CHAPITRE XV
l^ransilion au second argument pour la Constance : lu Nécessite; sa violence et son impétuosité. Qu'il faut considérer la Nécessité sous un double point de vue, et d'abord dans les choses elles-mêmes.
Voici, Lipse, le bouclier solide, aussi sûr que celui forgé par Vulcain, que nous pouvons opposer à toutes les choses extérieures ; voici les armes cVor dont Platon nous invite à nous munir contre les coups du hasard ou de la fortune : être soumis à Dieu, penser à Dieu, et, dans tout événement, tourner notre intelligence vers cette grande âme du monde, appelée la Providence. Maintenant que j'ai suffisamment déployé ses troupes pieuses, je produirai et ferai avancer un autre bataillon sous l'étendard de la Nécessité ; bataillon terrible, dur comme le fer, et que je pourrais appeler justement la Légion Fulminante. C'est une force rigide, que rien ne brise, qui dompte et renverse tout : je serai bien étonné, Lipse, si tu lui résistes. On demandait un jour à Thaïes : qiiy a-t-il déplus fort au monde? Il répondit avec raison : la Nécessité, car elle domine tout, ajoutant, avec peu de prudence toutefois, ce vieux proverbe : les Dieux mêmes ne peuvent forcer la Nécessité. Je la réunis à la Providence, parce qu'elle lui touche de près, ou, pour dire plus vrai, parce qu'elle est née d'elle : car la Nécessité vient des décrets de la Providence, et elle n'est autre chose, suivant la définition du philosophe grec, que la sanction inébranlable et l'lm.muable
evincam, A rébus, et à Fato. A rébus ipsis : quoniam ingenium hoc omnibus creatis, ut insita quadam vi ad mutationem ferantur et casum. Ut ferro consumens quaedam rubigo per naturam agnata est : ligno, exedens caries aut teredo : sicaiiimalibus, oppidis, regnis, internée et suse caussae pereundi. Supera, infera respice; grandia, parva ; manufacta, aut mente : ab omni 09VO corruunt, et corruent in omne œvum. Atque ut flumina ad mare feruntur, perpeti et prono cursu : sic res omnes liumanse, per hune (ut sic dicam) cladium canalem labuntur ad suam metam. Meta ea, mors et interitus, quibus Pestis, Bella, Ceedes, administri et instrumenta. Ita si mors iis necessaria : necessariae hoc respectu et clades. Quod ut clarius videas sub exemplis, non difFugiam mente et animo pauh'sper tecum peregrinari per magnum hoc Universum.
POUVOIR DE LA PROVIDENCE. Qu'elle intervienne dans les maux publics, je l'établis doublement et par les choses elles-mêmes et par le Destin : par les choses elles-mêmes, parce qu'il est de la nature de tout ce qui est créé -d'être emporté par une certaine force intérieure vers le changement et la ruine. De même que la Nature attache au ferla rouille qui le consume, au bois la carie ou le ver qui le ronge : ainsi les animaux, les cités et les empires portent en eux-mêmes les causes de leur destruction. Regarde en haut et en bas, les choses grandes et petites, les œuvres de la main ou de l'intelligence : toujours elles se sont écroulées et toujours elles s'écrouleront. Comme les fleuves sont portés à la mer par la pente continue de leur cours ; de même les choses humaines sont, si j'ose ainsi parler, entraînées jusqu'à leur terme dans ce torrent de calamités. Leur terme, c'est la mort et la destruction, dont la Peste, la Guerre et le Carnage sont les ministres et les instruments. Si donc la mort est nécessaire, nécessaires aussi sont les maux qui la produisent. Pour que tu le puisses voir plus clairement par des exemples, je ne me refuserai pas à parcourir un peu avec toi ce vaste univers, en esprit et par la pensée.