‹ Traité de la lumière, t.2Chapitre 121 sur 170 · À ES [°3 ” F · texte numérisé non relu

À ES [°3 ” F

de cuiyre, le bleu devient promptement plus foncé et moins blanc; ce qui ne peut provenir que de l’absorption des rayons rouges et jaunes, qui lui donnaient une apparénce de blancheur. Pour bien saisir Ja force de cet argument, il faut considérer que, bien qu’un liquide rouge ou bleu foncé paraisse opaque par rapport à la lumière blanche, dont'il absorbe tous les rayons , sauf les rouges ou les bleus , cependant il peut être regardé comme parfaitement transparent par rapport à la lumière bleue ou rouge , qu’il traverse librement, Rien n’est plus remarquable, pour ceux qui font l'expérience pour la première fois, que l’imperceptible diminution d’intensité que subit un rayon de lumière rouge homogène en passant au travers d’une grande,épaisseur d’un liquide rouge, particulièrement quand le rayon primitif est produit par la transmission au travers du même liquide: rouge : c’est pour cela que la couleur, d’un verre de vin. rouge est: presque aussi foncée que celle da vin contenu dans la (raide la plus large du flacon.

Un grand nombre d’expériences démontrent, que la lumière jaune existe dans toutes les parties de l’espace rouge da spectre, Eu se servant d’un prisme de vin d’Oporto de 50°, ou.en regardant le spectre au travers d’une certaine épaisseur de baume dé soufre, de baume du Pérou, de poix, où de mica rouge, on peut voir directement la lumière jaune à la ligne marquée C. par Fraunhofer, qui est assez avancée dans l'intérieur de l’espace rouge; et pour l’action absorbante de ces quatre dernières. substances , la totalité de l’espace rouge preud une teinte jaunâtre, provenant de l’absorptiou-de la lumière bleue: Le même effet est ‘produit, mais d’une manière moins frappante , lorsqu'on transmet la lumière de l’espace rouge au travers de certaines oublies transparentes, jaunes, orangées et vertes, qui, absorbant toutes de la lumière bleue, donnent à tout l’espace rouge une teinte orangée, c'est-à=dire :contenant de la lumière jaune. À l'appui de l’opiniou qu'il existe des ‘rayous:jaunes

dans toutes les parties d’éspace rougé, je puis citer une expériencé accidéntelle de sir W. Herchel (r), qui eut l’occasion de voir le spectre prismatique réfléchi par du cuivre poli. « La couleur du cuivre, dit-il, donne aux rayons rouges l'apparence de l’orangé et la couleur orangée est aussi différente de ce qu’elle doit être. » Il résulte de ces observations que la lamière jaune doit se distinguer dans tous les espaces colorés, sauf le violet, où je n’ai pu encore la trouver; mais cela ne peut nous surprendre , si nous preñons en considération la grande faiblesse des rayons violets, et la facilité avéc laquelle ils sont absorbés par des milieux de presque toutes les couleurs. Le sulfate de cuivre et d'ämmoniaque bleu foncé même absorbe presque la totalité dé l’espace violet, et le vert bleu azuré à peu près la moitié, en sorté qu'il estextrèmement difficile de le soumettre à l’action partielle dés meilleurs absorbants.

Il est évident, même pour l'œil, que la lumière bleue existe dans les espaces violet, indigo, bleu. et vert, qui ocpent 247 sur 560 parties du spectre, c'est-à-dire plus des deux tiérs de sa totalité. Quand les rayons les plus refrangibles sont absorbés par une certaine épaisseur de baume de soufre, de baume du Pérou , de poix, ou de mica rouge, le bléu mêlé avec le jaune et formant le vert peut être distingué très près de la ligne C de Fraunhofer, qui est fort avancée dans l’espace rouge. L'existence du bleu dans tout Péspace rouge est démontrée par les mêmes arguments que ceux dont on s’est servi pour la lumière jaune : çar quand l’espace rouge prénd une teinte orangée par l’action absorbante de certains milieux jaunes , orangés et verts, ce changement ne peut'être dû qu’à l’absorption de la lumière bleue.

Ayant ainsi prouvé que la lumière rouge, jaune et bleue,

mo,

(3) Philos. trans. , 1800, t. XC, p. 255.

existe dans presque toutes les parties. du spectre, je, vais confirmer cette opinion en montrant que la lumière blanche peut être partout séparée du reste.

Quand nous regardons le spectre au travers d’un verre bleu d’une certaine épaisseur, nous isolons l’espace jaune, qui paraît alors d’une teinte très riche. Si l’on-augmente l'épaisseur du verre, ce jaune composé prend la teinte pâle, couléur de paille, de la flamme monochromatique produite par la combustion de l’alcool et de l’eau, ou d’une solution alcoolique de sels. Une épaisseur encore plus grande du verre produit une bande d’un blanc verdâtre, qui devient d’un blanc rougeâtre si l’on change le bleu du verre. Si maintenant on mêle une solution de sulfate de cuivre, qui agit sur les rayons du côté rouge de l’espace jaune, avec de l'encre rouge délayée, qui agit sur les rayons du côté bleu du même espace, on réduira les rayons de cet espace jaune à une lumière presque blanche, avec une légère teinte de vert quand le sulfate de cuivre est en excès, etune légère teinte de’ rouge quand c’est l’encre rouge. La séparation de la lumière blanche peut très bien étre effectuée an moyen de quelques verres bleus azurés; et dans quelques cas, la pureté de la lumière peut être augmentée par une solution de sulfate de cuivre.et de fer, ou même par un verre vert. La lumière blanche mise en évidence peut être rendie jaune par lemoyen d’une oublie jaune transparente, qui absorbe quelques uns de ses rayons bleus, et elle peut être rendue verte par une oublie verte transparente, qui ab. sorbe quelques uns de ses rayons rouges.

Il résulte de ces expériences que la lumière blanche, composée de rayons rouges, jaunes et bleus, existe dans les parties les plus lumineuses du spectre, et peut être séparée par l’absorption de la portion de lumière jaune, ou d’autre couleur, qui excède ce qui est nécessaire pour former la lumière blanche. Un prisme d’un grand pouvoir dispersif ayant été employé, ce fut une chose singulière et particulièrement in-

téressante que de voir, pour la première fois, un rayon de lumière blanche formé de rayons rouges ; jaunes et bleus, d’égale réfrangibilité, et ne pouvant êire analysé-par larefraction: prismatique. ;

Ce qui précède ne contient que quelques unes -des nombreuses expériences que j'ai faites sur l’action absorbante des cristaux naturels et artificiels, et de divers liquides et.solides non cristallisés qui sont teints d’une couleur naturelle. J’en ai fait, daps le courant del’hiver (1831), quelques autres sur les sucs colorés de queiques plantes de serres, que M. Forbes avait eu la bonté de préparer pour moi, et je m'attendais à obtenir par ce moyen, dans le courant de l'été,

une séparation plus frappante de quelques unes des cou-"

leurs simples que celle que j'avais: effectuée précédemment avec les substances dont je pouvais disposer. Impatient, toutefois, de procéder aux expériences, j'ai essayé de suppléer jusqu’à un certain point à ces liquides absorbants, par un principe subsidiaire d'analyse , qui dans ses applications pratiques a surpassé mes plus grandes espérances , et m’a fourni les moyens non seulement d'analyser les corps naturels, mais de déterminer les causes qui ont donné naissance à ces couleurs. L'exposition de ce principe et de quelques autres de ses applications, sera l’objet de mémoires spéciaux, et je me bornerai pour le moment à cette seule remarque : c'est qu’en appliquant cette méthode d'absorption à la décomposition des rayons solaires, j'ai été à même de séparer la lumière blanche dans l’espace orangé et dans l’espace vert, et j'ai obtenu ainsi la, preuve la plus complète de l'analyse particulière de la lumière blanche que j'avais pour but d'établir dans ce mémoire.

Par le moyen de cette analyse, nous pouvons maintenant expliquer le phénomène observé par ceux qui sont insensibles à certaines couleurs particulières. Les yeux de ces personnes sont aveugles pour la lumière rouge; et quand nous scustrayons tous les rayons rouges d’un spectre formécomme nous

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