CHAPITRE. XIV
On montre enfin qu'il y a plusieurs sortes de peines, dont queîques- U7ies occultes et internes qui accompagnent le crime lui-même, que les mécJianls ne peurent fuir, et qiii sont plus graves qu'aucune peine externe.
Pour que tu comprennes ces choses avec plus de clarté, je te conduirai dans la citadelle même de cette cause, à savoir que l'on distingue trois sortes de peines divines, les Internes, les Posthumes, les Externes. J'appelle internes les peines qui frappent sur l'ame,
MAIS QUI RÉAGISSENT AUSSI SUR LE CORPS, COmme SOUt
les soucis cuisants, le repentir, la crainte et les mille morsures de la conscience. Les peines posthumes frappent l'ame aussi, mais quand elle est libre et DÉGACiÉE
DU CORPS, comme sont ces peines qui attendent les scélérats après la mort, ainsi que l'ont soupçonné, non sans raison, la plupart des anciens eux-mêmes. Enflii, les troisièmes sont celles qui portent sur le corps ou QUI LE touchent, comme la pauvreté, l'exil, la douleur, les maladies, les divers genres de mort. Il arrive le plus souvent que toutes ces peines, par un juste jugement de Dieu, s'accumulent sur les impies : cela est du moins absolument et toujours certain pour les deux premières sortes.
Parlons des peines internes : qui jamais fut assez endurci dans l'impiété pour ne pas ressentir d'âpres flagellations dans l'âme, et comme des coups douloureux, soit en commettant le crime, soit, et plus encore,
sive magis post factum ? Vere enim à-oXojOd) tyj; âo'.xia; r, Tî,{j.wp'!a, ut Plato olim dicebat : vel, ut verius et fortius Hesiodus,->iX!.x',wT!.;.Cognatura, imo innatum.omni sceleri sceleris supplicium : et nihil in vita securum solutumque, prseter Innocentiam est. Ut cruciarii, Romano ritu, crucem suam ferebant, ipsi ab ea mox ferendi : sic impiis omnibus conscientise liane crucem Deus imposait, in qua pœnas luant priusquamluant.
An tu solam eam punitionem censés, quae incurrit in oculos? quam corpusculum hoc subit?
Non est. externa ista omnia leviter nec in longum nos tangunt : interna sunt, quse angunt. Ut magis in morbo judicantur qui tabe aut marcore laborant, quam qui inflammatione aliqua aut febri ; et tamen hae magis apparent : sic in graviore pœna improbi, qui lento illo passu ducuntur ad seternam suam mortem. Caligula olim per ssevitiam imperare solitus : léa feri, ut sentiat se mori : id istis evenit, quod carnifex ille animus cottidie minutis ictibus csedit et pungit.
Nec splendor ille tibi imponat, et circumfiisa poten-
après l'avoir commis? Car, bien véritablement, le cliâtiment est subséquent à Vinjustice, comme le disait autrefois Platon, ou comme Hésiode l'a dit avec encore plus de vérité et de force, il lui est concomitant et propo?^tionné. Le. supplice du crime est attaché au crime, et il naît avec lui. Il n'est rien ici-bas de sûr ni de libre que l'innocence. De même que , d'après la coutume Romaine, ceux qui devaient être crucifiés portaient la croix qui bientôt allait les porter eux-mêmes, ainsiDieu a imposé à tous les impies cette croix de la conscience qui leur fait subir un premier châtiment avant le châtiment définitif.
Penserais-tu donc qu'il n'y a d'autre punition que celle qui éclate aux yeux ? que celle que subit ce misérable Corps ?
Il n'en est pas ainsi. Toutes ces peines extérieures sont légères et ne durent pas longtemps : ce sont les peines internes qui sont poignantes. Comme les malades minés par la consomption et par le marasme sont jugés plus gravement atteints que ceux qu'agitent l'inflammation et la fièvre, bien que celles-ci éclatent davantage au dehors : de même sont frappés d'un châtiment plus grave les scélérats qui sont ainsi conduits à pas lents jusqu'à leur mort éternelle. Caligula, jadis, poussait la cruauté jusqu'à commander au bourreau : frappe de manière civlïI se sente mourir : c'est ce que fait, pour ces méchants, lame, ce bourreau impitoyable qui, chaque jour et à petits coups, les frappe et les tourmente.
Ne t'en laisse pas imposer par la splendeur, par
lia, aut opes, quia non magis illi ideo felices aut beati, quam sani, quorum febris aut podagra recumbit in purpureo strato. Mendicum aliquem in fabula vides, qui régis personam sustinet, auratum et pulchrum. vides, sed non invides : quia latere sub auro illo scis scabiem, paedorem, sordes. idem existima in magnis omnibus istis et superbis tvrannis : Quorum mentes si i-'ecludantur, aitTacitus,^os5m^ adspici laniatus et ictus : quando ut corpora verherihus^ ita sœvitia, lihidine, malis consultis aniinus dilaceretur . Rident illi saepe, fateor : sed non verum risum. Gaudent : sed non germanum gaudium. non hercle magis, quam iiqui capitis damnati in carcere attinentur, et talis interdum aut tesseris fallere se conantur, nec fallunt. Manet enim impressus ille imminentis supplicii terror, nec tollit se umquam ab oculis imago luridas mortis. Vide mibi , sodés, dimoto externorum isto vélo, Siculum illum tyrannum :
DistHctus ensis cm super impia Cervice pendet.
Audi Romanum illum lamentantem : DU me Deœque pejus perdant, quam perire cottidie sentio. Audi alterum ingemiscentem : Ergo ego solus nec mnicum habeo, nec inimicum?
Hœc vera illa animorum tormenta, Lipsi, hi crucia-
retendue de la puissance, ou par l'abondance des richesses : ils n'en sont pas plus satisfaits ni plus heureux que ne sont bien portants ceux que la fièvre ou la goutte cloue sur un lit de pourpre. Tu vois dans une mascarade-quelque mendiant déguisé en Roi, tout doré, magnifique : tu le vois, mais tu ne l'envies pas, car tu sais que cette pourpre d'emprunt recouvre la lèpre, la crasse, l'ordure. Pense la même chose de tous ces grands et superbes tyrans dont les âmes, dit Tacite, si on les ouvrait, étaleraient aux yeux les plaies et les cicatîHces, tant elles sont déchirées par la cruauté, les passions et les mauvaises pensées, comme le corps peut rêtre par les coups de fouet. Souvent ils rient, je l'avoue, mais leur rire n'est pas franc; ils se réjouissent, mais leur joie n'est pas véritable : pas plus, par Hercule, que celle des condamnés à mort, qui, dans leur prison, essaient de se distraire en jouant aux dés ou aux tessères, et qui n'y parviennent pas, car la terreur du supplice imminent reste profondément gravée en eux, et rien ne peut arracher de leurs yeux la livide image de la mort. Écarte, mon ami, le voile des objets extérieurs et vois ce tyran de la Sicile qui sent sur sa tète impie Vépée suspendue de Damoclès. Ecoute les lamentations de Tibère au Sénat : que les Dieux et les Déesses me maudissent plidôt que de yne sentir périr aitisi chaque jour. Recueille les paroles de Néron gémissant et près de mourir : me voilà donc seid, sans ami et sans ennemi!
Voilà, Lipse, les véritables flagellations des âmes, le supplice de toujours être rongé par le souci, de tou-
tus, angi semper, pœnitere. metuere : quibus cave compares eculeos ullos, fidiculas, uncos.