CHAPITRE XXXIX
Mesure ou division dune statue.
Divisez la tête en douze degrés , et chaque degré en douze points , chaque point en douze minutes , et les minutes en secondes , et ainsi de suite, jusqu'à ce que vous ayez trouvé une mesure égtde aux plus pelites parties de votre j(is2;ure.
Les auteurs ne sont point d'accord sur les moyens de mesurer le corps humain ; tout ce qui a été fait à cet égard est très-sjstématique , et se réduit à des principes généraux qui ne sont cependant pas invariables. Ce que dit Léonard de Vinci, dans ce chapitre très-court, ne renferme pas tout ce qu'on peut dire sur les proportions du corps humain; cet objet demande un plus grand développement, mais c'est peut-être tout ce qu'on peut en dire de mieux , parce qu'il suppose la connaissance de la géométrie , et aussi par les raisons que l'on verra dans l'observation du chapitre clxxih. Il est cependant urgent d'arrêter des principes fixes pour la tête , car tous ceux qui sont publiés par la gravure sont très-vicieux , et laissent des impressions fausses dans l'esprit des étudians. Ce travail est trop important pour être l'ouvrage d'un seul; il exige la réunion de plusieurs savans , une sage délibération et une grande perfection dans les instrumens.
Les figures antiques doivent servir de type pour cette grande opération ; elles sont cependant toutes variées
dans les proportions, aucune ne se ressemble; néanmoins l'unité dans toutes, partant d'un centre déterminé par ' la sagesse des auteurs , s'j trouve expliquée dans la perfection , suivant les formes qu'ils supposaient aux divinités ou à la nature des choses , et selon le caractère du sujet.
Pour arrêter les mesures et les divisions de la tête, on pourrait donc prendre pour tjpe les figures antiques, dont les proportions ont plus d'analogie entr'elles , selon les sexes et les âges ; comme l'Apollon , la Vénus d'Arles , la Junon , le Laocoon , les têtes de la famille !Niobé , etc. Les doutes qui naissent de la foule des systèmes contradictoires sur les proportions seraient cclaircis , et l'art y gagnerait.
Nous jésumons ce chapitre en disant : que lorsqu'il s'agit de jiroportion et de perspective , il faut avoir recours à la géométrie ; qu'il n'y a que l'ignorance qui peut l'écarter de l'éducation du Peintre, et que cette science de mesurer les longueurs et les distances , ne peut être remplacé par les principes de l'expérience.
Les mesures et les divisions les plus parfaites donneront d'excellentes proportions , il n'y a aucun doute, mais elles ne rendront jamais raison des causes efficientes de la beauté et de la grâce. Ces qualités naissent du sentiment, et ne peuvent être soumises aux calculs ; mais le grand avantage qu'on doit en attendre sera toujours précieux , en ce qu'il démontrera que lorsque la variété ne se réduit pas à l'unité, par le moyen de l'ordre , de la régularité, de la proportion , elle ne présente à l'esprit qu'une confusion qui le fatigue et lui déplaît.