CHAPITRE XV
Que les peines posthumes attendent les méchants : lien plus, que les peines externes les atteignent aussi le plus souvent ; ce qui est confirmé far quelques exemples illustres.
Ajoute encore à ces peines posthumes et éternelles , qu'il me suffira d'établir d'après toute la Théologie, sans avoir à les développer ici, ajoute enfin les peines externes. Celles-ci, lors même qu'elles feraient défaut, qui donc serait en droit d'en iuculjDer la justice divine, puisque les autres sont indubitables ? Mais elles ne font pas défaut. Il n'est jamais arrivé , ou, du moins, il est bien rare que ces francs scélérats et ces oppresseurs d'autrui n'aient souffert des châtiments visibles et manifestes, les uns plus tôt, les autres plus tard ; celui-ci dans lui-même, celui-là dans les siens.
Te plaindras-tu de voir ce Denys, en Sicile, exercer impunément pendant de longues années le viol, la rapine et le carnage? Attends un peu; bientôt tu vas le voir humilié, chassé, pauvre, et qui le croirait ? échanger le sceptre contre la férule. Ce Roi d'une grande île, il ouvrira à Corinthe une école, lui-même véritable école de la Fortune.
D'autre part, te courrouceras-tu de ce que Pompée soit vaincu à Pharsale, sans que le Sénat à peine s'en
quaracliii in civili sanguine tyrannum : ignosco. video enim Catoni ipsi clavum hîc tantum non recti judicii extortum, et elicitam ab alto pectore ambiguam vocem, Res divinas multmn hàbeve caliginh.
Sed tamen ta Lipsi, tu Cato, flectite paullum hue oculos : unus adspectus in gratiam reducet vos cum Deo. Csesarem illum videte, superbum, victorem, opinione sua et aliorum jam deum, in Senatu, et à Senatu interfectum. nec simplici morte, sed viginti tribus plagis confectum, instar ferse in sanguine suo volutantera. et (quid amplius vultis?) in Pompeii curia, superstante Pompeii statua, magnam victimam Magni manibus parentantem.
Ita Brutus in campis Pliilippicis, pro patria et cum patria moriens, mihi quoque miserationi est. sed consolor idem, cum haud longe video victores illos exercitus, velut ad ejus tumulum, gladiatorio more inter se commisses : et è ducibus alterum, M. Antonium, terra manque victum, inter très mulierculas, mulierosa illa manu, segro mortem invenientem. Ubi tu es Orientis ille paullo antè dominus ? lanista Romanorum exercituura? Pompeii et reipublicse sector? En, in fune cruentis manibus pendes? en, vivus in monumentum tuum repis? en. ne moriens quidem avelleris ab ea quag
occupe? t'indigneras-tu de voir le tyran se jouer quelque temps et se vautrer à plaisir dans le sang des citoyens? Je te le pardonne, car je vois Caton lui-même arrêté par cette considération d'une raison faussée, et laissant échapper, du fond de son cœur troublé, cette parole équivoque : les choses divines sont bien obscures.
Mais cependant, Lipse, et toi aussi Caton, tournez un peu les yeux de ce côté; un seul coup-d'œil vous réconciliera avec la Providence, Ce César, ce superbe, ce vainqueur, déjà dieu dans sa propre opinion et dans l'opinion des autres , vous le voyez assassiné dans le Sénat et par le Sénat, et non seulement assassiné, mais percé de vingt-trois coups de poignard, et, comme une bête féroce, noyé dans son sang; et tout cela, que voulez-vous de plus? dans la curie de Pompée, aux pieds de la statue de Pompée, comme une grande victime expiatoire offerte aux mânes du grand Pompée.
Moi aussi je plains Brutus mourant pour sa patrie et avec sa patrie, dans les plaines de Philippes. Mais je me console lorsque, tout près, je considère les armées victorieuses combattant entre elles comme des gladiateurs sur son tombeau, et l'un de leurs chefs, Marc Antoine, vaincu sur terre *et sur mer, trouvant avec peine, en présence de trois femmes, la mort qu'il cherche, de la main d'une femme. Où es-tu, toi qui naguère étais le maître de l'Orient? Laniste des armées Romaines? Assassin de Pompée et de la République? Voilà que de tes mains sanglantes tu te suspends à une corde ! voilà que, vivant, tuteglisses dans ton sépulcre ! Voilà que, même en mourant, tu ne peux t'arracher à
tibi morti ! \'ide an vane vocem supremam et votum illud efflaverit Brutus jam moriens :
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Non enim latuit profecto, non effugit. non item ille aller dux, qui pœnam juvenilium scelerum non obscure in se luit, et clarius in omni sua stirpe. Sit felix et magnus Cœsar, et vere Augustus : sed filiam tamen Juliam habeat, sedneptem. nepotes alios per fraude m per vim amittat, alios abdicet. et horum tsedio, quatriduana inedia mori velit, nec possit. denique cum Livia sua vivat, fœde ducta, fœde retenta : et quam turpi amore ipse periit, turpi morte per eam pereat. In summa, inquit Plinius , deus ille, cœlmnque nescio adeptus magis an onerilus , herede hostis siii fîlio excédât.
Hsec taliaque cogitanda, Lipsi, cùm querela illa iniquitatis erumpit : et ad duo semper vertenda mens : Tarditatem supplicii et Varietatem. Non punitur nunc ille? mane. punietur. Non in corpore? sed fortasse in animo. Non vivus? sed certe mortuus.
Nimquam antecedentem scelestum Deseruit pede pœna claudo.
Vigilat enim semper diviuus ille oculus : et cum dorrnire eum censés, connivel. Tu tantum reqiuis in eum
celle qui cause ta mort! Vois s'il a été inutile et vain ce mot, ce vœu suprême, que Brutus a exhalé avec son dernier soupir : ô Jupiter! que Vauteur de ces maux ne f échappe pas !
Il n'a pas échappé certes, il n'a pu se soustraire au châtiment. Et ne l'a pas fait non plus l'autre chef qui. s'il n'a pas porté obscurément sur lui-même la peine des forfaits de sa jeunesse, a été puni avec plus d'évidence dans toute sa race. Qu'il soit César, heureux, et grand, et vraiment auguste : mais qu'il ait les deux Julie pour fille et pour petite-fille; qu'il perde, par la fraude ou par la violence, une partie de ses petits-fils ; qu'il renie les autres, et que, de chagrin, il veuille pendant quatre jours se laisser mourir de faim et qu'il ne le puisse; qu'il vive avec sa Livie honteusement épousée, honteusement conservée, et qu'enfin, éperdu de cet amour infâme, il périsse par elle-même d'une mort infâme. En somme, dit Pline, ce dieu, de qui je ne puis dire s'il est ])arvenu au ciel par la conquête ou pta^^ ses 7nérifes, laisse pour héritier le fus de son ennemi.
C'est à cela qu'il faut penser, Lipse, quand tu es emporté à te plaindre de l'iniquité : tourne ton esprit vers ces deux choses la Lenteur et la Variété du supplice. Celui-ci n'est pas puni maintenant? attends, il le sera. Il n'est pas puni dans son corps ? il l'est peutêtre dans son âme. Il ne l'est pas vivant? il le sera certainement après sa mort. Jamais la peine au pied boiteux ne quitte la trace du scélérat qui la précède. Cet œil divin veille toujours; quand tu crois qu'il dort, il regarde avec attention. Toi, sois seulement équitable
sis : nec judicem tuum inaiiiter accusa, ipse ab eo judicandus.