CHAPITRE XXV
Notre tyrannie elle-même considérée : Il est montré qu'elle lient à la nature ou à la malice des hommes, et qu'il y a eu autrefois, comme aujourd'hui, des oppressions externes et internes.
Enfin, tu inculpes la TjTannie de nos jours et l'oppression des corps et des âmes. Je n'ai pas conçu le projet ambitieux de relever ou d'abaisser outre mesure l'époque où nous vivons : car à quoi bon ? J'en dirai seulement ce qui vient à notre comparaison.
Quand et où ces maux n'ont-ils pas existé? Cite-moi un siècle, cite-moi une nation où il n'y ait eu aucune tyrannie insigne. Si tu peux le faire, je paie l'enjeu de ce débat, et je confesse que nous sommes les plus misérables des misérables. Pourquoi ce silence? Il est vrai, je le vois, ce vieux proverbe que tous les bons princes peuvent être inscrits sur un seul et même anneau. C'est, en effet, le propre de l'esprit humain d'user du pouvoir avec insolence, et de ne pas facilement garder de mesure dans les choses qui n'ont pas de mesure.
Nous-mêmes qui nous plaignons de la tyrannie, nous portons enfermés dans notre cœur les germes de la tyrannie, et, pour la plupart, ce n'est pas la volonté de l'exercer qui nous manque, c'est le pouvoir. Lorsque le serpent est engourdi par le froid, il n'en a pas moins tout son venin, mais il ne le manifeste pas : il en est ainsi de nous autres que notre faiblesse ou un certain froid de la Fortune empêche de nuire. Donne des forces.
menta : vereor ut vel irapotentissimi plerique istorum sint, qui nunc tain iniqui in potentes.Exemplum in cottidiana ista vita. Vide mihi patrem illum saevientem in filios, dominum in servos, praeceptorem in discipulos. Phalarides in suo génère omnes isti sunt : et fluctus eosdem in flumine excitant, quos reges in magno mari. Xec animantibus aliis non haec natura, è quibus pleraque saeviunt in congeneras sibi species, in aëre, terra, aqua.
pisces sic sœpe minutos
Magnus comest, sic aves enecat accipiter,
ait recte Varro.
Sed corporum istse oppressiones sunt, inquies : hodie hoc eximium, quod etiam animorum. Itane, animorum ? vide ne invidiose hoc potias, quam vere. Ignorare mihi sese et naturam illam cœlestem videtur, quisquis premi eam putat posse aut cogi. Xulla enim externa vis unquam faciet, ut velisquod nolis, senlias quod non sentis. Jus aliquis in vinclum hoc animi habet sive nexum : nemo in ipsum. Sol vere eum à corpore tjrannus potest, non naturam ejus dissolvere : quœ pura, œterna, ignea, spernit externum et violentum omnem tactum. At sensum tamen animi non licet expromere. Esto. sed linguse tuée igitur frsena ponuntur, non aiiimo : necjudiciis, sed factis. Sed novum hoc ipsum inauditum. 0 bone, quam erras! Quot tibi possim
donne des instruments : je crains fort de voir très impuissants à mieux faire la plupart de ceux qui sont aujourd'hui si injustes contre les puissants. Nous en avons tous les jours des exemples dans la vie. Vois ce père qui sévit contre ses fils, ce maître contre ses serviteurs , ce précepteur contre ses disciples. Dans leur genre, ce sont tous des Phalaris : ils soulèvent les mêmes flots sur leur petite rivière que les rois sur la grande mer.
Et les autres êtres animés n'ont-ils pas aussi une semblable tendance? La plupart sévissent contrôles espèces congénères, dans l'air, sur la terre, dans l'eau. Amsi le grand x^oisson mange les petits, ainsi V éperviev tue les oiseaux, dit fort bien Varron.
Mais, dis-tu, ces oppressions ne portent que sur les corps; mais ce qui surpasse tout, les âmes aujourd'hui sont également opprimées. Est-il bien vrai que les âmes soient opprimées ? Prends garde de ne pas dire cela par haine plus que par vérité. A mon avis, c'est se méconnaître soi-même , méconnaître sa nature céleste, que de penser que l'âme puisse être opprimée ou contrainte. Aucune violence extérieure ne parviendra jamais à te faire vouloir ce que tu ne veux pas, sentir ce que tu ne sens pas. Quelqu'un peut avoir un droit sur ce corps qui est comme le lien et la prison de l'âme : nul sur l'âme elle-même. Sans doute le tyran peut la séparer du corps, mais il ne peut dissoudre sa nature qui est pure, éternelle, ignée, et qui défie tout contact extérieur ou violent. Mais cependant il ne m'est pas permis d'exprimer le sentiment de mon âme l
dicere qui sub tyrannis sensuum suorum pœnas luerunt, propter incautam linguam? Quam muld ex iisdem vim adferre judiciis conati? et judiciis dico in re pietatis. Persarum et Orientis reges adorari, tralaticium fuit, et Alexandrum, eumdem divinitatis cultum sibi adseruisse scimus, rustica Macedonia sua non probante. Inter Romanos bonus ille et moderatus Princeps Augustus, flamines et sacerdotes in provinciis, imo iu domibus singulis.habuit. ut deus. Caligula deorum statuis amputato capite, suum imponi jussit, ridicula impietate. idem templum suo numini, sacerdotes, et quaesitissimas hostias instituit. Nero Apollo haberi voluit : et illustrissimi civium interfecti hac praescriptione, quod nunquami pro cœlesti voce iymnolassent . Jam Domitianus, Deus dominusque noster, palam audiebat. Quae vanitas vel impietas si hodie in uUo regum, Lipsi, quid diceres? Nec adnavigo propius hanc Scyllam, in quam non trahent autpellent me ulli ambitionum venti. A'x'ivo'jvov yâp ^^r rr,; o-iyT,; véia;.
Unum tantum in totani hanc rem priscB servitutis
Soit. C'est donc à ta langue que l'on met un frein, et non à ton âme; à tes actes, non à tes jugements. Eh bien ! cela même est nouveau et inouï. 0 mon bon ami, combien tu te trompes ! Que d'exemples ne te pourraisje pas citer de victimes châtiées de leurs sentiments parles tyrans, à cause de l'intempérance de leur langue ? Que de tyrans n'ont-ils pas essayé de contraindre les jugements par la violence? et cela même en matière de religion? Ce fut une tradition chez les Perses et dans l'Orient d'adorer les rois. Nous savons qu'Alexandre revendiqua pour lui le culte que l'on rend àla Divinité, et qu'il brava sur ce point la désapprobation de ses rudes Macédoniens. Parmi les Romains, Auguste, ce prince si bon, si modéré, eut, comme un dieu, des flamines et des prêtres dans les provinces, et même dans les maisons particulières. Caligula, par une impiété ridicule, fit couper la tête des statues des dieux pour la remplacer par l'image de la sienne ; et à sa divinité il consacra des temples, des prêtres et des victimes précieuses. Néron voulut être adoré pour Apollon , et plusieurs des plus illustres citoyens furent mis à mort par le motif exprimé dans l'arrêt quils navaierit jamais immolé de victimes pour cette voix céleste. Domitien se laissait appeler publiquement notre Dieu et Seigneur. Que dirais-tu, Lipse, si tu voyais cette vanité et cette impiété dans quelque roi de nos jours? Je ne navigue pas plus près de cette Scylla, de peur d'y être entraîné ou poussé par quelque vent d'ambition, car le prix du silence est de ne pas courir de danger.
Je te produirai un seul témoignage sur cette allaire
festimonium adferam, et quiJem è familiari tuo scriptore : quod velim attendas. Tacitus de Domitiaui sevo : Legimus cum Arideno Rustico Pœtus Trasea, Heren- 7110 Senecioni Prisais Helvidius laudati essent, capitale fuisse, nec in i^^sos modo auctores, sed in lihros quoque eoruni sœvitum , delegato Triumviris ministetno, ni monumenta clarissimorum ingenioruni in comitio ac foro urereniur . Scilicet illo igné vocem ]wpuli Romani, et lihertatem Senatus, et conscientiam generis humant aboleri ay^hitrahantur : expulsis insuper Sapientiœ professorihus, et omni bona arte in exsilium acta, nequid usquam honestum occurreret. Dedimus profecto grande patientiœ documentum, et sicut vêtus œtas vidit quid ultimwn in libertate esset, ita nos quid in servitute : adempto per inquisitiones etiam loquendi audiendique commercio. Memoriam quoque ipsani cum voce pet^didissemus,si tam i7i p)Otestate nostra esset ohlivisci, quam tacere.