‹ Traité de la peintureChapitre 259 sur 298 · CHAPITRE CCCXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCCXV

Des lerrncs ou extrémités inférieures des corps éloignés.

Les termes ou les exlrémitcs inférieures des choses qui sont éloignées , sont moins sensibles à l'œil que leurs parties supérieiu'es : cela se remarque aux montagnes , dont la cime a pour champ les côtés et la base de quelque autre montagne plus éloignée. Dans les montagnes qui sont près de lœil , on voit les parties A'gw haut plus distinctes et plus terminées que celles d'en bas , parce que le haut n'est point environné de cet air épais et gi'ossier qui entoure les parties basses des mêmes montagnes , et qui empêche qu'on ne les voie distinctement ; et la même chose amvc à l'égard des arbres et des luUimens , et de tous les autres corps qui sont fort élevés : delà vient que souvent si l'on voit de loin une tour fort élevée , elle paraît plus grosse par le haut que par le bas , parce que l'air subtil qui l'environne vers le haut , n'empêche point qu'on n'aperçoive les contours , et qu'on ne distiîîgue toutes les parties de cette tour qui sont effacées en bas par l'air grossier ^ comme je 1 ai montré ailleurs , lorsque j'ai

pronvé que l'air épais répand sur les objets une couleur blanchâtre qui en rend les images moins vives ; an lieu qnc Fair subtil , en donnant aux objets sa couleur d'azur , n'affaiblit point l'impression qu'ils font sur nos yeux. On peut encore apporter un exemple sensible de ce que je dis. Les créneaux des forteresses ont leurs intervalles également espacés du plein au vide , et néanmoins il paraît dans une distance médiocre que l'espace vide est beaucoup plus grand que la largeur du créneau , et dans un plus grand éloignement , les créneaux paraissent exlremement diminués : enfin l'éloignement est quelquefois si grand, que les créneaux disparaissent entièrement, comme si les tours qu'ont voit étaient terminées en haut par un mur plein sans créneaux.

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