TEMPÉRAMENT LYMPHATIQUE
Le tempérament lymphatique est celui que les anciens ont nommé froid et humide. Il est aussi opposé au tempérament bilieux que l’eau au feu.
Physique. — Les lymphatiques sont gras; souvent même chez eux l’embonpoint est très développé. Ils ont les traits émoussés, les yeux humides, larmoyants, arrondis, gros et saillants, bleus ou gris ; les paupières épaisses et relâchées ; le regard vague; la lèvre inférieure molle et pendante; la peau blanche, lisse et polie, douce au toucher ; les cheveux blond cendré ou blancs, doux et soyeux, croissant lentement ; les muscles peu développés ; les formes arrondies, flasques, souvent même boursouflées ; la poitrine plus épaisse que large; ils ont toute l’habitude du corps molle et comme empâtée, avec de très petits vaisseaux, ensevelis dans une grande quantité de graisse, et dans lesquels circule un sang blanc. Ils ont la fibre lâche, le sang pauvre, pâle et aqueux; l’économie manque de soufre et de calcaire ; l’albumine est en excès. Les articulations sont lourdes et peu apparentes, la chair molle, froide et douce au toucher ; le corps sans poil ; les parties naturelles en sont même souvent dénuées.
Les mouvements du cœur sont doux, lents et réguliers; le pouls lent, faible et petit ; la circulation très lente. Toutes les fonctions et les sécrétions s’accomplissent avec lenteur. Les lymphatiques sont rarement altérés, ayant la bouche et le
gosier continuellement humectés de pituite. Cette humeur est chez eux en si grande abondance, qu’ils en rendent souvent par le vomissement et par les déjections. Ils ont l’estomac froid et paresseux, la digestion lente, souvent troublée par une énorme quantité de gaz. Ils supportent très aisément la diète excessive et le jeune, et sont très rarement tourmentés par la faim. Ils sont très enclins au sommeil, et dorment profondément et longuement. Ils rêvent fréquemment d’eau, de plantes et d’animaux aquatiques, de neige et de glace. Quand ils rêvent de pluies torrentielles, et surtout d’inondations, de débordements, de déluge, c’est ordinairement l’indice de quelque trouble dans leur santé, et souvent d’évacuation considérable, ou de catarrhe subit et sans prodromes.
Leur urine est abondante et très peu colorée. Leurs déjections sont ordinairement molles et fréquentes; quelquefois la constipation est opiniâtre.
Ils ont les solides relâchés, et tout leur organisme est dans une atonie habituelle.
Les lymphatiques doivent éviter avec soin de séjourner dans les pays humides et marécageux ; dans les lieux sombres; ils doivent, au contraire, rechercher un air vif, de la lumière, et s’exposer très souvent à la chaleur du soleil.
Moral. — Les flegmatiques sont mous, froids et paresseux, et indifférents sur toutes choses. Malgré eux, ils sont enclins et adonnés à la mollesse et à l’oisiveté. Ils partagent avec indifférence la vie en deux moitiés, dont ils passent l’une à dormir et l'autre à ne rien faire. Ils sont timides, craintifs, indécis, sans énergie ni volonté. La passiveté naturelle de leur esprit les rend propres à être facilement dominés. Ils éprouvent une extrême aversion pour tout ce qui nécessite une action vive et prompte, et pour se déterminer, ils ont besoin d’être aiguillonnés par une inlluence étrangère. Ils sont toujours disposes â remettre au lendemain ce qu’ils ont â faire, voire même les choses les plus importantes et les plus
pressées. Ils se reposent volontiers sur les autres du soin de leurs affaires. Esclaves de l’habitude et de la routine, le moindre déplacement les déroute, la moindre innovation les effraie. Sans courage, sans énergie, sans ténacité, ils sont rebutés par les plus légers obstacles. Insouciants sur tout, ils ne s’émeuvent de rien, quel que soit le danger qui les menace. Ils ne se fâchent point et ne sortent pas de leur calme, lorsqu’ils sont insultés, provoqués, ou même frappés; car ils sont inaccessibles à l’indignation et à la colère. Les succès d’autrui n’excitent point leur envie, l’ambition n’ayant nulle prise sur eux. Ils ont l’esprit froid et lent à concevoir, des idées étroites, et point d’imagination. Cependant ils sont susceptibles d’impressions sentimentales et poétiques. Leur esprit se livre volontiers à la contemplation, et se plaît dans le vague de la pensée et les douces rêveries. Ils supportent avec une merveilleuse résignation les chagrins et les déceptions. Chez eux, les passions de l’âme sont calmes, et celles du cœur fort douces; cependant, ils sont susceptibles d’affections durables; mais ils s’attachent autant par habitude que par sentiment. Par suite de la froideur de leur nature, ils sont très peu enclins aux plaisirs de l'amour. Leur sensualité est passive, et a besoin d’être provoquée pour s’effectuer. Ils sont très disposés à la vie sédentaire, et la vie molle et désœuvrée est ce qu’ils apprécient par-dessus tout. Chez eux la patience et la longanimité sont poussées jusqu’à l’extrême.
Si les lymphatiques n’ont ni l’esprit vif et pétillant des sanguins, ni la bouillante imagination des bilieux, ils sont plus pratiques, et le calme de leur esprit les rend propres à la méthode et à la classification, aussi bien qu’à la pratique des affaires.
Les maladies auxquelles ce tempérament dispose sont toutes celles qui naissent du peu d’action et d’activité des fluides. L’embonpoint du flegmatique est lui-même un étal de cachexie. Il est prédisposé aux catarrhes, aux accumulations de mucosités dans tous les organes de la tête, de la poitrine
et du bas-ventre, qui en sécrètent avec excès; aux extravasions séreuses et lymphatiques, aux flux, aux stagnations, aux stases de la lymphe, à l’engorgement et à l’ulcération des glandes; aux scrofules, à la phtisie scrofuleuse, au coryza chronique, aux tumeurs blanches ; aux infiltrations du tissu cellulaire, à l’œdème, à l’anasarque ; leurs plaies et leurs blessures se cicatrisent difficilement. Il y a chez eux prédisposition à l’obésité, à l’asthme, au catarrhe pulmonaire, à l’apoplexie séreuse, au relâchement de l’estomac, à la gastrite chronique et à la fièvre muqueuse, ou fièvre typhoïde bénigne; enfin, tendance exceptionnelle aux affections vermineuses graves.
Régime. — Dans ce tempérament, il faut user d’aliments qui fournissent du calorique à l’organisme. Le pain bien fermenté doit être la base de la nourriture ; il serait encore préférable, s’il était cuit deux fois. La nourriture doit être succulente, stimulante, composée de viandes noires, comme le bœuf, le mouton, le faisan, la perdrix, la volaille. Dans les plantes, celles qui contiennent des sels portant aux urines ; celles qui ont un léger principe d’alcali volatil ; enfin, celles qui contiennent un aromate agréable doivent servir d’assaisonnement à la nourriture.
La boisson doit être peu abondante. Les lymphatiques doivent boire du vin généreux, soit rouge, soit blanc. Les liqueurs fermentées, les aromates amers leur sont utiles. Leurs aliments doivent être fortement épicés; enfin leur régime doit être stimulant, tonique, fortifiant.
Le lait, les farineux, les mucilagineux, les boissons acides, les aliments aigres, les fruits d’été, les savonneux sont dangereux dans cette constitution. Les flegmatiques ne doivent pas faire usage des plantes fraîches et aqueuses, ni des racines et des végétaux qui n’ont encore reçu aucune préparation, comme les épinards, la salade, la chicorée cuite ou crue; les crudités et les laxatifs leur étant hostiles. Les préparations ferrugineuses et les amers leur sont avantageux. Il leur faut aussi la lumière du grand jour, les insolations, la
vivacité de l’air; l’activité, l’exercice, l’habitation à la campagne et sur le bord de la mer; car l’augmentation de mouvement et de chaleur qui résulte de l'exercice est un puissant moyen pour briser les glaires dont ils sont incommodés, et pour combattre l’état lymphatique. Les bains froids leur sont aussi très favorables.
La saignée et toutes les émissions sanguines sont extrêmement nuisibles et très souvent mortelles aux lymphatiques. Les personnes de cette constitution ne doivent pas noyer leurs digestions par l’abondance des boissons. Leur sommeil doit être modéré.
La chaleur et la sécheresse de l’air, la saison d’été, les vents d’est, sud et sud-est conviennent à celte constitution. Les températures froides, et surtout froides et humides, leur sont très nuisibles.