‹ Traité de la peintureChapitre 82 sur 298 · CHAPITRE LXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIX

Que Vair qui est près de la terre , doit paraître plus éclairé que celui qui en est loin.

Parce que l'iiir qui est près de la terre est plus grossier que celui qui en est loin , il reçoit et renvoie beaucoup plus de lumières : vous pouvez le remarquer lorsque le soleil se lève ;

car si vous regardez alors du coté du couchant , vous verrez de ce colé-là une grande clarté , et ^'Ous ne verrez rien de semblable vers le haut du ciel : cela vient de la réflexion des rayons de la lumière qui se fait sur la terre et dans l'air grossier ; de sorte que si dans un paysage vous représentez un ciel (jui se termine sur l'horizon , il faudra que la partie basse du ciel qui reçoit la lumière du soleil ait uu grand éclat , et que cette lîlancheur îdtère un peu sa couleur natiu'elle , qui ne se verra, en cet endroit, qu'«à travers Tair grossier : au contraire , le ciel qui est audessus de la tête , doit moins participer à cette couleur blaffiu-de , pai'ce que les rayons de lumière n'ont pas à pénétrer tant d'air grossier et rempli de vapeurs. L'air près de terre est quelquefois si é])ais, que si vous regardez certains jours le soleil , lorsqu'il se lève, vous verrez que ses rayons ne sauraient presque passer au travers de l'air.

L'air est un fluide élastique, plus il est dense, moins les rayons de la lumière le pénètrent. Les jnolécules élémentaires dont il est chargé près de terre , le retiennent assez long-temps en forme de couche parallèle qui ne s'évapore insensiblement que lorsque les rayons du soleil ont assez de force pour le raréfier; alors l'air lui-même est éclairé, et tous les objets sont voilés dans les espaces où il est retenu , l'œil ne peut les distinguer à travers, ou ne les dislingue que faihlement.

CHAPITPiE LXX.

Comment on peut donner un grand relief aux Jigures , et J aire qu'elles se détachent du fond du tableau.

Les figures de quelque corps que ce soit, pariiîlront se détaclier du fond du tableau , et avoir un grand relief, lorsque le cliamp siu' lequel «ont les ligures , sera mêlé de coulem's claires et obscures, avec la plus grande variété qui sera possible sur les contours des figures , comme je le montrerai en son lieu ; mais il faut qu'en l'assortiment de ces couleurs, la dégradation des teintes, c'est-à-dire , la diminution de cku'lé dans les blanches , et d'obscurité dims les noires , y soit judicieusement observée.

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