuit. Nec alia res magis, ut ego scio, exitio fuit Gallis nobis Hispanisque.

les sujets. On conduisait de distance en distance les légions et les cohortes de vétérans, on les établissait dans les campagnes et dans les villes ; et, au môme moment, les malheureux provinciaux étaient dépouillés de tous leurs biens, de toutes leurs possessions : ils n'avaient pourtant rien fait pour cela, rien mérité : tout leur crime était de posséder des biens ou des champs fertiles. Eu cela se montre assurément l'abîme le plus profond de toutes les calamités. Il est triste sans doute d'être dépouillé de son argent : mais de ses champs? mais de sa maison ? et si c'est une chose très grave d'être chassé de ses biens et de sa maison, qu'est-ce donc de l'être de sa patrie, de ses temples, de ses autels? On enlevait ainsi quelques milliers d'hommes ; les enfants étaient séparés de leurs parents ; les maîtres de leurs domestiques, les femmes de leurs maris, et tous ces malheureux étaient dispersés dans diverses régions, comme le sort en décidait : les uns dans la bridante Afrique, comme le Poëte l'a dit à ce même propos, cV autres en Scythie ou chez les Bretons séparés du 7^este du tnonde. César Octave, à lui seul, a établi dans la seule Italie vingt-huit colonies, et dans les provinces autant qu'il en a voulu. Je ne sache pas que rien ait plus contribué à la ruine des Gaulois et des Espagnols.

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