‹ Traité de la physiognomie humaineChapitre 60 sur 92 · TYPE TRIANGULAIRE ALLONGÉ · texte numérisé non relu

TYPE TRIANGULAIRE ALLONGÉ

Saturne et Mars (fig. 42). — Un visage maigre, avec de grands traits fortement prononcés; un grand front qui s’élargit parle haut; le frontal protubérant; des sourcils noirs

très épais, étendus, froncés et mobiles ; des yeux étincelants, vert foncé, avec des points fauves sur l’iris; la conjonctive jaunâtre; le regard ardent et d’une fixité étrange ; un grand nez courbé, osseux et saillant, énergiquement dessiné, à épine large et arrêtée, anguleux en son extrémité ; des narines fermement dilatées et velues ; une bouche serrée, au contour ferme ; des lèvres sèches, âpres, fermement dessinées ; la lèvre inférieure en arrière ; la moustache noire et épaisse ; un menton anguleux ; les joues creuses; les pommettes saillantes ; le teint d’un brun verdâtre; des cheveux

très noirs, gras et épais ; la voix forte, basse et vibrante; le cartilage thyroïde très pro- Fig- 4a-

noncé ; la charpente osseuse

forte ; le dos voûté : un tel homme, en marchant, frappe ses talons l’un contre l’autre; il a de grands pieds ; ses mains sont grandes et osseuses ; son caractère est singulièrement original et renferme beaucoup de contradictions. Il est doué d’une intelligence profonde mais incomplète. Sa raison et son exubérante imagination sont en perpétuel conflit. Entraîné par l’impétuosité de sa nature, il porte tout à l’excès. Son esprit méditatif et actif n’est jamais en repos, et il passe vite de l’idée à l’action. Il est plein d’audace dans la lutte, devant les obstacles et les dangers; mais il est craintif et timide dans les choses les plus ordinaires de la vie. Ainsi, qu’il s’agisse de paraître en société, ou d’aborder quelqu’un pour traiter de ses affaires, on le verra sans aplomb, tremblant et embarrassé. Il est son propre conseil. Fier et tranchant, il

ne peut souffrir qu’on lui résiste. La sujétion et la discipline sont pour lui les plus grands des maux; pourtant il est esclave de ses propres habitudes. Il affronte les périls avec intrépidité ; mais il est plus impressionné par la menace d’un péril que par le péril lui-même. Il est méfiant ; mais sa méfiance est souvent débordée par les mouvements impétueux de sa témérité. Aussi, tout en devinant instinctivement le piège qu’on lui tendra, ou l’abîme vers lequel il s’avancera, parfois il y tombera, entraîné par son impétuosité. Irritable à l’excès, colère et vindicatif, il ne sait point pardonner une injure; il nourrit dans son cœur la haine et la rancune, avec le désir de la vengeance. Il est sujet à de terribles emportements de colère qui vont jusqu’à la frénésie; comme un possédé, il jure, il blasphème, il écume, et se mord la langue.

Il tient excessivement à ses opinions, et s’y entête d’autant plus qu’on les contredit. Cet individu, qui ne saurait plier sa volonté devant les hommes, se laissera fléchir par les prières d'une femme ou d’un enfant.

Tantôt il s’exalte dans de superbes transports d’enthousiasme ; tantôt morne, abattu, et maudissant son sort, il se débat dans la désespérance. Son âme est souvent abreuvée d’amertume, agitée et angoissée par de noires tristesses ; pourtant, il a parfois des saillies de gaieté. Il est un singulier mélange de simplicité et d’orgueil, de génie et d’extravagance. Convoiteux de la gloire, il la poursuit avec ardeur et opiniâtreté, malgré les obstacles et les déceptions ; esprit fataliste, il lutte désespérément contre la mauvaise fortune.

Il contracte difficilement des liaisons d’amitié ; mais il est dévoué à ses amis, il prend fait et cause pour eux, et à 1 occasion, il n’hésiterait pas à exposer pour eux sa propre vie. Son esprit satirique, caustique et mordant lui attire de nombreuses inimitiés, et lui suscite des querelles et des duels.

Ses sentiments sont ardents et exaltés, ses passions vélié-

mentes. Entraîné par ses appétits libidineux et par son imagination, il risque de tomber dans le dérèglement.

Il ne connaît guère de l’amour que les amertumes ; jaloux, ombrageux et tyrannique, il rend malheureuses celles qu’il aime. Il est sobre, désintéressé, d’une probité et d’une loyauté farouches. Au jeu, il n’a que de la déveine.

Il est doué d’une grande intelligence, marquée par l’originalité des conceptions. Ce qui exige la réflexion, la maturité de la pensée, le froid calcul, ne convient pas à sa nature, qui n'agit que par les élans de l’inspiration. Par la richesse de son imagination, il est bien plus artiste que penseur. 11 est poète par l’exaltation du sentiment, artiste par l’enthousiasme et par la chaleur de l’imagination. En poésie, comme en art, c’est un grand coloriste ; ses conceptions sont mar quées par quelque chose d’étrange et de gigantesque. En raison de leur originalité, ses œuvres ne seront que tardivement appréciées. Sa malechance lui rendra le succès amer , et lui fera éprouver beaucoup de déceptions et d’adversités dont il pourra triompher, si toutefois il résiste à son obsession du suicide.

Cet homme est doué d’un pouvoir suggestif maléfique. Il a le mauvais œil. Il est prédisposé à la possession. Son âme est parfois troublée et obsédée par d’horribles pensées et par d’effroyables incitations.

La Lune, .Jupiter et Saturne (fig’. 43). — Un crâne large et élevé, doucement et régulièrement voûté, entièrement chauve dans toute sa partie supérieure ; un grand et large front perpendiculaire, modérément bombé par le haut; traversé en son milieu par des plis horizontaux, fins et réguliers ; les tempes légèrement déprimées ; l’arcade sourcilière doucement arrêtée et modérément saillante ; des sourcils presque droits, abaissés à leur queue, blonds, longs, fins et doux , des yeux humides, mollement ouverts, modérément enfoncés, gris, vifs et limpides ; la conjonctive d’un blanc

mat et net ; la paupière supérieure épaisse et arrondie ; l’inférieure un peu gonflée et plissée; le regard calme, vague et absorbé ; un nez doucement courbé, au bout large et arrondi ; des narines médiocrement ouvertes ; une bouche

un peu maussade, d’un con-

Fig. 43.

tour relâché et dont les coins s’abaissent doucement; des lèvres moyennes en grosseur, médiocrement colorées, mollement dessinées, l’inférieure plus forte que la supérieure et la débordant ; un menton perpendiculaire, arrondi à sa partie supérieure, un peu carré à sa base, et séparé au milieu par une sorte de fossette ; les pommettes modérément saillantes; les joues maigres; le teint blanc, avec un peu de rougeur sur le front et sur les joues ; la peau douce et mince ; les cheveux blond cendré, droits, fins et doux; la tête légèrement inclinée en avant ; le dos un peu voûté, la démarche calme et grave ; le pas lent et mesuré : cette physionomie dénote un homme qui, sous un extérieur calme et froid, cache une âme malheureuse, inquiète et soucieuse. Son caractère irritable et bizarre est un étrange mélange de grandeur et de petitesse, d’énergie et de faiblesse ; la noblesse et la générosité de ses sentiments sont parfois ternies par certains procédés d’égoïsme et de malveillance. On le voit, manquant de courage et craignant de se compromettre, user d’une indifférence blâmable envers ses amis, lorsque ceux-ci se trouvent dans une position critique. Dans ses écrits il prêche éloquemment la charité, et dans ses actes il est souvent en désaccord avec ses enseignements.

Il est absolu dans ses volontés, mais il ne sait ni commander, ni se faire obéir. Il est plein de courage, de patience et de persévérance dans le travail ; mais dans la pratique de la vie, ces qualités lui font absolument défaut. Autant il fait preuve d’énergie dans la défense de ses opinions et de ses doctrines, aidant il se montre faible dans la défense de ses droits et de son autorité.

Son courage n’est ni ferme, ni constant ; il est très arrêté dans ses idées, et indécis dans ses actes ; néanmoins, il est susceptible de résolutions audacieuses et téméraires, comme par exemple de risquer sa fortune, sa réputation et sa vie par un coup d’État.

Il est soucieux et chagrin, et sujet aux amères pensées. Il est enclin à l’orgueil, et son cœur est tourmenté par une secrète ambition.

C’est un esprit vaste et pénétrant, spéculatif et méditatif, méthodique, classificateur et systématique, enclin au doute et au scepticisme. C’est un idéologue, un profond penseur, qui coordonne admirablement ses idées, qui les synthétise, qui les groupe avec un art consommé et une science profonde.

Autant on trouve d’élévation et d’ordre dans ses idées, autant on remarque de petitesse dans son caractère, et de désordre dans sa maison et dans ses affaires. Il est porté à savourer les plaisirs de la table.

C’est spécialement un homme de science et de cabinet, un érudit. Il devient dissemblable à lui-même, dans la pratique des affaires, soit politiques, soit d’administration. La sagesse de ses paroles et de ses jugements, son grand entendement et sa sagacité sont le plus souvent en désaccord avec ses actes. 11 y a deux hommes dans cette grande individualité, l’homme de génie et l’homme public. Sous le premier rapport, il honore la nature humaine; sous le second, il en prouve la faiblesse.

Le caractère de son génie, c’est la puissance et l’étendue ; il embrasse tout le domaine de la pensée, dans le présent et

dans l’avenir. Son esprit se porte sur une multitude d’objets. Il réunit en lui la philosophie et la poésie; son style est plein de hardiesse. On y trouve partout les plus sublimes images énoncées avec la précision la plus rigoureuse. C’est un philosophe éloquent et universel, mais systématique et exagéré: aussi glisse-t-il facilement dans les utopies.

Il possédera de hautes fonctions publiques et des dignités; mais il n’en retirera que des chagrins et des déceptions pleines d’amertume.

C’est dans le silence de la retraite que donnant essor à son génie, il trouvera la gloire et qu’il s’immortalisera par la grandeur de ses œuvres. Des honneurs scientifiques lui seront décernés dans sa patrie et à l’étranger.

Saturne, Mercure et la Lune (fig. 44). — Des traits minces, aux contours précis, anguleux et tourmentés ; un

crâne un peu oblong ; un grand front perpendiculaire, osseux, convexe, et fermement voûté ; des tempes osseuses et assez saillantes ; l’arcade sourcilière saillante et anguleuse ; des sourcils bruns, crispés et fournis ; horizontaux à leur tête, arqués à leur queue ; avec un pli profond et perpendiculaire dans l’espace qui les sépare ; des yeux petits et verdâtres, très étincelants, très enfoncés, d’un contour ferme ; le regard sec, profond et concentré ; des paupières supérieures très minces; un nez long, droit et maigre, dont le bout s’avance, en formant la pointe ; des narines fermes et carrément dessinées, ayant une ouverture peu dilatée ; le canal nasal accusé ; une bouche serrée et un peu grinçante, sèchement dessinée,

Fig. 44.

arquée en ses extrémités, dont les coins se relèvent, sans sourire ; des lèvres minces, carrément dessinées et peu colorées; un menton petit, droit et anguleux ; des pommettes anguleuses et très saillantes ; des joues creuses et plissées, d’un contour tourmenté ; le teint plombé ; des cheveux blondasses, tombant droit ; la tête droite et raide ; le dos un peu voûté ; la démarche calculée et étudiée ; le pas félin, léger et mesuré ; la marche interrompue par des pauses fréquentes pour réfléchir : ces signes physionomiques dénotent un homme d’un esprit méditatif et contemplatif, qui cultive la philosophie et la poésie. Dogmatique et pédagogue, il parle d’une façon sentencieuse, impose ses opinions, et ne souffre pas qu’on les discute. Son intelligence est plus solide que facile ; aussi a-t-il besoin de beaucoup de temps pour coordonner ses idées. Il est orateur, mais pas improvisateur ; il n’a pas le don de charmer ni d’entraîner son auditoire ; mais il sait captiver l’attention de ses auditeurs, par l’originalité de ses conceptions, par la logique serrée de ses raisonnements, et par la profondeur de ses pensées. Il est tenace dans ses opinions et inébranlable dans ses convictions. Profond dissimulateur, il s’enferme dans le secret de ses projets, médite, calcule, prépare de longue main ses desseins, et en poursuit l’exécution avec une rare persévérance. Il est plein d’initiative, d’énergie et de courage pour affirmer ses idées ; mais il éprouve une certaine indécision pour agir. Cependant, une fois engagé dans l’action, il ne recule ni devant les obstacles, ni devant la résistance, ni devant le péril. Chez lui, la raison et l’imagination sont en lutte; tandis que son esprit contrôleur et sceptique le ramène au réalisme et au positivisme, son imagination l’entraîne au spiritualisme et à l’illuminisme. C’est un rêveur orgueilleux, dévoré par des ambitions secrètes; loin du monde, et dans des promenades solitaires, il médite ses projets. Esprit novateur et réformateur, il est cruel dans l’application de ses doctrines. Sa sobriété est excessive, et ses mœurs sont très austères. Sa sé-

cheresse et sa dureté de cœur contrastent singulièrement avec les doctrines humanitaires et philanthropiques qu’il professe. Il est intègre, incorruptible, témoigne un profond mépris des richesses, et se drape dans son orgueilleuse pauvreté pour en imposer aux autres. Irritable et impressionnable par nature, il sait se maîtriser et dominer ses impressions, au point de paraître calme et serein au milieu des plus grands soucis, et dans les positions les plus désespérées. Doué de courage et de fermeté dame, il est prêt à braver la mort pour le triomphe de ses idées. Il supporte l’adversité avec une stoïque résignation. Le succès et la prospérité l’enivrent, le rendent injuste et méchant. Cet homme se pose comme un fervent apôtre de la liberté, mais en réalité, c’est un tyran cruel, et un despote de la pire espèce. Infatué de lui-même, l’orgueil et l’ambition sont ses passions dominantes. Sa nature défiante et ombrageuse ne lui laisse ni trêve ni repos ; il se croit sans cesse entouré d’ennemis cachés, et il ne voit autour de lui que pièges, sourdes menées, guets-apens et trahisons ; aussi ne se confie-t-il aux autres qu’avec une extrême répugnance et la plus grande réserve. Son cœur est torturé par l’envie, la jalousie et la haine ; implacable et inexorable dans ses passions haineuses, il poursuit ses ennemis sans trêve ni pitié, exerçant sa vengeance avec cruauté. Son esprit misanthrope, chagrin et morose est sans cesse tourmenté par de sombres, ambitieuses et amères pensées. C’est pourquoi il est à craindre que, déçu de ses espérances, las du monde et dégoûté de la vie, il ne termine son existence par le suicide.

Une physionomie comme celle-ci annonce une existence laborieuse, semée de chagrins et d’adversités ; un homme qui est appelé à s’élever, à force de peine et de ténacité, aux plus hautes dignités dans le gouvernement, à remplir un rôle éclatant et néfaste sur la scène politique et à exercer une grande influence sur ses contemporains ; mais qui est aussi menacé d’être subitement renversé de sa position,

d’être précipité du faîte des honneurs et de terminer sa vie d’une façon étrange, violente et misérable.

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