GLOSSITES DE MODALITÉ SECONDAIRE AU COURS DE LA PÉRIODE TERTIAIRE
On a vu dans ce qui précède que la syphilis tertiaire peut se traduire et se traduit même assez fréquemment à la peau par des manifestations de modalité secondaire. Eh bien, ce n’est pas là un fait isolé. Ce même fait s’observe sur le système muqueux. Sur le système muqueux comme à la peau, la syphilis, au delà et même bien au delà de sa troisième année (frontière délimitative bien arbitraire, mais conventionnelle, entre les périodes secondaire et tertiaire de la maladie), emprunte nombre de fois ses déterminations morbides à l’ordre des accidents superficiels et bénins qui ressortissent usuellement à l’étape secondaire.
Immédiatement j’en fournirai un exemple que personne ne récusera. Quel est le praticien qui n’a pas rencontré des plaques muqueuses, de véritables plaques muqueuses secondaires, sur la bouche de sujets affectés de syphilis depuis quatre ans, depuis cinq ans, depuis six ans, c’est-à-dire en pleine période chronologiquement
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tertiaire ? Et quel est le pathologiste qui refuserait à ces accidents la qualité de plaques muqueuses, sous prétexte qu’ils se seraient développés au delà des trois premières années de la maladie? Bien certainement, donc, il existe une syphilis secondaire attardée (qu’on me passe l’expression) qui, sur les muqueuses comme à la peau, peut servir d’expression à la diathèse, alors même que, chronologiquement, cette diathèse évolue en plein stade tertiaire.
Mais jusqu’à quelle échéance peuvent entrer en scène ces arrérages , ces queues de l’étape secondaire, s’il m’est permis d’ainsi parler ? Il est bien vraisemblable qu’au lieu de l’assentiment général dont je me prévalais à l’instant, je ne rencontrerais qu’objections et incrédulité, si je venais dire que des accidents de même ordre, à savoir de modalité secondaire, servent parfois d’expression à la syphilis sur le système muqueux (comme ailleurs du reste) à des étapes bien autrement reculées de l’infection, par exemple après huit, dix, quinze ans, voire à vingt ans de date au delà du chancre, voire plus tard encore. Et cependant, c'est là ce que j'ai vu , et c’est précisément là ce que je viens dire à propos du système muqueux, comme je l’ai dit à propos de la peau (1), comme j’aurai encore à le répéter d’une façon générale en faisant l’histoire, dans un autre chapitre de cet ouvrage, de ce que j’appellerai la syphilis secondaire attardée. Besoin est-il d’ajouter que, pour parler ainsi, pour émettre une doctrine en contradiction flagrante avec les idées reçues, j’ai dû méditer longuement la question au préalable et m’inspirer des résultats d’un nombre considérable d’observations? Et, en effet, dépouillant à ce point de vue un total de 19000 cas, j’en ai trouvé près de 1 100 (exactement 1 096) où des accidents divers de modalité secondaire typique n’étaient entrés en scène qu’au delà et souvent bien au delà de cette fameuse troisième année, prétendue colonne d' Hercule du secondarisme , voire à des échéances tout à fait lointaines de dix, quinze, vingt ans et plus après le chancre.
Mais ne parlons pour l’instant que du système muqueux et même, dans ce système, des lésions linguales, les seules dont il doive être question ici.
I. — De toutes les muqueuses, ce sont assurément les muqueuses buccales qui servent de siège le plus usuellement à ces manifestations de syphilis secondaire arriérée.
Et de tous les districts de la bouche, c’est la langue où ces manifestations se rencontrent avec une énorme supériorité de fréquence. Ainsi, sur 533 cas de cet ordre, 449 sont relatifs à des lésions de la langue. Voici, au surplus, ce que m’a fourni le dépouillement de mes observations à ce sujet :
(1) V. p. 172 et suiv.
Lésions de modalité secondaire observées à des étapes diverses
du tertiarisme.
Localisations :
Sur les lèvres. 39 cas.
Sur divers départements de la bouche 34 —
Sur les amygdales ou les piliers du voile 11 —
Sur la langue 449 —
533 cas.
Et, en effet, il est absolument commun, (en ville du moins, car à l'hôpital les cas de cet ordre sont au contraire d’observation relativement rare, les malades d’hôpital ne perdant pas un temps trop précieux pour eux à venir réclamer nos soins pour des lésions aussi légères), il est absolument commun, disais-je, qu’en ville on soit consulté par des clients qui, syphilitiques de vieille date, sont encore affectés de lésions linguales de modalité superficielle et secondaire. Exemples :
Un jeune homme de mes clients, intrépide et incorrigible fumeur de cigarettes, a été persécuté de la première à la onzième année de sa syphilis par des syphilides buccales ayant occupé tous les départements de la bouche (lèvres, langue, joues, amygdales, piliers, etc.), mais s’étant plus spécialement localisées sur la langue dès la sixième année de la maladie. Ces accidents consistaient le plus souvent en de petites érosions tout à fait superficielles, et parfois soit en placards largement étendus sur le dos de la langue, soit en syphilides circinées, annulaires ou semi-annulaires, soit enfin en lésions de glossite dépapillante. Dans les premières années ils se succédaient par récidives presque sub-intrantes; plus tard seulement, ce fut à intervalles de quelques mois.
Un de mes clients (fumeur) n’a pas cessé de la première à la dixième année de sa maladie de présenter une série sub-intrante de syphilides érosives et dépapillantes de la langue, pour aboutir, vers la onzième année, à une glossite scléreuse lobulée.
Cas plus rare : Une jeune femme (qui ne fumait pas) est restée de même sujette à des accidents analogues de la quatrième à la dixième année de sa maladie, spécialement sous forme d’érosions simples ou de placards de glossite dépapillante.
Et ainsi de tant d’autres exemples qu’il serait superflu de citer, car, je le répète, les cas de cet ordre sont à la fois multiples et irrécusables.
II. — Les accidents de syphilis secondaire tardive qui se produisent à la langue s’y présentent sous des formes diverses, qui peuvent être cependant réduites aux deux types suivants : lésions érosives et lésions sèches.
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i. — Les lésions de modalité érosive ne sont rien autre que des syphilides érosives et consistent en de simples abrasions circonscrites et superficielles du derme muqueux. Pour avoir décrit ailleurs (V. t. I, p. 477) les syphilides de cet ordre, je ne ferai que les énoncer ici. — Souvent même, lorsqu’elles sont marginales, c’està-dire lorsqu’elles siègent sur les bords ou à la pointe de la langue, «elles n’y sont représentées que par de minuscules érosions étroites, allongées, verticales, mal déterminées de contours, tantôt rouges et tantôt opalines, dont il est très difficile parfois d’affirmer la spécificité.
Deux remarques à leur propos :
1° C’est toujours (ou bien peu s’en faut) sous la forme érosive et purement érosive que se présentent les syphilides de modalité secondaire qui se produisent en pleine période tertiaire. Pourquoi sontelles fidèles à cette forme, la plus superficielle et la plus bénigne de toutes, forme jeune par excellence, au lieu d’affecter soit le type papulo-érosif ou papulo-hypertrophique, soit le type ulcéreux qui serait, certes, mieux harmonisé avec l’âge de la maladie? Je constate le fait, sans avoir la moindre explication plausible à en donner.
2° Ces mêmes lésions sont souvent, comme je le faisais remarquer à f instant, d’un diagnostic difficile, très difficile, parfois même impossible. Ainsi, je déclare que, pour ma part, il m’est arrivé bien fréquemment de constater sur la langue de malades en étape tertiaire des érosions dont la nature restait indéterminable pour moi, même après mûr examen, parfois même après guérison. Et tous mes collègues, j’en suis sûr, en diraient autant. La meilleure preuve est que maintes fois ils m’ont adressé de tels malades en me priant de poser un diagnostic auquel ils avaient renoncé.
C’est qu’en effet il n’existe pas à la langue que des érosions de nature syphilitique. Bien au contraire, la langue est ou peut être le siège, chez les sujets syphilitiques, de nombre de lésions étrangères à la syphilis, à savoir : érosions d'ordre inflammatoire, mécanique ou traumatique (par exemple, dérivant du contact avec des dents en mauvais état) ; — érosions tabagiques ; — érosions leucoplasiques (les plus difficiles de foutes comme diagnostic différentiel) ; — érosions herpétiques (rien de commun comme l’herpès récidivant buccal chez les syphilitiques) ; — sans parler même de lésions plus rares qui peuvent éventuellement affecter la langue (hydroa, lichen plan, éruptions mercurielles, médicamenteuses, etc.). Si bien qu’en nombre de cas où l’on a affaire à des lésions dûment syphilitiques on hésite, « on ne sait pas », et l’on aboutit finalement à mettre en doute ou même à récuser la qualité syphilitique de ces lésions. Que de fois, par exemple, n’a-t-on pas vu des malades être traités sans succès, et cela pendant des mois, des années, pour des érosions linguales à retours incessants, puis guérir comme par merveille sous l’influence d’un traitement anti-
syphilitique ! J’aurais à relater de nombreux cas de ce genre, tel que le suivant.
Un malade, syphilitique et fumeur, était vainement traité depuis deux ans pour des érosions linguales à récidives multiples ; il avait même fait deux saisons à la Bourboule et Saint-Christau. Quand il vint me voir, j’avoue qu’il me fut impossible de préciser la nature de son mal ; mais, éclairé par les insuccès des médecins qu’il avait consultés avant moi, je lui prescrivis empiriquement la médication spécifique sous forme d’injections de calomel. Ce fut alors un coup de théâtre, car il guérit en trois semaines d’une « infirmité buccale » qui le persécutait depuis deux ans.
il. — Sous leur forme sèche , ces lésions linguales de modalité secondaire consistent en cette curieuse glossite que j’ai également décrite dans ce qui précède (V. t. I, p. 485) sous le nom de glossite dépapillante et sur laquelle, en conséquence, je n’ai pas à revenir au point de vue symptomatologique.
A quelque étape, précoce ou lointaine, qu’elle se produise, cette glossite se traduit toujours par les mêmes symptômes objectifs, à savoir : des plaques lisses, tonsurées, rasées, qui, tant parleur aspect dépapillé que par leur couleur rouge, contrastent brutalement avec les parties ambiantes ; — plaques tantôt nettement circonscrites et tantôt à contours flous, mal dessinés, comme déchiquetés; — plaques le plus souvent orbiculaires ou ovalaires, quelquefois arciformes, en demi-lune, en anneaux complets ou brisés, quelquefois aussi irrégulières et amorphes comme configuration ; — variables d’étendue depuis la dimension d’une lentille ou d’un pépin de poire jusqu’à celle d’une amande, d’une olive, d’une datte; mais devenant parfois plus considérables par agmination et s’étalant alors en nappe sur tout un département du plateau dorsal de la langue, par exemple sur un quart, un tiers, une moitié même de la surface de l’organe ; — variables également de nombre, c’est-à-dire soit uniques, soit multiples au nombre de 3, 4, 5, rarement plus confluentes; — enfin, toujours sèches de surface, j’entends non érosives , et laissant le derme lingual intact, non dénudé, etc.
Variétés. — i. — Dans une variété atténuée, cette forme de glossite ne se traduit plus que par une dépapillation incomplète et un état simplement érythémateux du derme lingual. Il faut alors une certaine attention pour distinguer ces petites oasis érythémateuses d’un ton grisâtre et à contours assez vagues ; parfois même on ne les aperçoit nettement qu’après avoir pris soin d’essuyer la langue en la frottant à deux ou trois reprises avec un linge sec ou un tampon d’ouate.
il — Dans une autre variété, dite mixte , les placards dépapillés s’érodent, se fissurent par places sous l’influence d’excitations surajoutées; — ou bien encore coïncident avec des syphilides érosives de voisinage.
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III. — Évolution, durée, terminaison. — La forme érosive ne se compose que de manifestations éphémères, tout au moins peu durables, mais elle est douée d’une étonnante, d’une prodigieuse faculté de récidives et toujours sous la même forme. On l’a vue maintes fois persécuter les malades de poussées multiples, presque sub-intrantes, plusieurs années de suite.
La forme dépapillante s’accuse par des lésions bien autrement stables et permanentes, sujettes même à chronicité. — Elle n’en a pas moins des récidives assez fréquentes.
L’une et l’autre, après des retours multiples, peuvent aboutir,, alors qu’un traitement intensif n’intervient pas à temps, à la forme de glossite scléreuse. Il est même à se demander, à propos de la variété dépapillante, si elle ne serait pas un premier degré, une ébauche de glossite sclérosante. Opinion à laquelle, pour ma part, je souscrirais volontiers.
IV. — Traitement. — Il est d’expérience que les formes secondaires des glossites qui font invasion dans la période tertiaire sont éminemment indociles au traitement. Elles résistent le plus souvent d une façon absolue aux modes et aux doses des traitements ordinaires. Il faut positivement, pour s’en rendre maître et imposer silence à leurs récidives, des médications énergiques, intensives. Les frictions mercurielles et surtout les injections de calomel sont, à coup sûr,, les méthodes thérapeutiques qui en assurent le mieux la guérison.
V. — Fréquence. — J’ai dit que, sur un total de 19000 observations de syphilis, j’avais trouvé 449 cas où ces glossites de forme secondaire s’étaient présentées au delà de la troisième année de la maladie et à diverses étapes de la période tertiaire; ce qui donne au pourcentage une proportion de fréquence de deux à trois cas (exactement 2,3) sur 100 malades. Mais cette proportion est certainement et forcément, au-dessous de la réalité des choses, et cela pour deux raisons : parce que, d’abord, sur ces 19000 malades, il en est un très grand nombre que je n’ai vus qu’incidemment. pour une ou quelques fois, par exemple, au début de l’infection, et dont les symptômes ultérieurs sont restés inconnus de moi; — et, en second lieu, parce que j’ai rigoureusement exclu de ma statistique tous les cas dont le diagnostic restait indécis ; or, on sait combien nombreux sont les cas où la détermination exacte des lésions en question est non pas seulement difficile, mais impossible. J’estime donc qu’une moyenne approximative de 5 p. 100 se rapprocherait davantage de la vérité.
D’une façon générale, la forme érosive prédomine très notablement comme fréquence sur la forme dépapillante en tant qu’expression de ces formes secondaires tardives. Mais, nous allons voir à l’instant que
cette proportion de fréquence relative est soumise à un autre facteur, à savoir l’âge de la maladie.
VI. — Enfin, à coup sûr, l’intérêt majeur, culminant, de la question qui nous occupe réside dans les dates d'échéance auxquelles ces glossites de forme secondaire entrent en scène au cours de l’étape tertiaire. Or, voici ce que la statistique m’a appris à ce sujet.
Échéances d’invasion des lésions glossitiques de modalité secondaire au cours de la période tertiaire :
Forme
Forme
érosive.
dépapillante.
Quatrième année
Cinquième —
Sixième —
Septième — '
Huitième —
Neuvième —
Dixième —
Onzième —
Douzième —
Treizième —
Quatorzième —
Quinzième —
Seizième —
Dix-septième —
Dix-huitième —
Dix-neuvième —
Vingtième —
Vingt-septième —
Vingt-huitième —
Trentième —
Total
De là résulte, comme premier enseignement, une disparité notable entre les deux formes de glossite relativement à leurs échéances d'invasion , à savoir :
La glossite érosive ayant ses invasions rassemblées dans les sept ou huit premières années du tertiarisme; — diminuant considérablement et régulièrement de fréquence de la quatrième à la dixième année; — puis, disparaissant vers ce terme, à cela près de quelques rares et très exceptionnelles jetées sur les années suivantes ;
La glossite dépapillante, au contraire, s’étalant comme échéances d'invasion sur une somme d’années presque double ; — encore assez commune alors que la première forme a disparu ; — et susceptible d’entrer en scène à termes lointains, démesurément et étonnamment Traité de la syphilis. — Tome II. 20
ÇLOSS1TES DE MODALITÉ SECONDAIRE
lointains, comme la seizième, la vingtième, la vingt-huitième, la trentième année (1).
(1) Des invasions aussi tardives pourront sembler suspectes ou même être contestées. Je crois donc indispensable d’en légitimer ici l’authenticité par quelques exemples.
I. — Glossite dépapillante à la douzième année de la syphilis. — X..., âgé de
trente-sept ans. — Syphilis en 1868. Chancre induré de la muqueuse préputiale, avec adénopathie inguinale — Roséole ; puis syphilide papuleuse discrète. — Céphalée. — Éruption croûtelleuse du cuir chevelu. En 1869, récidive de syphilide papuleuse très discrète. — Pas d'accidents buccaux (non fumeur).
Traitement de sept à huit mois par pilules de protoiodure.
En 1880 (douzième année de la maladie), syphilide palmaire et plantaire. — Bientôt après, syphilide linguale sous forme de plaques lisses. Sur le plateau dorsal de la langue, trois îlots de dépapillation en aire, bien circonscrits, régulièrement ovalaires, d’une couleur rouge qui tranche sur le fond rose gris de la muqueuse. L’un deux, très allongé, a la dimension d’une datte ; les deux autres,
. plus petits, sont comparables à des amandes. Sur toute leur surface les papilles ont disparu comme si on les avait rasées. Cette surface est donc lisse, unie, plane, en même temps que sèche et comme vernie. Elle n’est le siège d’aucune érosion ; quelquefois cependant, dit le malade, elle « se gerce » et s’excorie par places, mais pour quelques jours seulement. — La base en est souple au toucher. — Le malade dit y sentir « des picotements » quand il mange et surtout quand il boit du vin pur.
Traitement: Protoiodure à la dose de 10 à 15 centigrammes par jour; — jauis sirop de Gibert. Collutoire, gargarismes, etc.
Guérison en sept semaines.
Mais, plus tard, récidive de la glossite sous forme de six petites oasis rouges et dépapillées, qui occupent le plateau dorsal de la langue du côté droit et dans la moitié antérieure de l’organe. Reprise immédiate du traitement. — Guérison en quelques semaines.
II. — Glossite dépapillante à la quatorzième année de la syphilis. — X...,
âgé de quarante ans. — Syphilis en 1869. — Deux chancres parcheminés de la verge, vus et traités par moi. — Au cours des trois années suivantes, plusieurs poussées secondaires (roséole, plaques buccales à répétitions multiples, croûtes du cuir chevelu, papules palmaires, adénopathies, etc.). — Traitement mercuriel, mais très irrégulièrement suivi.
En 1883 (quatorzième année de la maladie), syphilide papulo-squameuse circinée sur le métatarse et la face dorsale des orteils. Puis, peu après, invasion d’une syphilide linguale dépapillante. Deux îlots de dépapillation complète ; l’un médian et postérieur, de l’étendue d’une amande, ovalaire ; — l’autre situé sur le tiers antérieur de l’organe. Celui-ci figure très régulièrement les quatre cinquièmes d’un anneau, dont le dernier cinquième ferait défaut. Il offre le diamètre d'une pièce d’un franc. Il est constitué par une bande de 4 millimètres de largeur, où les papilles linguales ont complètement disparu. Par son aspect lisse et par sa tonalité rouge, il contraste fortement avec les parties ambiantes. — Il est sec, non érosif. — Bref, c’est un type de l’affection connue sous le nom de glossite tonsurante, de plaque lisse ou fauchée de la langue, etc.
Traitement : Trois pilules de Dupuy tren par jour ; collutoire boraté, gargarismes, etc. — Guérison de la syphilide du pied et de la glossite en l’espace de trois semaines.
III. — Glossite dépapillante annulaire à la seizième année de la syphilis.—
X..., âgé de quarante-sept ans. — Syphilis en 1873. — Chancre induré. — Roséole. — Traitement par pilules de protoiodure, continué pendant sept mois sous la direction de M. Ricord.
Nul autre accident jusqu’en 1888, époque où la langue devient malade. — En février 1889- (seizième année de la maladie), je constate une irrécusable syphilide cerclée de la langue, de forme absolument secondaire, à savoir:
Mais un second enseignement, celui-ci majeur entre tous, ressort encore de cette même statistique qui nous montre ceci : des accidents
Sur la moitié droite de la langue, anneau ovalaire à grand axe antéro-postérieur, mesurant 3 centimètres 1/2 en ce sens, sur 2 centimètres en largeur. Cet anneau est complet et très régulier de forme. Il est constitué par une zone de 3 à 4 millimètres de largeur, sur laquelle toutes les papilles sont détruites et comme rasées à leur base. A ce niveau la muqueuse, pour ainsi dire alopécique , est lisse, unie, rouge, mais sèche et sans érosion. — Le centre de l’anneau est sain et pourvu du gazon papillaire normal.
Plusieurs de mes collègues, à qui j’ai montré le malade, n’ont pas hésité un instant sur la qualité syphilitique de la lésion. Tous ont dit: « Syphilis absolument certaine. »
IV. — Plusieurs poussées de glossite dépapillante de la onzième à la dixhuitième année. — Glossite érosive concomitante. — X..., âgé de quarante-trois ans — Syphilis en 1866. — Trois chancres indurés de la rainure glando-préputiale .
— Pléiades inguinales. — Syphilide papulo-squameuse. — Plaques muqueuses buccales. Quinze mois plus-tard, nouvelle poussée secondaire (syphilides papulosquameuses, plaques buccales adénopathies!.
Traitement mercuriel de douze à quinze mois. — Plus tard, iodure de potassium.
En 1877 (onzième année de l’infection), je constate sur M. X... une forte poussée <le syphilides linguales de forme absolument secondaire. Sur le plateau lingual, huit disques tonsurés et d’un rouge intense, tous régulièrement orbiculaires, deux comparables comme surface à la section d'un grain de cassis, trois à des lentilles, et trois autres plus petits. — Ces lésions sont sèches, sans érosion, tout à fait lisses. — Pas de rénitence appréciable au toucher.
Sirop de Gibert, trois cuillerées par jour; collutoire boraté, gargarismes. — Guérison rapide.
En octobre de la même année, récidive sur la langue d’accidents de même forme, mais beaucoup moins confluents. — Nouveau traitement. — Guérison.
Trois mois plus tard, syphilide linguale, celle-ci érosive. — Cautérisations. Reprise du traitement interne. — Guérison.
Six mois plus tard, nouvelles syphilides linguales érosives , très petites. — Traitement à Uriage par fortes frictions mercurielles.
Au delà, six ans sans accidents.
Puis, en 1884 (dix-huitième année de la maladie), nouvelle poussée linguale sous forme d’une glossite dépapillante. — Six oasis absolument tonsurées, quatre de l’étendue de fortes lentilles, deux comparables à des amandes. — Aucune érosion -de surface. — Nouveau traitement intensif par frictions mercurielles à Uriage. — Depuis lors, nul accident.
V. — Type de glossite dépapillante à la vingtième année de la syphilis. — X..., âgé de trente-neuf ans. — Syphilis en 1874. — Trois chancres indurés de la verge.
— Roséole. Plaques buccales, à diverses reprises (fumeur).
Traitement d’environ dix-huit mois par mercure et iodure.
Nul accident jusqu’en 1883. — Alors, lésion de la langue.
En février 1884 (vingtième année de la maladie), type de glossite dépapillante, occupant le plateau dorsal de l’organe dans ses deux tiers antérieurs. — Quatre îlots où les papilles sont absolument rasées et font place à une surface lisse, unie, rosée, sèche, sans la moindre érosion. — Ces îlots sont irrégulièrement circinés de contour. — Deux ont la dimension d’un gros haricot ; deux autres sont plus petits. — Ils tranchent sur les parties saines ambiantes à la fois par leur couleur et leur aspect tonsuré. — Nulle douleur. — Pas de ganglions.
Traitement: 2, puis 3 pilules de Dupuytren. — Collutoire boraté. Gargarismes.
Guérison vers le 3 mai, après absorption de 80 pilules.
Pas de récidive jusqu’à ce jour (1900).
VI. — Glossite dépapillante à la vingt-septième année de la syphilis. — X..., âgé de quarante-huit ans. — Syphilis en 1855. — Chancre induré de la verge. Roséole ;
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de forme secondaire — et de qualité certainement ou, tout au moins, possiblement contagieuse — faisant invasion à échéance plus ou moins distante du début morbide et en pleine période tertiaire.
Des glossites érosives, c’est-à-dire au total des plaques muqueuses, entrant en scène avec une certaine fréquence de la quatrième à la dixième année de la maladie ; ou bien des glossites sèches, et modalité secondaire figurant comme symptômes possibles jusqu’aux étapes les plus lointaines de la maladie ; n’est-ce pas là d’abord un fait étrange, heurtant de front les opinions en faveur sur l’évolution de la syphilis? Et n’est-ce pas là surtout un fait considérable de par les conséquences à en déduire au point de vue de la prophylaxie générale, au point de vue notamment de la si délicate et si difficile question du mariage des sujets syphilitiques? Car, bien des fois, je l’affirme, des plaques muqueuses tardives (de la langue, spécialement) ont servi d’origine à des contagions dans le mariage.
Or, ce fait, je ne crains pas de le dire, est encore ignoré ou tout au moins peu connu. 11 est connu sans doute dans le petit monde des spécialistes, mais il est ignoré dans le grand public médical. On n’imagine pas, on ne croit pas que des contagions puissent se réaliser au delà des trois premières années de la maladie, parce que cette fameuse troisième année est généralement considérée comme la colonne d’Hercule du secondarisme. « Des plaques muqueuses à la
plaques muqueuses. — Traitement très court (d’un à deux mois) par liqueur de Van Swieten.
Se marie un an plus tard. — Femme accouchant neuf mois après d’un enfant mort, et contaminée elle-même de syphilis.
Pendant vingt-six ans, pas d’accidents. Puis, la langue devient malade. — Le malade n’a jamais fumé. — Dents en bon état.
En 1882 (vingt-septième année de l’infection), glossite dépapillante intense. Tout le tiers droit de la langue présente une surface absolument tonsurée et rouge. Sur la moitié gauche de l’organe, quatre îlots où les papilles ont été également fauchées, un du diamètre et de la forme d’un haricot, trois autres agminés et formant un placard comparable aux proportions d’un pruneau. — Aucune érosion à la surface de ces aires tonsurées qui sont unies, lisses, sans rénitence de base. — Sensibilité de la langue pendant la mastication; sensation de brûlure vive au contact des boissons alcooliques. — Pas d’adénopathie.
Traitement par pilules de Dupuytren (3 par jour). — Guérison en six semaines.
VII. — Glossite dépapillante à la vingt-huitième année de la syphilis. — X...,
âgé de quarante-huit ans. — Syphilis en 1855. — Chancre uréthral induré, puis syphilides cutanées et plaques buccales. — Traitement à l’hôpital du Midi, dans le service de M. Ricord, où j’ai vu le malade. — Quatre à cinq mois de traitement mercuriel, puis iodure pendant quelques mois.
En 1875, syphilide palmaire et plantaire, typique, d e forme secondaire. Le malade dit que depuis 1870 il a eu plusieurs fois des poussées de ce genre aux mains et aux pieds. « Cela va et vient, disparaît sous l’influence des pilules, puis reparaît, et ainsi de suite. » — Traitement mercuriel. — Guérison en deux mois.
En avril et juin 1878, érosions sur le bord de la langue. Ces lésions paraissent bien être de nature spécifique. — Cautérisations et sirop de Gibert. — Guérison.
En 1884 (vingt-huitième année de la maladie), le malade revient me trouver pour de nouveaux accidents à la langue, constitués par une glossite dépapillante aussi typique que possible. — Traitement spécifique. — Guérison.
quatrième, à la sixième, à la huitième année de la syphilis, des plaques muqueuses en période tertiaire, allons donc ! Cela n’existe pas. Donc, pas de danger de contagion en période tertiaire. » Que de fois, pour ma seule part, n’ai-je pas entendu de tels propos ! Eh bien, de par l’observation et de par la statistique précédente notamment, nous savons la valeur d’une telle opinion, et notre devoir est de régler la prophylaxie sur une appréciation tout autre dérivant d’une connaissance plus complète et plus exacte de la maladie.