‹ Traité de la fièvre jaune (volume 2)Chapitre 22 sur 22 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

Sur un Mémoire relatif à la conta^n dé la fièi^re jaune ^ par M, le docteur DEVÈZE.

JN o u s avons été chargés par lacadémie , MM. 'Portai , Pinel et moi , de lui rendre compte dhin mémoire sur cette question : Lajièv^re jaune est-eUe conta* gieuse ? que M. le docteur Devèze lui a communi* que dans la dernière séance du niois de décembre dernier. Nous venons nous' acquitter de cette commission.

Quelques efforts que les médecins aient îàits )usqu^à ce jour , ils n*ont pu déterminer d^une manière irrécusable si la fièvre jaune était ou n'était pas contagieuse ; elle L'est toujours suivant les uns ; d'autres pensent qu'elle le devient seulement dans quelques

circonstances ; enBli i plusieurs observatenn , rejetant i la fois ces deux opinions , attribuent la naissance et la propagadoQ de la maladie à des causes indépendantes de la contagion.

Cette demièreopinion fut embrassée par M. Deyèie en 1793. Elle éuit fondée sur le résultat de plusieurs observations qu*il avait faites pendant quinze ans d*une pratique étendue à Saint-Domingue , où la fièvre )auue règne presque constanmient d'une manière sporfldique ] c'est-à-dire, où elle semble se dérelopper spontanément chez des individus isolés. L'intensité de l'épidémie qui ravageait alors Philadelpliie, lui fournit aussi Toccasion de recueillir dans la vilte^ et à Tbôpital de Bush-Hill , de nouvelles observations sur cette maladie. Ce fut encore à PhiladelpUe <^'il put crfiaerver les divers caractèrei^ de la mèoe maladie en 1794» 96 ^ 96, et surtout en ijgT, ^ vérifier les observations qui avaient servi de bseà l'opinion qu^il s'était formée. Depuis cette époque, M. Devèze n'a pas eu occasion de voir cette cruelle maladie ^ mais il a consulté les nombreux ouvrages publiés sur cette importuite matière ; et aujourd'lini , après avoir* médité ses savantes reclierches , après une étude attentive des faits recueillis et des opinions émises par divers auteurs , il reste convaincu que la fièvre jaune n'est pas contagieuse , et que son developpement et sa propagation sont le résultat d'une ù^ection,

ISinfectiqn y suivant TauLeur du mémoire que oon^ analysons ^ « est un mode morbifique ^ar lequel un

» centre de patrëfaction lionne & on individii ^ 8oa« » mis i son influence , la prédisposition à contracte^ D une maladie d^une nature particulière , ou bien » occasione la détermination de cette maladie p 9 quand Tindividu y est àé]^ pré^ppsé. s>

Les maladies par jbjfection auront pour carac* tères constans de prendre leur origine dans tous les lieux soumis a Tinfluence d'un cetitre de putréfactioio f et jamais hors de ces lieux, de pouvoir atta-* quer un gnmd nombre de personnes en inème temps , et flans qu'elles aient eu communiçaiion ni enfi^ elles , ni avec d augres déjà atteintes de Ja maladie quelles contractent^ eoËn, de se changer facile^ ment les unes en les autres , .et 4'étre soumises i Taction immédiate de la chaleur atmosphérique , et influtncées par Taction relative des eaux et des vents»

La contagion est au contraire un mode de maladie

par lequel un individu atteint d'upe affection mor-

bifique la communique à un autre , au moyen d'un

virus attaché aux corps solides ou suspendu dans

l'atmosphère.

Si l'on considère alors que la fièvre jaune ne peut naître que dans les climats chauds , ou dans les saisons chaudes des climats tempérés ; qu'elle se manifeste de préférence dans le voisinage des marais , et dans les lieux où il existe dé grands rassemUemens d'hommes et de matières animales en putréfacticm f qu'elle commence ses ravages dans les quartiers déâ villes les plus basses et les plus malsaines ^ gu^en outre on rCa pu pan^enirà constater un seul cas dans

hi/uelle dé^hppenkent de Jajièure dût être mM à Vimportance (Tun virus contagieux ; ou ne pourra disconvenir» dit Tauleury qae Ibl fièvre jaune ta soit le résuhat (Tune infection.

Si Ton ajoute qa*on a vu cette maladie Bsdtre dans un point, y stationner quelque temps, parcourir successivement ks quartiers les plus malsains des villes y s'arrêter devant les places publiques elles Keuxspacieux , n'atteindre le côté opposé qu-en disant un long détour , être soumise- à rinflu^nce des Variations de l'atmosphère , apparaître avec les chaleurs , disparaître avec elles, n'abandonnant les quartiers humides que les derniers , et ne différant d'ailleurs de quelques autres maladies-, par infection, que sous le rapport de l'intensité des symptômes ; cette opinion semble acquérir quelques degcés de force et de certitude.

Nous allons rappeler les faits principaux que Fauteur cite pour prouver que la fièvre jaune ne peut jamais devenir contagieuse.

i^. Dans tous les pays où la fièvre Jaune règne habituellement , il est des lieux où elle ne se développe jamais que sur les personnes qui en ont apporté le germe du foyer d'infection.

a"". Sous les climats tempérés , la maladie ne se répand pas dans les campagnes ^ les qjaartiers élevés des villes en sont souvent exempts , lorsque ce fléau ravage les rues basses et humides.

S'.. Dans les hôpitaux bien situés y la fièvre jaQue

me se montre que sur les individus qui en étaient^d^ fectés lorsqu'ils y sont: entrés.

' J^"".: I^-hnit personnes sont allées mourir à ÂlGala^ de los Panaderos j de la fièvre )aime: qu'ils avaient contractée à Séville ^ aucun ^es habitans d^Alcala n en fat attaqué* On ci|e plusieurs faits analogues.

5^. Enfin, jamais ^ suivant l'a^^eur•, on n'a- pu inoculer ou produire volontairement ht fièvce jaune..

Après avoir rapporté ces faits négatifs , Tauteur. discute ceux que plusieurs médecins ont cités à l'appui de la contagion de la fièvre jaune, ^..conclut , de cet esamen , que y parmi ces derniers , il n'en est aucun qui. ne paisse être facilement expliqué , si toutefois il est exact ^ eU' admettant que* cette cruelle maladie est le résultat d'une infection»

M; le docteun Devèze , dont la modestie égale lea vastes connaissances sur ce sujet , respectant les opinions des médecins qui ont. admis que la fièvre jaune est contagieuse y propose de soumettre son. opinion , et celle de ses antagçxiistes au jugement d^hommes éclairés , que lè gouvernement appellerait k faii'e de nouvelles observations, et àtenter de nouvelles expériences dont les résultats ne pourraient plus être contestés.

Vos commissaires ont été firappéé dU ton de firanchise et de conviction avec lequel* M. lé docteur Devèze s'est constamment expliqué dans son méknoire.

Sans admettre l'expression dontràuteur s'est servi polir rendre l'idée qu'il s'est formée de cette particularité de la maladie, qui,. sans être contagieuse^.

Sio'

lerait par infectÙM , ils «▼ooeat ipi'îis eoo^mà cette modification ; mais <{M la définicioD jdn moiifi* fecthn , qne raulenr donne ^ en loin de présenter une idée précise dn sent ijo'fl loi attadie.

Ce mémoire , réanhat d'one grande expérience, et d'une pratique éclairée , renferaie des biu cnrien dont il seodyle résulter que la fièvre jaone, qoe quelques auteurs affirment être contagieuse , ne k serait pas du tout, au moins dans le sens qa'oo attache en général à ce mot , parce que M. Derèze distinguerait cette sorte de contagion locale, et qô ne se transporterait pas sous le nom nouveau, an moins dans cette acception spéciale ttig^eedon\ usdis que , suivant Texpression presque généralement adoptée, de maladie contagieuse , on entend use affectioiT morbifique qui se communique d'un in^vidu à un autre, et continue de se transmettre ainsi dans tous les lieux où Tindividu attaqué penten ter le germe (a).

{a) Ce dernier paragraphe» ne doooe pas une eiActf de ce que j'entends far^ù^cfzon , et j'ose aviit que les personnes qui auront lu mon ouvrage avec f^ que attenjtion s'en apercevront. aisément. Loin dédire que rinfection est une sorte de contagion , j'ai fait toe^ jfxes çfforts pour prouver au contraire que ces deux modes morbîfîques sont tres-différens Tun de l'autre; et f pense l'avoir assez prouvé en effet par les détails ^ lesquels je suis entré , pour me dispenser d'j revenir es* core. Cependant il me semble utile de rappeler ici »

5ii

Suivant le vœu de Tauteur, nous proposons à Tacadémie , qui ne peut manquer d'accueillir ce tra« vail, de le transmettre au gouvernement , auprès duquel il vient d^être formé une commission spéciale , BOUS le nom de comité sanitaire.

Signé "PoKTkJL y PiNEL , DuxÉRiL , rapportcur.

L'Académie approuve le rapport et en'adopte les conclusions.

Certifié conforme à Toriginal :

Le secrétaire perpétuel , conseiller Jetai y cheî^alier de l'otàre rqyat de la légion^éChormeur ,

Baro^ CUVIER.

différence essentielle que j'ai mise entre eux , savoir; qne le principe de la contagion est toujours produit sur un être vivaM , et par une maladie qiiil a la faculté depro* duire à son tour; tandis que le principe de Finfection est toujours produit pew des corps organisés en état de décomposition , et qu'iY ne peut être produit , en aucune manière ^par la nudadie qiiîL afail ntiltre. ,

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