CHAPITRE CCCLYni
Des draperies qui couvrent les figures , et de la manière de jeter les plis.
Les draperies dont les ligures sont habillées, doivent être tellement accommodées dans leurs plis , autour des membres quelles couvrent , qu'on ne voie j^oint de plis avec des ombres fort obscures dans les parties de ces drriperies qui sont éclairées du plus grand jour , et que dans les lieux qui sont couverls d'ombre, il ne
s'y renconlre point aussi de plis qui prennent une lumière trop vive , et que les contours et la manière des plis suive et représente en quelques endroits la forme du membre qu'ils couvrent : prenez bien garde aussi de ne point faire de ces faux contours trop rompus , qui détruisent la forme du membre , en pénétrant dans le vif par des ombres trop cachées et plus profondes que ne peut être la superficie du corps qu'elles couvrent ; mais qu'en eftet la draperie soit accommodée et jetée de telle sorle qu'elle ne paraisse pas un habillement sans corps ; c'està-dire , un amas d'étotVes , ou des liaLils dépouillés et sans souîien , comme on le voit faire à plusieurs Peintres , qui se plaisent tai*t à entasser une grande quantité de plis qui embarrassent leurs figures , sans penser à l'usage pour lequel ces étoffes ont été faiîes , qui est d'habiller et de couvrir avec grâce les parties du corps sur lesquelles elles sont , et non pas de l'en charger et de l'en accabler, comme si ce corps nélait qu un ventre , ou que tous ses membres fussent autant de vessies enflées sur les parties qui ont du relief. Je ne veux pas dire néanmoins que Ton doive négliger de faire quelques beaux plis sur les draperies; miMs il fautqu'ils soient placés el accommodés judicieusement aux endroits de la figure, où les niembres, par
la position ou par Tactiou qu'ils Tout entre eux, ou j)ar raUil;utle tle tout le corps , ramassent celte ilra])erie ; et surtout qu'on prenne garde ilans les sujets d'iiisloires et clans les compositions , de [)lusieurs figures , d y apporter île la variété aux draperii s , comme si l'on Tail en quelques-uns tle gros |)lis à la manière des draps d(? laine fort épais , qu'on en Tasse aussi en quelqui s autres de plus serrés et de plus menus, comme sont ceux d'une étoffe fine de soie , avec des conlours , les uns plus droits et plus tranchés, les aulres plus doux et plus tendres.