NERF ET BULBE OLFACTIFS
Uiux et des méninges qui les recouvrent ^1). On constate pi'esque toujours des adhérences entre le nerf olfactif et les méninges qui Fenlourent.
Le travail inflammatoire aboutit au ramollissement du nerf et du bulbe (ce n*est que très-exceptionnellement qu'on rencontre l'induration). Les nerfs olfactifs sont d'autant plus facilement atteints de ramollissement qu'Us rampent pendant un ti-ajet de plusieurs centimètres dans un canal formé par la pie-mère et l'arachnoïde ; or, dès le début de la maladie, ce canal est rempli de sérosité qui imbibe le nerf et en amène le ramollissement. En somme, la désorganisation du nerf olfactif s'explique de la même façon que celle de la substance corticale.
L'examen microscopique des nerfs et du bulbe olfactifs montre que les cellules d'origine du nerf dans la partie antérieure des lobes sphénoîdaux sont souvent altérées, mais que les lésions sont encore plus manifestes dans les nerfs à partir de leur origine apparente ; on constate, entre les tubes qui constituent le cordon nerveux, des globules sanguins plus ou moins décolorés et un nombre très-considérable de noyaux (myélocytes), formés par hypergenèse (2), lesquels ôtent aux tubes nerveux leur parallélisme normal. Les analogies de structure du bulbe olfactif et de la substance corticale expliquent la i-essemblance de leurs lésions; on observe, en eflet, dans le bulbe olfactif, de la dégénérescence des cellules, des épanchements sanguins dans les parois des vaisseaux qui alimentent le nerf. J'ai rencontré quelquefois des amas d'hématosine dans la substance nerveuse du nerf et des amas de novaux autour des vaisseaux.
Deuxième paire. — On sait qu'à l'état normal le nerf optique est rond et blanc ; or, dans la paralysie générale, on trouve parfois un ou les deux neifs optiques atrophiés et aplatis, et présentant une coloration grisâtre : les lésions gagnent même quelquefois les bandelettes dans une partie de leur longueur.
Tandis que les lésions, dans le nerf olfactif, amènent le ramollissement, elles conduisent, dans le nerf optique, à l'induration.
L'étal du nerf est en rapport avec le plus ou moins d'épaississement de la partie de pie-mère qui l'entoure et le pénètre.
(I) A Voisio. UnUm médieâU. 1868.
{i) Planche VlU, Gg. 8.
A. VOISIN. Paralysie. t£9
Ces lésions retentissent quelquefois sur les papilles que nous avons vues présenter des changements de couleur, telles qu'on les trouve dans tous les cas d'atrophie papillaire (voy. pi. IX, fig. 7) (4).
Quant à l'état histologique, on sait qu'à l'état noimal, le neri optique est formé de tubes agglomérés en faisceaux cylindriques, entre lesquels rampent de très-minces tractus de tissu coujonclif (voy. pi. IX, fig. 15), et des vaisseaux en très-petit nombre. Lorsque le nerf optique, vu à l'œil nu, présente une des lésions signalées plus haut, on constate au microscope que ces tractus de tissu conjonctif se sont hypertrophiés, aux dépens des faisceaux nerveux (voy. pi. IX, fig. 16) ; il est à remarquer que jamais l'hypertrophie n'atteint tous les tractus à la fois; les tubes neneux sont comprimés par le tissu conjonctif qui les entoure. Même quand le nerf parait sain à l'œil nu, nous avons trouvé quelquefois ces lésions. Pour ce qui concerne les cellules d'origine des nerfs optiques, nous les avons étudiées à propos des couches optiques.
Troisième paire. — On sait que vu à l'état sain, le nerf moteur oculaire commun est cylindrique, d'un blanc très-net : à l'élat morbide nous avons trouvé l'un ou l'autre, et quelquefois les deux nerfs diminués de grosseur; par contre, dans deux cas, nous avons rencontré le nerf augmenté de volume du double; mais latrophie du nerf est bien autrement fréquente ; le nerf ou les neris atrophies prennent une teinte grisâtre et une consistance plus grande. Au point de vue hislologique, voici ce que Ton obsei-ve: à l'état sain, des coupes transversales montrent les fibres nerveuses constituées en faisceaux disposés les uns à côté des autres d'une façon très-régulière (pi. IX, fig. 9) ; l'ensemble de ces faisceaux, séparés les uns des autres par une trame de tissu conjonctif très-mince, a l'apparence des dames disposées sur un damier. A l'état pathologique, la trame qui sépare ces faisceaux est épaissie, moins transparente et augmentée de laideur. Le carmin colore ces trames hypertrophiées (pi. IX, fig. 10) d'une façon bien autrement vive qu'il ne le faisait à l'état sain.
Nous avons déjà étudié dans la description de la protubérance,
(1) Voy. pages 111 et suivantes la description des altérations des vaisseaux centraux de la papille.
les lésions des cellules de la troisième paiii^ ; nous n^avous pas à y revenir. Les lésions du moteur oculaire commun amènent des troubles trophiques dans les muscles auxquels il se distribue. C'est ainsi que le releveur de la paupière, le droit interne, le droit supérieur et petit oblique, nous ont présenté raltération granulo-graisseuse (pi. X, fi^:. 7, 8 et 9).
Nous avons cherché à étudier Félat des muscles ciliaiivs en les colorant, suivant les indications de Fivy, avec du chlorure de palladium ; mais nos recherches n'ont abouti à aucun résultat.
Quatrième paire. — Elle ne nous a jamais présenté rien de particulier.
Cinquième paire. — Ce n'est qu'exceptionnellement que nous avons constaté des lésions de la cinquième paire ; il nous a été donné de le faire dans un cas de paralysie générale à la troisième période : le sujet était une femme, qui succomba rapidement après avoir présenté, deux ou trois jours avant sa mort, du délire hypochondriaque consistant à dire qu'elle n'avait plus de dents ni de joues : l'un des deux trijumeaux était entotu'é d'un manchon membraneux ronge et épaissi ; le nerf lui-même ne paraissait pas altéré ; des coupes faites dans la protubérance, un peu au-dessus de l'émei^ence du trijumeau, nous ont cependant montré au milieu des fibres du nerf plusieurs vaisseaux qui présentaient des caractères inflammatoires dans leurs parois : des noyaux nombreux se vovaient à l'extérieur et le long du vaisseau, à droite et à gauche. L'altération des vaisseaux n'était pas égale dans toutes les préparations : dans quelques-unes on voyait, en outre, des noyaux disséminés sur le trajet des fibrilles ou entre les fibrilles (pi. XIII, fig. 5 et 6) qui composent le nerf dans sa partie intraprotubérantielle. Quant aux fibres qui composent le nerf à partir de son émergence, elles n'étaient pas altérées.
La méninge qui entourait le trijumeau renfermait une très-grande quantité de noyaux embryoplastiques (I). De même chez un autre malade, la méninge qui entourait ce nerf depuis son émergence jusqu'au trou crânien était infiltrée de noyaux embi7oplastiques, et chez cette dernière, parmi les quatre vaisseaux qu'on voyait au microscope, un seul présentait beaucoup de noyaux dans ses parois.
(1) Planche Xni, fif. 6.
Sixième paire. — Les lésions du moteur oculaire externe sont analogues à celles du moteur oculaire commun, mais moins prononcées et bien moins constantes ; elles peuvent amener des lésions dans les muscles que ces nerfs innervent. Cette altération musculaire a été très-nette chez une femme qui avait un strabisme interne : le moteur oculaire externe correspondant était atrophié
(pi.x,ng.3).
Septième paire. — A propos de l'étude du bulbe, nous avons vu que les lésions des cellules de la septième paire étaient trèsprécoces. En outre, les délicates fibrilles d'origine du facial, circulant à travers un tissu altéré par suite de l'abondance des noyaux embryoplastiques, sont nécessairement gênées dans leur fonctionnement. Chez une femme, au deuxième mois de la paralysie générale, les lésions des vaisseaux d'une partie du cerveau et surtout des cellules d'origine du facial (pi. VIII, fig. letS) étaient déjà bien manifestes.
Voici l'observation de la malade à laquelle je fais allusion.
Observation XLIX. — La nommée Sch..., cinquante ans, journalière, est entrée dans mon service de la Salpétrière, dans un état maniaque daUDlde deux mois. La maladie a commencé par des métrorrhagies considérables, qai ont été accompagnées de sensation de froid dans les jambes, de douleurs continues à la nuque. Insomnie pendant ces deux mois. Idées d'empoisonnement depuis quinze jours. Le trouble mental date d'un mois. Dès le début, elle a manifesté des idées de satisfaction, disant qu'elle était riche et qu'elle n'avait plus besoin de travailler, qu'elle avait sauvé la France, qu'elle avail sauvé l'Impératrice, puis qu'elle était condamnée à mort. Elle avait des bailucinations de la vue.
Une sœur de la malade est morte aliénée; un frère est très-original.
Elle est amenée dans mon service dans un état d'agitation considérable, prononçant des paroles incohérentes, répondant à des voix du côté delà fenêtre, injuriant des personnages imaginaires, parlant de trois tètes de son lils que l'on a coupées, menaçant de sa colère, répétant un grand nombre de fois : € Eh oui ! eh non ! > et employant des nombres toujours exagérés.
Cet état d'excitation ne cesse pas pendant quinze jours. Le 31 décembre, je constate une pleuropneumonie droite, qui se complique d'empyème. U malade succombe le 12 janvier 1874.
Autopsie: Poids du cerveau, 1110 grammes. Les méninges à peine iajectet^* transparentes, peuvent s'enlever, sans arrachement de la substance ^ise.
Rien de particulier à la vue, dans les nerfs de la base, dans le qtutrième ventricule, dans la protubérance, le bulbe, les corps opto-striés. U peu d'hyperhémie dans la partie la plus centrale du lobe sphénoîdal gauche.
Rien de particulier dans le reste du cerveau coupé par tranches.
Hépatisation et gangrène du poumon droit, sérosité purulente dans la plèvre droite.