‹ Traité de la paralysie générale des aliénés [electronic resource]Chapitre 3 sur 137 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

"Depuis vingt ans j'ai vu passer sous mes yeux, dans les services de Bicêtre et de la Salpêlrièrc, un grand nombre d'aliénés et de paralysés généraux. Tous ont fait l'objet d'observations que j'ai dictées personnellement à mes élèves. Toutes les autopsies ont été dirigées par moi ainsi que les recherches histologiques dont elles fournissaient le sujet. Le livre que je publie aujourd'hui est donc le résultat d'observations nombreuses et faites avec soin. Je suis heureux d'ajouter une pierre à l'édifice construit par mes devanciers, et dont Calmeil et Baillarger ont si bien jeté les bases. L'étiologie, les symptômes, le diagnostic, l'anatomie pathologique, la marche de cette maladie ont occupé l'attention des médecins, non-seulement dans des œuvres personnelles, mais encore dans les sociétés savantes.

L'intérêt qui s'attache à l'étude de la paralysie générale s'explique, lorsqu'on assiste à l'extension de cette affection redoutable ; sans l'appeler la maladie du siècle, il faut reconnaître l'influence des bouleversements sociaux et des révolutions sur le développement de cet étal morbide, la participation plus spéciale des causes morales dépressives à cet accroissement.

Les désordres que cette affection détermine dans le système nerveux ont eu le privilège de provoquer des opinions contradictoires sur sa nature intime, opinions qui reposent sur une interprétation différente des données anatomiques que fournit l'examen du cerveau à l'état normal.

Un point est acquis, malgré quelques dissidences : c'est que la paralysie générale est une maladie inflammatoire.

Vlll PRÉFACE.

Vingl, ans d'études, loin d'ébranler l'édifice de Calmeil, l'ont au contraire consolidé. Los formes de trouble mental et de délire ont été étudiées d'une façon plus complète; l'on sait maintenant que le délire ne présente pas toujours le caractère gai, satisfait, heureux, que la pensée du malade ne porte pas toujours sur les richesses, sur les grandeurs, mais que souvent ces aliénés sont mélancoliques et hypocondriaques.

Les progrès de l'anatomie pathologique et l'attention de plus en plus grande apportée aux nécropsies ont éclairé cette partie de la symptomatologie, qui avait échappé aux médecins de la premièr emoitié de ce siècle : aussi la lypémanie vésanique est-elle moins fréquente et la statistique donne-t-elle une notable augmentation de la lypémanie inflammatoire.

Les traits d'union entre la folie vésanique et la paralysie générale ne sont pas si éloignés qu'on peut le croire. Des observations certaines, et j'en ai de personnelles, démontrent comme possible la transformation de la foHe vésanique en folie paralytique ou paralysie générale. Un certain nombre de faits m'ont appris qu'il est un moment de l'évolution de ces deux classes de maladies, que j'ai appelé période intermédiaire, où il est difficile de dire si un aliéné est atteint de vésanie ou s'il devient paralysé général : c'est affaire de sexe, d'âge, de tempérament, de diathèse.

J'ai dû chercher à m'assurer si la doctrine nouvelle des localisations cérébrales était conforme aux autopsies et aux observations que j'ai faites. Une ou deux autopsies seulement la corroborent, mais tout au moins peut-on dire qu'elle ne se trouve pas atteinte par l'examen des laits, les lésions occupant presque toujours les circonvolutions pariétales en même temps que les autres circonvolutions ordinairement atteintes.

La cachexie que l'on observe chez un grand nombre de paralysés généraux m'a engagé à rechercher l'état du sang : j'y ai constaté des lésions inconnues jusqu'alors qui me paraissent expliquer suffisamment la pathogénie de cette complication.

Portant toute mon attention sur l'inrporlance des caractères histologiques des lésions observées dans la paralysie générale, je me suis

PRÉFACE. IX livré <à des dissections poursuivies avec le concours d'élèves disliniiués. •le suis heureux de ra|»peler les noms de MM. Goync, Couyba, Ilanot, Liouville, etc., ol, la part qu'ils ont prise à mes travaux.

Je dois une mention spéciale à MM. Burlureaux et Juste Benoist. Le premier m'a secondé dans les recherches qu'a nécessitées ce livre et a recueilli les notes de mes cours de la Salpètrière. Le second a dessiné, avec une parfaite exactitude, les pièces pathologiques les plus intéressantes; le plus grand nombre a été reproduit par lui dans les planches qui accompagnent ce livre. Ces planches, composées d'après des matériaux recueillis dans mon service et d'après des préparations histologiques que j'ai faites moi-même , représentent toutes les variétés de lésions qu'on rencontre dans les différentes parties de l'axe cérébro-rachidien.

L'histologie y est mise autant que possible à contribution, et j'ai eu soin le plus souvent de placer l'état normal en regard de la disposition pathologique.

Après ces questions et d'autres si intéressantes déjà, il en est une qui les domine toutes : j'ai parlé de la nature des lésions; je crois, en effet, et j'espère faire partager cette opinion, qu'au lieu de rester simple spectateur de l'évolution de cette navrante maladie, le médecin peut lutter contre ce mal, qui n'est pas absolument incurable.

La lésion intime initiale est-elle une prolifération de la névroglie considérée comme étant du tissu conjonctif : on a affaire à une sclérose d'emblée, et par conséquent la rétrocession de ces lésions est impossible.

L'altération intime est-elle au contraire caractérisée par des épanchements de sérosité, des exsudations de blastème, de sang avec organisation de ce blastème et productions de lésions secondaires, d'origine hémalique : la rétrocession de ces lésions est possible.

Cette dernière opinion me paraît la vraie; l'étude histologique ne m'a laissé aucun doute à ce sujet, et d'ailleurs l'observation apprend que des malades ont guéri, que leur guérison se maintient. Les auteurs en ont cité des exemples et j'en ai vu des cas indubitables.

Aussi, en présence des temps d'arrêt, des rémissions et même de guérisons, on ne comprendrait pas la nalure srléreuse primitive de la

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