‹ Traité de la peintureChapitre 67 sur 298 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Bu inov\>ejnent et de V expression des figures»

Toutes les figures d'un tableau doivent être dans une altitude convenable au sujet qu'elles représentent , de sorte qu'en les voyant on puisse connaître ce quelles pensent et ce qu'elles veulent dire. Pour imaginer sans peine ces attitudes convenables , il ny a qu'à considérer attentivement 1rs gestes que font les muets , lesquels expriment leurs pensées par les mouvemens des yeux, des mains et de tout le corps. Au reste, vous ne devez point être surpris que je voui

DE LA PEINTURE. 5i

propose un maître sans langue pour vous enseigner un art qu'il ne sait pas lui-même , puisque l'ex-jjérience peut vous taire coimaître qu'il vous en apprendra plus par ses actions que tons les autres avec leurs pai'oles et leiu\s leçons. Il faut donc qu'un Peintre , de quelque école qu'A soit, avant que d'arrêter son dessin , considcre attentivement la qualité de ceux qui parlent , et la nature de la chose dont il s'agit, afm d'appliquer à propos à son sujet l'exemple d'un muet que je propose.

^ Cette leçon est admirable , et le fruit qu'on peut tirer, en observant les gestes et le mouvement des muets, est préférable, sans doute, parce que c'est l'élude de la nature; mais cette leçon est encore susceptible d'une comparaison aussi instructive et puisée dans Tart du pantomim •.

Un tal)lcau est une scène muelle ; l'action du sujet historique qu'il nous trace doit s'y faire reconnaître par le geste , les altitudes et l'expression. ( 11 faut y ajouter le costume. )

Par le rapprochement que nous allons faire de ces deux a.ts , on verra qu'ayant pour but d'exprimer les mœurs et les passions des hommes sans le secours de la parole, il suppose dans ceux qui en font profession, une même ëlendue d'esprit.

La pantomime, si célèbre chez. les Piomains , consistait à exposer aux yeux , p ,r le geste et le mouvement, les conceptions de l'âmç et les senUmcns les plus

cachés. Cas.sio(îore dit , en parlant dos ct;lè]>rcs panioinimcs, « qiio sans Je secouis du chant ni de la symphonie , et sans prononrer un seul mot, ils exprimaient avec tant d'énergie et faisaient une telle impression sur l'esprit des spcctateuis , qu'on met en doute si le discours ou l'écriture en eussent pu faire davantage. »

La Peinture aussi éloquente et plus séduisante encore (i), faisait dire à un philosophe ancien , « qu'elle «tait une méthode plus courte et plus efficace de former ]es mœurs que celle âes pliilosophes , et qu'il est des tableaux aussi capables de faire rentrer en eux-mêmes les hommes vicieux que les plus beaux discours de morale. » Il cite à ce sujet, qu'une courtisane à la vue dn portrait du philosophe Polémon , connu par sa vertu et la pureté de ses mœurs , rentra en elle-même et abandonna sa profession honteuse.

Lucien dit « qu'il fallait qu'un pantomime sût parfaitement la poésie et la musique , qu'il eût quelque îeinture de la géométrie et même de la philosophie; qu'il empruntât de la rhétorique le secret d'exprimer les passions et les divers n^ouvemens de l'âme , et qu'il prît de la Peinture et de la sculpture, les gestes et les attitudes , ensoite que pour ces rapports il ne le cédât ni à Phidias ni à Apolle. »

Vitruve dit que l'artiste doit être vex^sé dans les belleslettres, la géométrie , ro|itique et l'arithmétique ; être instruit dans l'histoire; savoir la philosophie, la musique , la médecine, la jurisprudence et l'astrologie (2).

{i) Les anciens prétendaient que leurs divinités avaient été mieux servies par les Peintres que par les poètes.

(a'i Architrctitm ingenlositvi cssr oppcrtrt et ad disciplinant/ docilern : litteratus'sit , periuis Graphidos , eruditus geoine-

Le Peintre est donc le pantomime par excellence , puisque l'acleur doit encore venir puiser dans ,son art des modèles pour perfectionner le sien. Néanmoins les moyens moraux qu'emploient lu Peinture et la pantomime, sont semblables, ayant pour but, l'une et l'autre, de se faire un chemin par les yeux , pour aller toucher l'esprit, le flatter et l'instruire, et de mettre en œuvre le sens en qui U perception est la plus vive et la plus prompte.

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