CHAPITRE PREMIER
Occasion de la reprise du discours. Visite à l'agréahle jardin de Langius, et son éloge.
Le jour suivant, Langius voulut me conduire à ses jardins. Il en avait deux qu'il cultivait avec un grand soin, l'un sur la montagne du côté des maisons, l'autre un peu plus loin, dans la vallée, sur le bord de la Meuse, ce fleuve qui serpente doucement à travo^s V agréable cité. Etant donc venu me prendre dès le matin dans ma chambre, il me dit : allons-nous nous promener, Lipse? ou bien préfères-tu rester ici tranquillement assis dans le repos?
— Je préfère la promenade, Langius, si c'est avec vous. Mais où irons-nous?
— Si tu le veux, à mes jardins près du fleuve. Il n'y a pas loin. Cette promenade te donnera de l'exercice, tu verras la ville, et enfin tu trouveras une brise rafraîchissante qui te sera agréable par ces chaleurs.
— La chose me plaît, répondis-je, et avec vous j'irais partout volontiers, même au bout des Indes.
Alors nous demandons et nous mettons nos manteaux, nous partons, nous arrivons.
Cumqiie in ipso aditu , oculos circumtulissem vago quodam et curioso adspectu : miratus ex animo elegantiam et cultum loci, Mi siiiex, quae h^ec amœnitas est? inquam, quissplendor ? Cœlum hic habes Langi, non hortum. nec astrorum illi ignés profecto magis nitent in serena nocte , quam hi tui scintillantes micantesque varie flores, Adonidis aut Alcinoï hortos loquuntur? nugae, ad istos comparati, et imagines muscarum. Et simul propius accedens, et flores quosdam naribus oculisque admovens, Quid primum voveam? inquam , oculus cum Argo fleri, an nasus cum Catullo? Ita utrumque sensum pariter permulcet mihi et titillât hsec voluptas. Ite, ite omnes Arabam odores, qui nausea mihi pr?e halitu hoc ingenuo et vere cœlesti.
Langius manum mihi blande premens, nec sine risu, Praefiscine, Lipsi, inquit. non ego, nonhœc rustica mea Flora agnoscimus tam scitam, tam urbanam laudem.
Ego interum, Tamen, Langi, veram. Blandiri me putas'? serio hoc dico et ex intimo meo sensu, Campi Elysii Elysii non sunt, prœ hoc tuo rure. Ecce enim, quae hic ubique nitela est ? quis ordo ? quam apte omnia in areolas suas pulvillosque disposita? ut non elegantius tesselae aliquse in pavimento. lam quae florumher-
En entrant, et dès le premier coup-d'œil d'ensemble que je jetai avec curiosité autour de moi, je fus positivement ébloui de l'élégance et du parfait entretien de ce jardin. 0 mon Père, dis-je, que de charmes ! que de splendeurs ! Vous avez là un vrai paradis, Langius, plutôt qu'un jardin. Les feux des étoiles ne brillent pas avec autant d'éclat dans une nuit sereine que ne font ici toutes ces fleurs si riches en couleurs variées et éblouissantes. On vante les jardins d'Adonis et d'Alcinoûs? pures bagatelles et jeux d'enfants si on les compare aux vôtres. Et, m'approchant en même temps pour voir de plus près quelques fleurs et pour respirer leur parfum, je m'écriai : que souhaiterai-je le plus? Est-ce de devenir tout yeux avec Argus, ou tout odorat avec Catulle ? Je ne sais en vérité, car ces deux sens sont également flattés et caressés en moi par cette douce volupté. Qu'on ne me parle plus des parfums de l'Arabie! ils me dégoûtent auprès de ces émanations suaves et vraiment célestes.
Langius alors, me pressant aflectueusement la main, me dit, non sans rire : Soit dit sans te choquer, Lipse, ni moi, ni ma flore rustique, nous ne sommes habitués à une louange si savante et si pleine d'urbanité.
Mais moi reprenant : Et cependant, Langius, elle est sincère. Pensez-vous que je veuille vous flatter? Je parle très sérieusement, et c'est mon sentiment bien intime que les Champs-Elysées eux-mêmes n'étaient pas aussi Élyséens que votre campagne. En effet, quel éclat de tous côtés ! quel ordre ! comme toutes ces plantes sont artistement disposées en parterres et en
barumque copia? quœ raritas et novitas? ut videatur in exiguum hune locum Natura conclusisse, quidquid eximium habet noster aut al ter orbis.