‹ Traité de la syphilisChapitre 55 sur 256 · I. — SYPHILIDE TUBERCULEUSE ÉPARSE · texte numérisé non relu

I. — SYPHILIDE TUBERCULEUSE ÉPARSE

Forme assez rare, la plus rare de toutes assurément.

Constituée par une série plus ou moins nombreuse de petits infiltra ts nodulaires (dits tubercules ) qui sont disséminés sur diverses régions et véritablement éparpillés.

i. — Examinés individuellement, ces infiltrats nodulaires auxquels on a conservé la vieille dénomination de tubercules (1), consistent en ceci :

De petites tumeurs enchâssées dans la peau ;

Tumeurs solides , fermes, consistantes ;

Orbiculaires et même régulièrement, méthodiquement orbiculaires de contour ;

(1) Mauvaise, très mauvaise dénomination, parce qu’elle évoque par synonymie une autre maladie très étrangère au sujet actuel, la tuberculose.

J’avais songé à substituer à ces mots de syphilide tuberculeuse, syphilide tuberculo ulcéreuse, ceux de syphilide tubéreuse , syphilide tubèro-ulcéreuse , qui auraient eu le mérite d’écarter toute confusion de langage. Mais j’y ai renoncé dans la conviction que cette réforme ne prévaudrait pas contre de vieux vocables consacrés par l’usage.

Incidemment j’ajouterai que ces mots de tubercule , de syphilide tuberculeuse ont parfois jeté l’effroi dans l’esprit des malades. J’en ai vu pour le moins une dizaine qui se croyaient « perdus », c’est-à-dire « tuberculeux, poitrinaires » parce qu’on avait diagnostiqué sur eux une « syphilide tuberculeuse '). — Se souvenir de cela dans la pratique.

SYPHILIDE TUBERCULEUSE ÉPARSE. 109

Légèrement convexes de surface et faisant une légère saillie audessus des téguments sains;

Comme volume, comparables le plus souvent à' une moitié de pois ou à une grosse lentille ; — rarement plus petites, et offrant alors les proportions d’une tête d’épingle ou d’un grain de millet; — assez souvent plus grosses (moitié de groseille ou de grain de cassis) ;

Bouges de surface, et d’un rouge très accentué, tranchant fortement sur la coloration de la peau. Comme qualité de nuance, ce rouge est généralement sombre, foncé. Souvent il rappelle très exactement le ton de la coupe du jambon fumé.

La surface de ces nodosités tuberculeuses est lisse, luisante, comme vernie. — Quelquefois cependant, dans une étape avancée, elle devient légèrement squameuse par effritement et exfoliation de l’épiderme.

Se présentant avec un tel ensemble objectif, le tubercule tertiaire rappelle presque trait pour trait la papule secondaire que nous avons étudiée précédemment. Et, en effet, il n’est guère, à vrai dire, qu’une papule exagérée, amplifiée. Si bien qu’entre une grosse papule et un petit tubercule il n’est pas de différences radicales, formelles, à établir. Toutefois, en général, le tubercule se distingue de la papule par les quatre caractères suivants :

1° Il est plus volumineux que la papule ;

2° Il est plus consistant, plus ferme sous le doigt, que la papule;

3° Il est plus globuleux de forme, plus pisiforme que la papule, laquelle est plutôt étalée et lenticulaire;

4° Enfin, il est plus pénétrant dans le derme que la papule, plus profond, et donne mieux qu’elle la sensation d’une tumeur, d’une nodosité enchâssée dans les téguments.

Voilà pour les éléments constitutifs de l’éruption.

ii. — Quant à l’éruption, elle se compose d’un nombre très variable de ces éléments. Elle peut être confluente, mais elle n’est jamais que partiellement confluente ; c’est-à-dire qu’elle peut cribler une ou quelques régions (telles que front, nuque, cuir chevelu, faces palmaires ou plantaires, membres inférieurs, etc.), mais en restant discrète partout ailleurs. Tel est même le cas le plus usuel. — Inversement, elle est parfois discrète sur plusieurs régions à la fois, ce qui est beaucoup moins commun. — Enfin, elle peut se réduire à un très petit nombre d’éléments éruptifs, une douzaine, voire une demidouzaine. C’est ainsi qu’assez souvent on voit des malades ne présenter, surtout comme reliquats d’anciennes syphilis déjà plus ou moins traitées, que quelques tubercules isolés (notamment à la face palmaire de la main ou plantaire du pied), et j’aurais même à citer quelques cas où, sur des sujets affectés de vieilles syphilis (cela, en effet, ne s’observe guère que dans les vieilles syphilis), l’éruption n’était constituée que par un tubercule unique , absolument unique.

SYPHIL1DES TERTIAIRES.

Évolution, durée, terminaison. — Ainsi constituée, cette syphilide reste en l’état, sans modifications d’aspect, pour un temps toujours long, qui se compte par mois au minimum, quelquefois même par années, alors que le traitement n’intervient pas.

Puis, elle finit, même sponte sua, par entrer en période de régression. Ses tubercules alors diminuent de volume, se flétrissent, s’affaissent, se résorbent visiblement et disparaissent. A leur place reste une macule brunâtre, fortement pigmentée, qui, suivant les cas, persiste plus ou moins longtemps.

Finalement, à cette macule se substitue une tache blanchâtre, légèrement déprimée, et d’aspect atrophique, comme cicatriciel. On dirait le vestige d’une plaie, et cependant il n’y a pas eu plaie. Mais, si les tissus n’ont pas subi d’entamure extérieure, ils ont été le siège d’une perte de substance interstitielle, et c’est là ce que traduit cette sorte de cicatrice particulière, cicatrice à sec, si je puis ainsi parler.

Cette cicatrice est plus ou moins apparente suivant les cas. Souvent elle est peu appréciable à première vue, et il faut la chercher ou l’examiner à la loupe pour la percevoir.

Dernier détail, et celui-ci d’ordre négatif. D’un bout à l’autre de son évolution, celte syphilide est absolument indolente, aprurigineuse et aphlegmasique. Elle naît, se développe, régresse et disparaît à froid , sans donner jamais lieu au moindre incident de réaction.

Page 1