‹ Traité de la seconde dentition :Chapitre 3 sur 9 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

Considérations généra les.

Tandis que diverses branches de Fart dé guérir font de rapides progrès , que l’anatomiè pathologique éclaire de son flambeau les praticiens , sur les maladies les plus compliquées , la médecine dentaire reste en arrière , on ne s’en occupe point dans nos écoles publiques ; nous ne manquons pas cependant d’ouvrages ex-pro fesso , sur la structure et les maladies des dents , mais combien ne laissent-ils pas à désirer encore ! Les auteurs de nosologie et de physiologie leur consacrent même quelques lignes , mais ils ne semblent les mentionner , que pour compléter leurs cadres ; aussi en ont-ils traité très - superficiellement Plusieurs , tout en convenant des lacunes qui existent dans la connaissance du développement, de la sortie

et des affections des dents, n’ont pu, en raison de leurs nombreuses occupations, se livrer à cette étude.

Il semblerait que ces os, pouvant être simplement considérés comme des ornemens de la physionomie , leur conservation fût plutôt du ressort du parfumeur, que de celui du médecin.

Néanmoins la physiologie moderne , en instruisant les hommes de l’art , sur les phénomènes de la digestion , a prouvé combien les dents sont nécessaires à l’exécution d’une fonction qui entretient la vie.

On sait que le tube alimentaire est chargé de préparer les substances destinées à l’accroissement , ou à la conservation de l’individu ; mais il a besoin d’ètre aidé dans ce travail par des moyens mécaniques. L’estomac de l'homme ne peut exécuter ses opérations avec aisance , si les alimens n’ont subi certaines préparations. En conséquence , on les ramollit par le feu et la coction , on les assaisonne de diverses manières avant de les introduire dans la bouche, et ils sont d’autant mieux disposés à subir l’action du ventricule, qu’ils y sont mieux pénétrés de salive dont la sécrétion est sollicitée tant par leur présence dans cette cavité, que par la mastication. Mais celle-ci

peut-elle être bien exécutée par des mâchoires dégarnies de dents?

Chez les animaux dont l’estomac est membraneux, les dents sont les auxiliaires destinées à en faciliter les opérations; et comme le créateur s’est plû à varier les moyens à l’infini, pour produire les mêmes résultats, il a accordé des dents aux espèces dont l’estomac est d’une texture lâche , tandis que celles chez lesquelles cet organe a une force musculaire souvent étonnante, en sont dépourvues.

Chez les ruminans dont l’arcade dentaire est incomplette , la pluralité des estomacs subvient encore au défaut de ces os , et les alimens sont rapportés dans la bouche, pour y être mâchés de nouveau , et soumis encore à V insalivation.

Au reste, les médecins de nos jours apprécient mieux que ceux d’autrefois l’importance de la denture ; ils recommandent de la soigner, ils ne négligent point d’exploirer l’état habituel de la bouche dans la santé, et ils en retirent souvent des inductions qui les éclairent dans le cas de maladie (i).

(i) Malgré l’excellence des traités les plus modernes de sémiotique , il est une certaine quantité de signes , tirés des dents , des gencives , de la salive , du tartre , etc. , dont il n’est pas fait mention , et qui sont importans.

Les phénomènes du développement des petits os, qui vont nous occuper, ont même attiré l’attention de quelques-uns , et piqué leur curiosité ; mais il faut le dire avec franchise , cette partie est encore trop négligée et trèspeu connue , elle réclame une étude moins superficielle de ceux qui se vouent à l'honorable tâche d’instruire les élèves sur toutes les branches du grand art médical.

Bien qu’il y ait eu plusieurs écrits très-intéressans sur la première dentition, les phénomènes dont elle se compose, ne sont pas entièrement énumérés par les auteurs ; c’est au tems et à l’expérience seuls , qu'il appartient de combler ces lacunes. Heureux celui qui pourra en diminuer le nombre (i) !

Quoi qu’il en soit , la première dentition se trouve sous la surveillance d’hommes dont les connaissances médicales sont éprouvées ; il n’en est pas de même de la partie sur laquelle nous allons jeter un coup-d’œil. Elle est entièrement abandonnée à l’observation et à la sagacité des dentistes , qui ne possèdent pas tous des connaissances étendues en physiologie.

(1) Le traité de la première dentition , par le professeur Beaumes , ne saurait néanmoins être trop médité , il est à juste titre placé au premier rang.

Les lois qui pre'sident au développement, à la sortie , et à l’arrangement des dents, étant le pati’imoine du médecin, il doit les connaître, afin de pouvoir diriger le dentiste , lorsque celui-ci n’est pas muni de connaissances suffisantes ; ce qui malheureusement n’est que trop ordinaire, sur-tout dans les provinces.

Il est donc a désirer qu’il y ait un plus grand nombre de médecins, qui se livrent à l’exercice spécial des maladies de la bouche j c’est le seul moyen d’empêcher qu’une partie si intéressante de notre art , ne reste dans les mains de routiniers ignorans, ou ne soit la proie des plus vils charlatans. De tels gens ne peuvent exercer aucune partie de la chirurgie , qu’au préjudice de la société.

Celui qui n’est que mécanicien, ne doit point être admis dans le sanctuaire d’Esculape , et son office doit se borner à exécuter, sous la direction du chirurgien , les machines dont celui-ci a seul le droit de faire l’application (i).

Je le répète , la vraie médecine dentaire n’est point assez répandue , et elle ne le sera , que lorsqu’elle fera partie de l’enseignement public , ainsi qu’il en est des diverses parties de l’art

(i) N’a - t - on pas lieu de regretter que des ouvriers orfèvres, bijoutiers, horlogers, ivoiriers, ayant

de guérir ; et c’est alors seulement que cette branche sera cultivée par des hommes instruits, qu’elle s’élèvera avec la même vigueur que les autres.

La direction de la seconde dentition, est l’écueil des dentistes d’un demi-talent ; il existe parmi ceux-ci une routine , qui ( je le dis à regret) se trouve soutenue par des écrits faisant autorité pour ceux qui trouvant dans les livres , des pensées toutes digérées , en font l’aliment de leur esprit, et la base de leur pratique, sans se donner la peine d’en peser la valeur.

Qest donc pour déraciner quelques erreurs , que je me suis déterminé à faire imprimer cet Ouvrage. Mon intention n’est point d’établir un nouveau système , la méthode naturelle que j’y expose , est suivie par divers dentistes distingués , mais qui n’ont point publié le fruit de leur expérience , ou qui ne l’ont fait que

travaillé seulement comme tels dans les laboratoires des dentistes , sans avoir étudié , sans avoir même assisté à leurs opérations , aient obtenu la permission d’exercer. Espérons que , par les sages réglemens qui se préparent sur l’exercice de la médecine , ces sortes d’admissions n’auront plus lieu , et avec elles disparaîtront les grosses dents en tôle vernie , qui indiquent la demeure de ces dentistes, et qui, à la honte de l’art, se voient encore à la porte de quelques gens plus recommandables.

trop succinctement ; je retrace ce que plusieurs gens instruits mettent , chaque jour, enpratique avec succès, j’y ajoute seulement quelques réflexions puisées dans ma pratique et dans l’examen anatomique de la mâchoire humaine , considérée depuis l’instant où l’on aperçoit les premiers rudimens des dents d’adultes , jusqu’à leur alignement dans le cercle qu’elles doivent occuper après leur sortie. Soumettant ainsi mes observations à la juste critique des hommes de l’art, je les mettrai à portée de décider sur un sujet, d’autant plus important, qu’il intéresse toutes les classes de la société.

Parmi un assez grand nombre d’auteurs, tant nationaux qu’étrangers , que j’ai dû consulter avant d’écrire (1) , je n’en ai trouvé aucun qui m’ait paru proposer une méthode appuyée sur l’autopsie ; les uns s’abandonnant à des raisonnemens plus ou moins spécieux, quittent la route de l’expérience , pour s'égarer

(i) J’ai employé quelques instans de loisir à traduire les ouvrages de Hunter et de Fox, sur les dents humaines. Mon intention était d’abord de les livrer à l’impression , mais j’y ai trouvé tant d’omissions et de choses qui ne s’accordent pas avec nos connaissances actuelles en physiologie , que je les regarde seulement comme de bonnes sources auxquelles on peut puiser, mais dont les gravures font le plus grand mérite.

dans le vague de leur imagination. D’autres ne s’expliquent pas sur ce point , ils l’éludent et semblent n’oser en aborder la discussion.

Sprengel a dit avec raison : « Que le chemin » de l’expérience est le plus difficile que l’on >) puisse parcourir , parce qu’il est plus aisé » de suivre les suggestions de l’esprit, etd’ac- » quérir, par une aveugle routine, une certaine » habileté dans la pratique , que de s’engager » dans la route épineuse et assujettissante de » l’observation ».

On peut appliquer ces principes à la méthode de diriger la deuxième dentition des enfans ; il est plus facile de leur ôter les dents , que de juger sûrement si la chose est indispensable. L’évulsion d’une dent ne demande, de la part de celui qui la pratique , qu’une certaine connaissance du mode d’agir des léviers qu’on emploie à cette opération ; tandis que la science nécessaire pour en apprécier les conséquences, est longue à acquérir.

Fauchard, Jourdain, Bourdet, et d’autres plus modernes , ont traité cet article avec une sorte d’indifférence, à la fois fâcheuse pour l’art, et pénible pour celui qui espère trouver dans les livres de ces sa vans dentistes, de quoi l’éclairer.

Dans son Dentiste de la Jeunesse , si élé-

gamment écrit, M. Duval a développé les talens d’un littérateur; mais e t opuscule paraît plutôt destiné au public, qu’aux hommes de l’art. Croyant tous ses confrères aussi savans que lui, l’auteur ne leur indique pas au juste ce qu’il doit savoir si bien faire ; il ne dit point comment il faut varier, selon les circonstances , les moyens d’aider la dentition.

Dans un autre ouvrage, excellent d’ailleurs, il ne met point au nombre des dangers de l’extraction des dents, les vices de configuration de l’arc dentaire, et l’avortement de quelques germes de dents adultes, résultat siy fréquent de l’évulsion intempestive de certaines dents temporaires, ou de lait; ce qu’un praticien de son mérite n’aura pas manqué d'observer.

Dionis , Bunon , l’Ecluse , Bourdet , ont adopté et conseillé une méthode entièrement opposée à la volonté de la nature ; et plusieurs de ceux qui ont écrit depuis eux , ont; commis la même faute.

Il est cependant deux auteurs modernes auxquels nous devons de bons articles sur ce point, ce sont MM. La Forgue et Gariot ; mais ils n’ont fait qu’effleurer un sujet qui devait occuper plus de place dans leurs traités.

Hunter n’en dit rien. Un autre célèbre dentiste anglais, Fox, professeur de médecine-

dentaire aux hôpitaux de Londres , nous a laissé , sur son art , un excellent traité ; mais , oubliant en quelque sorte qu’il a suivi le développement des dents à toutes les époques delà vie, au lieu de faire une judicieuse application de ce qu’il a observé, pour établir un bon mode de diriger la seconde dentition des enfans , il se livre à une théorie qui le conduit à l’erreur.

Dans un opuscule renfermant quelques gravures enluminées , que je fis imprimer en i8i5 (i), je donnai seulement quelques idées sur la meilleure méthode à suivre pour diriger l’arrangement des dents : mais cette brochure étant destinée aux gens du monde , je me contentai d’y consacrer les principes , sans m’étendre sur les descriptions, et désirant d’ailleurs m’occuper de divers objets, dans un très-petit volume; je dus me restreindre en conséquence.

Enfin, le dernier anatomiste français, que je sache, qui ait écrit sur les dents , a intitulé son livre : Nouvelle Théorie de la Dentition ; il ne dit pas un mot des procédés qu’il convient d’employer pour régulariser la denture. Le titre de l’Ouvrage nous donnait droit d'y chercher des

(i) Chez l’Auteur, rue de la Paix, N°. 19, et chez les Libraires tenant les livres de Médecine.

lumières ; il y a sans doute de bonnes choses ; mais on y voit à regret differentes decouvertes , nationales et étrangères, tant anciennes que modernes , annoncées comme sa propriété.

Viennent ensuite des hypothèses , des contes ridicules donnés pour du vrai de la meilleure foi du monde (i).

Quoique l’utilité d’un ouvrage dans lequel les diverses opinions des auteurs seraient discutées avec impartialité , m’ait depuis plusieurs années paru incontestable, et que j’aie recueilli une grande quantité de notes sur ce sujet, j’ai hésité long - tems de les rassembler , dans la crainte de rester au-dessous de l’entreprise. Cependant la nécessité d’éclairer les jeunes praticiens sur le choix d’une méthode de guider la deuxième dentition , l’a emporté sur la répugnance que j’éprouve à heurter des idées reçues, et un mode de traitement, consacré par le tems , étayé d’ailleurs de la recommandation d’écrivains renommés.

J’ai donc besoin, pour combattre avec avan-

(i) M. Miel , chirurgien - dentiste , justement estime' , a déjà observé dans le 8e. n°. ( Août 1817 ) de la Société Médicale d’émulation , que l’ouvrage de M. Serres est rempli d’erreurs et de suppositions, qu’il se propose de signaler.

tage tant d’autorités , d’être lu par des hommes sans prévention , et qui soient disposés à vérifier les faits anatomiques et physiologiques que j’oppose aux théories, qu’il me paraît utile d’anéantir. En conséquence , avant de présenter une méthode naturelle, d’aider l’arrangement de l’arc dentaire , lors de la mue des dents temporaires ou primitives, je dois passer en revue les phénomènes de la formation de celles de remplacement , ainsi que le développement progressif des mâchoires, jusqu’à la terminaison de la seconde dentition.

Nulle part on ne s’est autant occupé, et avec autant de soin , de l’anatomie des dents , qu’en Angleterre ; Hunter , Blake , Monro , et Fox , sont ceux auxquels l’art a le plus d’obligations sur ce sujet. Leurs livres sont remplis de très-bonnes gravures , dont l’examen conduit à reconnaître que la manière de nourrir l’enfant , et de le soigner dans les commencemens de la vie , influe singulièrement sur la bonté des dents de remplacement.

Hyppocrate a dit que de la santé de la mère, dépend celle de l’enfant. En effet l’homme physique ressemble au végétal, qui s’assimile les sucs des substances qui lui sont étrangères. Si, lors du développement, le fœtus puise des principes parfaits , il croîtra avec aisance , et

toutes ses parties se mouleront avec harmonie*

Si, au contraire, la femme qui le porte est affaiblie par les maladies, ou si elle est d’une constitution naturellement débile , l’individu qui naîtra d’elle , sera presqu’assurément d’une complexion délicate ; tous les organes plutôt ébauchés que bien constitués, auront besoin d’être en quelque sorte renouvelés pendant la vie, par la nutrition.

Malheureusement les dents une fois formées, semblent, en raison de leur compacité, être de toutes nos parties celles qui obéissent le plus lentement à la loi générale de décomposition, et de recomposition vitale; l’émail surtout , quoique nourri et pouvant se durcir pendant la vie, ne se reproduit point, une fois qu’il a été détruit, soit en tout, soit en partie. De-là résulte que si, pendant la formation de ces petits os , les sucs qui leur ont été fournis étaient de mauvaise nature , ils conserveront long-tems une sorte de tendance à la carie , bien que le sujet né avec une constitution d’abord médiocre , soit devenu fort pendant l’accroissement. ( Jourdain. )

Les dissections faites par divers anatomistes , ont démontré que les premières dents , celles dites de lait, étaient presque formées à l'époque de la naissance de l’enfant. ( Hippocrate . )

Supposons qu’en arrivant au monde , les fluides de ce petit individu ne contiennent pas une suffisante quantité de matière calcaire, destinée à former la partie solide des dents , celles qu’on appelle temporaires, ou de lait, seront exposées à la carie pendant les premières années de la vie.

Il en sera de même pour les dents de la deuxième dentition ; si l’enfant reste faible , pendant le développement des dents qui appartiennent à cette classe , elles contiendront beaucoup de gélatine , et seront disposées à l’odonto-malaxie.

Mais si , pendant l’ossification de la deuxième dentition, l’enfant est robuste, s’il n’éprouve point de maladies qui diminuent les qualités de ses humeurs, ou si étant né faible, il se fortifie , il est indubitable qu’il aura de bonnes dents adultes ; le contraire aura lieu chez celui qui, étant né fort, sera devenu faible. Ces aperçus suffisent pour détromper à la fois ceux qui propagent que l’on fait gâter ses dents par des soins de propreté journaliers , ainsi que ceux qui , exagérant en sens contraire , pensent que les soins peuvent infailliblement empêcher la carie des dents.

Cette question est facile à résoudre avec la

connaissance des phénomènes du développement des organes dont il s’agit ; et on peut établir en principe, que les soins de propreté conservent des dents naturellement bonnes, tandis que les soins les plus assidus n’empêcheront pas la carie d’attaquer celles dont la nature intime est pauvre de matière calcaire. Heureux, dans ce cas, si le sujet ayant été prévenu de la mauvaise qualité de ses dents , réclame à propos les secours de l’art, qui seuls peuvent en retarder la perte.

En conséquence, par l’inspection des dents, le- médecin peut , jusqu’à un certain point, juger de la constitution née de l’individu, et la connaissance qu’il en acquerra y influera avantageusement sur le mode de traitement qu’il adoptera dans quelques maladies.

Enfin les dents originairement d’une bonne nature , peuvent se carier accidentellement pendant le cours de la vie ; avec un peu d’habitude, le médecin saura très-bien distinguer celles qui sont constitutionnellement mauvaises, de celles qui le sont devenues.

ïl en est de même des altérations profondes et des empreintes superficielles , qu’on ol serve sur les dents des individus qui ont été atteints d’une maladie aiguë , des membranes mu-

gueuses dans leur jeune âge ; ces marques constituent l’atrophie et l’érosion de l’émail dont la situation, plus ou moins éloignée du bord tranchant, fait reconnaître l’époque de îa vie , pendant laquelle la maladie a interverti les opérations de la nature.

Le dentiste peut quelquefois, il est vrai, lorsque les lésions sont superficielles , effacer ces désordres, quand les couronnes des dents sont sorties des alvéoles; mais, ainsi qu’on le voit , il appartient au médecin seul de les prévoir, et de les empêcher, en indiquant aux parens et aux nourrices, les moyens hygiéniques d'élever les enfans.

Bunon, page 61 , pensait que l’érosion provient d’une humeur qui s’insinue dans l’alvéole et altère l’émail des dents. La physiologie de son tems admettait cette explication qui, si elle n’est pas exacte, se rapproche au moins de la vérité.

Cet article de son livre renferme des observations justes sur les moyens de reconnaître, à l’inspection de dents érosées , à quel âge l’enfant a été attaqué de la maladie qui les a ainsi sillonnées. Mais Bourdet, qui a écrit après lui, a mieux expliqué le mécanisme de l’érosion , il dit : « Que la liqueur contenue dans

le

« le sac ou matrice dentaire , s’aciduîè , dans le j) cas de quelques maladies graves., et que les î) dents en sont érosees (i). » L’expérience démontre la vérité de cette explication.

M. Duval a substitué le nom d’atrophie à celui d’érosion ( Bulletin de l’Ecole de Médecine, an 12, n°. ier. ). Ici, il n’y a que changement de dénomination; mais il me paraît évident que l’une et l’autre sont admissibles , non pour désigner une seule et même affection de l’émail, mais pour en distinguer deux très-différentes , susceptibles d’exister isolées, ou pouvant être remarquées ensemble sur le même individu.

Chacune de ces affections présente des carac-= tères particuliers qui ne permettent pas de les confondre*

L’atrophie congéniale s’observe très -fréquemment sur une seule dent , tandis que toutes les autres sont saines.

L’érosion congéniale se rencontre toujours sur une série de dents, et ce genre d’altération se remarque fréquemment. L’atrophie est plus rare que l’érosion.

Quoi qu’en aient écrit Hunter et plusieurs savans, au nombre desquels se trouve M. Cuvier,

(i) Bourdet, pag. 79, en i;j58.

j’ai l’intime conviction que l’ëmail fait partie intégrante de la dent, qu’il ëmane de l’embrion dentaire , et qu’il ne résulte point d’une cristallisation superposée, et contenue en suspens dans la liqueur renfermée dans la matrice dentaire.

Il est certain qu’une très- petite quantité de tissu vasculaire, entre dans la composition de l’émail , une analyse bien faite en démontre l’existence.

Je me représente, en conséquence, l’ambrion dentaire hérissé dans la partie où doit se former l’émail, d’une immense quantité de petits vaissaux exhalans , formant d’abord un velouté imperceptible. Peu -à -peu ces petits tubes reçoivent le phosphate de chaux qui les emplit , sans leur ravir la sensibilité organique. Ils la conservent long-tems, et ils ne la perdent que lorsque leurs propres parois sont envahies par la substance terreuse qui leur est continuellement apportée pendant le cours de la vie j mais , avant que l’émail ne se forme , il se développe une couche osseuse et comme nacrée, d’une densité remarquable, couche qui n’existe que sur la couronne de la dent; c’est donc, en la traversant, et même peut-être en y subissant quelque préparation , que le phosphate de chaux se dépose à sa su-

perrïcîe. Cette couche semblerait être imper* méable, en raison de sa dureté , et du rapprochement extraordinaire du tissu qui la compose , mais les règnes animal et végétal ne nous présentent-ils pas une foule d’exemples que la circulation s’opère là où nos meilleurs instrumens ne peuvent faire apercevoir de vaisseaux?

Peut-on nier , par exemple , que la circulation de la sève n’ait lieu dans le bois de fer , dont la dureté est extrême , ainsi que dans les nodosités de nos arbres indigènes, dont le tissu serré , émousse l’acier avec lequel on les attaque ? Or , si la circulation est prouvée dans les végétaux les plus compactes , pourquoi n’existerait-elle pas dans les dents qui ont sur eux l’avantage d’être soumises à l’empire de la vie animale?

C’est la formation de la couche nacrée dont la solidité est toute particulière , qui a fait présumer à Hunter , que l’émail était déposé dessus par la membrane interne de la capsule dentaire.

Àu reste, Jourdain observe, dans son Essai sur les dents, que l’émail et la couche dont je viens de parler, se forment simultanément.

En admettant le mode de formation que j’ai décrit plus haut, on peut se rendre compte des ehangemens de couleur, de consistance, et de perceptibilité, que l’on remarque dans l’émail,

et qui ne peuvent être que le résultat de la nutrition. Par lui on en explique les maladies. En effet , la carie à laquelle il est exposé , et qui est une espèce d’ulcère des os, ne peut exercer ses ravages que sur des parties organisées ; l’a gacement, la demi -usure, l’érosion accidentelle y développent la sensibilité vitale, ce que savent tous les chirurgiens-dentistes , qui sur ce point peuvent réfuter victorieusement des raisonnemens scientifiques qui doivent nécessairement tomber devant l’impartiale expérience.

L’atrophie me paraît être le résultat d’une nutrition , ou d’un développement vicieux des petits tubes exhalans dont j’ai parlé , ce qui constitue un vice organique.

Il en est une autre espèce qui est différente de celle-ci ; c’est la mort partielle et accidentelle de quelques cristaux de l’émail, qui avaieut été très-bien organisés primitivement.

Ainsi, je ne parlerai point seulement de ce que je vois souvent ; mais je raconterai ce que tous les chirurgiens - dentistes observent chaque jour. Ils sont consultés i°. pour des enfans dont l’émail d’une ou de plusieurs dents , quoique très-lisse et poli, est de couleur brune ou blafarde , parfaitement insensible à l'action de l’instrument qui le froisse. C'est l'atrophie congéniaîe.

a*. Par des personnes qui, ayant reçu uq coup sur une dent saine , se sont aperçues qu’une partie de l’email a , par suite , changé de couleur, et sur lequel il s’est formé une tache blanche plus ou moins étendue , c’est l’atrophie accidentelle.

Si on compare la dureté relative de cet émail ainsi altéré , elle est infiniment moindre dans l’endroit malade , réduit à l’état de carbonate de chaux, par l’absorption intérieure du peu de gélatine qui entrait dans la composition de ses cristaux. Donc l’absorption s’opère dans l’émail et dans les dents, comme dans les autres os , et j’en pourrais encore rapporter des preuves non moins convaincantes....

L’érosion ne doit point être confondue avec l’atrophie, celle-ci résulte de la mort d’une plus ou moins grande quantité d’exhalans , fournissant l’émail , soit avant la naissance , soit pendant la vie.

L’autre est une destruction de cet émail après qu’il s’est formé. Elle est le résultat de l’action corrodante du fluide muqueux , au milieu duquel la couronne de la dent se développe : les qualités de ce fluide variant suivant l’état de santé ou de maladie.

Ainsi, j’ai ouvert un certain nombre de mâchoires d’eufans morts à la suite de maladies

chroniques vermineuses, muqueuses, ou mesantériques, les dents de la plupart étaient affectées d’atrophie, non-seulement de l’émail , mais encore d’une partie de la substance osseuse : quelques germes étaient même altérés de manière à faire soupçonner qu’ils n’étaient plus aptes à se charger de phosphate calcaire.

J’ai vu l’émail quelquefois inégalement réparti sur la couronne de plusieurs dents, ce qui constituait des gibbosités qui peuvent être également classées dans l’atrophie.

L’érosion se borne à l’émail, et ainsi que je l’ai déjà dit, elle se remarque ordinairement sur une série de dents; on la rencontre souvent sur ceux qui ont été attaqués , pendant le travail de l’émaillement , soit de la variole, soit d’une autre maladie aiguë où les membranes muqueuses ont été affectées.

Sur les enfans qui ont succombé, la partie de la dent qui s’était formée avant la maladie , était souvent saine, quoique placée au milieu d’un fluide altéré; d’où j’ai conclu, que son action était d’autant plus funeste à l’émail, que celui-ci était plus récent, de sorte que sa dissolution aurait lieu à mesure que les vaisseaux du germe de la dent le déposent à la périférie, et par conséquent , avant qu’il ait acquis le

degré d’aggrégation et de consistance qui lui eût été nécessaire pour résister à Faction du mucus acidulé qui l’environne. Pour m’assurer de cette acidité , j’ai étendu de ce mucus sur un papier bleu , teint par le tournesol , la couleur est immédiatement passée au rouge, et d’autant plus que les dents semblaient être plus fortement érosées (i).

Les observations que j'ai recueillies, m’ont offert les résultats suivans. Lorsqu’un enfant a succombé à une maladie où le système muqueux a été principalement affecté , et dont la marche a été rapide, l’érosion avait gravé une ligne horizontale sur l’émail des dents. Si la maladie avait eu des récidives, on observait plusieurs lignes. Sur celui où cette maladie avait été très-longue , l’émail était dévoré par places, ou criblé de petits trous. Dans ce dernier cas, la profondeur de l'érosion variait encore , suivant que la cause avait duré.

Si nous examinons présentement les différences qui existent entre l’érosion et l’atrophie , sur un enfant qui est échappé à la maladie qui

(i) Jourdain avait déjà observé que dans l’état sain, ie mucus de la membrane change aussi un peu la couleur bleue du papier; mais dans l’état de maladie, son action est bien plus marquée.

a si fâcheusement gravé ses dents , nous verrons que la partie atrophiée est déformée, et dénuée d’émail; que la dent est jaune et sensible, que l’attouchement sur la partie altérée est très-pénible.

Si l’érosion n’a point détruit les cristaux de l’émail dans toute leur hauteur, le fond en est blanc, l’attouchement n’y cause aucune sensation fâcheuse; si, au contraire, les cristaux sont détruits jusqu’à la dent, cette partie est irritable. Au reste , l’atrophie et l'érosion congéniales, assez douloureuses d’abord, cessent de l’être à mesure que l’âge vient.

L’éi'osion démontre que l’émail est une émanation de la dent, puisqu’en supposant que la membrane le secrétât, on serait forcé d’admettre que si une maladie venait à en troubler les fonctions , il y aurait seulement suspension du travail de l’émaillement , et que la maladie venant à cesser , la membrane produirait de nouveau la matière émaillante.

Mais, s'il en était ainsi, la partie de dent qui s’est formée pendant la maladie, et qui n’a pas été émaillée, le deviendrait nécessairement par le retour des rudimens de l’émail. Les trous seraient comblés, et l’érosion serait entièrement effacée.

On voit que, par le mode d’émaillement ,

admis par Hunter, Fox et autres, on ne saurait expliquer la formation des empreintes congéilia le s ; il ne peut donc être reconnu par les physiologistes.

Toutes les dents qui sont en ossification, lorsque les causes de l’érosion se développent, sont ordinairement affectées , mais dans des endroits différens, suivant leur degré d'élévation dans la matrice deutaire.

Ainsi, supposons un enfant attaqué d’une maladie muqueuse, à i’àge d’un an à dix-huit mois, ce seront à chaque mâchoire, les quatre incisives, les deux canines, et les premières grosses molaires permanentes qui seront affectées à leurs bords ou surfaces triturantes , et même autour des couronnes, si elles sont avancées dans leur développement; et si, à cette époque, il reste encore quelques dents temporaires qui ne soient pas sorties, leurs couronnes pourront également en être affectées. Si la maladie a exercé ses ravages à quatre ou cinq ans , ce serontlesbicuspides etles deuxièmes molaires permanentes, dont les faces triturantes seront offensées ; tandis que les couronnes des six antérieures, qui sont entièrement émaillées, ne le seront pas, ou ne le seront que très-légèrement près du collet, à moins que l’i tensité de la maladie n’ait été telle , que la liqueur

contenue dans les petites matrices , devenue trop acide, n’ait agi fortement; alors la couronne pourra être presque toute criblée d’érosion.

Les dents les plus sujettes à l’érosion, sont les incisives , les canines , et les premières grosses molaires.

Les petites molaires en sont atteintes bien moins fréquemment. On ne peut se rendre raison de cette différence qu’en observant que le germe de celles-ci ne commence à se couvrir d’une pellicule osseuse , que vers trois à quatre ans, et que les maladies qui altèrent l’émail des dents , se développent plus particulièrement dans le cours des deux premières années de la vie.

J’ai remarqué , nombre de fois , que l'érosion avait eu lieu chez des adultes pendant le cours de certaines maladies , durant lesquelles la muqueuse de la bouche fournit une humeur qui corrodé les dents, dout l'émail était trèsbeau. J’en rapporterai un seul exemple , quoique j’en aie recueilli un grand nombre.

Madame la Baronne D’ y , d’un tem-

pérament légèrement bilieux , d'une bonne constitution , ayant d’excellentes dents , fut prise en 1817, d’un léger catarrhe de poitrine. Peu-à-peu il devint chronique et avec fièvre

intermittente. Ces accidens durèrent environ deux mois; pendant ce tems, elle me consulta pour une sensibilité toute particulière des dents, qu’elle n’avait jamais éprouvée.

Les gencives , qui étaient ordinairement fraîches et rosées, me parurent pâles, avec un petit filet rosé sur le bord qui environne les dents. Un léger tartre muqueux adhérait au collet de ces petits os , et là ils étaient d’une sensibilité excessive. La salive était très - muqueuse et filante.

Des remèdes sagement administrés , dissipèrent les accidens généraux, et les dents dont le collet avait été tout érosé , sur-tout d’un côté de la bouche , furent touchées plusieurs fois avec du sulfate de zinc.

Depuis six mois, la santé de cette dame étant redevenue ce qu’elle était avant la maladie , les dents se sont également guéries.

Il n’y a nul doute ici que cette affection des dents, ne soit une simple érosion causée par le séjour sur ces organes du fluide muqueux de la bouche , devenu acidulé.

Cette érosion ne peut être considérée comme une carie ; mais elle pourrait y donner lieu , ainsi que je l’ai vu mainte-fois , après des fièvres putrides, etc.

Enfin il est une sorte d’érosion qui a bien

été décrite par Fox, et qui dépend de l’action absorbante exaltée de quelques parties de la membrane muqueuse de la boucbe ; elle se présente à l’œil , sous l’apparence de l’usure par frottement sur la face antérieure des dents. Je l’ai observée particulièrement chez les individus qui prennent beaucoup de boissons chaudes ; aussi les Anglais , les Hollandais , qui font usage du thé, y sont très-sujets.

11 faut distinguer cette érosion de l'usure de l’émail que l’on remarque sur les dents de ceux qui abusent de dentifrices , terreux ou acidulés, et qui se servent, plusieurs fois par jour , de brosses très-dures.

Différens auteurs attribuent l’érosion et l’atrophie des dents au vice rachitique. Mais, qui peut , sans prévention , soutenir cette opinion, lorsqu’il sait que le rachitisme a été défini une maladie inconnue dans son principe, mais dont le résultat est la courbure de la colonne épinière , et de quelques os longs , leur ramollissement déterminant leur carie ?

Examinons , maintenant , s’il y a quelqu analogie entre ces lésions et celles qui se remarquent sur les dents.

On trouve bien quelquefois la périférie de celles-ci rongée , mais les maladies dont nous avons parlé , ont causé ces altérations, soit

avant la naissance , soit après. Elles ne se voient pas spécialement sur des rachitiques. Le tissu de la dent n’est pas plus mou que d’usage.

Ainsi tout en .reconnaissant que les dents de ces sujets, peuvent être attaquées d’érosion, elles ne le sont que consécutivement à des maladies entièrement étrangères au rachitisme.

Ayant souvent occasion de voir , aux Orphelins, des enfans rachitiques, j’ai observé que la plupart avaient une tête énorme , un palais très-évasé , des dents d’une force trèsgrande ; ce qui m’a conduit à m’adresser à moi - même les questions suivantes , que je n’entreprendrai cependant pas de résoudre.

i°. « Le rachitisme ne serait-il pas le résultat )) d’une distribution vicieuse et inégale du j) principe vital qui préside à l’harmonie de » l’organisation , et ce stimulus inconnu, étant » porté vers la tête, n’y attirerait-il pas un »> excès de nutrition qui fait que les os de cette » partie acquièrent une épaisseur et une éten- )) due remarquable , tandis que les autres lau- » guissent, et reçoivent à peine de quoi suffire » a leur accroissement » ?

2°. « L’osteo-malaxie qui s’observe quel- » quefois, et dont les phénomènes sont si » étonnans, ne proviendrait-elle point d’une

M lésion des exhalans qui entrent dans la texture » des os , ou bien , d’une exaltation de la sensi- )> bilité des absorbans , qui enlèveraient aux » os leur partie solide ; et , dans l’un ou l’autre )) de ces cas, le rachitisme et l’osteo-maîaxie , w dont on ne fait qu’une seule et même ma- )> ladie , n’en constitueraient-ils pas deux bien 5) distinctes? »

Disposition des Dents adultes dans l} intérieur des mâchoires. — Matrices dentaires , et leurs Appendices. — Processus alvéolaire . — Iter Dentis . — Odontocie.

.A-iNSi qu’il en est pour la dentition temporaire, c’est dans la mâchoire inférieure que l’on rencontre les premiers vestiges de l’ossification des dents d’adultes. Les mêmes phénomènes ne tardent pas à s’opérer dans la màchoii’e supérieure.

Dès les premiers mois qui suivent la naissance , vers le quatrième ou le sixième de la vie , on trouve quelques points osseux et émaillés, qui sont les bords des incisives , et les pointes des deux grosses molaires de la deuxième dentition. Ces petites écailles osseuses se forment

sur un corps pulpeux appelé germe (i), que je désigne sous le nom de ganglion ou ambrion dentaire.

(i) Heister oit , dans son Anatomie , que la mâchoire du fœtus à terme contient cinquante - deux germes de dents, en y comprenant celles de lait: c’est donc à tort que M. Serres assure qu’il lui était réservé d’en démontrer l’existence à cette époque. Au reste , les savans ont reconnu depuis long-tems que l’œuf contient tous les rudimens de l’individu qui doit s’y développer : mais nos sens ne peuvent en distinguer les diverses parties , elles ne leur semblent être qu’un mucus informe , quoique chaque particule soit cependant destinée à former un organe.

La plumé du savant Bonnet, a peint à notre esprit le développement des germes , avec une vérité admirable. ( Contemplation de la nature. )

Il les compare aux bourgeons des arbres dont les petits tubes , d’abord ramassés en pelotons , se déroulent , s’alongent et augmentent de grosseur , de capacité , et de consistance , pour former des feuilles d’une étendue plus ou moins considérable.

Cette ingénieuse idée , applicable aux germes en général , l’est sur-tout à ceux des dents , qui d’abord muqueux , prennent peu-à-peu de la consistance , se couvrent ensuite d’une écaille osseuse par l’extrémité qui doit former la couronne , et quand celle-ci est terminée , les racines résultent de l’alongement et du déroulement des vaisseaux qui deviendront peu-à-peu osseux.

Les ambrions des dents passent donc par plusieurs états , avant que d’arriver à celui-ci ; et si les auteurs ne

À huit mois, on trouve quatre incisives , deux canines , et deux grosses molaires en ossification à chaque mâchoire. Je n’ai bien distingué que vers le neuvième ou le dixième mois seulement, et souvent même plus tard, les ambrions des bicuspides ; mais l’ossification ne s’y annonce qu’entre la 2eme. et la /j.eme. année de la vie ( V. fig. 3 et 4- ) > quelquefois même plus tard. Néanmoins celles-ci sortent plus ordinairement avant les cuspides ou canines ; j’ai déjà fait celte observation en 1806, dans ma thèse de réception. Fox a fait graver

paraissent pas toujours d’accord lorsqu’ils en parlent , c’est que le mot genïie présente une idée abstraite d’un corps renfermant les rudimens d’un être que l’on peut considérer sous différens aspects , et dont la physionomie ( qu’on excuse cette expression) est susceptible de différens changemens.

Ceux donc , qui ont écrit sur la formation des dents , ayant observé qu’elle ne présentait de véritable intérêt qu’au moment où commence l’ossification , ne les ont fait dessiner qu’à cette époque , comme étant alors seulement susceptibles de fixer l’attention de l’anatomiste j c’est pourquoi ils n’ont fait graver les germes des bicuspides qu’à l’àge de trois ou quatre ans , parce qu’en effet , c’est vers cette époque que l’ossification s’y manifeste.

Mais s’en suit-il qu’ils aient ignoré l’existence antérieure des germes de ces dents , à l’état ganglionaire ou pulpeux ? Voyez les gravures de Iiunter, de Fox, et celles de mon Odontologie.

des

des planches où ce développement est suivi avec une exactitude extrême (i).

Les premières molaires adultes se forment en même-tems que les incisives ( V. fig. 5. ): Elles sortent à cinq ans et demi, ou six ans.

Vers trois ans et demi à quatre ans, on trouve un commencement d’ossification des deuxièmes molaires qui se montreront hors de la gencive à douze ans. ( V. fig. 5. ).

Le tems de l’ossification de chaque dent est donc d’environ sept ans pour les incisives , onze ans pour les cuspides, dix ans pour les bicuspides , six ou huit ans pour les grosses molaires.

L’accroissement des dents étant horizontal, ce sont celles dont le sommet est le plus près des gencives lors de leur formation, qui sortent

(i) Comment se fait-il donc que M. Serres ait assuré qu’il est le premier qui l’ait remarqué ? Il dit , de plus , que toujours les molaires sortent avant les canines } Ce qui est une erreur trop marquante, pour la passer sous silence. Au reste, Hunter, 3e. Ed. original. angL page 78 j Fox , M. Marjolin , Traité d’ Anatomie ; Bourde t , page 3i ) Beaumes , et enfin presque tous les auteurs disent : que les canines sortent , très-souvent , avant les molaires. Si M. Serres trouve du mérite à affirmer ce qui n’est pas , il a celui d’avoir avancé une chose que l’expérience dément positivement.

les premières , et celles qui ont le plus de longueur , sont au;ssi le plus long-tems à acquérir Jeur entière perfection; c’est ce qu’il est facile de vérifier. ( Voyez les gravures. )

Les canines, qui se forment dans les premiers tems de la vie, et dont la racine n’est pas encore terminée à quinze ans , sortent vers la onzième ou la douzième année , et presqu'en même - teins que les deuxièmes molaires permanentes, quoique celles-ci ne commencent à s’ossifier que plusieurs années après elles.

Lorsque les dents de sagesse doivent exister, on en trouve les premiers rudimens solides de huit à douze ans : mais dès la plus tendre enfance , on peut en découvrir les germes , surtout dans une mâchoire injectée avec soin, et en suivant les vaisseaux , qui des gencives se portent aux petites matrices dentaires.

Si nous voulons poursuivre avec plus de détails V odontophie (i) , armons notre main d’un burin, et munis d’une bonne loupe et d’une grande patience, enlevons, en partant de la ligne médiane, la lame interne de l’un des

(i) Les Grecs me semblent avoir employé le mot odontophie , pour signifier à la fois l’accroissement, et la sortie des dents. Ici je l’emploie pour éviter de faire un mot nouveau , et je l’entends comme synonime de formation des dents.

côtés d’un os maxillaire inférieur , pris sur un enfant de trois à quatre ans , et dont nous aurons injecté les carotides avec une composition très -tenue (i) ; ménageons pendant la dissection le bourrelet gencival, et nous observerons alors ce qui suit : (2).

Près la symphise, perpendiculairement et profondément derrière les dents incisives temporaires, dont les racines sont alors intactes (5) , nous trouverons une couronne de dent incisive centrale de remplacement. L’incisive latérale est derrière, elle est située obliquement de dehors en dedans, recouvrant un tiers de la partie

(1) Je me sers avec avantage du vernis gras des peintres.

(=) Voyez les fig. 4, i5, 16, 17.

(5) Non-seulement les dents temporaires , dites de lait, ont des racines, mais elles sont très-solides, et avant que l’enfant ait atteint l’âge de six ans , cette classe de dents a pris un degré de dureté dont aucun des os n’approche. Les racines en sont donc très-compactes j le canal central n’y est pas proportionnellement plus grand que dans les dents d’adultes , quoiqu’on ait dit le contraire . L’analyse comparative de ces dents , n’y a démontré qu’uue très-faible quantité de gélatine de plus que dans la classe qui leur succède. Si divers auteurs ont écrit qu’elles étaient moins parfaites que celles des adultes, c’est qu’ils ne les ont pas examinées à l’instant de leur entière formation , qui n’est terminée qu’au moment ou la nature va s’occuper de les détruire. V. fîg- 2.

postérieure, ou labiale de la centrale, et la moitié environ de la cuspide ou canine. Celle-ci, située plus profondément, plus bas , et en avant de celle dont nous venons de parler, est penchée obliquement vers la ligne médiane, de sorte que ces trois dents forment un groupe triangulaire ressemblant a celui qu’on peut former avec autant de doigts, en faisant toucher l’index à l’annulaire , et laissant ainsi le médius en dessus. Un peu plus loin que la cuspide , immédiatement entre les racines des molaires temporaires, on trouve les bicuspides également enveloppées de leurs membranes , dont un appendice se porte en arrière pour gagner la gencive, de sorte que les bicuspides semblent être mises à couvert par la couronne des molaires de lait. Chacune de ces dents s’ossifie par plusieurs points, savoir : les incisives, par trois petits tubercules qui surmontent leur bord tranchant, les cuspides par ua seul qui fait le sommet du cône , les bicuspides par deux points , les molaires par quatre. A mesure que l’ossification envahit la pulpe , ou ganglion dentaire, ces points se réunissent et lui forment une espèce de petit chapeau qu’on en détache facilement, quoiqu’il y soit intimement uni; mais par des vaisseaux tellement déliés, que le moindre effort les brise.

On peut se rendre compte de l’ordre dans lequel chaque sérié de dents est placée, en prenant pour comparaison l’ellipse que décrit la gencive; tirant ensuite idéalement audessous de lui , trois lignes horizontales qui lui soient parallèles, et les faisant passer par le sommet des dents en ossification, nous trouverons à quatre ans , les incisives centrales sur le même niveau que la deuxième molaire, les incisives latérales sur celui de la première molaire et des bicuspides ; enfin les cuspides occupant la ligne la plus profonde, ce qui est digne de remarque. V oyez fîg. 6.

Les deux classes de dents , la temporaire et la permanente, se développent donc presqu’en même-tems; mais c’est sur-tout lorsque la première orne la bouche de l’enfant , que la nature dirige tous ses soins vers celle qui doit lui succéder.

Cet aperçu anatomique nous dévoile nonseulement qu’il y a formation très-précoce des couronnes des dents adultes,mais encore quelles prennent, dès en se manifestant, leurs dimensions transversales, telles qu’elles doivent exister pour toute la vie ; et comme ia portion de cercle qu’occupent, dans la mâchoire, les six antérieures , a d’abord trop peu d’étendue, pour leur permettre d’être rangées à côté

les unes des autres , la nature les a disposées de manière à ce qu’elles s’entre-recouvrent d’un tiers environ , ainsi qu’il en est des tuiles qui sont sur nos maisons. Cet arrangement les met dans une obliquité telle , qu’en supposant des lignes traversant leur plus grand diamètre , elles couperaient obliquera entl’arc maxillaire.

Cette disposition des dents existe dans toutes les mâchoires ; elle est symétrique, elle est constante, elle s’observe sur tous les jeunes sujets; c’est une loi dont la nature ne s’écarte jamais, Ct dont elle ne peut même s’écarter : c’est, enfin, un moyen ingénieux employé par elle, pour Subvenir au défaut de place. Beaucoup d'auteurs, n’ayant point apprécié la nécessité de ces imbrications, ou ne les ayant point étudiées sur diflérens sujets, les ont considérées comme des irrégularités résultantd’un vice de conformation de la mâchoire ; nous verrons combien de fautes dans la pratique, sont résultées de cette erreur.

Les dents ne végètent point ainsi que le feraient des graines dans la terre. Le créateur a pourvu à leur développement , avec cette sagesse qui préside à l’accomplissement de toutes ses œuvres : elles ont des connexions avec les parties environnantes.

Tous les auteurs qui ont écrit sur les organes dentaires, ont reconnu qu’ils étaient d’abord gélatineux , qu’ensuite ils prenaient la couleur et la consistance de certaines glandes, qu’ils jouissaient d’une sensibilité exquise, et qu’ds étaient séparés des parties environnantes par les parois membraneuses d’espèces de petits sacs dans lesquels ils sont renfermés.

Il semblerait que rien n’ëst plus facile que de reconnaître la véritable disposition de ces sacs. Cependant, chacun d’eux en adonné une description , qui diffère de celle qu'en â faite un autre.

Il m’a paru curieux de placer ici en parallèle leurs diverses opinions, et de faire le dessin du sac dentaire , d’après les idées que- chacun de ces savans s’en sont formés.

Hunter s’exprime ainsi, en parlant des pulpes

dentaires ( page 86, original angl. )

« Elles sont environnées d’une membrane qui » ne leur est adhérente qu’à la racine ; cette » membrane tient par sa partie extérieure à la » cavité de la mâchoire appelée alvéole ,

» ainsi qu’aux gencives qui la recouvrent

» Nous trouvons qu’elle est composée de )) deux lames , une externe et l’autre interne. » L’externe est molle et spongieuse , l’interne » est beaucoup plus ferme, extrêmement vas-

» culaire , ces vaisseaux venant de ceux qui se î> rendent à la pulpe de la dent. Elle forme » une espèce de capsule à la pulpe et au

» corps de cet organe Quand la dent

j) perce la gencive , cette membrane est éga- » lement perforée ; après quoi elle s’affaisse : » car sa partie inférieure finit par adhérer au î> collet 3 lorsque celui-ci est élevé au niveau » de la gencive ».

A la page Ifs y et en parlant du périoste, il dit: « Les couronnes des dents seulement, » sont recouvertes par l’émail, mais leurs ra- )) cines le sont par un périoste qui, bien que » très-mince, est vasculaire, et qui parait être » commun à la racine qu’elle environne et à )) l’alvéole, qui en est tapissé. Il remonte sur » la dent un peu plus haut que l’alvéole, et » arrivé là il s’attache à la gencive. »

Jourdain s’est énoncé de la manière suivante dans son excellent petit Essai sur la formation des dents, page 1 1. . . . « Pour ne point douter » de l’existence de la matrice de la dent, et » de ses attaches , il faut débarrasser l’os maxil- » laire de tout ce qu’on nomme gencive : ou » trouvera» la suite au-dessous de cette subsa tance, une membrane très - délicate , fonffî gueuse dans les premiers tems , et d'un tissu

D assez lâche : on nomme cette membrane » périoste ( maxillaire ) , parce qu’elle est at- » tachée sur les os auxquels elle sert d’enî) veloppe ».

« Cette membrane ou périoste a commu- » nication par une infinité de filets qui percent » la propre substance de l’os maxillaire, avec d une seconde membrane de même nature t » produite par l3 épanouissement des fibres » nerveuses internes maxillaires. Cette se- » conde membrane , qui occupe la partie in- V terne des alvéoles , et de laquelle les fibres » s’unissent aux bords alvéolaires avec celle » de la première , ou externe , ( périoste » maxillaire ) , sert de matrice à la dent, et )> par suite à raison de la progression des » parties osseuses en général, elle tapisse les » alvéoles, revêt les racines des dents, et 0) pénètre dans les cloisons du tissu spon- » gieux u. ( C’est ce qu’il désigne plus loin ,

«ous le nom de périoste interne. )

On voit que, par cette explication dont j’ai eu beaucoup de peine à démêler le sens, Jourdain n’admet qu’une seule membrane pour former la matrice , laquelle, ne se réfléchit point pour tapisser l'alvéole.

Fox s’exprime de cette sorte, page 19.

« Chaque pulpe est couverte d’une mem- » brane fortement attachée à la gencive et à » la base de la pulpe , de sorte que les bords » de la pulpe sont libres entre la membrane » qui est seulement réfléchie sur elle. La base » de la pulpe est faiblement adhérente à la » cavité alvéolaire ».

(.< Quand une mâchoire a été soigneusement )) injectée , on voit que les pulpes sont vascu- » laires, ainsi que les membranes quilesenve- » loppent. Ces membranes peuvent èti'e avec at- » tention séparées en deux lames. L’externe est » plus lâche et d’une texture spongieuse, garnie » de vaisseaux; la lame interne est plus mince » et est aussi garnie de vaisseaux. Elles les » reçoivent l’une et l'autre des gencives, tandis » que les pulpes reçoivent les leurs de l’artère )) inter-maxillaire ».

« Quelques injections dans lesquelles j'ai » parfaitement réussi , garantissent pleinement » l’exposé que je viens de faire , et en quoi il » diffère de celui qui aura été donné , soit par » M. Hunter , soit par le D*. Bîalè ».

« M. Hunter observe que la rheninrahe exté- » rieure est molle et spongieuse, sans vais- » seaux, et que l’autre est plus serrée et vas- » culaire ».

Le docteur Blake dit : « Que leâ membranes

») peuvent être aisément séparées en deux )) lames. L’externe est spongieuse et pleine » de vaisseaux ; l’interne est plus tendre et » plus délicate , et ne semble pas être suscep- » tible de recevoir du sang rouge ». Dans différentes préparations que j’ai faites , tant sur le sujet humain, que sur les veaux, j’ai trouvé que les deux lames étaient vasculaires.

A la page 35 , Fox poursuit: « Les dents sont maintenues dans les cavités alvéolaires, par un » périoste solide qui s’étend sur les racines, et » qui tapisse aussi l’alvéolé. Il est attaché à la )) gencive au collet de la dent, et il est vas- )> culaire comme celui de toutes les autres » parties du corps ».

Pour bien comprendre ce que dit Fox, il faut le vérifier sur les planches de son Ouvrage. Alors on reconnaîtra qu’il admet deux membranes, l’interne, qui sert de matrice dentaire, et se continue par suite sur la racine pour en former le périoste , en mème-tems qu’elle dévient celui de l’alvéole. . rt

En parlant de la disposition de la membrane dentaire, Bichat, dans son Anatomie générale,; page 90 et 9 1 , dit : « La membrane qui sert » d’enveloppe au follicule ( ambrion dentaire ) ,- » forme un sac sans ouverture , qui tapisàe

» d’abord toutes les parois de l’alvéole , aux- » quelles il tient par des prolongemens. Arrivé » à l’endroit où pénètrent les vaisseaux et les » nerfs , ce sac abandonne l’alvéole , devient » libre , se replie , forme un canal qui accom- » pagne le paquet vasculaire et nerveux, et » s’épanouit ensuite sur la pulpe de la dent qui » termine le paquet. Il résulte de-là que cette » membrane a la conformation générale des » membranes séreuses, etc. >«.

A la description qu’en donne Bichat , il ne reconnaît qu’une seule membrane qui , après avoir tapissé l’alvéole , se replie pour envelopper l’extérieur de l’ambrioa dentaire , auquel elle adhère fortement.

Il n’a point réfléchi, en admettant , page 91 , « Que c’est sur la portion de la membrane » qui recouvre la pulpe (1), et ci la. surface » cle son extrémité flottante , que se élève- » loppe le premier point osseux » ; qu'il fait pr sumer que la lame de cette membrane qu’il dit envelopper et adhérer immédiatement à toute la surface de l’ambrion pulpeux , devient osseuse avant que le moindre atome de phosphate de chaux, se manifeste dans l’ambrion lui-même. Mais alors > aussi-lot que la

(1) Il y a portion pulpeuse de la membrane du follicule.

surface en serait ossifiée , Pambrion ne se ti*ouverait plus recouvert par une membrane : cependant l’examen anatomique prouve le contraire , car à telle époque qu’on considère l’ambrion , soit qu’il n’y en ait aucune portion d’ossifiée, soit qu’on le considère lorsqu’il Pester» grande partie, il paraît toujours enveloppé d’une membrane très-fine , qui lui est fortement adhérente, et c’est ce qui a induit notre savant en erreur. Il se fût rendu compte de ce phénomène , en admettant , ainsi que je le pense, et ce dont je rapporterai des preuves dans un autre tems ; que Pambrion dentaire se change , couches par couches, et de dehors en dedans, d’aboi’d en membranes, qui n’arrivent à l’état osseux qu’en passant par tous les états intermédiaires, ainsi qu’il en est pour les autres parties solides.

M. Cuvier a aussi donné, dans son anatomie comparée, tome 3 , page 114 et suivantes, une description de la matrice dentaire ; j’en extrairai les passages les plus saillans :

« Les dents, dit-il, se forment dans des » capsules membraneuses contenues dans les » alvéoles. Les alvéoles sont d’abord des ca- « vités arrondies, tapissées d’un périoste qui » n’est que la continuation de celui qui revêt » les mâchoires La capsule de chaque

» dent est attachée par sa base au fond de » l’alve'ole , au moyen de nerfs et de vaisseaux w qui s’y rendent du canal dentaire (i) , et n par son sommet à la gencive qui revêt la » mâchoire au moyen d’une cellulosité serrée; » du reste , elle est absolument fermée de w toute part »

« Cette capsule se divise en deux mem- » brunes , dont l’extérieure est plus forte et » plus sèche , et l’intérieure plus molle. Celle-ci j> prend absolument les mêmes courbures que j) la dent , et lorsque la dent est composée , jj cette membrane intérieure pénètre dans tous w les replis, et garnit tous les sillons ».

a Tout l’intérieur de la capsule est rempli » d’une pulpe gélatineuse qui forme le rudij) ment de la dent future : elle ne tient à la )> capsule que par sa base , au moyen des » mêmes vaisseaux et nerfs dont je viens de » parler. Le reste de sa surface , quoique con-

» tigu à la capsule , n’y est point attaché »

« La production des racines est due à ce » que le noyau pulpeux n’adhère pas au » fond de la capsule , etc. ».

« L’émail ne couvre point les racines , parce

(i) Canal maxillaire.

« que la lame interne de la capsule , qui peut » seule le produire, ne s’étend pas jusques-là ».

Voici ce qu’en rapporte M. Serres.

« La membrane qui enveloppe les germes » des dents , et dans l’intérieur de laquelle ces » os se développent, a une structure et une » distribution qui lui sont particulières, et qui » n’ont pas encore été exposées ».

« Cette enveloppe de la dent est composée » de deux lames , l’une externe , l’autre interne, » distinctes non-seulement par leur distribu- » tion , mais encore par leur structure et leurs » fonctions ».

« La lame externe, de nature fibreuse, est » opaque et blanchâtre ; d’une part elle ta - » pisse les alvéoles et leur sert de périoste} )) de l’autre , elle est appliquée à la surface » externe de la lame interne. Très-adhérente » par sa partie inférieure aux vaisseaux et aux » nerfs dentaires , elle s’unit au cartilage des » gencives , comme nous l’avons dit précé- » demment, et lorsque la dent s’est fait jour » au dehors, elle en embrasse le collet. Elle » jouit d’une élasticité très-prononcée , et com~ » prime le liquide dans lequel est plongée la » dent : tel paraît être son usage, car si l’on y » fait une légère ouverture , et qu’on enlève » une petite portion de cette lame, aussi-tôt

j> la lame interne et le liquide qu’elle renferme, 0) font hernie au travers de l’ouverture , ce )> qui ne peut être que l’effet d'une compression j> exercée par la lame externe ».

« La lame interne est très-mince , transpa-

» rente, et d'une nature sui generis

» Voici sa distribution; en dehors elle est ta- » pissée, comme nous l’avons dit, par la lame » externe avec laquelle son adhérence est assez » forte , sur-tout supérieurement à l’endroit n où elle correspond au fibro-cartilage des » gencives. Parvenue au lieu où pénètrent les » vaisseaux et les nerfs, elle se détache de la » lame externe , ne paraît plus lui être unie » que par l'intermède de petits vaisseaux, qui » de l’une, passent à l’autre lame. En cet en- » droit la lame interne isolée de l’externe, se » réfléchit de bas en haut , forme une enve- )) loppe aux vaisseaux et aux nerfs , jusqu’à » la base de la circonférence inférieure de la » pulpe , où elle s'insère dune manière très-

)) manifeste »

Il me semble plus facile de supposer cette disposition de la membraue intérieure de la matrice , que de la suivre , le scapel à la main.

Au reste, pour s'assurer que la figure que j’ai faite pour représenter le sac dentaire décrit par cet auteur, est exacte, il faut lire jusqu’à la 70*.

page

page de son ouvrage : car, à la 46.eme, il dit:

« Que les dents n’ont pas de périoste >■>. Il est probable , cependant , qu’il a voulu ne parler que de la couronne, qui en effet ne peut en être pourvue.

Qui croirait qu’après avoir pris connaissauce de six descriptions données par autant d’auteurs , et n’en ayant trouvé aucunes exactes , j’oserais essayer d’en donner une meilleure. Je le ferai néanmoins en laissant au lecteur à vérifier non-seulement les gravures que j’ai fait exécuter de chacune, d’après ce qu’ils en ont dit, mais encore, l’engageant à répéter les expériences qui m’ont conduit à reconnaître que plusieurs se sont approchés de la vérité, mais que tous s’en sont éloignés sur divers points. ( V. fig. 19. )

D’abord aucun des cinq premiers ne mentionne les conduits membraneux qui des matrices dentaires se rendent à la gencive, à la superficie de laquelle ils ont une ouverture. Ils la regardent donc comme une poche fermée de toute part. Ces conduits , que de fortes raisons m’engagent à admettre même pour les matrices des molaires , car on ne peut les disséquer , se voient très - bien à celles des dents antérieures de la deuxième dentition.

Le sixième en a pris la même idée pour la

première dentition; mais il admet pour la seconde , le canal que j’ai trouve', et il le désigne sous le nom de gubernaculum.

Ainsi, d’après celui-ci, les matrices dentaires de la première dentition, seraient très-différentes de celles de la seconde. J’ai donc fait deux gravures.

Enfin il ne reconnaît point que l’alvéole a un périoste particulier , et ne faisant point partie de la matrice. ( Voyez les gravures ).

J’essayerai donc de lever les doutes qui doivent naître nécessairement de la diversité des opinions, et le scapel, le burin et la loupe en main , je promènerai mes regards sur la nature, comme étant le seul livre qui ne peut nous égarer.

Si on ne dissèque que des mâchoires de trèsjeunes sujets, ou qu’on n’examine qu'une espèce de dents, par exemple des molaires, on ne peut se rendre un compte exact des diverses formes des matrices et des changemens qui s’y opèrent ; c’est ce à quoi les différons auteurs que j’ai nommés, 11e paraissent pas avoir fait attention. En conséquence, il est de toute nécessité d’en examiner dont les dents soient à des degrés divers d’accroissement, c’est-à-dire , avant que les racines n'ayent commencé à se prononcer, et, lorsqu'elles sont à

moitié faites, ce qu’aucuns n’ont fait graver, et ce qui laisse le lecteur de leurs écrits dans l’incertitude.

Il faut encore répéter les mêmes préparations, parce qu’on observe une fois ce qui avait échappé une autre.

Il est encore nécessaire d’attaquer les os maxillaires , tantôt antérieurement , tantôt postérieurement , tantôt du côté des gencives , tantôt du côté opposé ; alors on pourra reconnaître ce qui suit , sur des mâchoires finement injectées.

i°. Après avoir coupé le bourrelet gencival au-dessous duquel est une grosse molaire , dont la couronne n’est pas encore entièrement ossifiée ; prenez une érigne , et enlevez cette dent, enveloppée du corps membraneux qui la couvre ; vous l’enleverez avec effort , parce que ce corps tient dans toute sa surface aux parties environnantes, par des vaisseaux innombrables , ressemblant à un tissu cellulaire spongieux, et desquels suinte un fluide qui paraît être albumineux.

La dent et son enveloppe étant ôtées de l’alvéole , vous distinguez que le bas-fond en est tapissé d’une membrane luisante , fine, recevant des nerfs nombreux , ainsi que quelques vaisseaux rouges. Cette membrane remonte

sur les côtés de l’alvéole. ...... C’est le périoste propre de cette cavité : répétez sur une autre dent molaire, dont la moitié de la racine est ossifiée, afin de voir la différence.

2e. Préparation. Enlevez avec une râpe la partie osseuse du bord mousse, de l’autre côté de la même mâchoire , puis , avec un burin bien trancha t, achevez de pénétrer dans l'alvéole, ayant soin de laisser intacts les vaisseaux et les nerfs. Attirez ensuite ces parties avec l’e— rigne, vous entraînez l’enveloppe de la dent, et vous distinguez la distribution des nerfs et des artérioles, dont les unes serpentent le long des parois internes alvéolaires , et d’autres se portent à la dent. Après avoir examiné ces choses en détail, coupez le tronc du nerf intermaxillaire , et avec voti'e érigne attirez la matrice : vous entraînez avec elle la gencive à laquelle elle est continue , et vous ne pouvez les séparer qu’à l’aide du scapel. Répétez aussi cette préparation sur des molaires dont la racine est commencée, ainsi que sur les dents antérieures, ayant soin d’enlever toute la lame osseusemaxillaire postérieure ; vous observerez les mêmes choses dans le 1 as-fond de l’alvéole ; mais du côté des gencives, la matrice dentaire de ces dernières prend une forme alougée , et présente un col Irès-rétréci , dont le pour-

tour communique également au périoste alvéolaire , à l’aide d’un tissu vasculaire.

En disséquant avec un soin tout particulier les matrices, .( car ce nom adopté par Jourdain, me semble convenir aux poches qui renferment les dents), on reconnaît qu’elles «ont composées de deux membranes.

L’interne part de la muqueuse qui recouvre et entre dans la composition de la gencive, et va s’arrêter à cette ligne, qui séparé la couronne de la racine , et qu’on appelle collet de la dent. Lorsque l’ossification n’est pas encore commencée , elle semble adhérer au sommet de Vambrion y ce qui [prouve que la couronne ne pénètre dans la cavité propre de la matrice, qu’à mesure qu’il s’ossifie.

Celle-ci exhale un fluide muqueux, au milieu duquel est placée la couronne de la dent seulement. Il eu facilite le développement, il tient éloignées d’elle les parois de l’alveole, et il dilate la matrice dentaire , de la même manière que les eaux de l’amnios en agissent pour favoriser l’accroissement du fœtus dans l’utérus.

La paroi externe de la matrice part du corps fibre -cartilagineux qui recouvre le bord alvéolaire et qui entre dans la composition de la gencive j elle descend en enveloppant l’autre g

ayant avec elle une union assez intime jusqu’au collet de la dent. Dans cette étendue elle est spongieuse, et semble rosée, parce qu’au travers , on voit les petits vaisseaux rouges de l’interne. Arrivée là, elle l’abandonne, pour s’étendre sur la racine, à mesure que cette partie se forme , mais toujours elle enveloppe la base encore non ossifiée du ganglion, et adhère au nerf et à l’artériole dentaire qui la traversent. Cette portion de la membrane externe est d’un aspect assez blanc.

C’est donc cette membrane seulement qui fournit le périoste aux racines, et non les deux; on peut s’assurer de ce que j'avance, en déchirant ces membranes sur des dents de mâchoires disséquées depuis deux ou trois jours seulement. Avant ce temsla mollesse des parties empêche de les séparer; plus tard, elles sont trop sèches.

Cette disposition des membranes qui environnent la dent, conduit nécessairement à y distinguer deux parties, l’une à parois doubles, renfermant la couronne de la dent, allant se fixer à son collet, et n’ayant d’autres vaisseaux que ceux des gencives ; l'autre , à paroi unique, qui adhère à la dent, depuis le collet, jusqu'à l’extrémité de la racine, et qui reçoit des petits vaisseaux du périoste des alvéolés,

outre ceux qui lui sont envoyés des gencives et de l’artère dentaire.

La portion de ces deux membranes qui , des gencives, se rend au collet de la dent, a pour les six dents antérieures de la première dentition , une forme ovoïde. Pour les dix dents antérieures de la deuxième dentition, cette figure ovoïde approche de la piriforme , à col alongé. Pour les molaires des deux dentitions, c’est un sac à-peu-près sphérique, très-épais du côté des gencives.

La portion adhérente de la fibreuse, c’està-dire, celle qui environne la racine, ne peut donc être considérée comme faisant partie de la matrice, mais elle lui est continue.

Chaque matrice des dix dents antérieures de la deuxième dentition, a un appendice , ou col étroit, qui va gagner la gencive (0. ( r-figi5. ) Dès l’instant où je les eus observés, je

(i) Cet appendice n’avait point été mentionné par les auteurs, lorsque j’en parlai dans ma thèse de réception, en 1806. lia été gravé dans mon Odontologie en i8i5, et Fox l’a fait représenter en Angleterre en i8i5.

Cependant M. Serres a annoncé , en 1817 , qu’il lui était réservé de démontrer diverses choses neuves , ats nombre desquelles il met la découverte des appendices des sacs dentaires.

Il est à croire que les occupations de M Serres ne lui

soupçonnai qu’ils avaient pour usage de servir de conducteurs aux dents, et j’en fus bientôt convaincu, lorsque j’eus reconnu qu’un petit canal occupait le centre de cette espèce de cordon.

Il est étonnant que Hunter, qui a donné un si bon traité sur l’histoire naturelle des dents, n’ait pas indiqué l’appendice qui lie les dix matrices dentaires antérieures à la gencive ; il se contente de dire que celle-ci est unie aux capsules , ce qui ne peut guère s’entendre que des molaires dont les membranes, en effet, lui sont adhérentes , sans qu'il y ait d’appendices

ont pas permis de feuilleter les nombreux ouvrage* modernes qui traitent de la dentition j tels sont ceux de Bourdet , Jourdain, Gariot , La Forgue , Duval, etc.; Car il est probable qu’il eût rendu à César ce qui appartient à César. Sprengel a dit: « L’érudition est utile pour ne t pas s’approprier des découvertes qui avaient été faite* n un siècle auparavant ».

Quoi qu’il en soit , M. Serres, au lieu de conserver le nom d’appendice à chaque petit cordon creux que j’avai» reconnu, servant de moyen de communication entre la malrice dentaire et la gen ive , l’appelle guhemaculum , en le comparant au cordon qui dirige la marche du testicule , pour le conduire dans le scrotum.

Cette comparaison est esseutiellement vicieuse , ainsi «joe je le démontrerai.

apparens, ainsi qu’il en est pour les autres.

( r.fift. i4- )

Cependant Hunter avait remarqué, ainsi que plusieurs anatomistes qui l’avaient précédé, que pour la sortie des dents remplaçantes, la nature avait ménagé de petits trous qu’on voyait derrière les dents temporaires. ( V .fig. i. )

Il est présumable que , commençant ses recherches en incisant les gencives , il coupait les appendices; c’est aussi ce qui l’a empêché, ainsi que ceux dont j’ai rapporté des extraits il y a un instant, de reconnaître la vraie disposition des membranes de la matrice dentaire.

Le Chirurgien-Dentiste Fauchard a commis la même faute; le professeur Beaumes, auquel on doit un si bon traité sur la première dentition, se trouve dans le même cas; ce qui prouve qu’en anatomie, il faut retourner «on sujet sur tous les sens.

Quoique les petites perforations extérieures des alvéoles soient très-remarquables sur des mâchoires sèches , et que par elles sortent les appendices , néanmoins les parois de ceux-ci sont tellement rapprochées , qu’on a beaucoup de peine à faire entrer un fil de métal dans le canal qui occupe le centre de chacun. Ce n’est qu’après avoir brûlé l’épiderme de U muqueuse des gencives par l’immersion

dans l’acide nitrique affaibli , qu’on parvient à découvrir des petits enfoncemens qui l'indiquent (i).

En y réfléchissant, on trouvera que le rapprochement des parois de l’appendice , est trèsnécessaire pour empêcher le fluide contenu dans la matrice , de s’en échapper. N’en est-il pas de même de l’utérus dont l’orifice se resserre après la conception?

Ainsi, les ouvertures buccales des appendices ne s’aperçoivent pas, tant que les dents en sont éloignées ; mais on les distingue quelquefois facilement, lorsqu'elles sont très-engagées dans ceux-ci, et j’y ai, plusieurs fois, introduit sans efforts un stilet , lequel allait frapper la dent , et ramenait un peu de la liqueur muqueuse dont elle est environnée (2).

S’il était vrai , comme on l’a dit, que ce petit os s’ouvrit lui-même un passage au travers de la gencive, on ne pourrait faire cette expérience sans la percer et sans causer de douleur à l’enfant.

(1) V. ma Thèse , 5i Décembre 1806, page 7; — mon Odontologie, 181 5, page 10.

M. Serres, ayant répété mes expériences, a obtenu les mêmes résultats. Voy. son Ouvrage, pag. 110.

(2) Cette expérience est facile , sur-tout lors de la mue des cuspides de lait.

C’est parce que le chemin est tout trace, qu’une dent traverse la gencive sans peine , tandis qu’une petite exostose la soulève et ne la perce pas (i).

Neanmoins , il en est qui ont beaucoup de peine à élargir le chemin qu’elles doivent suivre, et déterminent quelquefois des accidens très-graves.

Les nerfs et les vaisseaux sanguins des gencives se portent à la matiàce dentaire , eu descendant le long de l’appendice dont ils forment le paroi interne , et quoiqu’ils paraissent s’arrêter au collet de la dent, il est probable cependant qu'ils se prolongent jusque sur la racine : mais comme cette partie de leur course n’admet point de sang rouge, on ne peut les distinguer que dans l’état maladif.

En effet, lorsqu’on ôte une dent saine, le périoste en est blanc; mais, lorsqu’elle est malade, celui-ci est plus ou moins enflammé.

Au reste , les capillaires que le périoste reçoit des gencives , s’anastomosent avec ceux qui se distribuent aux alvéoles , et qui leur sont fournis par l’artère interne de i’os maxillaire.

(i) C’est la solution de la re'flexion de Bichat. Anat. gënér. à V article qui traite des dents.

On ne peut suivre les ramuscules nerveuses d’une ténuité extrême , qui se répandent dans le tissu des gencives , néanmoins , il est certain qu’elles accompagnent les vaisseaux dont nous venons de parler.

En outre, les parois de l’alvéole sont criblées de trous , par où passent des petits vaisseaux blancs très - fins , qui se rendent aussi à la partie de la membrane externe, qui formera le périoste de la racine. De cette manière, des rapports intimes sont établis entre elle et les parties environnantes.

Il est présumable aussi que ces capillaires blancs sont mélangés avec des filets nerveux , au moyen desquels le périoste acquiert cette excessive sensibilité qui s’y manifeste dans certaines circonstances. Enfin , c’est à des anastomoses nombreuses , entre vaisseaux et entre nerfs, venant de différens points , qu’est due la vitalité dont jouit encore une racine de dent, lorsque le nerf central a été détruit, ainsique celle qui existe dans la portion du périoste, restée intacte, d’une dent très -déchaussée, et à laquelle la gencive n’adhère plus ; parce qu'alors les vaisseaux alvéolaires fournissent seuls les sucs. Quant à l’artère qui se rend au g&nglion, pour y charier le phosphate de chaux et la gélatine qui sont nécessaires à l’accroissement et

à l’entretien de la dent , elle s’introduit par F ex-* trémité de la racine, ou des racines, en pénétrant obliquement par le bas-fond de l’alvéole. lien est de même du nerf : mais avant de s’y enfoncer, ils forment ensemble une espèce d’étoile dont les nombreux rayons se répandent tant sur leur périoste , que sur celui de l’ai— Véole, et dont le lacis admirable peut être facilement observé lorsque l’inflammation s’y développe. ( Voyez Jîg. 20. )

Tels sont les résultats d’un grand nombre de dissections faites sur des sujets de l’âge le plus tendre, jusqu’à la sortie des dents.

On voit, en analysant cette description, 1°. Que le périoste alvéolaire constitue une membrane particulière, qui n’a que des rapports de contiguïté et non de continuité avec les membranes dentaires, ce qu’a vu M. Cuvier. 20. Que celles-ci communiquent avec lûi par une immense quantité de filets nerveux artériels et lymphatiques , qui serviront un jour à l’union plus intime de la racine de la dent avec l’alvéole , ce qu’ont vu la plupart des anatomistes. 3°. Qu'il y a un appendice plus ou moins long à chaque matrice antérieure, ce qu’a vérifié dernièrement M. Serres. 4°- Que les vaisseaux qui se rendent aux matrices, viennent de divers points, ainsi que l’ont dit Fox

et Bîabe. 5°. Enfla que ces membranes ne sont point sans ouvertures , mais qu’elles en ont une dont l’orifice est à la superficie des gencives, etc.

Ainsi que nous le verrons, la partie à double paroi , qui de la gencive se rend au collet de la dent, croît et alonge jusqu’au parfait perfectionnement de la couronne, puis ensuite elle se raccourcit pour se réduire à rien, après Yodon tocie. L’autre , au contraire , s’alonge , pour recouvrir la racine, à mesure que celte partie de la dent se ds'veloppe , et que Yodontocie s’opère.

Hunter, Bichat, et avant eux , quelques anatomistes tels que Colomb , Dulaurent, etc. avaient supposé que la membrane fibreuse qui sert de périoste , se reployait en dedans de la racine, pour servir de gaine aux vaisseaux qui pénètrent dans la cavité dentaire, et pour la tapisser, ainsi qu’il en est des médullaires des os longs.

Le développement des dents est si différent de celui des autres os , qu’il est impossible d’admettre cette disposition ; car , ce qui serait inutile devient impossible, par le mode particulier d’ossification des petits organes qui nous occupent ; puisqu’il a lieu par couches superposées obliquement , et circulairement à l’axe de chaque dent , présentant ainsi à notre esprit

l’idée de petits godets solides placés les uns dans les autres ; ( i ) de manière que la partie de l’ambrion dentaire qui n’est pas encore ossifiée , eu est recouverte , et présente un mamelon de forme différente, suivant l’espèce de dent; et ce n’est que lorsque tout le ganglion est devenu osseux , que les vaisseaux et le nerf qui en occupent le centre , peuvent même être distingués.

Dans le plus grand nombre des sujets , la branche artérielle qui porte le sang aux ambrions dentaires des deux dentitions , est unique à la mâchoire inférieure; quelquefois, cependant , elle se divise en deux , avant de pénétrer dans le trou , qui se remarque au bas de l’apophyse coronoïde. Dans ce cas , une de ces artérioles se porte aux dents temporaires, tandis que l’autr-e se rend aux ambrions des dents permanentes et de remplacement. Mais pour la mâchoire supérieure, je n’ai jamais eu occasion d’observer une variété analogue. Chaque petit ambrion, soit qu’il dépendît de la première, soit qu’il fît partie de la seconde dentition, m’a toujours paru recevoir un filet (,d’un rameau commun qui fournit à toutes les dents antérieures , et d’un autre qui envoie aux molaires, quelle que soit la classe à laquelle elles

(i) Duhamel , Mémoire sur la formation des os.

appartiennent ; car les vaisseaux et les nerf* îie sont point fournis à toute la série des dents supérieures par une seule branche artérielle ou nerveuse , ainsi qu’il en est à la mâchoire inférieure.

Ceux qui nourrissent les molaires temporaires alimentent également les bicuspides et les molaires permanentes, ils viennent d’un rameau alvéolaire de la maxillaire interne. Le filet nerveux qui fournit à ces de its , nait du sous-orfcitaire , derrière l’orbite. Quant aux vaisseaux sanguins qui se rendent aux dents conoïdes et incisives supérieures , de l'une et de l'autre dentition, ils sont fournis par la sous-orbitaire, tandis qu’elle est encore enfermée dans le canal du même nom. Le filet nerveux qui se distribue à ces dents, naît du nerf sous-orbitaire presqu’aussi-tôt que celui-ci est sorti du trou qui porte ce nom.

La distribution angéologique et nerveuse que je viens de décrire , est connue des anatomistes, et me paraît constante.

L’Ecluse (i) et Jourdain (2) pensaient que les vaisseaux qui se rendent aux dents temporaires inférieures, viennent constamment d’une

(1) Nouveaux Elémens d’Odonto'ogie , pag. 1 1

(2) Esiai sur la formation des dents , pag. 29 et xoi.

branche

branche particulière , ainsi que je l’ai décrit plus haut. Cette disposition se rencontre , il est vrai, sur quelques sujets : mais ce n’est qu’un de ces jeux de là nature dont le système circulatoire offre un si grand nombre d’exemples. M. Serres , qui ne paraît avoir basé sa théorie de la dentition que sur un petit nombre de faits, a décrit cette irrégularité sous le nom d’artère de la dentition ; supposant aussi qu’elle est constante , et croyaiit l’avoir observée le premier : double erreur, qui n’a rien de fâcheux pour l’humanité , mais qui intéresse les physiologistes.

Avant la naissance et même pendant les premiers mois de la vie, les matrices des ambrions dentaires de remplacement sont en contact avec celles des dents temporaires; à mesure que ceux-ci prennent de la solidité , il se dévej loppe de petites lames osseuses qui les séparent. Lorsque ces lames ne sont point encore formées, la mâchoire du fœtus présente une large coulisse qui, peu -à -peu, se divise en petites loges formant deux rangs d’alvéoles, l’un antérieur pour les dents primitives, l’autre postérieur pour celles de remplacement, c’est le Processus alveolorum de H un ter. Afin de suivre les changemens que cette coulisse éprouve, il faut l’examiner d’abord sur

la mâchoire d’un fœtus à terme, que l’on comparera ensuite à celle d’un enfant de quatre à cinq ans , de laquelle on aura enlevé toutes les dents temporaires , ainsi que toute la lame osseuse postérieure qui cache les alvéoles des dents adultes. Voyez les Jig. 14 et 18.

Pendant le travail de la dentition , les alvéoles des dents de remplacement prennent la forme de coques d’amandes, dont l'extrémité qui regarde la gencive , offre l’orifice d’un petit canal osseux, se dirigeant obliquement d’arrière en avant, et allant, ainsi que je l’ai dit, s'ouvrir par un trou oval, derrière les dents de la première dentition. ( V. Jtg. 1 8. ) Je l’appelle Iter clentis , il sert d’étui à l’appendice de la matrice dentaire.

Pendant la progression lente de la dent vers son orifice, Y Iter dentis acquiert une capacité considérable par le travail de l’absorption; tandis , au contraire , que les parois profondes de l’alvéole, où s’était développée la couronne de la dent , se rapprochent pour se mouler sur la racine , qui , n’étant point environnée de liquide , permet ce changement; de sorte que la partie qui était primitivement la plus spacieuse , devient bientôt la plus étroite, l’alvéole n’a donc de forme définitive, que

lorsque la couronne est élevée au-dessus de là gencive. V.fig. 21 *.

L’Auteur de la physiologie des dents , ne distingue point Ylter dentis de l’alvéole ellemême , il nomme le tout canal alvêolo-dentaire .

Cette dénomination ne me semble pouvoir être admise par les anatomistes : car l’alvéole doit être distingué d’un conduit étroit. Celui-ci ne renferme que l’appendice, tandis que le corps de la matrice est contenu dans une partie infiniment plus spacieuse.

Il est vrai que c’est aux dépens de Ylter dentis y que l’alvéole acquiert de l’étendue du côté des gencives : mais , puisqu’avant d’en arriver là $ il éprouve des changemens dont il faut donner une idée, il est indispensable de les décrire.

L’alvéole, tout en se moulant sur la racine 3 a cependant son périoste, ainsi que celui de la dent pour intermédiaire , de sorte que c’est par eux que celle-ci et la mâchoire contractent l’adhérencénécessaire à la solidité de l’articulation & Chez quelques animaux , tels que les ruminans 3 ce double périoste jouit d’une épaisseur remarquable ; aussi leurs dents sont-elles très-mobiles. Si on enlève une dent, le périoste alvéolaire abandonne souvent cette cavité ) d’autres fois la dent est dépouillée du sien , tant est grande l’union qu’ils contractent ensemble*

Tant que la couronne de la dent est renfermée dans l’alvéole , et qu’elle est baignée par la liqueur de la matrice , l’émail n’a pas toute la solidité qu’il aura un jour, on peut l’enlever facilement, il est crayeux, et n’a point cette semi - transparence qui l’a fait désigner sous ce nom ; il ne l’acquiert que par l’absorption lente de la partie gélatineuse qui est interposée entre ses molécules.

On a cherché à expliquer Y oclontocie de diverses manières, et la progression delà dent vers la gencive , est un problème qui ne me paraît pas avoir encore été résolu , parce qu’au lieu de fouiller la nature pour en étudier les opérations, beaucoup d’écrivains ont cru pouvoir en deviner les secrets par des raisonnemens et des hypothèses.

Ce point de physiologie ne peut être éclairé que par l’étude des changemens qu’éprouvent les parties environnantes , lors de la marche des dents vers l’ouverture gencivale.

Cette étude faite sur le sujet, prouve qu'à dater de l’instant où la couronne est terminée., le phénomène de sa progression commence.

Elle paraît èti'e déterminée par plusieurs causes : savoir, i°. Par le développement de la racine ; 20. Par le rapprochement des parois latérales de l’alvéole ; 5°. Enfin par l'accroisse-

ment de la substance osseuse de l’os maxillaire qui comble le bas-fonds de l’alvéole , ou plutôt l’élève toute entière vers les gencives. On peut s’assurer de ce que je dis, en examinant deux mâchoires inférieures dont la lame compacte intérieure a été enlevée, et dont l'une est prise sur un enfant de quatre à cinq ans , et l’autre sur un adulte. Dans la première , l’klvéole s’étend presque jusqu’au bord mousse. Dans la seconde, cet alvéole et le bord mousse sont séparés par une portion considérable de substance osseuse. ( V . les fig. 4, 9, 2i *. )

Enfin la dent est attirée vers les gencives, par un phénomène digne de toute notre admiration , et qui consiste dans la contraction du tissu des deux membranes composant la matrice dentaire , proprement dite.

La partie des deux membranes , allant, ainsi que je l’ai dit, se fixer au collet de la dent, se raccourcit peu-à-peu , et l’entraîne vers l’orifice de la matrice.

Ce petit mécanisme ressemble parfaitement à ce que fait un pêcheur , lorsqu’il veut se saisir d’un poisson qu’il a pris dans son filet. Il en rapproche les mailles , de manière à les rassembler en paquet , et de même que par ce moyen , sa proie se trouve élevée jusqu’à lui , le collet de la dent attiré par la contractilité des fibres

de la matrice , parvient au niveau des gencives. {V.jîg. 20. ) (i).

Mais, de cette contraction résulte nécessairement le ratatinement des parois de la matrice , ce qui donne lieu à la formation d’un corps d’apparence charnue, qui joue un grand rôle dans la destruction des racines des dents temporaires , ainsi que nous le dirons dans un autre endroit.

La progression de la couronne de la dent, m’ayant présenté l’idée d’une espece d’accouchement, j’ai adopté le mot oclontocie , qui exprime la sortie de cet os hors de la gencive, en suivant un canal qui en traverse toute l’épaisseur ; de sorte que ce corps fibro-muqueux n’est ni coupé, ni divisé par les pointes que

(i) Ce mécanisme, que l’on peut suivre sur des mâchoires de sept à douze ans, diffère essentiellement de celui qui fait descendre le testicule dans le scrotum , ainsi que l’a dit M. Serres. On verra que l’appendice n’agit point isolément , mais que cette petite poche se contracte, dans toutes ses parties pour élever la dent. Ainsi le nom de gubernaculum ne convient point à l’ appendice , en ce qu’il en donne une fausse idée , attendu qu'il semble établir de l’analogie entre deux organes dont la* forme et les fonctions sont tout-à-fait différentes.

Le gubernaculum testis de Hunter , ressemble à une corde pleine. La matrice et son appendice ressemblent au contraire à un réseau creux.

présente la partie émaillée des dents , ainsi qu'on l’a enseigné jusqu’ici. La route est toute tracée, elle n’a besoin que d’être élargie. Un enfant sort du sein de sa mère en peu d’heures, tandis que la dent met plusieurs années à se montrer au dehors : mais l’un et l’autre sortent par la contraction de la matrice dans laquelle ils se sont développés. La comparaison n’a donc rien de choquant.

De l’ Appareil destiné par la nature à l’absorption des racines des dents temporaires.

S i les dents de l’homme grossissaient à mesure qu’il grandit , ainsi que cela s’observe dans quelques espèces de poissons , une seconde dentition n’eût point été nécessaire ; mais il n’en est pas ainsi : les dents dites de lait , ayant acquis leurs dimensions, ne croissent plus ; tandis, au contraire, que les mâchoires des enfans s’étendent en raison du développement général de l’individu. Ces petites dents provisoires , qui dans le fœtus avaient d’abord été couchées obliquement , qui , ensuite , se sont rangées si agréablement aux bords alvéolaires de l’enfant, et qui jusqu’à deux ou trois ans , sont restées

très-rapproehées les unes des autres , commén-» cent vers cet âge à s’éloigner sensiblement; ce résultat de l’agrandissement du cercle maxillaire , nécessite bientôt des dents plus fortes, et qui puissent offrir à l’homme des armes moins fragiles, pour exécuter la mastication. En conséquence, les dents qui se sont fortifiées silencieusement, derrière les primitives , annoncent peu - à - peu leur présence en ébranlant celles-ci; elles s’interposent entr’elles, elles les dérangent, et les forcent enfin à lem céder la place. Ce singulier phénomène, d’abord méconnu , fut ensuite expliqué de diverses manières ; et la mue des dents est encore , pour ceux qui n’y veulent reconnaître que des causes mécaniques , un problème dont ils ne peuvent se rendre compte. Des anatomistes très-réputés ont écrit anciennement que les dents de lait étaient sans racines , cette erreur a été partagée et répétée par les dentistes leurs contemporains, qui n’avaient pas probablement jugé à propos de s’assurer du fait; cependant la simple dissection d'une mâchoire d'enfant eût évité des commentaires inutiles.

Enfin , ce n’est que depuis une cinquantaine d’années , que la question est décidée , et que la vérité est reconnue ; mais alors il en restait

une autre à résoudre. On dit : puisque les dents de lait ont des racines, comment arrive-t-il que lorsqu’elles tombent naturellement, on ne leur en trouve pas? Au lieu de faire des recherches anatomiques, on supposa d’abord que la couronne de la dent de lait se séparait de sa racine, de la manière que le bois du cerf quitte la tête qui le porte ; et que la racine donnait naissance à une autre dent.

Bunon, ayant fait diverses préparations pour s’éclairer, et ayant reconnu que les dents temporaires et les permanentes étaient parfaitement indépendantes les unes des autres, et placées dans des alvéoles séparés , essaya de donner l’explication de la destruction des racines des dents.

Cet auteur pensait que la chaleur des pai'ties, accrue par le travail de la seconde dentition, ainsi que la pression qu’il supposait devoir être exercée par la couronne de la dent permanente, sur la racine de la temporaire, étaient les causes de sa destruction ; il pensait encore que le détruitus était consumé par la chaleur des parties , ou enlevé par la salive. Fauchard combattit cette opinion , ne croyant pas, avec raison, à cette pression mécanique, présumant que cette destruction résultait, soit d’une disposition propre aux sucs de la racine

temporaire , soit de Faction des liqueurs environnantes (i).

L’Ecluse, en 1764.» prétendit que les vaisseaux dentaires n’apportaient plus de sucs aux dents de lait, aussi-tôt que celles de remplacement étaient arrivées à un certain degré de développement; d’où il résultait, selon lui , que ces petites racines devaient se dissoudre par une espèce de macération.

Jourdain attribue la destruction des racines des dents , et de la cloison inter-alvéolaire , à plusieurs causes : i°. A la pression, qu’il suppose être exercée par la dent de remplacement. 2°. A ce que par le mécanisme qu’il adopte , il admet avec Fauchard, que les sucs osseux, qui sont apportés aux dents de lait, par clés vaisseaux particuliers , s’épanchent dansla dent temporaire, y acquièrent une certaine acrimonie, en changent la nuance, en altèrent la substance , et la disposent à se décomposer d’elle-même; comme si elle était injectée avec quelqu'acide ; et qu’enfiu le résidu de cette dissolution disparait, sans qu’on sache par quel moyen.

Toutes ces explications ne purent convaincre

(i)Bicliat a partagé celte opinion.

Bourdet; (i) il soupçonna que la destruction des racines temporaires , ne pouvait avoir lieu par les moyens que l’on indiquait , et il observa le premier que , lors de la chute naturelle d’une dent temporaire , on trouvait toujours audessous d’elle un petit tubercule ( charnu , qui était une espèce d’intermédiaire entre la couronne de la dent de remplacement, et la racine de la dent qui devait être remplacée, de sorte que tout contact immédiat était impossible. Il en conclut que de ce petit tubercule suintait un suc âcre, qui avait la propriété de ronger la racine temporaire , la plus voisine. M. Laforgue , ayant également remarqué le petit corps fungiforme, et lui supposant les fonctions qui lui avaient été assignées par Bourdet , le désigne sous le nom à' appareil dissolvant. En effet, que penser d’un tubercule charnu , se développant peuà-peu , en avant de la dent dont il précède la progression, et qui en augmentant sans cesse de volume, semble dévorer non-seulement la racine de la dent temporaire , mais encore tout ce qui s’opposerait à la marche de la dent ; sinon que c’est un organe chargé de l’opérer ?

Assurément , l’agrandissement du canal cs-

(i) Bourdet, pag. 52.

seux , que j’ai appelé Y lier dentis , et la destruction de parties aussi compactes que les dents temporaires elles os maxillaires, ne peuvent s’effectuer que par un de ces phénomènes placés sous l’influence de la vie.

Nous avons vu, plus haut, que la disposition des couronnes des dents renfermées dans l’alvéole, est telle, que jamais il n’y a contact entr’elles et les parties environnantes ; par conséquent, nulle pression. 11 n’y a point non plus de pulsation artérielle, capable de détruire les organes circonvoisines, ainsi qu’il arrive quelquefois dans le voisinage des gros vaisseaux, ou des anévrismes. On ne peut donc admettre l’usure des racines temporaires , ce qui ne pourrait avoir lieu que par un frottement, dont je viens de démontrer l’impossibilité.

On ne peut pas davantage croire au suintement d’un suc âcre, stagnant, parce que la présence d’un tel agent chimique agirait nonseulement sur la dent qui doit être détruite, mais encore causerait indubitablement des inflammations suivies de suppurations et de cai’ies. La natui’e, toujours si prévoyante, a dù nécessairement parer à tant de chances fâcheuses ; elle enveloppe, il est vrai, quelquefois ses opérations les plus simples d’un voile , qui d’abord semble mystérieux, mais peu-à-peu il se trouve sou-

levé par des découvertes physiologiques et des rechei’ches exactes.

Au sujet de la destruction des racines temporaires, Hunter s’exprime ainsi, page 99, de son Histoire Naturelle des Dents humaines. « ïl serait naturel de supposer que la chute de » la dent temporaire, est due à une pression » constante de la dent qui s’élève contre celle « qui est en place , et contre son alvéole ; mais » il n’en est pas ainsi, car un nouvel alvéole » se forme avec la nouvelle dent, et- l’ancien n alvéole décroît avec l’ancienne ; et quand la w classe -primitive mue , c’est si peu celle qui }) doit la remplacer , qui l’a détruite par la » pression qu’on suppose que celle-ci a exercée', » qu’elle est environnée et couverte par un » alvéole complettement osseux. D’où il ré- » suite que la mue n’est point le résultat d’une » pression mécanique , mais bien d’une loi » propre à l’économie animale » , etc.

Fox, page 5g, croit que la destruction des dents temporaires, résulte d’une pression qu’il suppose être exercée parla dent permanente, sur l’alvéole et sur la racine de la dent qui doit succomber. Le mécanisme admis par cet auteur, quoique n’ayant pas lieu , est ingénieux $ voici ce qu’il dit à ce sujet :

« J’ai observé que les pulpes des dents rem-

» plaçantes, sont situées derrière celles des » temporaires, et sont disposées de telle sorte, » qu’elles s’entre - recouvrent pour occuper >i moins de place ; alors il est évident qu’à » mesure quelles avancent en croissance, elles » requièrent une place plus grande qu’elles )> ne peuvent obtenir, qu’en se portant en » avant, afin de décrire un cercle plus grand. » L’effort quelles font pour y parvenir, occa- » sionne une pression considérable contre la )) cloison osseuse, placée entre les dents tempo- )) raires et les dents de remplacement, et bientôt » après sur la partie postérieure des racines des » temporaires. Cette pression produit les mêmes » résultats que dans tant d’autres circons- » tances où elle est employée. Elle détermine w Y absorption des parties pressées , et comme w cette pression augmente de plus en plus , à » mesure que la dent se développe, la destruc- » tion de la racine temporaire en est le ré- » sultat, etc. etc. ».

On voit que le corps fungiforme n’a pas été observé par Fox , et que sou système, tout ingénieux qu'il est, s’écroule de lui -même, lorsqu’on dissèque avec attention une mâchoire d’enfant de six ou sept ans. M. Serres a-t-il ré- \ solu le problème dans sa Nouvelle Théorie de la Dentition ? Cet auteur a promis d’expli-

quer comment s’usent les racines des dents de lait ; il s’en acquitte ainsi : « La cloison » osseuse intercallaire s’ouvre de bas en haut, » par une usure (1), une destruction lente, » résultant d’une loi primordiale , dont on ne » peut donner aucune raison physique ».

Cette explication n’est pas nouvelle, elle est tirée presque littéralement de Hunter (2).

Plus loin il ajoute : ce Les racines des dents » temporaires s’usent par la même loi qui » détruit la cloison alvéolaire ».

Enfin , il suppose qu’il se forme un vide , par la destruction de la racine temporaire , etc. (3).

La science n’a rien à gagner par de semblables hypothèses : si M. Serres se fut donné la peine de lire les ouvrages de Bourdet , de MM. Duval et Laforgue, il eût vu que cette loi a établi un organe, dont l’existence et les fonctions ont été soupçonnées par ces savans dentistes.

(1) Il ne peut y avoir d’usure, là où il n’y a point d’attrition.

(2) Natural History , of tlie human teeth Hunter, Pag- 99-

(3) On retrouve dans les explications de M. Serres , le mélange des idées de Hunter et de Jourdain , auxquels il a oublié d’en faire hommage.

Il est certain qu’il existe non-seulement une loi, mais encore un agent chargé par elle d’opérer la destruction de tout ce qui formerait obstacle à l’odontocie ; cet agent n’eût point été si long-tems inconnu, si les physiologistes, au lieu de faire des raisonnemens , eussent cherché à prendre la nature sur le fait. Car , à peine la première odontocie est achevée , que déjà la seconde dentition prépare toutes ses armes , pour détruire celle à l’abri de laquelle elle se développe. Tant que la couronne de la dent de remplacement est seulement en formation , la membrane extérieure de la matrice est simplement pai'courue par quelques vaisseaux sanguins ; niais aussi-tôt qu’elle est achevée, les capillaires s’y développent d’une manière toute particulière , et y forment un réseau aussi fin qu'une toile d’araignée; dès-lors la membrane interne, au lieu d’être simplement rosée et mince , acquiert de l’épaisseur et prend une couleur plus rouge. Ainsi que je l’ai déjà dit, c’est à l’instant où commence la rétraction des parois de la matrice, qui de la gencive se rendent au collet de la dent , que le plissement des vaisseaux qui entrent dans leur tissu , compose un corps d’apparence charnue , dont les absorbans étendent leur empii’e sur toutes les parties environnantes ;

donnantes ; c’est donc la matrice dentaire elle-4 même qui , après s’être dilatée pour servir d’enveloppe protectrice h la dent , se contracte pour former non - seulement ce petit corps bourgeonneux , qu’on trouve immédiatement au-dessous des dents de lait, à l’instant où elles tombent d’elles-mêmes, et dont le volume augmente nécessairement à mesure que l’odontocie s’opère : mais encore une masse charnue dont toute la couronne est environnée , et dont l’épaisseur est d’autant plus remarquable $ que l’organe qu’elle enveloppe est plus proche de son orifice.

Y a-t-il de sa part exhalation d’un fluide dissolvant qui agit chimiquement sur les parties Osseuses environnantes, ou bien les absorbans dévorent-ils , sans aucun intermédiaire , tout ce qui s’opposerait à la sortie de la dent? N’ayant point d’expériences positives propres k me guider dans la décision de ces questions, et les trouvant d’ailleurs peu importantes , je n’essayerai pas de les résoudre.

Les vaisseaux de la dent temporaire restent souvent intacts au milieu de l’appareil destructeur dont ils sont environnés. Ils continuent de charier des sucs k la partie centrale de cette dent, tandis que le phosphate calcaire et la gélatine lui sont ravis k l’entour. Quelquefois^

ils se trouvent étranglés ou même anéantis.

La mue naturelle de la temporaire n’arrive que quand presque toute la racine est détruite , et souvent même lorsque la couronne de la dent est creusée intérieurement en forme de capsule ; cependant une maladie de la gencive peut en déterminer la chute , sans qu’il y ait eu aucune absorption. Ainsi, soit que les absorbans du tubercule fungiforme pompent par une espèce de succion le phosphate calcaire et la gélatine de la racine temporaire , sans dissolution préalable, soit qu’un fluide exhalé opère d’abord cette dissolution, l’un et l’autre sont reportés dans le torrent général de la circulation , conformément à la loi de décomposition vitale (i).

Les vaisseaux chargés de cette opération , se prononcent davantage dans les endroits qui avoisinent la racine temporaire. Là, ils sont rouges et comme enflammés , la vie enfin frappe à coups redoublés, elle déploie toute son énergie , elle détruit tout ce qui forme obstacle au passage de l’organe qui doit remplacer celui dont la destruction est décidée.

Pour l’exécution de certains phénomènes,

(i) Dos expériences récentes faites par M. le Dr. Magendie, il Paris, et M. Mayer, !l Berne, prouvent que l’absorption est propre aux veines, et rendent douteuses, d’après ces auteurs, celles de* lymphatiques.

la force croit en raison de la résistance ; c’est pourquoi le corps absorbant est d’autant plus prononce , que les parties qu’il a à détruire sont plus épaisses et plus solides ; c’est ainsi qu’on le trouve très-gros au-dessous d’une molaire de lait qui est prête à muer, et dont les très-fortes racines ont été entièrement dévorées. 11 n’y a donc point de vide par la destraction de la racine de lait, ainsi que l’a supposé gratuitement un auteur moderne , puisque le volume de l’appareil est en raison directe dé la destruction opérée, et de la progression de la dent. Il n’y a point de détruites restant dans l’alvéole, comme le dit Bunon, la racine de la dent est absorbée de même que toutes les parties qui sont touchées , soit par le tubercule fungiforme qui marche en avant, soit par le corps de la matrice elle-même.

Il ne peut y avoir d 'usure de la racine temporaire , par la couronne de la dent permanente , puisqu’il n’y a pas de frottement, Celle-ci étant séparée de tout ce qui l’environne par le corps de la matrice , jusqu’à ce qu’elle ait franchi l’ouverture de l’ Iter dentis. Aussi-tôt que la couronne de la dent temporaire est tombée , on aperçoit celle de la permanente qui ne tardera pas à s’élever au niveau de celles qui l’ont précédée. La matrice dentaire ayant passé par

Fi

divers états, et ayant rempli les fonctions qui lui avaient été assignées, s’affaisse et ne laisse d’autres traces de son existence passée, que ces deux petites éminences qui dessinent les festons des gencives. Si l’action immédiate de l’appareil absorbant n’a pas lieu sur la racine temporaire, ce qui arrive dans les cas où la dent de remplacement ne suit pas Y lier dentis , ou bien chez quelques enfans faibles, la destruction n’en est pas opérée, et elle peut rester en place toute la vie, quoique la dent permanente soit sortie non loin d’elle. ( V. fig. 5o bis. )

L’absorption de la racine a quelquefois lieu, quoique la dent permanente soit encore éloignée; mais alors le travail qui s'opère a devancé de beaucoup Y odontocie : ce qui est une nouvelle preuve qu’aucune action mécanique ne détermine la cbùte de la dent, Hunter et Fox avaient également remarqué ce fait. Aussi le dernier a avoué son embarras pour expliquer l’absorption, comme résultat de la pression.

Je possède une pièce anatomique assez curieuse , elle est composée d'une deuxième grosse molaire de la mâchoire supérieure, entre les racines de laquelle s’est développée une dent de sagesse. La destruction des racines a eu lieu de même qu’il en est de celles de lait ; Y lier dentis passait entre elles. Ce fait assez,

rare prouve que l’anéantissement des racines des dents, n’a pas seulement lieu sur les temporaires , mais sur toutes celles qui sont soumises à l’action d’un appareil absorbant. C’est ainsi qu’il arrive quelquefois qu’une dent tempoi'aire située proche de celle qui doit être remplacée, se trouve détruite en partie pas le corps fungiforme destiné à dévorer sa voisine ; de sorte que deux dents de lait tombent pour n’être remplacées momentanément que par une : il peut en résulter une irrégularité de la denture adulte, car lorsque l’autre dent vient à sortir, et qu’elle trouve sa place occupée, elle se dévie quelquefois en dehors ou en dedans.

Si le développement de cet appareil est imparfait, ou bien si l’appendice du sac a été détruit par une opération inconsidérée, la dent reste souvent enfermée dans l’alvéole, et n’en sort pas. Je possède des mâchoires d’adultes dans l’épaisseur desquelles celles de sagesse sont restées.

Le contact immédiat entre la temporaire et celle de remplacement, ne peut exister, tant que celle-ci est encore enfermée dans l’os maxillaire, mais il a assez souvent lieu lorsqu’elle s’est engagée dans l’ouverture extérieure de Ylter dentis 3 alors la dent qui doit muer , se trouve dérangée , et dans ce cas la destruction de sa

racine est imparfaite, ce qui n’arriverait pas, si la pression pouvait déterminer l 'usure ou l’absorption. ( V. fig. 23 *. )

M. Duval, toujours si judicieux observateur, 3 également fait des remarques analogues.

J’ai vu plusieurs cas , où une dernière molaire s’étant trouvée dirigée vers sa voisine, lors de leur formation , elle avait déterminé une dépression sensible sur la couronne de cette dent, mais l’émail n’en était nullement altéré, et l’épaisseur en était la même dans toutes les autres parties.

Cependant il existe un mode d’absorption qui dépend d’une affection maladive , et qui se rencontre assez communément dans la pratique de la chirurgie ; c’est ainsi qu’une balle de plomb, ayant séjourné plusieurs années dans l’épaisseur du tissu cellulaire , présente de nombreuses preuves que les capillaires se sont efforcées d’en débarrasser l’économie , de même je connais une personne à laquelle on avait ôté deux dents incisives supérieures, pour cause de carie, on les remplaça par deux autres qu’on avait enlevées à l’instant sur un jeune homme; ces dents se maintinrent çn place pendant deux ou trois ans , après quoi les absorbans alvéolaires dévorèrent ces hôtes étrangers : il survint de

petits abcès sur les gencives, et les dents tombèrent, les racines avaient été réduites à un filet osseux qui présentait mille aspérités.

Fox a rapporté une observation semblable.

J’ai fait sur moi-même une opération analogue , et que j’ai exécutée également sur plusieurs personnes, elle consiste à ôter une dent douloureuse , à en détruire les parties molles centrales, à la remplir d’or, à en raccourcir l’extrémité, et à la remettre en place; depuis cinq ans la dent est aussi solide que les autres (i). Je né doute pas cependant quelle ne finira un jour par se séparer de la mâchoire, puisqu’elle me cause souvent des douleurs locales assez vives, et qu’elle aggrave des migraines auxquelles je suis sujet. Cette névralgie commence toujours à la dent, et se répand ensuite sur tout le côté de la tête : de sorte que je me repends souvent de l’avoir remise en place.

J’ai enlevé des dents devenues très-chan->

(i) Il n’entre point dans le plan de cet Ouvrage , de dire mon sentiment sur ces sortes de greffes animales , j’ai tenté diverses expériences qui seront rapportées dans un autre teins , et à l’aide desquelles j’ai reconnu que les dents replacées dans leurs alvéoles , après en avoir été extraites , ont réellement repris une sorte d’existence végétale au moyen du périoste , ou d’une fausse membrane qui *e développe et qui en tient lieu.

celantes à la suite de phlegmasies du périoste , l’alvéole avait acquis une capacité surprenante par le seul travail des vaisseaux absorbans, puisqu’il n’y avait pas de carie. Le périoste était bourgeonneux , très-épais et ressemblait à ce corps fungif orme qui détruit les racines des dents primitives. Mais les absorptions de ce genre , sont le résultat d’une maladie locale déterminée par un corps nuisible au milieu des parties que sa présence irrite , et qui font des efforts pour le chasser. Aussi elles n’ont lieu que par suite de l’inflammation et de la douleur qui se donnent un mutuel appui. La première est l’arme dont se sert la vie pour opérer l’expulsion, la seconde invite le patient à implorer des secours plus prompts.

La nature, pour livrer passage aux molaires qui sont situées presqu’immédiatement au-des-r sous des gencives, et qui n’en sont séparées que par une lame d'os percé d'un large trou, leur accorde également le secours de l'absorption, et l’organe chargé de l’opérer, est remarquable par son épaisseur et sa largeur. Il mine particulièrement la gencive, ainsi que î’os maxillaire, vis-à-vis de chaque tubercule de la dent; mais ce corps n’a pas la rougeu;' de ceux qui dévorent les dents primitives.

Si les absoi'bcins se sont développés avec

énergie antérieurement , la dent de remplacement qui était d’abord placée en arrière, se porte de ce côté , et bientôt la cloison qui la séparait de la temporaire, est anéantie. Elle se place audessous, et finit même quelquefois par passer au-devant.

Pendant qu’elle exécute ce mouvement , la lame postérieure de la mâchoire se rapproche peu-à-peu de l’antérieure, ce qui semble aider singulièrement la progression de la dent en ce sens. Le rapprochement des deux lames osseuses, maxillaires, est très-appréciable en comparant des mâchoires d’enfans de divers âges. Aussi-tôt qu’une partie de la couronne d’une dent s’est engagée dans l’ouverture buccale de la matrice dentaire , le liquide gluant que nous avons dit y être contenu s’écoule peu-à-peu dans la bouche. Alors la membrane interne touche la dent, et peut-être ce contact augmente-t-il encore l’action contractile de cette enveloppe , car le petit os qu’elle renferme s’élève alors, en peu de semaines , au-dessus des gencives ; tandis qu’il avait mis plusieurs années à gagner leur niveau.

Quoique l’appareil absorbant se soit bien développé, néanmoins si l’ouverture de VI ter dentis est située trop en dedans de la bouche , les dents étant destinées à en suivre la direct

tion j sortent non-seulement hors du cercle , niais encore la racine temporaire pourra n’a- VOir reçu aucune atteinte, ou bien encore, ainsi que je l’ai observé, la temporaire voisine sera détruite, tandis que celle qui devait l’être, restera intacte.

Qu’on ne croie pas cependant qu’esclave de ses propres lois, la nature ne dévie jamais au mécanisme que je viens de décrire ; il est vrai que la dent suit la route naturelle dans le plus grand nombre des cas ; mais elle n’y est pas rigoureusement assujettie. Si l’appareil absorbant s’est développé avec trop d’énergie sur la partie antérieure , tout ce qui se trouve placé devant est rapidement détruit ; ainsi la paroi inter-alvéolaire, la racine de la dent temporaire , la lame antérieure compacte de la mâchoire et même la gencive qui la recouvre sont dévorées , de sorte que la pointe de la dent, au lieu de parcourir le canal de l’appendice , s ouvre un passage artificiel en perçant latéralement ou antérieurement la petite matrice. Elle se montre alors, soit très-bas, et au-dessous du niveau des temporaires , si c’est à la mâchoire inférieure ; ou très-haut et au-dessus des mêmes dents , si c’est à la supérieure. Ces aberrations s’observent de tems en tems pour les bicuspidées , mais plus souvent encore pour

les conoïdes. J’ai long-tems cru que la de'^ viation de Ylter dentis pouvait seule donner lieu aux sur - dents : mais l’examen anatomique m’a prouvé que je me trompais. Néanmoins les sur - dents se portent peu - à - peu dans le cercle général, à moins qu’un obstacle mécanique ne s’y oppose; par exemple, la présence de la dent temporaire, le heurtement des dents inférieures, etc. Au reste elles sont très-long-tems à opérer ce mouvement, et il est fréquemment nécessaire de le déterminer par le secours de l’art.

Mode d} accroissement des mâchoires. — Vices de conformation de ces os. — ■ Défaut de développement. — Vices de configuration de la denture.

D’après ce que j’en ai précédemment dit , il ne peut y avoir pression immédiate des dents entr’ elles, à la manière des coins, qu’à l’époque où s’engageant dans l’ouverture gencivale de Ylter dentis , les couronnes des permanentes se montrent, soit entre les temporaires, soit enfin entre celles de remplacement. A ce moment seulement commence l’agrandissement

mécanique de la mâchoire par contact des dents; car, jusques-là, le liquide contenu dans chacune des petites matrices dentaires l’avait opéré. Les os maxillaires , outre le mode d’accroissement général résultant de la nutrition, en ont donc un second qui leur est particulier, et qui coïncide au développement des sacs, renfermant une plus ou moins grande quantité de fluide, et à la manière dont les couronnes des dents de remplacement s’engageront entre celles qui seront en ligne, soit qu’elles appartiennent à la première , soit qu’elles dépendent de la deuxième dentition. Il est certain que le cercle maxillaire se prononce d’autant mieux que ces divers phénomènes s'opèrent avec plus d’aisance.

Quoique les os maxillaires augmentent dans toutes leurs dimensions , cependant ils le font dans quelques - unes de leurs parties , d'une manière bien plus remarquable que dans d’autres.

Sur les jeunes sujets, la portion antérieure est parsemée de porosités , disposées obliquement, et de telle sorte, que leur élargissement tend à agrandir l’arc. La partie moyenne ou le corps de la mâchoire occupée par les deux molaires de lait, n’ayant pas besoin de s'agrandir, est très - compacte : mais aux environs

de l’angle et de la tubérosité maxillaire, ou retrouve un grand nombre de ces porosités , pai’ce qu’en effet, ces endroits ont besoin de se prêter considérablement.

En conséquence, plus il y aura de fluide dans chaque membrane, et plus les pores seront nombreux ; plus la mâchoire s’agrandira , et plus les dents auront de place : elles en obtiendront d’autant moins , que le contraire aura lieu.

D’après la disposition imbriquée dans laquelle sont les six dents antérieures , quand elles sont renfermées dans la mâchoire , d’après encore la situation de l’orifice de chaque lier dentis , on voit qu’il n’est point étonnant que ces petits os sortent si fréquemment dans une position oblique , et en dedans de la bouche ; mais dans ce cas, elles viennent bientôt se rendre dans le cercle des autres ; parce que de l’anéantissement graduel des temporaires , de l’intercallation des dents qui poussent entre celles qui sont en place , et du rapprochement de la lame maxillaire postérieure vers l’antérieure, résulte le complément d’agrandissement nécessaire, à moins de quelques obstacles dépendant d’un vice de là mâchoire. La connaissance de ces divers faits explique à la fois quelle est d’abord l’influence mécanique des matrices den-

taires sur l'évasemeut des os maxillaires, et en second lieu, de quelle importance est le contact immédiat des couronnes des dents, à mesure qu’elles se montrent. Il est donc utile de favoriser la pression quelles exercent les unes sur les autres, plutôt que de l'empêcher pendant le travail de l’odontocie.

Ces détails conduisent encore à penser que pour faciliter la dentition des enfans, il ne S’agit que d’aider l’évasement du cercle alvéolaire, mais les dentistes qui ôtent les dents de lait de très-bonne heure , manquent certainement l’indication, puisque cette évulsion, loin de le favoriser , ne peut qu’enlever à la mâchoire un des moyens qui lui avaient été ménagés. Aussi ai - je remarqué que la chûte prématurée d’une ou de plusieurs temporaires , au lieu d’avoir été utile , a déterminé souvent des vices de configuration. Car si on a ôté, par exemple, six dents primitives antérieures pour placer les quatre incisives de deuxième dentition , celles - ci se déjettent obliquement , s'écartent les unes des autres , et ne laissent d’autre ressource aux conoïdes, que de venir en dessus ou en dessous des incisives latérales. Je suis si souvent consulté pour des accidens de ce genre, que je ne saurais trop signaler l’abus de l’évulsion

intempestive des dents temporaires. Je ne puis néanmoins espérer que tous les dentistes qui ont cette habitude, y renonceront après avoir lu cet ouvrage. Je sais que lorsqu’on s’est formé une pratique , on revient difficilement de ses préventions , et qu’on trouve toujours des raisons à opposer aux faits les plus positifs : mais je ne doute pas que les jeunes praticiens ne s’empressent de vérifier ce que j’ai dit, et ne reconnaissent avec moi les inconvéniens du système que je combats.

Le germe de chaque molaire se trouvant placé, pour la mâchoire inférieure , dans la base de l’apophyse coronoïde , la membrane qui l’environne s’emplit d’un fluide , qui, faisant effort sur les parties environnantes , force le corps de l’os maxillaire à se porter en avant ; tandis que l’angle qu’il forme avec ses branches, i’ecule sensiblement en arrière; ce qui le rapproche peu-à-peu de go dégrés, de sorte que plus il y a de dents, et plus elles sont fortes, plus l’angle est droit. Il est facile de vérifier ceci en comparant des mâchoireà de divers âges, ainsi que l'a fait graver Hanter, dans son histoire naturelle des dents; et ce que l’on peut voir encore dans mon Odontologie. Les mêmes changemens s’observent nécessairement à la partie postérieure des os maxillaires supérieurs.

Dans l’ouvrage de M. Serres, ces derniers sur-tout sont très-bien étudie's.

L’agrandissement des mâchoires s’opérant d’après le développement successif des dents 3 on reconnaît, en examinant un os maxillaire bien conformé , qu’il décrit un demi - ellipse dont la portion antérieure contient les quatre incisives et les deux canines : puis , en partant de celles-ci, l’ellipse plus applati se porte obliquement en arrière, mais dans une ligne à peine ceintrée, en se dirigeant vers l’articulation temporo - maxillaire. C’est à ce mode d’accroissement , et sur-tout à la mue des molaires de lait pour faire place aux bicuspidées qui sont beaucoup moins larges, qu’est dû le changement de situation relative des trous mentonniers et sous-orbitaires , dont le savant M. Duval a fait le premier la remarque.

La mâchoire s’élargit dans la portion occupée par les six dents antérieures, en décrivant un arc d’autant plus grand, que les dents sont plus larges et mieux rangées. Quant à la partie qui de la canine s’étend jusqu'au fond de la bouche , la grandeur du diamètre transversal de la face, entraîne nécessairement l’écartement de la mâchoire.

Je ne puis concevoir ce qui a pu porter divers écrivains modernes à nier que cette

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