‹ Traité de la paralysie générale des aliénésChapitre 60 sur 126 · FOLIE SIMPLE AVEC EXCITATION · texte numérisé non relu

FOLIE SIMPLE AVEC EXCITATION

alteinte A^ folie simple {folie hystériquey par exemple), elle peut être atteinte de délire alcoolique, elle peut être en proie aune attaque de folie congestive. Ceci étant, que nous importe de savoir qu'elle présente de la manie! Cette notion ne nous fournit aucune indication, ni pour le diagnostic, ni pour le pronostic, ni pour le traitement. Pour que le mot manie subsistât sans inconvénient, il faudrait en changer la signification, 11 faudrait en faire le synonyme de folie simple avec excitation, c'est-à-dire folie ne reconnaissant pour cause aucune lésion défmitive du cerveau (folie hysté^ rique, par exemple) ; mais on ne change pas d'un jour à l'autre la signification d'un mot, surtout quand ce mot a été consacré par une autorité comme celle d'Esquirol. Aussi voudrions-nous, non pas le changer, mais le supprimer, de la même façon qu'en chirui^ie on supprime tous les jours des instruments qui ont été remplacés par des instruments meilleurs, sans pour cela que le mérite des premiers inventeurs soit le moins du monde atténué.

Ce que nous disons de la manie s'applique exactement aux autres formes décrites par Esquirol, à la lypémanie par exemple.

Il est des lypémanies qui sont liées à un état névropathique ; nous voudrions les entendre appeler : folies simples avec dépression. Il en est d'autres qui sont liées à la péri-encéphalite chronique. On devrait les appeler paralysies générales des aliénés, ou folies paralytiques à forme dépressive. Or, la fâcheuse habitude qu'ont la plupart des médecins de ne considérer que les troubles intellectuels fait que beaucoup, en face d'un fou paralytique avec délire lypémaniaque, ne voient qu'un aliéné lypémaniaque. Nous avons déjà développé cette idée, avec preuves à l'appui.

2"" Diagnostic différentiel entre la folie paralytique et la folie simple dépressive. — Il est des cas où la constatation du trouble intellectuel ne peut fournir absolument aucune donnée pour le diagnostic : c'est alors qu'il est essentiel de rechercher les troubles somatiques, qui sont le plus souvent peu marqués, parce que la maladie est à son début : nous voulons parler des cas où on rencontre de la stupeur j avec impossibilité de faire parler les malades et d'obtenir d'eux aucune espèce de renseignement (1).

Si cet état de stupeur ne durait que quelques jours, on pourrait

(1) Voy. plus haut la description du délire mélancolique avec stupeur, p. S6.

attendre et faire le diagnostic ultérieurement; mais il n'en est pas ainsi ; parfois on voit la période de stupeur se prolonger pendant des semaines et des mois. Il est donc essentiel de faire le diagnostic le plus tôt possible, parce que du diagnostic découle le traitement à employer ; et en effet, qu'on suppose une malade atteinte de stupeur mélancolique, refusant absolument de manger et de parler, et cela pendant une longue suite de jours ; si cette malade est une aliénée simple (une hystérique, par exemple), il faudra l'alimenter, et de force, s'il le faut, la tonifier, la traiter de bonne heure par la morphine ; on pourra ainsi en un temps limité faire disparaître les hallucinations qui causaient sa stupeur. Si, au contraire, cette femme est une paralysée générale, sa stupeur est due à un travail encéphalique de nature inflammatoire, et il faut employer un traitement antiphlogistique énergique (1) et se garder de donner une alimentation substantielle.

S"^ Diagnostic différentiel entre la folie paralytiqtie et la folk congestive. — Nous avons cherché, dans nos leçons faites à la Salpôtrière en 1869 (2) à distinguer la folie congestive de la paralysie générale, et en particulier de la folie congestive telle que l'entend Baillai'ger (3), que nous regardons comme déterminée par de la méningo-encéphalite; tandis que dans les autopsies que nous avons faites d'aliénés atteints de ce que nous appelons folie congestive, les lésions diffèrent de celles de la méningo-encéphalite (4). Les altérations ne sont pas de nature inflammatoiiv, il n'y a pas d'adhérences cérébro-méningées.

Ces malades ont la physionomie altiôre, le regard méprisant, les yeux égarés, les gestes vifs, et un caractère de dignité dans le maintien. La parole est vive, brève, scandée, rapide; il existe d(*s hallucinations multiples qui conduisent à des idées de persécution et à des idées délirantes qui concordent avec l'habitude extérieure ; l'ensemble de l'aliéné est pour ainsi dire homogène. Le délire dans la folie congestive diffère de celui de la paralysie gé-

(1) La mélancolie et la stupeur vésaniques peuvent s'accompagner de congestion trsn^'toirc primitive ou secondaire; on la reconnaîtra par l'exploration thermoméirique d^ parois de la tèlc, par Taspect de la face. Le traitement doit être institué en vue de coaibatlre cet élément congestif (voir mon Mémoire, Bull, de théropeutîque, janvier et février 1876), avant d'employer une médication antispasmodique.

(2) Union méd., 16 septembre 1869.

(3) Appendice au traité de Griesingcr, p. 676 à 736.

(4) Union médicale, 16 septembre 1869. p. 4(ï».

FOLIE CONGESTIVE. tm

nérale, en ce qu'il est coordonné, en ce qu'il est en harmonie avec rhabilus extérieur. Le fou congestif a conservé la syllogislique, La démence ne se produit que lentement, comme dans la folie par vésanie.

Chez eux, la mémoire est absolument conservée; ils se rappellent exactement toutes les circonstances de leur vie avant leur maladie, et celles qui se sont présentées depuis son début.

Cette particularité les distingue essentiellement des paralysés généraux; de temps en temps, et ceci les différencie des folies névropathiques j ils ont de petites poussées congestives suivies de phénomènes apoplecti formes et de petites attaques épileptiformes caractérisées à peine par un grimacement et une perte légère de connaissance; c'est là un des symptômes communs à la folie congestive et à la paralysie générale.

Dans la folie congestive, les autres symptômes somaliquesde la paralysie générale manquent absolument; ainsi on ne constate ni embarras de la parole, ni tremblement des lèvres, ni inégalité pupillaire, ni fièvre, ni perte de l'odorat. Mais la folie congestive et la paralysie générale présentent comme caractère commun l'hyperlhermie des parois de la tête. En effet, il nous est arrivé fréquemment d'observer chez des malades atteints de folie congestive et de paralysie générale, et qui n'avaient pas de fièvres, les températures suivantes : Bregmatique, 38 degrés (la normale maximum est 36 degrés). Post-auriculaire, 37",8 (la normale maximum est 34 degrés). Temporales, 38 degrés (la normale maximum est 35 degrés). Iniaque, 41 degrés (la normale maximum est 36 degrés.

Ces malades se font remarquer par l'intensité et la constance des hallucinations, et par une sorte d'éréthisme et d'émotivité singulière. C'est ainsi qu'on ne peut pas faire de bruit, remuer brusquement une chaise, sans qu'ils tressaillent; ils sont impressionnés comme s'ils recevaient des commotions électriques; c'est de là que naît chez eux si facilement la croyance à des pratiques de physique; ils expliquent par l'électricité, parle magnétisme, les sensations bizarres qu'ils ressentent.

En cela ils se rapprochent de certains aliénés simples.

Ces malades sont extrêmement difficiles à soigner; ils sont quelquefois dangereux; ils détestent profondément les médecins qui

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les traiten l, méditent et préparent de mauvais coups, n'ont que des paroles d'injures pour les personnes chargées de les soigner ou de les garder, quelle que soit la douceur avec laquelle on procède; ils diffèrent en cela des aliénés simples, qui résistent parfois aux traitements, mais qui n'ont pas de ces haines vigoureuses et persistantes ; ils diffèrent bien plus des paralysés généraux, qui se laissent d'habitude soigner sans résistance, qui se laissent apaiser par des paroles de conciliation.

La folie congestive ainsi comprise diffère essentiellement de la paralysie générale. Elle n'est pas la folie simple ou vésanique, elle est encore moins la première période de la paralysie générale. Le diagnostic n'est pas toujours facile, mais il est ordinairement possible après un certain temps d'observation. On s'appuiera pour le poser sur les caractères du délire, sur la conservation de la mémoire, sur l'absence, sauf l'hyperthermie crânieuse, de signes somatiques, et sur l'absence de fièvre, sur la lenteur d'évolution de la maladie et l'apparition tardive de la démence. La folie congestive, en effet, a une durée indéfinie, tandis que la paralysie générale évolue dans un temps donné.

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