CHAPITRE CLXXIIL
Des jnesures unwersdles des corps.
Je dis que les mesures universelles des corps doivent s'observer ilans les longueurs des fi^jçiires seulement, et non pas dans les largciu's, parce
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que c'est une cliose merveilleuse dans la nahire, que de toutes ses productions ou n'en voit aucune de quelque espèce que ce soit , laquelle considérée en particulier , soit précisément sem- Itlable à ime autre : c'est pourquoi , vous qui êtes imitateur de la nature , considérez attentivement la variété des contours ; néanmoins je suis d'avis que vous é\dtiez les choses qui sont monstrueuses, comme des jambes trop longues, des coips trop courts , des poitrines étroites et des bras longs : obsenez donc les mesures des jointures , et les grosseurs dans lesquelles la nature se plaît à faire paraître de la variété, pour faii'e de même à son exemple.
Nous avons déjà dit au chapitre xxxix qu'on n'était point d'dccord sur la manière de mesurer le coi*ps îiuïnain (j); les uns mesurent la figure par le mojen de la longueur de la face. Ce qu'on appelle la lace , c'est l'espace renfeimé depuis le menton inclusivement jusqu'à l'origine des cheveux , qui est le haut du front j
(i) L'expérience nous prouve que la plupart des ouvrages qui ont paru sur les proportions, ont ctc d'un bien fait>)c secours dans l'étude de plusieurs artistes qui ont eu de la célébrité, lits proportions d'Alberdurer sont indéchiirrables , celles de Gérard Audran sont plus supportables ; on préfère encore }c Jean Cousin. L'indidérence des artistes pour tous ces ouvrages, vient du peu d'intérêtet de confiance qu'ils inspirent; aucuns ne sont d'arrord , et tous sont d'un dessin trivial , et gravé d'une manière repoussante.
d'autres prennent pour mesure la longueur de la tête entière, c'cst-à-diie, une ligne droite, qui, de la hauteur du dessus de la tète , se termine à l'extrémité du menton. Au chapitre xxxix , Léonard de Vhici propose la tète pour mesure ou division d'une statue, sans s'expliquer sur l'une ou l'autre de ces deux manières. Il paraît; cependant que c'est sur \es divisions de la tête entière qu'il établit les proportions du corps humain , variées cependant selon la ditïérence de sexe et les différens caractères qui sont propres aux dilïérens âges de la vie.
Nous donnons ici les divisions de la tête plus correctes que celles qui ont paru jtis'ju'à présent , corrigées sur des statues antiques, et d'après les conférences des plus habiles gens.
La tête présente non un ovale parfait , mais la forme d'un œuf : c'est une figure elliptique (i).
Quand l'elliptique est tracée , tirez d'abord la perpendiculaire A B (jui la partage en deux portions bien égales j ensuite divisez cette ligne en quatre parties égales , avec les lignes horizontales C D E et bien parallèles j divisez la ligne D en cinq parties égales, i, 2, 3, 4> ^' Les deux yeux occupent les espaces 2 et 4> de manière que la distance qui est entre les deux yeux, et la distance de l'œil à l'oicille , soient la grandeur d'un œil. Le nez a le tiers de la longueur du visage ou de la face, et le qyart de l'elliptique. Les oreilles sont d'une huitième partie plus longues que le nez; en conséquence elles excèdent d'une huitième partie de
(i) Fpilliète que l'on donne à tout ce qui est forme pav rclii[).sc, ou il tout ce qui tii»: son oii^ine clc l'ellipse.
leur longueur propre, au-dessus du niveau de la ligne des jeux , et viennent se terminer au niveau de la ligne où posent les narines. La quatrième partie de l'elliptique se divise on trois parties égales; la bouche est u'uiie huitième partie plus longue rpie l'œil ; en conséquence elle excède la glande lacrymale de chaque colé , d'iuie demi-partie de sa longueur propre.
La tête de profil ( pi. /^Oyfig. 2 ) se divise comme ila tête de face; mais sa ]5roportion n'est cependant pas Ta même. Celle de face est d'un sixième plus longue que large, et celle de profil un rectangle plus long que large, et non un carré parfait, comme le dit Gérard de Laircsse. Il faut supprimer une quatorzième partie sur la hauteur d'un rectangle , dont les quatre côtés sont égaux , pour avoiroiu profi.1 d'une belle proportion,
La moitié de l'œil de face est la mesure de l'œil de profil et la distance de l'œil au nez. Le sourcil est audessus de la ligne des yeux , d'une huitième partie de la tête de face. L'oreille doit être placée au contour de l'eUiptique , en dedans , et distante de l'œil , de la longueur de deux yeux de face. Par le moyen de deux opérations qui consistent , i ,** en une ligne courbe A A A.y on aura le derrière de la tête ; 2.° et la perpendiculaire B B, sur laquelle on divisera, comme dans la le e de face, le nez, la bouche et le menloiu Le principe du profil se trouvera formé sur l'elliptique de la tête de face.
Le cou de la tête de face a de grosseur les deux tiers de la tête ; le cou de la têle de profil n'a que înoitié de la grosseur de la tète de profil.
( Voyez pi. I^i.) La léte vue de trois quarts el U
Ol)fl'i-\ alion du C lian . C J. X X III . Pa
tête vue par derrière , et la pi. 4^ donne les proportions de l'œil vu de face et de protil..
L'œil de face se divise en trois parties ; il est composé extérieurement des deux grandes paupières A A garnies de leurs ci!s, du grand coin C , du petit coin D, du blanc de l'œil B B , de la prunelle ou l'iris E E , et le petit rond ombré est le trou de la prunelle et de l'uvée ou la pupille. L'œ'il de profd n'est que la moitié de l'œil de face , c'est-à-dire une partie et demie. Nous supposons dans cette division l'œil ouvert en repos. La cornée transparente fait portion d'une sphère plus petite que le gloire de l'œil; elle, est par conséquent saillante. Cette saillie fait que nous apercevons des objets placés vers le côté, que nous ne verrions pas sans elle.
La pupille pouvant se dilater ou se rétrécir à volonté, nous sert à mesurer la quantité de' lumière dont nous avons besoin suivant le plus ou moins de sensibilité des yeux , et suivant les circonstances.
Comme l'œil est mobile , il ne conserve pas toujours la même proportion , l'expression des diverses affections de l'àme varie sa forme et son ouverture.
CIIAPITFvE CLXXiy.
Des mesures du corps Immaiii et des plis des membres.
Les Peintres sont obligés d'avoir connaissance (le rOstéologie, c'est-à-dire des-ossemens du corps, qui scrventvTlc soutien à la cl i air dont ils
sont couverts , et des jointures, qui font que les inembies cn)is3LMit et diminuent quand ils se plient ; Ci^r la mesure du bras étenilu ne se trouve pas égale à celle du même bras relire, puisqu'il croit ou décroît en s'élendant et en se pliant, avec la dilTérence d'une huitième partie de sa longueur; l'accroissement et le ilécroissement du bras par letlet de Tos qui sort de son emboîture , est tel que vous le voyez représenté en cette figure A B (pl.o) -, son accroissement se fait dans la partie qui vient de l'épaule au coude, lorsque l'angle du coude est plus aigu qu'un angle droit , et l'accroissement augmente à mesure que cet angle diminue ; comme au contraire la longueur diminue selon que cet angle devient plus ouvert (Jig. 3 ) ; l'espace qui est entre l'épaule et le coude , s'accroît d'autant pins , que l'angle du pli du coude se fait plus petit qu'im angle droit, et décroît à proportion que l'angle est plus grand qu'un droit.