CH4PITRE IX
Éti0lofl«. — Pathofféiile.
Tout ce que nous avons déjà vu prouve surabondamment que la paralysie générale est liée à un état congestif ou inflammatoire de l'axe cérébro-spinal, prédominant dans la masse encéphalique. En effet : 1" L'anatomie pathologique nous a démontré que dès le début il y avait dans les capillaires cérébraux de la fluxion, et qu'il se faisait une exsudation autour des vaisseaux congestionnés; qu'à une période plus avancée le processus atteint les limites d'une véritable inflammation avec formation môme de fausses membranes. Lorsque la maladie évolue suivant le mode aigu, l'inflammation peut être telle, qu'en quelques jours un ramollissement Irès-étendu et très-profond en soit la conséquence, telle qu'il y a même et rapidement de la méningite suppurce. En un mot, tous les degrés qui existent entre la simple congestion et l'inflammation la plus aiguë se rencontrent dans la paralysie générale, suivant qu'on a affaire aux formes lentes ou aux formes rapides, ou qu'on étudie la maladie à ses diverses périodes.
Les symptômes de la paralysie générale indiquent également une affection inflammatoire. Sans parler des attaques de congestion cérébrale qui ont été si souvent notées, longtemps même avant le début de la folie paralytique , il nous suffit de passer en revue les principaux symptômes de la maladie confirmée, pour prouver qu'ils appartiennent bien à une affection d'origine inflammatoire. L'existence de la fièvre, môme dans les formes chroniques, est de tous les symptômes le plus important pour la démonstration*
2* Presque toutes les complications sont en rapport avec des
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poussées congestives, nous l'avons suffisamment répété et li montré.
S"" L'utilité incontestable d'un traitement antiphlogistique [\\h ou moins sévère, suivant les formes de la maladie, mais appli* aiv à tous les cas, surtout au début, est encore une preuve en faveu; i l'opinion que nous soutenons, opinion qui est d'ailleurs aeoêjir et défendue depuis longtemps par la plupart des auteurs qui 2: étudié la paralysie générale.
A"" Les noms de périeiicéphalite (Calmeil), à'arachnhU. -: inthwujUe chronique (Bayle), de cérébrite^ A' encéphalite iniù w lielle diffuse (SlR^ïian) y etc.^ etc., prouvent que tous les aul :: ont reconnu dans la paralysie générale un processus inflaniiM toire. Aucun n'admet plus maintenant la paralysie général tant que simple névrose, comme le faisait Lélut. Broussais, L mand, Parchappe, Guislain, Baillarger, Lasègue, Meyer,onta: -. reconnu cette vérité scientifique, qui nous semble incoDte>ii . Marcé parait porté à admettre plutôt une congestion chi\^;.:,: qu'une véritable inflammation ; mais ce sont là des nuances, :■ en somme, la congestion n'est souvent que le premier staJ- i. processus. Seuls, certains auteurs allemands, Salomon, MenL.; . considèrent la paralysie générale comme due à une dt,. ' ' rescence.
Il est certainement très-intéressant de savoir que loul« - ' ^ manifestations dont l'ensemble constitue la paralysie général' ^ aliénés sont en rapport avec un élément inflammatoire. Or, <]•• est la cause de ce processus congestif ou inflammatoire ?qn ^ sont les causes de ses recrudescences, de ses disparitions ni^!: '• tanées? Pourquoi dans tel cas le processus a-t-il une acliviléi qu'il amène soit une véritable sidération, soit une mort ra|;: tandis que dans d'autres circonstances il sera susceptible à .; évolution lente avec des temps d'arrêt? Voilà ce qu'il serait i: intéressant de savoir ; c'est là le problème pathc^énique que i: * voudrions pouvoir élucider.
Pour aborder avec quelque fruit cette étude, il fautpiirii» :^ données que nous fournit la pathologie générale sur rhy|)erhéii^ c'est-à-dire qu'il faut pour un instant laisser de côté reuct}! et considérer l'hypiîrhémie dans les divci^s tissus qu'elle p • atteindre.
LOIS DE L'UYPERUÉNIE. 305
C'est la meilleure façon de bien compi^ndre ce phénomène et d'en saisir les lois.
Une fois que nous aurons entrevu les lois, nous tacherons d'en étudier le mécanisme, el ensuite nous nous eflbrcerons d'arriver à la notion des causes intimes.
Après avoir fait cette excursion dans le domaine de la pathologie générale, nous reviendrons sur notre terrain et nous nous attacherons à atteindre les causes de Thyperhéraie encéphalique* La phrase suivante d*Andral peut nous conduire à la connaissance des lois de Thyperhémie ; on croirait, à le lire, qu' Andml avait en yue la congestion encéphalique, et cependant il ne s'occupe que de l'hyperhémie active en général.
a: L'hyperhémie, ditAndral(l), peut n'avoir qu'une courte durée et se dissiper complètement peu de temps après qu'elle a pris naissance. Mais, le plus souvent, elle a de la tendance à se reproduire là où elle a une première fois existé. » Qu'on applique cette donnée à la pathologie cérébrale, on s'expliquera ces poussées congestives qui préparent la paralysie générale et que Calmeil a si bien étudiées (2).
c L'hyperhémie, dit encore Andral, peut disparaître sans laisser de traces, mais le plus souvent elle laisse à sa suite des altérations dans la texture et dans les fonctions des oi-ganes. > Nous savons que celte phrase s'applique très-bien à l'encéphale, puisque nous avons insisté sur l'existence des lésions d'origine vasculaire, et puisque nous avons longuement décrit les troubles fonctionnels qui surviennent à la suite de ces congestions à durée temporaire.
« A la suite des hyperhémies, les tissus, tout en restant lésés dans leur organisation, cessent souvent de recevoir plus de sang que dans l'état normal ; ils en reçoivent même quelquefois moins; ils ne sont pas pour cela à l'abri des congestions ultérieures, revenant à intervalles plus ou moins éloignés. Ces retours d'hyperhémie rendent souvent manifestes des lésions organiques qui, pendant l'absence de la congestion sanguine, ne s'annoncent que par des symptômes très-obscurs; chaque fois que revient ainsi celle fiyperhémie, elle tend à imprimer une marche plus rapide à l'altération chronique. De là l'ulililé des émissions sanguines; elles
({) Andral, Anat. palh.j 1. 1, p. 32 cl siiiv.
(2) Calmeil, Traité des maladies inflammatoires du cerveau, pnssiin.
A. VOISIN. PAralysio. ^J
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n'enlèvent pas, elles ne font même pas rétrograder la lésion on^ranique, mais elles diminuent Tactivilé de la nouvelle congestion sanguine, elles ramènent ainsi la maladie à son état stationnaire, et font disparaître les symptômes d'affection aiguë qu'avait produits le retour de l'hyperhémie. »
N'est-ce pas là l'explication des rémissions, des intermissions, des temps d'arrêt, des poussées, qui font reprendre à la maladie son évolution ralentie, des complications qui en traversent le cours ?
Ainsi donc, dans les poussées congestives qui appartiennent à la paralysie générale ou qui la précèdent, il n'y a rien de spécial ; la pathologie cérébrale et la pathologie des autres organes sont ab>olument soumises aux mêmes lois; la nature ne varie pas beaucoup ses procédés. En pathologie, les effets sont complexes, mais les moyens sont simples; c'est une vérité que l'on ne saurait trop faire ressortir.
Quels sont donc ces moyens qu'emploie la nature pour provoquer un afflux plus considérable de sang dans tel ou tel organe, dans tel ou tel département d'un même organe?
Nous voici arrivé à l'étude du mécanisme des congestion^ actives. Ici le livre d'Andral ne peut plus nous être utile, car Andral n'avait fait que soupçonner ce que nous expliquons aujourd'hui d'une façon presque satisfaisante (1).
Influence des nerfs vaso-moteurs. — C'est aux recherches di' Cl. Bernard, Brown-Séquard, Waller, Schiff, Vulpian, etc., sur les nerfs vaso-moteurs , qu'il faut demander des explications relativement à ce mécanisme. Leurs recherches ont appris que les vaisseaux sanguins de moyen el de petit calibre étaient munis de fibres musculaires animées par des nerfs spéciaux désignés jwir Stilling sous le nom de vaso-moteurs. Sous l'influence de co> nerfs, les muscles des vaisseaux sont dans un état permanent de contraction qui n'est autre que le tonus musculaire; si ces neifs
(1) Voici ce qui nous fait penser qu*Andral avait soupçonné dans des phéncNm*ne5 6^ circulation une influence indépendante de celle du cœur. « Les hyperhémies de réUtsain el morbide, dit-il, prouvent indubitablement qicl<^ sang parvenu dans les systèmes capillaire est soustrait à rinfluence du cœur, qu*il s'y meut, qu*il y afflue en quantité Tarûible soss rinflucuce de forces inhérentes aux vaisseaux capillaires. Le système nerveux modifie 5*^uvent l'action de ces forces, comme le démontre la coloration des joues par suite d'mw' émotion morale, (.e même systcmo nerveux joue-t-41 aussi un rôle dans la prodocUon d^ congestions pathologiques ? »
LXnXENCE DES XERPS VASO-MOTEIUS. ;W7
vii'tinent à èlre excités, les muscles qu'ils auimeni si» conlraclenl et les vaisseaux se rélrécisseiiL Si, au contraire, ractiou de ces nerfs vient à être momentanément suspendue, les vaisseaux se dilatent et il se produit des phénomènes de congestion. Il parait en outre y avoir des filets neneux spécialement destinés à dilater les vaisseaux ; ce sei^ient eux qui agiraient dans riiyperhémie active.
Ce qu'il importe de bien savoir, c'est que Faction des nerfs vaso-moteure n'est pas nécessaiivment suspendue dans tous les oii;anes à la fois. Chaque oi^ane a pour ainsi dire son centre propre d'innenation. Les nerfs vaso-moteui-s, en effet, ne naissent pas d'un centre unique; ils paraissent tirer leur origine de toute l'étendue de la substance grise de la moelle.
La paralysie vaso-motrice n'atteint donc le plus souvent que tel ou tel département du corps humain ; de là, la possibilité des congestions locales.
Ceci étant, quelle est la cause de la dilatation vasculaire amenant rhyperhémie encéphalique? Quelles sont, d'une façon générale, les influencespqui provoquent la paralysie vaso-motrice ou, si Ton veut, la congestion active dans les divers organes?
§ 4 . — C'est le plus souvent une influence insaississable qnc lie révèlent ni le scalpel, ni le microscope, ni le raisonnement, ni l'expérimentation. C'est cette influence occulte qui provoque, sans f ju'on sache pourquoi, des congestions dans le poumon, dans le cerveau. C'est contre elle que cherchait k lutter l'école italienne m moven de la médication contro-stimulante.
J^â. — Dans d'autres circonstances, il est possible de rapporter les phénomènes vasculaires à une irritation siégeant dans i* partie du corps qui va être atteinte ou qui est atteinte de conrostion.
§ 3. — Dans d'autres circonstances enfin, l'irritation qui va
lolerminer la congestion d'un orçane ou qui l'a déjà déterminée,
îegedans une partie du corps plus ou moins éloignée de cet organe.
C'est dans ces derniers cas que la congestion est dite réflexe.
C'est sous ces trois chefs que nous essayerons de grouper toutes
*^ influences capables d'amener l'hyperliéniie encéphalique.
Éliologie. — On peut estimer que, une fois sur dix, Véliologie
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de la paralysie générale échappe à toute espèce d'interprétation ; l'analyse la plus minutieuse ne peut pas pénétrer la cause de la maladie. Sur un relevé de 60 observations prises à la Salpètrière, nous avons compté i 8 cas dans lesquels Tétiologie nous échapjH* absolument.
Mais nous sommes convaincu que s'il était donne de connaître les malades dans leur vie antérieure, ou d'obtenir d*^ parents des renseignements ou des aveux complets, on verrait ce rapport diminuer beaucoup et ne pas s'éloigner sensiblement du chiffre 1/10.
Hérédité. — Le plus souvent il existe chez les malades qui deviennenl aliénés paralytiques une prédisposition héréditaire.
Les avis sont partagés à ce sujet.
Galmeil prétend qu'on rencontre l'hérédité dans le tiere ilt? cas, c'est-à-dire que dans le tiers des cas on rencontre parmi 1»ascendants des paralysés généraux, des aliénés de toutes sortes, maniaques, monomaniaques, paralysés généraux, épilcptiques, eh.
Marcé est du même avis.
D'autres auteurs nient cette influence. La paralysie i^êncral»'. disent-ils, arrive ik un âge où les influences héréditaires n'ont pluune importance capitale; ils s'appuient aussi sur des statistique-. La statistique est une arme dont on doit peu se servir dans Irquestions relatives à la paralysie générale, et voici pourquoi : imo statistique n'est bonne qu'à la double condition de porter sur il. grands nombres et sur des unités de même nature.
Or, la loi des grands nombres peut être à la rigueur obseiw. mais la deuxième condition est difficile à remplir, à cause de luutt-> les pseudo-paralysies générales, à cause de la difficulté du diagnostic de la véritable à ses diverses périodes.
L'hérédité joue, dans tout ce qui a rapport au système neneiix» un rôle si important, qu'il nous semble logique de conclui*e à priori qu'elle n'est pas étrangère à la paralysie générale ou au moins à la tendance aux congestions encéphaliques. D'autre part, le dépouillement de nombreuses observations nous permet d'affirmer finfluence considérable de l'hérédité.
Les influences capables d'amener vers le cerveau un trtUtjil fluxionnaire qui produira à la longue la folie paralytique on'
MAUVAISE HYGIÈNE MOMLE. 309
extrêmement norabi'euses; leur étude est un chapitre d'hygiène sociale et touche de très-près à la philosophie.
Nous étudierons spécialement l'influence d'une mauvaise hygiène morale jinlellecluellej V influence du milieu social et celle du milieu cosmique. Il y aura aussi lieu d'étudier l'influence d'un état antérieur d'â//V//2(i//o»wi^;i/(ïfc; mais ce sujet mérite des développements étendus.
Les chutes et les coups sur la tête, Texposition au soleil ou à la chaleur des fourneauxjes attaques répétées d'épilepsie, produisent encore assez directement la congestion chronique ou aiguë de l'encéphale ; toutes ces influences seront passées en revue après l'étude des influences morales.
Mauvaise hyr/iène morale. — Au point de vue de ce que nous appelons l'hygiène morale, il y a lieu d'entrer dans quelques considérations délicates.
Une bonne hygiène morale, c'est le développement harmonieux de la partie sensible de notre elre, c'est moins une science qu'une vertu. Il ne faut pas, pour qu'elle existe, qu'un sentiment quelconque prédomine à l'excès sur les autres et atteigne le degré d'une véritable passion.
Cette égalité d'humeur qui est la condition sine qud non d'une bonne hygiène morale est le plus souvent un don naturel transmis par l'hérédité, mais c'est aussi le résultat d'une éducation soignée et d'une vie régulière. Il est donc possible de l'acquérir. Les événements de la vie lui impriment également une direction dont il faut tenir compte. Ce sont là autant de points qu'il nous faut développer.
Il est certain qu'une mauvaise hygiène morale entre grandement en ligne de compte dans l'éliologie de la paralysie générale; l'observation quotidienne ledémontre, tous lesauteurs l'ontadmis. « La tourmente des passions, ditCalmeil, les chagrins minants de la jalousie, les contrariétés amoureuses, les regrets de l'ambition déçue, de l'oi-gueil impuissant, les transes de la crainte, la peur d'un danger imminent ou imaginaire, la soif des richesses, la perte de sommes considérables, la perspective des privations et de la misère après qu'on a tenu un rang dans le monde et vécu dans l'aisance, suffisent à eux seuls pour donner lieu à la mani-
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festation des phénomènes de lapériencéphalite chronique diffuse. • Chez presque tous les aliénés paralytiques, on peut en effet
trouver dans les antécédents des causes morales à action lente,
mais continue, qui par leur persistance ont amené le désordre
irrémédiable des facultés intellectuelles. Ces diverses influences ont, soit un caractère expansif, soit le
plus souvent un caractère dépressif.
a. Causes morales ayant un caractère expansif. — Au groupe des influences à caractère expansif nous rapporterons : 1* les colères violentes et souvent répétées; 2^ les sentiments amoureux lorsqu'ils atteignent le degré de la passion; 3** l'ambition démesurée dont sont atteints à notre époque un si grand nombre d'individus appartenant à toutes les classes de la société. Cette tendance ambitieuse est incontestablement plus répandue dans notre siècle qu'elle ne l'était autrefois. Balzac a étudié cette endémie et l'a décrite de main de maître (l).Lefebvre (de Louvaiu^ lui attribue la fréquence actuelle de la paralysie générale, qu'il a|)pelle la maladie du siècle. Cette tendance ambitieuse si généralisée provient de ce que chacun, actuellement, voit la possibilité d'arriver à des degrés de plus en plus élevés de l'échelle sociale : toutes les carrières sont ouvertes à l'intelligence et à raclivité ; de là des efforts louables, mais souvent pernicieux. Il est possible encore que ces tendances ambitieuses développées chez les ascendants, se transmettent par hérédité, de sorte que si l'on n'y apporte pas de remède, le mal fera des progrès incessants.
Ce qu'il y a de regrettable dans cet état de choses, c'est que souvent les ambitions ne sont pas légitimes ; elles dérivent, non plus d'une saine appréciation, mais d'une vanité condamnable. Elles ont parfois pour mobile la jalousie, la convoitise; elles sont aloi^s d'autant plus pernicieuses pour l'individu et pour ses descendants.
b. Causes morales ayant un caractère dépressif. — Les influencer qui dérivent de cette ambition malsaine ont quelque chose de dépressif; elles établissent la transition avec celles qui nous restent à étudier. Le plus souvent ce sont les idées dépressivt's
1 1 1 Bal7.nc, Comédie humaine, la Vie panxieune, la Fille aux yeux d'or.