SYPHILIDE TUBERCULEUSE EN GROUPE
ses, éparpillés en tirailleurs ; le type actuel, c’est au contraire une troupe de soldats réunis en peloton.
L’intérêt descriptif porte donc ici sur la constitution de ce groupement éruptif. Voyons comment elle se présente.
Elle est susceptible déformés extrêmement diverses, qui cependant, alors qu’on les analyse avec soin, peuvent être ramenées aux cinq types suivants :
1° Groupe amorphe , constitué par un rassemblement de tubercules sans contour figuré, j’entends sans contour assimilable à une forme définie.
Dans ce type, les tubercules sont simplement rassemblés les uns à côté des autres, comme au hasard, et leur groupement ne rappelle comme contour aucune de ces modalités méthodiques, systématiques, qui sont, si je puis ainsi dire, dans l’esprit de la syphilis tertiaire. — Ils représentent assez bien, sous cette forme, ce que sont les grains de raisin dans une grappe ( racemus ) ; d’où, sans doute, le nom de « syphilis pustulans racemiformis » qu’Alibert avait assigné à cette forme éruptive.
Mais, bien plus fréquemment, le rassemblement tuberculeux se fait suivant un dispositif méthodique, et l’on observe alors tel ou tel des types que voici.
2° Groupement orbiculaire , où l’ensemble éruptif figure assez exactement un cercle criblé de nodosités tuberculeuses.
3° Groupement en collier de perles. — Forme plus rare, dans laquelle les tubercules se disposent régulièrement en file circulaire, enclavant une portion tégumentaire indemne.
Dans une variété peu commune, cette portion enclavée présente à son centre un ou quelques tubercules isolés.
4° Groupement arciforme, dit encore en croissant, en demi-lune, dans lequel une série de tubercules plus ou moins rapprochés se distribue suivant le trajet d’une ligne courbe continue représentant un tiers, une moitié, les deux tiers d’une circonférence. — Variété commune.
Parfois, mais assez rarement, deux ou trois de ces segments arciformes se réunissent bout à bout pour constituer une série d'arcades conjuguées.
5° Groupement en zones courbes centrifuges. — Celui-ci tout à fait caractéristique, presque pathognomonique même, voire absolument pathognomonique quand il est bien accusé, la syphilis étant seule à réaliser cette évolution éruptive.
Il consiste en une germination successive de tubercules sur une série de lignes courbes excentriques. Ce qui se produit est ceci: groupe primordial de tubercules rangés suivant le trajet d’un arc de cercle ; — après un certain temps, seconde génération de tubercules qui se rangent en dehors de la première sur le trajet d’une courbe excentrique et parallèle à celle-ci; — puis, après un certain temps,
SYPHILIDES TERTIAIRES.
troisième zone semblable, excentrique et parallèle aux deux premières; — puis, quatrième, cinquième, sixième zone, etc., toujours parallèles aux précédentes, toujours régulièrement incurvées autour d’un centre commun.
Conséquence : ces diverses zones éruptives accomplissant leur évolution dans un temps à peu près égal, il arrive ^forcément ceci : que, d’âge différent, elles se présentent sous des formes différentes en rapport avec leur âge. Ainsi, les premières et les plus anciennes peuvent déjà ne plus exister qu’à l’état de macules; alors que les plus excentriques, qui sont les plus jeunes, n’en sont encore qu’à des phases de développement moins avancées. — De là un aspect polymorphe tout à fait spécial de l’ensemble éruptif, aspect que*" réalise seule la syphilis et qui suffît à établir la spécificité de la lésion.
Variété : Syphilide tuberculeuse en groupe à base hypertrophique. — Dans toutes les formes qui précèdent, quelle que soit la modalité du processus éruptif, toujours les tubercules restent plus ou moins distants les uns des autres en conservant leur individualité propre. Ils sont donc séparés les uns des autres par des espaces intermédiaires de téguments sains, lesquels conservent leur couleur et leur consistance normale.
Or, il n’en est pas toujours ainsi. Quelquefois il arrive que les téguments intermédiaires aux tubercules subissent, à des degrés variables, une certaine infiltration. Ils s’épaississent alors, deviennent consistants et rougeâtres, sans subir toutefois le marnelonnement constitutif du tubercule. Ils s’infiltrent à plat , si je puis ainsi parler.
Exagérons les choses, et nous aboutirons à une forme éruptive rare, mais très authentique, daps laquelle tout le territoire tégumentaire qui sert d’assise au groupe éruptif devient le siège d’une infiltration en masse, d’une véritable hyperplasie générale plus ou moins accentuée. On voit alors toute une.région (telle que la lèvre supérieure, par exemple, ou bien le pavillon de l’oreille, ou bien encore une grande lèvre vulvaire) se tuméfier, se boursoufler, doubler ou même tripler d’épaisseur, et former sous l’éruption tuberculeuse une sorte de base ou de plancher néoplasique. Cette base est consistante, ferme, mais sans dureté véritable; ou, pour mieux dire, sa dureté est seulement corticale, superficielle, cutanée, sans pénétrer en profondeur. Sa boursouflure non plus n’est pas œdémateuse, car elle ne conserve pas sous la pression du doigt la cupule caractéristique de l’œdème.
Cette variété de syphilide tuberculeuse à base hypertrophique ou plutôt hyperplasique affecte toujours une marche lente, presque voisine de la chronicité. Elle ne cède qu’à des traitements énergiques et prolongés. — Exagérée, elle dégénère en ces états d’infiltration