LA DANSE DOIT ÊTRE L'UNION POUR CONDUIRE COMME UN DRAPEAU
Aux Maîtres et Professeurs de Danse, de Bon -Ton et de Gymnastique-Danse de Salon
Chers Confrères,
Toutes les corporations se syndiquant pour défendre leurs intérêts., pour s’aider et donner plus de prestige à leur profession, ne croyez-vous pas que le moment est venu de nous unir., en vue. d’assurer les progrès constants de. notre art?
Ne pensez- vous pas que nous retirerions de grands avantages de notre société, sorte de syndicat, si vous aimez mieux ? •
Un courant de sympathie et de solidarité s’étahJLirâit entre les professeurs de toutes les * nations . La danse ne pourrait que gagner à une telle union.
Nous aurions plus d’autorité et plus de force pour mettre notre art en lumière, pour défendre nos intérêts professionnels et pour assurer le respect de nos œuvres.
Aucune danse ne serait admise dan s les cours- et lancée dans- le publie, avant d’avoir été acceptée par un comité d’examen.
De même, les nouveaux professeurs de danse et de maintien, ne pourraient enseigner sons l’égide de l’Académie, qu’après avoir obtenu un certificat de la Société.
Ma longue expérience chorégraphique permet d’affirmer que 1” avenir.
016 PROJET d’une académie internationale
réserve le plus grand succès à cette œuvre d’union et de défense profes- " Toutefois, respectueux avant tout de 1 avis de mes confrères, je viens
demander votre opinion sur ce projet. ,
Veuillez mentionner dans votre réponse, les observations vous paraissant utiles au succès de la Société.
D’après votre avis et l’ensemble des idees ennses, 1 association sera formée. ,
Il est donc de la plus haute importance que vous repondiez.
En attendant, je vous prie d’agréer mes confraternelles salutations.
E. Giraudet,
Professeur de danse, 39, Boulevard de Strasbourg, Paris.
p. S. — Je dois ajouter, afin que ma pensée ne soit pas dénaturée, que sans porter atteinte à l’union qui doit serrer tous les professeurs, chaque nation pourra conserver son autonomie chorégraphique. En outre, il est élémentaire, pour honorer les lois de l’hospitalité, que les professeurs étrangers fixés dans les grandes villes, suivent les habitudes et usages du pays où ils se trouvent. .
Nota. — M. Giraudet, profitant de l’influence que lui donne sa collaboration au Progrès , a obtenu que ce journal insérera les informations de Y Académie, qu’il sera servi gratuitement à tous ses membres et qu’il sera successivement envoyé à tous les professeurs de danse. La Société n’aura à rembourser, pour la première année, que les frais d’envoi.
DISCOURS DE M. GIRAUDET
à la Réunion amicale et consultative de l’Académie
Mesdames, Messieurs et chers Collègues,
Les bienfaits de l’association sont manifestes ; aveugle qui ne les voit. Devant les excellents résultats qui en découlent, on se demande pourquoi les professeurs de danse n’ont pas leur société, lien de solidarité qui existe aujourd’hui en toute corporation.
Il est incontestable cependant, que leurs intérêts de toute natureseraient mieux défendus par leur groupement, qu’ils ne peuvent l’être par chacun d’eux en particulier. Mais je ne veux envisager ici qu’un côté plus haut de la question. De celui-ci dépend l’avenir de notre art; peu importe que l’association se nomme société ou syndicat, pourvu qu’elle remplisse l'office d’une académie de danse ; c’est-à-dire qu’elle garantisse de la dégénération et de l’abâtardissement notre chère danse, dont les règles sont journellement violées par de pseudo-professeurs n’ayant ni talent, ni connaissances, ni respect des traditions.
La création d’une Société des professeurs de danse s’impose, et' c’est à nous, professeurs, qu’il appartient de le faire, pour défendre notre art contre le vandalisme et l’incapacité. Quand, sous le nom d’académie ou d’école de danse, nous nous serons fortement constitués par l’union, il sera facile de réagir contre l’envahissement et les fausses doctrines des nullités qui déshonorent la choréçraph ie.
PROJET D’UNE ACADÉMIE INTERNATIONALE
L’importante utilité de cette création n’échappera pas à mes confrères ; je fais appel à leur bon vouloir en dehors de toute préoccupation personnelle, guidé seulement par l’intérêt supérieur de l’art. Ils comprendront qu’ils ont tout avantage à se rallier franchement et sans retard à mon idée.
Qu’importe, d’ailleurs, que l’initiative vienne de moi ; groupons-nous, travaillons tous ensemble au triomphe du projet, et l’avenir reconnaissant à la Société que notre entente cordiale aura fondée, s’inquiétera peu de savoir qui en est le père. D’ailleurs, en France la recherche de la paternité est interdite.
Les bons professeurs souffrent, de ce que dès danseurs sans éludes, sans savoir et sans aucun talent, prennent ce titre et se mettent à enseigner à tort et à travers, des choses qu’ils n’ont pas apprises. Ce ne serait que demi-mal s’ils s’en tenaient là, car ainsi que l’a remarqué un observateur incisif, on s’instruit beaucoup en apprenant aux autres; mais nos soi-disant professeurs, jaloux de se parer des lauriers du novateur, introduisent des changements dans le noble art des Yestris. De sorte que les élèves sont indécis, et se demandent ou est le vrai, au milieu de tous ces enseignements contradictoires.
Je pourrais citer des élèves à peine dégrossis, qui ont monté des cours et cherchent à se faire les rivaux de leur ancien professeur, au lieu de chercher à profiter de ses conseils, en attendant que leur instruction chorégraphique soit complète. En agissant ainsi, ces entrepreneurs de danses, commettent une action blâmable : ils déconsidèrent l’art qu’ils préten- . dent servir, ils payent par l’ingratitude leur maître qui ne demandait qu’à leur conserver son amitié, et exploitent les élèves confiants qui vont à eux, car ils ne peuvent leur donner que de mauvais principes.
Ils vont plus loin; ils cherchent à nuire à celui de qui ils tiennent legs peu qu’ils savent. Mais ils ressemblent en cela au serpent, qui mordait une lime; ils perdront leur temps, leur peine et leurs dents. Ne suffit-il pas de signaler ces faits, pour que les professeurs de danse sérieux, ouvrent les yeux sur l’intérêt qu’ils ont à résister à cette tourbe malfaisante. Nous ne serons réellement en mesure de l’endiguer, que lorsque nous aurons fondé une Société gardienne de nos droits et de la tradition, devant laquelle tout professeur sera tenu de faire sanctionner ses titres.
Mes confrères reconnaîtront que dans cette institution , est le salut de notre art, la défense de nos intérêts et la garantie due au public.
Du jour où les professeurs de danse seront étroitement groupés autour de leur intérêt commun, c’est-à-dire l’Académie, il sera facile d’établir des règles invariables, qui seront comme la base désormais inattaquable de la danse.. Les. professeurs, membres de l’association pourront recevoir un certificat, duquel se dégagera à la fois une garantie pour le publie, et la consécration autorisée de leur compétence chorégraphique.
Cette sage mesure fermera la porte à tous les intrus, immiscés on ne sait comment, dans une profession qu’ils ignorent. Ou plutôt, car personne ne doit être exclu systématiquement, cela les forcera à apprendre leur métier, s'ils veulent faire partie de l’Académie et en obtenir un certificat.
Un tel état de choses donnerait de la conviction et de l’autorité aux maîtres, comme jadis l’étaient nos aïeux; leur enseignement serait défini, viril et classique. Mais ce sont les élèves surtout, et le public qui y gagneraient ; plus de confusion, plus d'incertitude, nulle crainte d’être mystifié parle premier faiseur venu, qui, ne voulant pas laisser paraître, son ignorance, tranche à tort et à travers toutes les questions, quitte à changer d’avis le lendemain, s’il se trouve en présence d’un connaisseur.
•618 projet r/üNE acaoémie internationale
La méthode dé l’Académie, élaborée après entente par tous les professeurs; pourrait toujours être- consultée comme un guide sûr et immuable.
Dans les salons, les danseurs auraient une tenue correcte; ils prendraient plus dé goût pour un art qu’ils connaîtraient mieux, et la danse classique reprendrait dans la bonne société, la place prépondérante qu’elle t avait autrefois. D’autres avantages ressortiraient encore de cette association, car de l’union naît toujours une vitalité nouvelle et, avec elle, surgissent les movens d’en tirer profit.
L’idée- est lancée; elle doit faire son chemin, mes confrères n’ayant aucune raison de lui tourner le dos. J’ai le ferme espoir qu’ils ne tarderont' pas à lui apporter le fécond concours- de leurs lumières et de leur dévouement.
Si j’ai été amené à signaler les agissements peu- courtois de certains soi-disant professeurs de danse, c’était pour bien mettre sous les' yeux de mes eonfrëres les abus que T Académie auraient à prévenir, mais nullement pour me. plaindre; car ne doit se plaindre que -quiconque est lésé dans ses interets. :
Les miens ne sauraient soufMr d’une- pareille concurrence; ils ne peuvent qu'y gagner au contraire, car cela permet au public, toujours porté à la comparaison, de toueher du doigt la différence existant entre up professeur de danse, et eeluï qui s’aflubie de ce titre.
Cela dit, il ne saurait subsister aucune fausse interprétation : C’est véritablement de l’intérêt supérieur de notre art que je me suis- fait le protecteur.
On pent trouver prétentieux ce nom d’ Académie de danse, d’autant plus que l’Opéra peut passer pour le sanctuaire officiel -de la danse française, mais lenom ne fait rien à l'affaire; notre association est laSociëfé des professeurs ; l'essentiel c-’est quelle garantisse l’intégrité de nos intérêts, qu’elle mette -hors d’atteinte du vandalîsme-de l'ignorance, tes règles de la chorégraphie, et qu’elle crée parmi les professeurs de danse, les confraternels liens de solidarité que l’on voit régner aujourd’hui dans tontes les professions.
Comme l’indique son nom d 'Académie de danse des maîtres et professeurs internationaux , notre société sera ouverte aux professeurs étrangers, car la danse est en faveur partout et nous avons intérêt à faire adopter notre méthode dans - tous les pays. Toutefois, les adhérents étrangers désireux de lancer en France les danses nouvelles, ne pourront le faire qu’après approbation de l’Académie.
Les idées générales que j’émets, résultat d’une longue expérience et d’une pratique de tous les jours, me paraissent devoir constituer de solides bases pour notre association, mais j’admets très- bien que mes confrères peuvent avoir d’autres idées sur les voies et moyens. Toutefois une question sur laquelle l’accord ne peut manquer de se faire, c’est qu’il est indispensable d’assurer les principes de notre art, actuellement menaeé, par des entrepreneurs qui prétendent enseigner ce qu’ils n’ont pas appris.
Pour atteindre ee but, que les professeurs de danse dignes de ce nom ne reculent pas devant le devoir qui-leur incombe. S'ils ont des idées qu’ils n hésitent pas à nous les faire connaître, elles seront discutées, on pourra les utiliser, car- dans l’application mille détails peuvent surgir qui permettront d’user de toutes les bonnes volontés. à
Je fais donc appel à toutes les idées, â tous les bons vouloirs et même .à toutes les critiques. De la discussion jaillira la lumière.
Je me résume, afin de permettre aux professeurs d’embrasser d’un coup d œu ee que serait cette société, et les services qu’elle est appelée à ren-
PROJET D’UNE ACADÉMIE INTERNATIONALE
dre, j’ai fait un premier appel en expliquant grosso modo la nécessité de nous unir, j’ai établi que, faute d’académie de danse, notre art périclite, que les premiers venus s’improvisent professeurs et commettent, a.u nom de la chorégraphie,, de regrettables infractions au savoir, à la logique et au bon goût.
On a pu voir les abus immédiats, auxquels nous pourrions mettre un terme, si nous étions groupés. Les professeurs, membres de l’association, possédant un certificat, des intrus n’abuseraient plus le publie. La danse bénéficierait de règles définies et invariables, et les élèves rie seraient pas les derniers à profiter d’un état de chose qui rendrait l’enseignément plus rationnel, plus efficace et débarrassé de toute fantaisie. . -
Notre association, je le répète, ne saurait à aucun titre, être considérée comme concurrente de l’Opéra, lequel peut passer justement pour l’académie officielle de danse, mais bien une société destinée non seulement â garantir les règles' de la danse, à former des professeurs capables et autorisés, à faire cesser toute hésitation dans l’esprit dm public au sujet des, danses dénaturées, mais encore à créer entre tes professeurs, de bons rapports qui les rendi-ont forts dans toutes les occasions.
Je crois avoir épuisé les arguments en faveur de cette œuvre qui rendrait à notre corporation la prépondérance qu’elle avait autrefois.
Je fais appel à mes confrères, car il est bien évident qu’une entreprise de ce genre n’aboutira, que si quelques professeurs influents veuf lent bien se joindre à moi pour faire tes premiers pas qui, personne ne l’ignore, sont toujours les plus difficiles.
Je eônmatedf avance la réponse de certains maîtres à cette idée. Cela existe depuis longtemps à Berlin, me répliquera M. X... ou Z...
Cette ville organisa, en 1894, une réunion à laquelle un maître fut délégué. . .
— Je pourrais répondre à eela : Cher maître, cela est parfait, mais à quoi ce voyage a-t-il servi ? ou est le progrès qui en est résulté ? où sont . les notes et- remarques- rapportées ?
— Puisque ses efforts n’ont donné que des résultats négatifs, laissez
la place aux jeunes, ils auront peut-être plus de succès, grâce k une société nouvelle et en harmonie avec les aspirations, modernes,, pour laquelle les éléments de succès ne nous manqueront pas.' • P . :
En 1893, Boston a réitéré ce congrès, mais toujours sans solution préerse. . ...
En 1894,, Berlin réunit de nouveau 80 maîtres de tous tes pays. Qu’eu est-if advenu ? toujours -rien. Une semblable réunion devait: également avoir lieu à Paris. Où en est-elle V Voilà où en, est le problème. Eh bien, nons. trouverons' sa solution,, nous-, la nouvelle couche,. comme on nous appelle. L’union de tous; suffit. Notre entente -fera naître les autres éléments de réussite. Les pouvoirs publies ne pourront qu'encourager et approuver eette évolution professionnelle, car- iis; ont tomjàurs poursuivi la bonne éducation et te développement de la jeunesse.
En lions apportant votre concours,mesdames et messieurs, vous collaborerez k la marche- de la bienséance moderne, vers la perfection;. Cette œuvre généreuse, dirigée par des gens déssntéressésy dévoués et honorables, réussira, car elle poursuit te moMe but d’apurer k tous la bonne - tenue, les belles manières, et . le respect envers chacun.. De plus,- ce- sera encore une institution humanitaire, eomnaaie te- prouveront les fêtes et bals donnés au béaéiaeè des: pauvres et des- déshérités:
Aucùn.= de mes confrères ne songera à me contredire; quand; j’aurai affirmé qu’il n’est rien pour défendre nos droits, alors .qu’il existe- des associations professionnelles- pour tes autres- corporations-, leur garantis-
620 PROJET d’une académie internationale
sant appui, protection et solidarité. Parmi les professeurs de danse rien de cela n’existe, et c’est vraiment douloureux de le constater. On m’objectera qu’appartenant à" une profession libérale, nous n’avons pas à nous syndiquer pour défendre ce qui n’est pas menacé, par les fluctuations commerciales. Mauvaise raison que celle-là ; voyez autour de vous si les artistes, les journalistes et les autres professeurs ne le sont pas syndiqués, sous une forme quelconque. Nous avons de réels intérêts à défendre, qui demeurent en souffrance par suite du coupable engourdissement, dans lequel se sont endormis les chorégraphes.
J’espère qu’il suffira de les énumérer pour dessiller les yeux des plus aveugles. Notre union nous rendraient forts et respectés ; à un moment donné nous pourrions secourir ceux d’entre nous qui éprouveraient des revers.
Notre art, morcelé sous le caprice d’un tas de novateurs qui foulent aux pieds les grands principes classiques, y gagnerait la force, l’unité, et le rang qu'il doit occuper à côté des autres arts d’agrément.
Notre association étant une force, pourrait obtenir des conditions spéciales pour que le tableau de ses adhérents figurât dans les journaux, dans le Bottin et tous autres endroits qui attirent l’attention publique.
L’académie veillerait à ce que les créations ne passassent dans renseignement des cours, qu’après avoir été approuvées par elle ; nous arriverions alors à affirmer une danse académique et consacrée.
On aurait tort de croire que l’unification de la méthode de danse, en rendant les études plus faciles, éloignerait de nous les élèves. L'expérience a démontré pour les autres arts d’agrément, que plus un enseignement est simplifié et uniforme, plus il devient populaire.
Ces avantages ne sont pas à dédaigner et il en résulterait bien d’autres encore, tel que celui de recevoir et d’examiner les professeurs dignes de faire partie de l'académie, ce qui leur donnerait plus d'autorité et désignerait au public les dissidents. Pour le rendre plus frappant, j’adresserai le présent discours aux professeurs de ma connaissance, qui voudront bien consigner leurs observations et les faire passer à leur tour dans le cercle de leurs connaissances, car il est bon que chacun puisse donner son idée la-dessus, et que nous arrivions, en nous inspirant des desiderata de chacun, à contenter toutes les aspirations pouvant être satisfaites.
En réponse à ce discours, je prie les professeurs de bien vouloir me communiquer leurs impressions. Tous ceux qui voudront bien me communiquer leurs idées, seront considérés comme futurs adhérents à 1 académie de danse. Je les prie de donner exactement leur adresse, afin qu une convocation ultérieure puisse leur être adressée et que, dans une autre réunion amicale et consultative, nous puissions discuter et établir les bases d’une association destinée à restituer à la danse, la place qu elle occupait il y a cent cinquante ans dans la société française • les professeurs ne peuvent qu’y trouver honneur et profit.
Nous soustrairons ainsi l'art des Vestris, de l’insulte que de soi-disant professeurs, dechets de toutes classes, lui font journellement. Notre enseignement ne subirait plus dans le monde et dans les familles, la déloyale concurrence des principes aussi exotiques que variés.
il ne faudrait pas toutefois mal interpréter mes paroles; ce qui me fait résister aux professeurs étrangers n’est nullement une animosité quelazLwf C<întle ?ur Personne- c"est uniquement la danse française que je chez elle tant P1S P°Ur CeUX qui viennent la méconnaître et l’attaquer
Il n'y a donc pas contradiction entre le désir d’admettre les choré- ;
PROJET D’UNE ACADÉMIE INTERNATIONALE
graphes, étrangers dans notre société, et ce qui précède relativement à l’enseignement désastreux de quelques-uns, pour notre art national.
Les professeurs étrangers pourront appartenir à notre académie et exercer leur enseignement en France, à la condition d’y respecter les danses et les usages. Quant à leurs danses et créations, ils ne pourront les lancer qu’après autorisation de la société. Il leur sera interdit de dénaturer nos danses classiques. Nous maintiendrons ainsi haut et ferme, le drapeau de la danse française, et particulièrement de la valse, la plus poétique des danses, qui, avec sa promenade, son boston et son balancé, si éminemment français, doit nous demeurer intacte.
D’ailleurs le même respect des usages nationaux, s’impose aussi bien à nos compatriotes résidant en pays étrangers, qu’aux professeurs jouissant de l’hospitalité française. Vivant ainsi dans un réciproque respect de nos droits, nous deviendrons forts parce que nous serons unis, et considérés parce que nous inspirerons confiance.
Le Progrès , auquel je collabore depuis dix ans, est là tout disposé à devenir le lien qui maintiendra l’union et l’harinonie parmi' nous. D’ailleurs, je me suis également assuré le concours des principaux journaux parisiens pour appuyer, et faire réussir l’œuvre projetée.
Nos efforts communs, dirigés vers un but unique, triompheront sûrement du danger exotique. Du reste, la Parisienne, qui brille partout par. sa grâce et son élégance, se ressaisira à temps, pour discerner le bon du mauvais et nous aider au succès.
Ge sera une belle victoire pour la chorégraphie, dont il me plaît, par avance, de faire honneur aux dames. Voilà, messieurs, tout ce que j’avais à dire. Je crois qu’une société ainsi établie est le seul moyen de vivre en bonne harmonie avec tout le monde, dans une solidarité fraternelle, en même temps que nos travaux respectifs se trouveront garantis, par un mutuel respect contre toute tentative de démarcation.
En terminant, je rappelle que l’académie accueillera avec plaisir les conseils et les observations que les professeurs voudront bien lui transmettre, car elle doit être l’œuvre de tous et nous survivre pour la plus grande gloire de la danse.
Soyez persuadés mes chers confrères, qu’en créant notre société, j’ai l’intention de faire une œuvre durable. Si la maladie, l’âge ou la mort m’en séparait, l’œuvre que nous édifions ensemble n’en subsisterait pas moins. Vous seriez là, pour faire vivre une société qui est plutôt le patrimoine de tous, que l’œuvre d’un seul.
E. Giraudet.
Voici maintenant le projet du