‹ Traité de la géométrie descriptiveChapitre 4 sur 397 · AVANT-PROPOS. VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. VII

on le fait tourner dans l'espace, si on le projette sur des plans dont aucun ne soit horizontal, l'esprit a quelque peine à se le figurer, et les tracés, quoique aussi simples sous le rapport géométrique, deviennent moins faciles à saisir (i). »

Je suis convaincu que quiconque aura essayé de résoudre des problèmes de Stéréotomie en changeant les plans de projection reconnaîtra la justesse de ces considérations. Du reste, c'est aux défenseurs de la méthode de montrer qu'elle se prête facilement aux applications ; ils doivent préparer pour les différents arts graphiques des Traités qui puissent remplacer ceux qui sont généralement adoptés. Jusqu'à ce que ce travail soit fait, je crois que tout professeur sérieusement préoccupé de la pratique restera attaché aux anciens procédés.

J'ai parlé de la méthode du changement des plans de projection comme si elle était nouvelle, mais en réalité elle date du xvne siècle. Je n'accuse pas M. Olivier de plagiat; je suis parfaitement convaincu qu'il ignorait cette circonstance, et je reconnais qu'il a donné h la méthode des développements considérables; mais Abraham Bosse a publié, en i643, un Ouvrage où, d'après Desargues, il donne des tracés pour l'appareil des voûtes simples en changeant les plans de projection (2).

Ce Livre, qui d'ailleurs est assez obscur, na pas été bien accueilli par les praticiens, qui ont repoussé la manière de Desargues. Plus tard Frézier a exposé la méthode avec clarté dans son Traité de Stéréotomie, mais elle n'a pas été mieux accueillie (3). Enfin Monge n'en a donné aucun exemple dans la collection des épures de l'École Polytechnique. Le changement systé-

(1) Ce passage est extrait textuellement de mon Discours sur VArt du Trait, Remplaçant M. Olivier au Conservatoire des Arts et Métiers, je devais dire pour quels motifs je n'adoptais pas sa méthode.

( a ) Pratique du Trait à preuves de M. Desargues.

(3) La phrase suivante de Frézier fait connaître comment cet auteur apprécie la méthode de Desargues :

a C'est proprement dans ces sortes de traits et les suivants que la méthode de Desargues est intrinsèquement différente de l'ordinaire des auteurs de la coupe des pierres; mais, bien loin de la trouver ridicule comme eux, je lui donnerais la préférence sur toute autre, si elle présentait un peu plus distinctement ù l'idée les avances et les reculements des surfaces des panneaux, dont les figures sont un peu difficiles à trouver et à reconnaître dans leur place ; c'est la seule raison qui m'a empêché de la suivre.

VII! AVANT-PllOrOS.

matique des plans coordonnés pour la solution des problèmes était donc jugé et condamné quand il a été proposé par M. Olivier. Si cependant cette méthode a été bien accueillie par quelques professeurs, qui peut-être ne connaissent pas l'ancien trait, c'est qu'elle s'est adressée à des géomètres, et non à des constructeurs, qu'elle s'est occupée de problèmes abstraits, et non d'applications.

Quand on étudie les tracés ordinaires de la Stéréotomie, on reconnaît qu'ils reviennent quelquefois à un changement des plans coordonnés, mais par des opérations partielles, et de manière qu'il soit toujours facile de suivre les grandeurs dans l'espace, en sorte que, suivant l'ordre logique du développement de l'art, les procédés usuels doivent être regardés, dans plusieurs circonstances, comme un perfectionnement de la méthode trop mécanisée de Desargues.

Je consacre un paragraphe au changement des Plans de projection, parce que ce procédé peut être utile dans quelques cas exceptionnels.

Il y a plus de soixante-dix ans que Monge a constitué la Géométrie descriptive; il est naturel de se demander si, depuis cette époque, la connaissance des arts graphiques s'est beaucoup répandue. On le croit généralement, d'abord parce qu'on suppose que cela doit être, et ensuite parce qu'il existe un grand nombre de dessinateurs fort habiles à représenter par des figures géométrales les machines et les édifices les plus compliqués. Mais la question que j'ai posée ne concerne que le Trait, c'est-à-dire les tracés qui, tels que ceux de la Perspective et de la Stéréotomie, ont besoin d'être justifiés par quelques raisonnements géométriques, et qui d'ailleurs sont liés à un ensemble de connaissances pratiques.

Il serait difficile d'avoir une réponse certaine : je me contenterai d'énoncer mon opinion, non pas sans doute avec la pensée de trancher la question, mais pour appeler l'attention sur un point important. Je crois qu'il y a une certaine décadence relative; ainsi, en examinant un grand nombre d'édifices dans différentes parties de la France, je suis arrivé à conclure que le nombre des bons appareilleurs est maintenant moins grand, eu égard à la

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