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CONGESTION CÉRÉBRALE

que consécutives; de même, dans l'observation 94, il y avait des fausses membranes contenant de la sérosité, mais Calmeil croit encore que ces poches pseudo-membraneuses n'étaient pas la cause des attaques épileptiformes qu'il observa, mais étaient simplement le résultat d'un travail inflammatoire antérieur à recrudescences successives.

Dans les cas où, au lieu de sérosité, il y avait dans les kystes séreux arachnoïdiens un liquide purulent (6'' série de faits), Calmeil croit encore que c'est la congestion encéphalique qu'il faut incriminer et que c'est à elle qu'il faut rapporter les attaques et la mort. De même, lorsque, chez des paralytiques généraux, il existe des foyers inflammatoires de couleur rouge ou jaunâtre prédominant dans certains emplacements de l'encéphale (5' série de faits), ce n'est pas à ces foyers inflammatoires que Calmeil rapporte les accidents qui ont pu traverser le cours de la maladie, et c'est encore à la congestion encéphahque.

On voit que Calmeil fait jouer à la congestion de l'encéphale un rôle considérable, puisqu'elle expliquerait non-seulement la paralysie générale chronique, mais encore la paralysie générale aiguë, les divers accidents qui annoncent l'invasion delà maladie et la plupart des complications qui surviennent pendant son cours. Calmeil s'attache d'une façon toute spéciale à démontrer le rôle de la congestion encéphalique; nous aurons à discuter cette opinion quand nous étudierons la nature de la paralysie générale et sa pathogénie. Pour le moment, bornons-nous à faire remarquer que la théorie de Calmeil ne rend pas compte de tous les faits ; ainsi chez des paralysés qui n'ont présenté pendant leur vie aucun accident apoplectiforme ou convulsif, dont la maladie a évolué avec lenteur, on trouve cependant à l'autopsie des lésions congestives extrêmement considérables et très-diffuses, et il arrive, par contre, que chez des individus qui ont succombé à la suite d'accidents redoutables on ne rencontre pas de degré de congestion en rapport avec la violence des accidents notés pendant la vie. Ainsi donc, comme le pense Brierre de Boismont, il y a autre chose dans la maladie qui nous occupe que la congestion encéphalique, il y a quelque chose de plus inaccessible à nos investigations. Quoi qu'il en soit, la congestion encéphalique amène plus souvent des attaques épileptiformes

que des attaques apoplectiformes : elle a cela de commun avec les hémorrhagies méningées; il est donc presque impossible, au lit du malade, de déterminer si tel accident convulsif ou comateux est dû à une congestion cérébrale, ou à une liémorrhagie méningée, ou à une infdtration séreuse ; dans la plupart des cas, on observe de la fièvre dès le début de l'attaque ; dans l'un et l'autre cas, on peut observer de la déviation de la tête et des yeux, des contractures : c'est ce qui rend si difficile le diagnostic anatomique au moment de l'attaque ; mais le diagnostic devient possible au bout d'un certain temps, parce que les phénomènes dus à de simples poussées congestives généralisées s'amendent d'habitude assez vite sous l'influence d'un traitement antiphlogislique convenable ou même par les seules forces de la nature, tandis que les accidents dus à des hémorrhagies ont un plus haut degré de gravité; ces hémorrhagies, en effet, lorsqu'elles n'entraînent pas la mort, laissent après elles le plus souvent des traces durables, telles que des paralysies persistantes.

h. Congestion cérébrale partielle. — Après avoir étudié sommairement les cas où le processus congestif est généralisé à toute la masse encéphalique, il nous reste à étudier ceux où il n'attaque qu'une partie de l'encéphale, soit l'un des deux hémisphères, soit seulement une partie de l'un des hémisphères.

Dans les cas où un seul des hémisphères est atteint, on observe cette variété d'attaques apoplectiformes que Aubanel désignait sous le nom de variété hémiplégique. Le plus souvent cette attaque hémiplégique diffère de celle qu'on observe dans l'hémorrhagie ou le ramollissement cérébral, parce que la paralysie n'y est pas aussi nettement circonscrite, et parce que des phénomènes convulsifs se produisent ordinairement ; cependant il est des cas où le diagnostic peut être extrêmement difficile ; c'est alors que l'observation thermométrique, si l'on parvient à la prendre à temps, peut être d'un secours immense pour préciser le diagnostic.

Nous savons en effet que, dans l'attaque apoplccliforme congestive, la température s'élève immédiatement, tandis que, dans l'attaque due à une hémorrhagie ou à un ramollissement, la température s'abaisse immédiatement après l'attaque, pour revenir quelques heures après à son chiffre normal.

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C'est ce qui résulte des travaux de Charcot et Lépine (1).

Il est très-probable que les poussées congestives sont limitées dans certains cas à des départements de l'un ou de l'autre des hémisphères. Les poussées congestives, en effet, ne sont pas nécessairement généralisées dans un organe, car chaque département, tout en étant solidaire de ses voisins, a pour ainsi dire sa vie propre, sa nutrition indépendante dans une certaine mesure (2). Cette hypothèse ne peut pas être démontrée absolument, mais elle nous semble fondée sur les considérations suivantes:

i" Elle est démontrée par d'autres organes; pour le poumon, par exemple, chaque lobe pulmonaire a pour ainsi dire sa vie propre; un lobe peut être atteint de congestion, d'inflammation, de tubercules, alors que les autres parties du poumon resteront relativement saines : il doit en être de même pour le cerveau, car tous les organes sont construits d'après un plan uniforme.

2" Nous avons déjà vu que la congestion cérébro-méningée peut être manifestement prédominante dans l'un des hémisphères : c'est ce qui explique bon nombre des attaques à forme hémiplé gique; cela étant, pourquoi ne pourrait-on pas la rencontrer plus limitée encore, ne portant, par exemple, que sur un lobule cérébral?

3" Un certain nombre d'autopsies, que nous avons faites, de fous paralytiques morts à d(;s périodes peu avancées, nous ont montré des adhérences exactement circonscrites à quelques circonvolutions ou à des parties de circonvolutions ; or, comme toute adhérence suppose un processus hyperhémique antérieur, il est logique d'admettre que l'hyperhémie peut être circonscrite à telle ou telle partie de circonvolution.

C'est sans doute à ces congestions locales qu'il faut rapporter les infinies variétés d'accidents cérébraux qu'on observe dans le cours d'une folie paralytique et dont il est impossible de faire une description complète.

Le plus souvent, ces accidents consistent en une perte de connaissance complète, mais momentanée, qui peut même passer inaperçue; ce sont des sortes d'absences accompagnées, le plus sou-

(1) Charcot, Soc. de biologie, 1856.

(!2) Voy. Mémoire de Duiet (Archives de physiologie, 1874, p. 60).

vent, de quelques phénomènes convulsifs ou de rougeur à la face.

D'autres fois, la perte de connaissance n'est pas complète, et une excitation plus ou moins vive fait sortir les malades de leur torpeur.

Dans certains cas, il y a de l'anesthésie localisée à un membre, à un bras, par exemple ; dans d'autres, il y a paralysie du côté droit du corps avec aphasie momentanée. Cette aphasie peut durer un quart d'heure, une heure, un jour; elle est due sans doute à ce que la poussée congestive atteint les circonvolutions frontales gauches. D'autres fois, elle est persistante et elle dure alors que la paralysie du côté droit a complètement disparu. Elle est, dans ce cas, due à une lésion persistante des circonvolutions frontales gauches. Hanot en a rapporté un exemple qu'il a observé à la Salpêtrière dans mon service (1).

Et l'autopsie a démontré que dans ce cas, la lésion étant à son maximum sur les circonvolutions frontales de l'hémisphère gauche, surtout la deuxième et la troisième, « les circonvolutions étaient enfoncées, comme ratatinées, et offraient à la coupe une notable résistance ».

La plupart des variétés d'aphasie ou d'alalie étudiées jusqu'à ce jour peuvent se rencontrer dans les poussées congestives qui traversent le cours de la paralysie générale. C'est ainsi que tout récemment encore nous voyions une malade, atteinte la veille d'une congestion cérébrale, qui, à toutes les questions, répondait par le mot « chasseur » ; au bout de cinq minutes, c'était un autre mot qui venait sans cesse à sa bouche, puis c'était encore un autre mot ou un autre membre de phrase.

La symptomatologie doit nécessairement varier suivant que tel ou tel déparlement du cerveau est attemt; de là, la complexité des manifestations et l'impossibilité d'une description suffisante d'ensemble. Il est permis d'espérer que l'on connaîtra un jour assez les localisations cérébrales pour rapporter précisément un ensemble des symptômes observés chez un fou paralytique à la lésion de tel ou tel département de l'encéphale.

Recherche du rapport entre la lésion et le symptôme. — Nous avons compulsé toutes nos observations pour chercher s'il y avait

f1) Hanot, Note lue à la Société de bioloffie f^O novembre 1S72).

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