‹ Traité de la peintureChapitre 124 sur 298 · CHAPITRE CXXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXIV

De la perspective aérienne :, et de la diminulion des couleurs causée par une grande distance.

Plus l'air approche de la terre et de l'horizon, moins il paraît bleu, et plus il en est éloigné, pUis il paraît d'un bleu obscur et foncé : j'en ai donné la raison dans mon Traité de la Perspec^ tii>e , où j'ai fait voir qu'un corps pur et subtil est moins éclairé du soleil , et renvoie moins de lumière, qu'un corps plus grossier et plus épais. Or il est constant que l'air qui est éloigné de la terre est plus subtil que celui qui en est près, et, par conséquent, l'air qui est près de la terre est plus vivement éclairé des rayons du soleil qui le pénètrent, et qui, éclairant en môme temps wnQ infinité d'autres petits corps dont il est rempli , le rendent sensible à nos yeux. De sorte que l'air nous doit paraître plus blanc , en regardant vers l'horizon , et plus obscur et plus bleu , en regardant en haut vers le ciel, parce qu'il y a plus d'air grossier entre notre œil et l'horizon , qu'il n'y en a entre notre œil et la partie du ciel qui est au-dessus de nos têtes.

Il 36 T^iAlTÉ

Par exemple {pK 07 ^jig. 3 ),.$i l'œil de celui qui regarde est en P, et qu'il regarde par la ligue P R, [)uis baissant nn peu foeil, qu il regarde par la ligne P S , alors l'air lui parai Ira un peu moins obscur el plus blanc, parce qu'il y a un peu plus d'air grossier dans celle ligne que dans la première ; enlin s il regarde directement l'horizo[i, il ne verra point celle coul(Hir d'azur qu'il voyait par la première ligtie P R, parce qu'il y a une bien plus grande quii utile d'air grossier cMns la ligne horizontale P D , que dans la ligne oblique P S;, et dans la ligne perpendiculaire P R,

CHAPlTPvE CXXXV.

Des ohjefs qui paraissent à la campagne dans Veau comme dans un rniroiv , et première-' ment de l\m\

Le seul air qu'on pourra voir peint sur la superficie de l'eau , sera celui dont l'image alhuit frapper la superficie de l'eau, se léi'éciiira vers rœ'.l à anglis égaux , c'est-à-dire, tels que l'angle d'inciJence soit égal à l'angle de réiiexion,

RiE\ ne charme plus la vue que les tableaux où 1*01) voit (les eaux j ]oiS(|uMles sont agiléus , elles pro^ duisviîl lies cfTets majestueux j lorsqu'elles sont calmes et Uanquilies, l'œil contemple avec ddlcctutioji dans

Ol.rcrvalion ,lu Clia|>.CXXX\'.

DE LA PEINTTJRE. iSy

leur cristal transparent, la représentation de tous les objets qui îes environnent.

L'eau ne convient pas à toutes sortes de sites j inais pour la rendre véritable il faut être bien instruit de la justesse des réllexions aquatiques.

li faut observer, i.° que les objets qu'on voit dans l'eau par réflexion ne paraissent pas si sensibles à la vue que dans la nature j les lumières et les couleurs étant adoucies par le réfléchissement.

2.° Que les images réfléchies y sont représentées obliquement, si les corps sont obliques dans la nature, mais dans un sens opposé.

Si A B est la superficie de l'eau sur laquelle soit élevé obliquement le corps C D j ce corps paraîtra à l'œil , par réflexion , dans la direction que paraît la ligne \) E ; mais si celui qui regarde sa place en F perpendiculairement à A; alors la ligne D C paraîtra sur Id superficie de l'eau A B , comme D H et non pas comme DE, et C D H sembleront une seule ligne tiroite et continue. La même chose aura lieu si l'on met l'œil en I, car le point C D réfléchira en D G , el C D G représenteront à l'œiH'apparence d'une seule JiS»e.

i38 /. TJ\AITEA

- ^'\i^: ■ CHAPITRE 03i^^VL

De la diminution des couleurs , causée par quelque corps qui est entr elles et VœiU

La couleur naturelle d'un objet visible sera d'autant moins sensible, que le corps qui est enlre cet objet et l'œil sera d'uue manière plus dense.

CHAPnTxE CXXXVII.

Da champ ou du fond qui cornaient à chaque lumière.

Quand de deux choses il y en a une qui sert de champ à l'autre , de quelque couleur qu'elles soient , soit qu'elles soient dans l'ombre , soit qu'elles soient éclairées , elles ne paraîtront jamais plus détachées l'une de l'autre , que lorsqu'elles sero ut dans un (îegré différent; c'est-àdire , qu'il ne faut pas qu'une couleur obscure servie de champ à une autre couleur obscure; mais il en faut choisir pour cela une qui soit fort différente, comme le blanc, ouqnelqu'autre qui tire sur le blanc, pourvu qu'elle soit éteinte , affaiblie et un peu obscure.

DE LA PEINTURE. iSq*

CHAPrtPiÉ G\XX\ III.

Quel remède il faut apporter lorsque le blanc sert de cliamp à un autre blanc , ou qu'une couleur obscure sert de fond à une autre qui est aussi obscure.

Quand un corps blanc a pour fond un autre corps blanc , ces deux blancs composés ensemble sont égaux ou ils ne le sont pas ; s'ils sont égaux , le corps qui est plus proche de celui qui regarde , sera un peu obscur vers le contour qui se termine sur l'autre blanc. Mais si le champ est moins clair que la couleur à laquelle il sert «le champ , alors le corps qui est sur le champ se détachera tle lui-même a\ivec celui duquel il est dilTérent , sans autre artifice , et sans l'aide d'aucune teinte obscure.

CHAPITPiE CXXXIX.

De V effet des couleurs qui seA'ent de champ au blanc,

La couleur blanche paraîtra plus claire selon qu'elle se rencontrera sur un fond plus brun ; et au contraire elle paraîtra plus brune à mesure

i4o ' TRAITÉ^

» qu'elle aura un fond plus blanc s cela se remarque visibiemeiit aux flocons de neige , qui nous paraissent moins blancs lorsqu'ils sont dans l'air qui est éclairé de tous côtés, que lorsqu'ils sont vis-à-vis quelque fenêtre ouverte , oh lobscurité du dedans de la maison leur fait un champ obscur ; car alors ils paraissent très-blancs. Il faut aussi remîu'quer que les flocons de neige vus de près, semblent tomber avec vitesse et en grande quantité , au lieu que de loin ils paraissent tomber plus lentement et en petilp quantité.

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