IL. à
la véracité des malades , et l’on ne peut guère avoir d’autres preuves, le temps d’incubation est le plus communément de six, huit, dix ou douze jours, bien qu’il puisse être beaucoup plus court chez certains malades et beaucoup plus long chez certains autres. Un homme marié venant de la campagne, où il avait laissé sa femme, se rendit dans une maison publique où il eut commerce avec une femme qu’il quitta le lendemain matin. Il était à peine arrivé chez lui, lorsqu'il sentit de l’humidité à l'extrémité de la verge,, et ayant recherché quelle en pouvait être là cause, il reconnut une gonorrhée commençante, qui devint très-intense. Un autre malade ayant passé uné nuit avec une femme, éprouva les symptômes de là gonorrhée Je matin même, la même chôse lui est arrivée deux fois. Chez un troisième l'écoulement apparut trente-six heurés après l'application du poison. Chez ces malades on ne peut reporter l’infection à une autre époque que celle qui est indiquée, car aucun d’eux ne s’y était exposé depuis plusieurs semaines (*). | Ces témoignages qui viennent d'hommes dignes de foi et n’ayant aucun intérêt à tromper doivent étre admis avec confiance. D’un autre côté, je tiens de sources également bonnes, qu’il s’est écoulé dans un cas six se- ‘maines entre l'infection et l’apparition des symptômes gonorrhéiques. Avant l’écoulement, il se manifesta des phénomènes morbides bizarres et extraordinaires, comme une sensation inaccoutumée dans la partie affectée, accompagnée de la plupart des symptômes de la gonorrhée sauf l’écoulement. Un an après, le même malade fut atteint d’une nouvelle gonorrhée, et l'écoulement ne se forma qu’au bout d’un mois pendant une partie duquel il éprouva les mêmes sensations pénibles qui ont été indiquées tout à l'heure; mais cette fois, instruit par sa propre expérience, il prévit ce qui allait lui arriver. De ce fait je suis porté à conclure que le virus ne reste que rarement ou jamais dans une inaction Complète aussi longtemps : qu’on pourrait le croire, ét que la période inflammatoire peut exister pendant un temps assez long avant la période suppurative (**). Dans les.cas
(*) Le fait suivant est ajouté dans l’édition de Home : « Un malade était atteint d’un chancre qui fut guéri par l'usage du mercure à l’intérieur; au moment où le chancre était presque guéri, une gonorrhée se manifesta. Il s’était écoulé près de cinq semaines depuis l’apparition du chancre. »
(°*) L’incubation des affections virulentes et de la syphilis en particulier est généralement admise et regardée même comme une condition propre à ces afféctions. Mais l’expérimentation ne-permet pas d'admettre l'incubation des accidents primitifs de la vérole. 11 n’y a pas, ainsi qu’on l’a professé, un temps qui s’écoule entre l’application de la cause et ses premiers effets. Du moment que le virus est déposé dans les tissus et dans les conditions nécessaires à la contagion, l’action commence et arrive à la production | des phénomènes par une évolution plus ou moins rapide. En un mot, ainsi qu’on peut s’en assurer par l’inoculation artificielle du chancre; il n’ÿ a pas plus d’incubation après l'insertion du pus virulent sous l’épiderme, qu'à la suite d'une épine plantée dans les chairs; et le chancre se forme dans le premier cas par une action graduelle, comme l’'abcès se produit dans le second, après le temps voulu pour la suppuration. Il n’y a pas de bronchite, de pneumonie, de phlegmon; ete. qui arrive au terme de la suppuration
de cette espèce , la tendance à la guérison est peu énergique, car la disposition qui a pour effet l'écoulement est une disposition salutairé, et constitue un degré intermédiaire entre la maladie ou l’inflammation, et la guérison. En effet, lorsque la suppuration se forme, les vaisseaux ont subi une modification d’où résulte la production du pus; si cette modification n’avait point lieu, peut-on savoir quelles en seraientles conséquences ? Il ne n’a pas été possible de m’assurer si l’inflammation pourrait disparaître sans suppuration, comme J’inflammation commune, mais il est probable que la maladie durerait plus longtemps qu’à l'ordinaire, parce que les parties affectées n’auraient point complété leurs actions. D'ailleurs; - je pense que ces faits dépendent de quelque particularité de la constitution (*).
$ II. De la difficulté de distinguer la gonorrhée virulente de la
gonorrhée simple.
Indépendamment du poison vénérien, il est beaucoup detre causes qui peuvent produire l’inflammation et la suppuration à la surface du canal de l’urètre; quelquefois même il survient spontanément des écoulements auxquels on ne peut assigner aucune cause immédiate. Ces écoulements peuvent être désignés sous le nom de gonorrhées simples, pour exprimer qu’ils n’ont rien de syphilitique, bien que ce soient les sujets qui ont eu antérieurement des gonorrhées virulentes qui les présentent le plus communément.
On à indiqué comme marque distinctive entre la gonorrhée simple et la gonorrhée virulente, que la gonorrhée simple se manifeste immédiatement après le coït et présente tout de suite toute son intensité, tandis que la gonorrhée virulente se montre au bout de quelques jours et s'établit graduéllement. Mais la gonorrhée simple n’est pas toujours consécutive au commerce de l’homme avec la femme; elle ne s'établit pas d'emblée dans tous les cas, et elle n’est pas toujours sans douleur. D’un autre côté, on voit beaucoup de gonorrhées vénériennes qui débutent sans aucune apparence d’inflammation, et dans beaucoup de cas de cette espèce j’ai été fort embarrassé pour décider si la maladie était syphilitique ou non, carilest un certain nombre de symptômes qui sont communs à presque toutes les maladies de l’urètre, et desquels il est difficile de distinguer les phéno-
tout de suite après l’action des causes qui ont présidé au développement de cesmaladies.
La blennorrhagie pouvant reconnaître des causes autres que le coït, il faut se méfier de la valeur des observations dans lesquelles la maladie s’est montrée fort tard après les rapports suspects, et qu’on a citées de préférence comme preuve d’incubation.
P. Ricor5.
(*) On voit des malades, comme l’a observé Hunter lui-même, et cela est plus commun chez les femmes , qui s'étant exposés aux causes d’une blennorrhagie, en éprou- ‘vent bientôt les prodrômes : les parties sont quelquefois rouges, chaudes, tuméfiées; les sécrétions naturelles peuvent être momentanément taries , comme dans les cas auxquels Fabre donnait le nom de blennorrhagie sèche, ou bien être accrues; et cependant la maladie cesse complétement, souvent d’une manière rapide, sans retour et sans qu'il se soit formé de pus, P, Rico»,
me 15.
mènes peu nombreux qui dépendent uniquement de l’affection spécifique. J'ai vu le canal de l’urètre sympathiser avec la sortie d’une dent (*), et présenter sous cette influence tous les symptômes de la gonorrhée; ce fait s’est reproduit plusieurs fois chez le même malade. On sait que l’urètre peut devenir le siége de la goutte (**); je Pai vu atteint de rhumatisme. L’urètre des sujets qui ont eu des maladies vénériennes a plus de tendance à présenter des symptômes semblables à ceux de la gonorrhée que le même canal chez les personnes qui n’ont jamais été atteintes de ces maladies ; et c’est, en général, par suite de la lésion que ces maladies ont fait éprouver au canal que la gonorrhée simple tend à se produire; peut-être est-ce aussi pour cette raison que la gonorrhée virulente et la gonorrhée simple ont tant de points de ressemblance. Le canal de l’urètre devient le siége d’un écoulement, et même d’une douleur plus ou moins vive; des sensations inaccoutumées s’y font ressentir de temps en temps. Ces symptômes peuvent être un retour de l'affection vénérienne sans nouvelle application du virus, ou se produire en quelque sorte spontanément, ou enfin être la conséquence de quelque autre maladie. Quand l'écoulement se manifeste comme conséquence d'une gonorrhée vénérienne antérieure, il est rarement continu; il disparaît pendant ua temps pour se reproduire ensuite, et on peut le désigner sous le nom de blennorrhée temporaire, mais alors il est rare que les parties se tuméfient; le gland ne présente point la coloration rouge-cerise, ni aucune espèce de suintement. On reconnaît que cette affection n’est constituée que par un écoulement sans propriétés virulentes , quand elle se manifeste chez des sujets qui n’ont eu depuis longtemps aucune relation sexuelle, ou qui n’ont jamais eu aucune maladie vénérienne et ne s’y sont jamais exposés. Sa guérison, ordinairement prompte aussi bien chez les sujets qui ont eu commerce avec des femmes que chez ceux qui n’en ont point eu, rend très-difficile, dans béaucoup de cas, de déterminer si elle est syphilitique ou non. Aussi, arrive-t-il souvent qu’on la considère à tort comme vénérienne, tandis que dans d’autres cas on prend pour un retour d’une ancienne blennorrhée un écoulement qui est réellement vénérien. Du reste, cette difficulté de diagnostic est peutêtre moins importante qu’on ne serait tenté de le croire d’abord.
Cette offection, quand elle est la conséquence d’anciennes maladies syphilitiques , peut être considérée simplement comme une infirmité attachée aux personnes qui ont eu des gonorrhées virulentes. On ne connaît aucun moyen de traitement qui puisse lui être opposé avec certitude; elle ressemble aux fleurs blanches chez les femmes (***).
(*) Voyez Traité des dents, part. 11, p. 143.
(**) Essays and obs. phys. and litérary (Edinburgh), t. INT, p. 425
(***) Un coît suspect pour antécédent, un temps prétendu d’incubation, le plus ou moins d'intensité dans les symptômes, leur plus grande durée avec ou sans rémission, la couleur plus ou moins foncée, verdâtre, de l'écoulement, son odeur particulière , la teinte des parties affectées et le siége particulier de la maladie, ne sauraient en indiquer la nature intime ou faire reconnaître la cause rigoureuse à laquelle on doit la rapporter. J'en appelle aux aveux de Hunter, qui élude la question comme l’a
$ III. Dans la gonorrhée, la suppuration n’atteint pas le but final auquel elle répond habituellement.
\ Dès qu’une surface sécrétante a contracté l’action inflammatoire, sa sécrétion est augmentée et manifestement altérée ; de même, lorsqu'une. cause irritante a fait naître l’inflammation et l’ulcération dans un des tissus de l’organisme , du pus est sécrété. Dans les deux cas, l'écoulement du pus paraît avoir pour objet d’emporter la cause d’irritation. Les irritations ont donc pour but final d’amener leur propre destruction; c’est ainsi
qu’un corps étranger qui pénètre entre l’œil et les paupières détermine un accroissement de la sécrétion des larmes, et devient la cause médiate de sa propre expulsion. Mais dans les inflammations qui sont produites par des poisons morbides ou spécifiques , cet effet ne peut pas être obtenu. En effet, la matière irritante primitive peut bien être entraînée, mais le pus. nouvellement formé possède les mêmes qualités ; il devrait donc se former une série non interrompue d’irritations, et, par conséquent, de sécrétions, lors même que la maladie n’aurait pas d’autre cause de continuation que son propre produit purulent. Or, dans la gonorrhée , l’inflammation vénérienne n’est pas entrètenue par la présence du pus qui est sécrété sous son influence, mais, de même que plusieurs autres maladies spécifiques , par la qualité spécifique de l’inflammation elle-même. Cependant, il paraît que cette inflammation ne peut durer qu’un certain temps, et que les symptômes qui lui sont propres s’éteignent d'eux-mêmes, parce que les tissus affectés perdent de plus en plus de leur susceptibilité pour ce mode d’irritation. Cette particularité n’appartient pas exclusivement à la forme de la maladie vénérienne qui nous occupe ; on la retrouve dans presque toutes les maladies qui peuvent affecter le corps humain. Il résulte de là que le pus vénérien consécutif n’a point la faculté de continuer l'irritation primitive; et en effet, s’il n’en était pas ainsi, la maladie durerait perpétuellement.
Dans la gonorrhée comme dans un grand nombre de maladies, le principe vital ne peut accomplir indéfiniment la même action morbide, et l’irritation cessant graduellement, l’effet définitif cesse enfin de se produire: L'époque de cette cessation varie suivant les circonstances : si les parties irritées ont une grande susceptibilité pour lirritation à laquelle elles sont soumises, l’action consécutive sera très-intense selon toute probabilité, et durera très-longtemps. Mais dans tous les cas, la différence, sous ce rapport, dépend de l’état de la constitution, et non d’aucune différence dans les qualités du poison lui-même.
La cessation spontanée de la maladie n’est possible que quand celle-ci attaque une surface sécrétante, et quand il se produit une sécrétion de pus ; quand la maladie affecte une surface non sécrétante et y produit
fait Hecket , et surtout à la discussion récente qui a eu lieu au sein de l’Académie royale de médecine, et de laquelle il est ressorti, pour tous les bons esprits, qu'il n’y a de blennorrhagie virulente que celle qui est compliquée ou qui dépend d’un chancre caché et rigoureusement reconnaissable par la voie de l’inoculation. P. Riconn.
l'effet qui lui est propre en pareil Cas, c’est-à-dire, une ulcération , les” parties affectées ont la faculté de continuer indéfiniment la maladie ou le mode d’action syphilitique, ainsi que j'aurai occasion de le dire plus tard en parlant du chancre. Mais cette différence dans la terminaison de la syphilis ne paraît pas tant dépendre des caractères différents des surfaces malades que d’une différence dans les deux modes d’action. En effet, lorsque la maladie donne naissance à une ulcération sur une surface sécrétante, comme il arrive souvent dans la syphilis constitutionnelle, par exemple sur les amygdales, cette ulcération ne manifeste aucune disposition à se guérir spontanément. De même, les ulcérations qui se forment dans l'urètre ne se guérissent pas plus facilement que celles qui se forment partout ailleurs. L
La pratique de chaque jour met ces faits hors de doute. On voit tous les jours les hommes les plus ignorants guérir des gonorrhées ; tandis que pour les chancres et pour la syphilis constitutionnelle , il faut plus de talent. La raison en est manifeste : la gonorrhée se guérit d’ellemême, et les autres formes de la maladie ne peuvent se guérir que par les secours de l’art (*). | | ALLER
On observe quelquefois que les parties qui ont été irritées les premières se guérissent, en même temps qu’une autre partie de la même surface devient le siége de l’irritation, ce qui continue la maladie; c’est ce qui arrive quand l’irritation passe du gland au canal de l’urètre.
Il résulte de ce fait , savoir, que toutes les gonorrhées peuvent se guérir sans le secours de la médecine, qu’il est très-douteux qu’un sujet déjà atteint d’une gonorrhée puisse en contracter une nouvelle avant la guérison de la première, ou que celle qui existe déjà puisse être exaspérée par l'application d’un nouveau pus de même nature (**). Cette remarque s'applique d’ailleurs à toutes les formes de la maladie : il est prouvé que l'application du pus d’une gonorrhée sur un bubon ne retarde en rien la guérison de ce dernier; de même, le pus d’un chancre appliqué sur un
(”) Quand on lit avec attention ce que dit Hunter sur les différences qui existent entre la gonorrhée et la forme ulcéreuse des maladies vénériennes, sous le rapport des symptômes, de la marche, des terminaisons , et, d’après sa doctrine même, sous celui du traitement des deux maladies, on est étonné de le voir persister dans l'idée qu'elles ne reconnaissent qu’une seule et même cause spécifique, et que, ne différant que par le siége et la forme, elles peuvent produire les mêmes effets généraux, surtout, lorsque pour se rendre compte de ceux-ci, dans de prétendus cas de gonorrhée, on admet, comme il Le fait lui-même, l'existence possible d'ulcères urétraux.
P. Ricorp.
(**) Cette assertion est trop contraire à l'observation journalière, pour qu’on la laisse passer sans réfutation. On peut établir la proposition contraire : plus les maladies ont été fréquentes et plus elles sont de nouveau contractées aisément. Comme aussi les affections successives se développent d'autant plus vite et avec d'autant plus de facilité, que la maladie précédente n’est pas encore éteinte. On sait que la cause la plus commune des rechutes, dans la blennorrhagie surtout, est la répétition trop prompte des rapports sexuels avant la guérison parfaite et même avant le temps de convalescence voulu, P. Ricorn,
DE LA GONORRHÉE. | 199 bubon et celui d’un bubon appliqué sur un chancre ne produisent aucun effet fâcheux , tandis que si du pus vénérien est mis en contact avec une plaie ordinäire, il y fait naître le plus souvent l’irritation vénérienne (*). Tous ces faits confirment mon opinion , que le pus vénérien qui se forme dans la gonorrhée ne concourt en rien à entretenir la maladie (car la présence de ce pus ne peut être considérée que comme l'application d’une matière dont le poison n’est pas. différent de celui qui a agi antérieurement et dont les effets sont exactement semblables à ceux qui sont déjà produits dans les solides), et que la maladie ne peut être exaspérée ou perpétuée que par un agent qui ait la propriété d'accroître la disposition ou la susceptibilité des parties déjà affectées pour cette espèce d’inflammation. On observe , en outre, qu’une gonorrhée peut être guérie pendant qu’un chancre existe, et vice versé : or, si une nouvelle application de pus vénérien pouvait perpétuer la gonorrhée, aucune gonorrhée ne pourrait jamais se guérir tant que persisterait cette source de pus vénérien. De tout ce qui précède il est permis de conclure que la surface du canal de lurètre n’est point susceptible d’être irritée par le pus qu’elle a sécrété elle-même, et qu’elle ne peut être irritée que pendant un certain temps, de sorte que si l’on continuait à appliquer du pus vénérien nouveau sur la surface de l’urètre d’un homme atteint de gonorrhée, sd gonorrhée se dissiperait tout aussi promptement que si une pareille application n’était point faite et qu’au contraire on prit beaucoup de peine à déterger la surface malade du pus formé par elle. Le même raisonnement s'applique également aux chancres (+).
(*) Prises à la lettre, ces propositions pourraient conduire à de fâcheuses erreurs. Il est bien certain que le pus de la gonorrhée, qui n’est point une affection virulente, ne peut rien faire, pas plus sur une surface de chancre que sur celle de toute autre plaie. De même, le pus d’un chancre appliqué sur un bubon virulent ulcéré et à la période de progrès, n’ajoute rien à la maladie; mais le pus de ce bubon, dans les mêmes circonstances, mis sur une surface de chancre en voie de cicatrisation , ferait repasser celui-ci à la période ulcérative virulente. P. Ricorn.
(**) J'ai dit dans mes leçons, en faisant l’histoire du pus, que je ne croyais pas qu'aucune matière sécrétée, de quelque espèce qu’elle fût, pût exercer une action quelconque sur la partie qui l’a produite. De même , je ne crois point que le pus d’une plaie, quelles que soient d’ailleurs ses propriétés, puisse jamais affecter cette plaie d’une manière nuisible. En effet, les parties qui ont formé du pus sont empreintes des mêmes qualités que ce liquide et ne sauraient, par conséquent, être irritées par lui, à moins qu’une matière étrangère n’y soit mêlée. La glande qui sécrète Le poison de la vipère et le conduit qui porte ce poison dans la dent ne sont point irrités' par lui, et il paraît résulter des expériences de Fontana que la vipère ne peut point être affectée par son propre venin. Voyez Traité sur le venin de la vipère, par M. F. Fontana, t. I, p. 22. Si la doctrine que je viens de soütenir est exacte, c’est toujours une pratique dénuée de fondement que celle qui consiste à essuyer le pus et à l'enlever par des. lotions dans le but de tenir propres les parties qui suppurent. J. HUNTER.
Le pus sécrété par la partie malade elle-même n’a peut-être pas d'influence fàcheuse sur celle-ci, tant qu'il n’a pas subi d’altération putride postérieure à sa sécrétion. Mais, comme nous l'avons déjà dit, que sur une surface affectée de blennor-
Mais je porte ces idées encore plus loin, et j'affirme que les parties qui sont le siége de lirritation -vénérienne deviennent par cela seul moins susceptibles de cette irritation, et que non-seulement une gonorrhée ne peut être perpétuée par l’application de son propre pus ou d’un pus nouveau, mais encore qu’un homme ne peut contracter une nouvelle gonorrhée ou un nouveau charcre en mettant une nouvelle matière vénérienne en contact avec les parties, dans le moment où la guérison est sur le point d’être complète, et en continuant cette application soit d’une manière non interrompue, Soit au moins à des intervalles tels, que les effets de l’habitude (*) n’aient pas le temps de s’éteindre. On peut concevoir, en effet, qu'avec le temps les tissus s’habituent tellement à cette application qu’ils finissent par y devenir insensibles. Par une application constante, on empêche que les parties n’oublient ce mode d’irritation, ou plutôt qu’elles ne s'en désaccoutument. Le contact renouvelé d’un pus vénérien nouveau ne peut donc plus affecter les parties de manière à y reproduire la maladie, tant que ces dernières ne sont pas encore revenues à leur état primitif et naturel; mais, une fois qu'elles ont recouvré cet état, elles sont susceptibles d’être affectées de nouveau.
Cette opinion n’est point seulement déduite de la théorie; elle est fondée sur l'expérience et sur l'observation. Un homme peut, immédiatement après avoir eu une gonorrhée , avoir de fréquentes relations avec des femmes publiques, et cela pendant plusieurs années consécutives, sans être infecté; tandis qu’un homme qui n’aura point encore eu la maladie, la contractera immédiatement avec les mêmes femmes. Le premier, s’il perd pendant quelque temps l'habitude de cette irritation, deviendra tout aussi suscep-
rhagie et en voie de guérison, on applique un nouveau pus irritant, on fera repasser la maladie à l’état aigu, comme aussi, sur un chancre qui allait se cicatriser, une application nouvelle d’un pus pris sur un autre chancre à la période de progrès spécifique reproduira l'ulcére virulent.
En opposition à ce que dit Hunter de l’innocuité du séjour du pus virulent sur les ulcères qui le sécrètent, et de l'inutilité des lotions et des soins de propreté, je sigualerai les inconvénients généralement reconnus de la rétention du pus simple dans un grand nombre d'abcès, surtout lorsque l'air pénètre dans les foyers et les clapiers où il
. stagne, et les qualités irritantes qu’il contracte par sa décomposition et par les altérations que lui fait subir la putréfaction. J’insisterai spécialement sur les ravages plus grands que font les chancres incarcérés dans un prépuce trop étroit et dont la surface reste constamment couverte de matière virulente, et plus encore sur ce qui se passe dans la pustule d’inoculation, qui s'étend davantage quand on ne la rompt pas vite ou qu’on permet à l’uleère qui lui succède de se couvrir de croûtes qui retiennent le pus.
La comparaison que Hunter fait du venin de la vipère et du pus virulent n’est pas juste ; il y a toute la différence et toute la distance qui séparent les phénomènes physiologiques des phénomènes morbides : la vésicule biliaire n'est point irritée par la bile, pas plus que la vessie ne l'est par l'urine ; mais si ces deux liquides viennent à
. pénétrer dans le tissu cellulaire, ils y déterminent de graves accidents. P. Ricorp.
(*) On a vu (t.I, p.318) que Hunter établit une distinction subtile entre l'habitude et la coutume; mais ici, et dans le reste de cet ouvrage, ces mots sont pris dans leur acception ordinaire, G. RICHELOT.
tible que l’autre de l’infection. Lorsque cette habitude n’est pas assez forte pour empêcher complétement que les parties ne soient affectées, elle s'y oppose cependant encore en partie. Ce qui vient fortement à l’appui de cette proposition, c’est que la plupart des sujets ont d’abord leur gonorrhée la plus intense, et que celles qui succèdent à cette première se montrent de plus en plus douces, jusqu’à ce que le danger d’être infecté soit presque entièrement anéanti (*).
Ces idées paraissent être confirmées par les faits suivants : Un homme marié, qui pendant plusieurs années n’avait eu de relations sexuelles qu'avec sa femme, coucha avec une ancienne maîtresse et contracta avec elle une violente gonorrhée; cette femme assura qu’elle ignorait complétement qu’elle fût malade. Ils se confièrent tous deux à mes soins. Pendant toute la durée du traitement, ils continuèrent à avoir commerce ensemble, d’après la permission que je leur avais accordée sans peine. L'homme se guérit très-bien, et il parut en être de même pour la femme. Les mêmes relations durèrent entre eux pendant plusieurs mois, sans aucun inconvénient pour lui, et sans qu’il se manifestât rien qui pût faire soupconner chez elle un reste de maladie. Enfin leur union fut rompue, et la femme forma une autre liaison. Son nouvel amant contracta immédiatement avec elle une gonorrhée. Aussitôt elle vint réclamer mes soins, affirmant qu’elle n'avait cohabité qu'avec les deux personnes citées ci-dessus, et que par conséquent sa maladie actuelle ne devait pas être autre chose que celle pour laquelle je l'avais déjà traitée. Son second amant ne fut pas traité par moi. Je prescrivis à cette femme des médicaments qu’elle ne prit qu'avec beaucoup de négligence. Son nouvel amant continua à la voir, comme avait fait le premier, pendant plusieurs mois après sa guérison, sans contracter au-
(*) Sans revenir sur ce que j'ai dit plus haut, j'ajouterai que ce que Hunter regarde comme une règle générale, n’est qu'une exception dont nous aurons à nous occuper plus tard. En effet, vous trouvez bien plus de malades qui se plaignent de ne pouvoir toucher à une femme sans voir reparaître leur maladie, que vous n’en voyez qui soient dans les circonstances opposées. La plupart, qu'une sotte confiance ou de la bonhomie empêche d’accuser les femmes qui les ont de nouveau rendus malades, rapportent à la première affection toutes celles qui arrivent après, et cette opinion est si répandue, qu'il est des hommes qui croient à cette répétition après des années même d'interruption; mais ce n’est le plus souvent qu’un préjugé.
IL est vrai que plus les blennorrhagies se répètent chez un même individu, et moins aussi elles entraînent de douleur; maïs ce n’est pas à dire pour cela qu’elles soient absolument moins fortes. Elles peuvent occuper une étendue du tissu aussi considérable, donner lieu à une sécrétion aussi purulente et aussi abondante ; être tout autant contagieuses, durer aussi longtemps, et le plus souvent davantage, que la premire qui était seulement accompagnée de plus de douleur. Ici, comme on le voit, l'habitude n’aurait aucune influence sur l’action de la cause, qui agit d’une manière tout aussi énergique une seconde qu’une première fois dans la plupart des cas; mais la répétition de l’inflammation dans un même point qui, par cela même, tend primitivement ou consécutivement à la forme chronique, émousse la sensibilité et diminue ou éteint la douleur, qui n’est pas un phénomène obligé de toute inflammation.
P. Ricorp.
202 DE LA GONORRHÉE. ; eune affection nouvelle. Malheureusement, son premier amant revint au bout d’un an, et croyant n’avoir rien à craindre, puisqu’elle vivait avee l'autre sans inconvénient pour lui, il se livra au coït avec elle, et cela une seule fois; il y gagna une gonorrhée.
Cette femme avait-elle eu la gonorrhée pendant tout ce temps? et pourquoi ces hommes n’ont-ils contracté la maladie avec elle qu'après que leurs relations avaient été interrompues pendant un certain temps? Doit-on considérer ce résultat comme l’effet de l'habitude, en vertu de laquelle les parties perdirent leur susceptibilité pour cette irritation? Une preuve frappante de l’exactitude de cette dernière manière de voir est fournie par le cas suivant d’une jeune femme de l'hôpital de la Magdeleine (maison de refuge pour les filles de joie), autant que de pareilles circonstances peuvent prouver un fait. Cette femme fut admise dans cette maison et y resta le temps ordinaire, qui est de deux ans. Au moment où elle en sortit, elle fut enlevée par un homme qui l’attendait dans une chaise de poste Peur l'emmener immédiatement : elle lui donna une gonorrhée.
L'opinion qui admet que l’habitude de Pirritation vénérienne rend les parties moins susceptibles d’en être affectées est corroborée par cette circonstance que, dans la gonorrhée, on voit souvent cesser les symptômes violents, tandis que la maladie continue et se prolonge même pendant un temps considérable, ne présentant aucun autre symptôme qu’un écoulement, qui cependant est de nature vénérienne. C’est ce que j'ai vu soùu- "vent. Voici un extrait d’un fait de cette espèce qui est fort singulier :
Un homme eut commerce avec une femme publique, et contracta une gonorrhée vénérienne, au commencement d'avril 1780. D’abord il eut de la peine à admettre que sa maladie fût vénérienne, car il avait gardé cette femme à la campagne où il ne l'avait presque jamais perdue de vue; mais la vive douleur qu’il éprouvait en urinant , l'abondance de l’écoulement, la cordée (*) et le gonflement d’un testicule ne lui laissèrent plus de doutes sur la nature de cette affection. Plus tard, la guérison marchait d’une manière assez favorable, et il avait triomphé de l’engorgement de son testicule, lorsque l’autre testicule commença à se tuméfier. Cependant tous les symptômes disparurent graduellement, excepté la cordée, l’induration de l'épididyme et un écoulement visqueux peu abondant. Le 12 juin, il alla à la campagne ; pendant son séjour en cet endroit, la cordée se dissipa et l’induration de l’épididyme disparut entièrement; mais il lui resta un écoulement visqueux presque insignifiant.
Le 1°* septembre, cet homme se maria avec une jeune demoiselle, et les difficultés qu’il éprouva à introduire la verge déterminèrent le retour de la cordée et une augmentation de l’écoulement. Le 10, la jeune femme se plaignit de chaleur et de douleur dans les parties g rte elle éprouvait de la difficulté pour uriner; le besoin d’uriner se renouvelait fréquemment ;
(”) Ce mot n’est employé en français que comme adjectif, dans cette expression chaudepisse cordée ; j'ai cru devoir en faire un substantif à l'exemple de Hunter. G. RicuELOT.
DE LA GONORRHÉE. 208 et, lorsque l’urine était expulsée, elle entraînait avec elle un peu de pus. La malade ressentait en outre une douleur gravative et sourde, et une sensation de pesanteur dans le bas-ventre et autour des hanches; lorsqu’elle s’asseyait, les parties sexuelles devenaient le siége d’une vive souffrance. Ces symptômes avaient été précédés par une démangeaison autour de l’orifice du vagin.
L'usage des pilules mercurielles et des frietions avec l’onguent mercuriel fit tomber la violence des symptômes dans l’espace d'environ huit jours. On permit alors au mari de cohabiter avec sa femme; mais, toutes les fois qu’ils s’unirent, cette dernière éprouva des douleurs excessives. On fit sur les parties des lotions avec une solution de sublimé corrosif et d’acétate de plomb, et des frictions avec l’onguent mercuriel; ces applications ayant été continuées pendant quelque temps, les douleurs se dissipèrent. Le
mari fut soumis à un traitement approprié, et tout alla bien ensuite.
Dans ce cas, on voit une gonorrhée vénérienne qui a été contractée au commencement du mois d'avril. Tous les symptômes avaient disparu le 1°? juin, et il ne restait plus que quelques phénomènes morbides consécutifs, comme la cordée, l’induration de l’épididyme, et l'écoulement d’une petite quantité de mucus visqueux qui ne s’observait que le matin. Peu de temps après, la cordée et l’induration de l’épididyme se dissipèrent entièrement, et il ne resta que le petit écoulement qui n’était appréciable que le matin. Cependant, trois mois après cette dernière époque, cet homme communiqua la maladie à sa femme.
Pour le cas suivant, je fus consulté par le chirurgien du malade.
Le 13 juillet 1783, un homme eut commerce avec une fenmme publique ; le 30, c’est-à-dire au bout de dix-sept jours, il lui survint une gonorrhée
violente. Il prit des pilules mercurielles et quelques purgatifs doux. Après douze jours de traitement, les symptômes perdirent de leur violence, et, vers le 4 septembre, l’écoulement cessa. Le 9, l'écoulement reparut, mais il ne dura que peu de jours; ensuite, il se Fa a pu ainsi, quelquefois tous les deux jours, souvent tous les six ou sept jours. Le 28 septembre, cet homme eut des rapports avec sa femme, tandis qu’il avait un léger écoulement. Le ‘9 octobre, il la vit encore; et, trois jours après, elle éprouva de la chaleur en urinant, puis elle fut prise d’un écoulement et des autres symptômes de la gonorrhée, qui furent intenses. Vers la fin d'octobre, la maladie de la femme était presque entièrement guérie; il ne restait plus que quelques symptômes qui parurent et disparurent alternativement jusqu’au mois de janvier 1784. A cette époque, c’est-à-dire trois mois après la seconde cohabitation, le mari se livra au coït avec sa femme pour voir si elle lui communiquerait la maladie, et, en effet, au bout de quatorze jours, il fut pris de tous les symptômes de la gonorrhée. Le 29 avril, il n’était pas parfaitement guéri ; il avait encore un écoulement accompagné de douleur au périnée; sa femme avait aussi un écoulement. Si la maladie contractée par le mari en janvier 1784'’était une gonorrhée vénérienne, sa femme avait dû étre infectée, et il devait avoir été radicalement guéri dans la période qui s’écoula du 9 octobre 1783 au mois de janvier 1784; car s’il
eût été, lui aussi, infecté encore, le contact du virus n’aurait produit aucun effet sur lui. R
Il était impossible de décider si ces deux PR avaient réellement alors l'infection vénérienne; tous les essais qu’ils auraient pu faire sur euxmêmes n'auraient à peu près rien prouvé, à moins que l’un des deux seulement n’eût eu la maladie de manière à pouvoir la communiquer à l’autre; mais, si tous deux en étaient atteints, aucune modification n’eût pu s’opérer chez l’un ou chez l’autre. Comme on ne pouvait reconnaître s'ils étaient atteints ou non d’une gonorrhée vénérienne, et que les symptômes qu'ils présentaient, joints à toutes les circonstances antécédentes, étaient très-suspects, je pensai, ainsi que le chirurgien ordinaire des malades, qu’il était prudent de les traiter comme s'ils étaient atteints actuellement d'une gonorrhée.
"S'il est vrai, comme on l’affirme dans le 7’oyage autour du monde, que la maladie vénérienne ait été importée à Otaïti, c’est une preuve qu’on peut en rester affecté longtemps après qu’on a cessé d’avoir la conscience de son existence; lorsqu'elle persiste aussi longtemps, c’est très-probablement sous forme de gonorrhée.
De même, si un bubon vénérien pouvait se conserver pendant un temps considérable entre la période de suppuration et celle de résolution, il deviendrait érdolent par l'effet de l'habitude, resterait dans cet état de suspension, et serait probablement à peu près incurable. Je crois avoir vu des cas de cette espèce (*)..
. (*) Ilest des conditions d'habitude ou d’une sorte d’acclimatement, qu'on me passe le mot, que tous les observateurs ont pu constater (*); mais il faut bien se garder d'envisager l'habitude dans le sens absolu que lui donne Hunter, et d'expliquer par elle toutes les observations qu'il rapporte en sa faveur.
Il est des hommes qui, chaque fois qu’ils ont des rapports avec des femmes pendant la durée de leurs menstrues , contractent des écoulements, tandis que d’autres n'en contractent point. La leucorrhée communique un écoulement aux uns et rien aux autres. La même femme affectée de catarrhe utérin détermine souvent, à des intervalles plus ou moins longs, des écoulements répétés à l’homme qui vit habituellement avec elle ; J'ai vu ainsi bien des liaisons se rompre, des ménages se désunir; les conjoints finissant par croire qu'ils ne pouvaient se convenir. Dans quelques cas plus heureux, devenant moins impressionnable, l’homme ne contractait plus rien, bien que la femme restât dans les mêmes conditions de maladie, mais alors, comme l’a dit Hunter, s’il ÿ avait interruption dans les rapports et qu’ils fussent repris plus tard, la maladie se reproduisait, comme aussi elle pouvait avoir lieu lorsque la femme, dans ces conditions, avait de nouveaux amants.
Dans toutes ces circonstances, si l'habitude d'un même irritant, toujours au même degré, peut rendre moins impressionuable, il faut tenir compte des autres circoustances qui peuvent cependant exister. Ainsi, dans le mariage ou dans la longue fréquentation d’une même femme, les rapports sont moins fréquents, moins passionnés,
les organes sont moins disposés à l'irritation. Les femmes, prévenues des conditions dans lesquelles elles peuvent se trouver et dont elles n’aiment pas à convenir, sont plus soigneuses et prennent souvent des précautions de toilette, qui n’ont pas tou-
(*) Voir mon Mémoire sur la blennorrhagie chez les femmes.
DE LA GONORRHÉE. Re SIV. De la gonorrhée vénérienne.
Dans ma description du siége, de la marche et des symptômes de la gonorrhée, j'exposerai d’abord les phénomènes morbides qui sont constants ou au moins les plus fréquents, puis ceux qu'on observe moins souvent, et ainsi de suite , autant que possible, dans un ordre décroissant ; car ces phénomènes morbides varient considérablement dans les différents cas.
$ V. Du siége de la gonorrhée dans les deux sexes.
Dans les deux sexes, ce sont les parties de la génération qui sont le siége ordinaire de la gonorrhée. Chez l’homme, elle se manifeste dans le canal de l’urètre , et quelquefois à la face interne du prépuce et à la surface du gland ; chez la femme, elle occupe le vagin, l’urètre, les grandes lèvres, le clitoris ou les nymphes (*). .
La gonorrhée s'établit dans l’une ou l’autre de ces parties suivant la manière dont elle a été contractée. Mais si l’on devait prendre en considération, chez l’homme, la surface qui arrive au simple contact, on serait naturellement porté à admettre que c’est le gland (**) ou l’orifice de l’urètre qui doit être la partie la première affectée ou même la seule affectée. Cependant le plus souvent il n’en est rien; car, s’il est des cas où la ma ladie occupe le gland et ne s’étend pas au delà, je crois qu’il est rare qu’elle se développe à l’orifice de l’urètre sans se propager plus ou moins le long de ce canal. Je ne saurais décider jusqu’à quel point la gonorrhée peut
jours lieu dans de ñouveaux rapports fréquemment imprévus, et dans lesquels plus d’orgasme et surtout des répétitions précipitées disposent les parties à l’inflammation. J'ai vu des femmes affectées de leucorrhée qui, après avoir communiqué une blennorrhagie à leur amant sous linfluence d’une excitation nouvelle, donnaient lieu à la même maladie chez leurs maris, qui les avaient vues impunément jusque-là ; toutefois, s’il est possible qu’on s’habitue, jusqu’à un certain point, aux causes qui peuvent donner lieu à des écoulements blennorrhoïdes, et auxquelles la femme échappe peut-être plus souvent que l'homme, on peut affirmer qu'il n’est aucun privilége, si ce n’est celui d’une parfaite intégrité des tissus, qui puisse soustraire à la contagion du éhancre.
Je n’entreprendrai point icile commentaire des observations rapportées par Hunter, et dont on doit comprendre le peu de valeur, d’après les considérations qui précedent. P. Ricorp.
(*) L'application générale que j'ai le premier faite du spéculum à l'étude des ma- . ladies vénériennes chez la femme a prouvé, comme l'avait déja annoncé Brugnone, que la matrice même peut aussi être le siége de la blennorrhagie et explique, comme l’a fait Daran, la fréquence de la leucorrhée à la suite des écoulements réputés vénériens.
I1 faut incontestablement ajouter ici, sous le rapport du siège, la muqueuse oculaire, celle de la partie inférieure du rectum et de l'anus, la muqueuse pituitaire, celle de la bouche selon quelques auteurs, le conduit auditif externe, l'ombilic et les régions où la peau peut subir une sorte de transformation muqueuse, comme le pli génitocrural, etc. P. Ricoro.
(**) Dans l'édition de Home les mots suivants se trouvent ajoutés ici: « La face interne du prépuce auprès du gland, »
affecter le prépuce seul; mais je crois que cela arrive quelquefois (*). J’ai vu, en effet, des cas où cette partie était le siége d’une inflammation qui tantôt s’accompagnait d’un écoulement urétral, tantôt se montrait complétement seule, et qui me paraissait de nature vénérienne. J’ai vu alors l’inflammation s'étendre dans le tissu cellulaire lâche du prépuce, et produire un phimosis. Je pense que cette inflammation a un caractère érysipélateux.
Quand la SO LS s'établit sur le gland ou sur les autres parties extérieurement situées, comme le prépuce (**), elle a ordinairement son siége à la racine du gland et à l’origine du prépuce, parce que c’est dans ces points que l’épiderme est le plus mince et que le poison affecte le plus facilement le derme:; mais quelquefois elle envahit toute la surface du gland et même toute la face interne du prépuce. Elle produit dans ces points de la cuisson et de la douleur au toucher, et la sécrétion d’un pus clair; le
.plus ordinairement elle ne s’accompagne d’aucuné excoriation ou ulcération; cependant je ne suis pas certain qué les parties ne soient pas quelquefois excoriées sous cetté‘influence (***), car j’ai vu un cas où l’épidérmé s'était détaché dans presque toute l’étendue du gland. Le malade m’assurà que cette affection était vénérienne, et d’après les circonstances qu’il me fit connaître, je n’ai aucune raison de croire que son opinion fût erronée. Il n'avait jamais contracté auparavant aucune maladie vénérienne. Peut: être la maladie commence-t-elle plus souvent sur les parties en question qu’on ne le croit communément. Ces parties sont protégées par un épi: derme, et ont par conséquent peu de susceptibilité pour cette irritation; il est possible que ce soit là la raison pour laquelle léffet qui y est pro: duit n’est point permanent et est souvént assèz peu intense pour échapper à l'observation. Lorsque le gland ou le prépuce, ou tous les deux à là fois, sont le siége dé l’inflammation vénérienne, celle-ci se limite souvent à ces parties, ne s'étend pas plus loin, et ne provoque dans le canal
(*) C'est cette variété de la blennorthagie externe à laquelle M. Desruelles a donñé le nom de posthite, P. RicorD.
(°*) On lit dans l'édition de Home: « Je crois que cela à lieu surtout chez les hommes dont le gland est habituellement recouvert par le prépuce, et qu’elle’a ordinai-
(**) Les excoriations, les ulcérations plus ou moins superficielles sont très-communes dans la balanite, dont il est ici question. Elles se présentent sous deux aspects bien différents et dont il faut tenir compte, Dans la balanite simple, ces ulcérations sont mal circonscrites, de forme irrégulière, ressemblant à une surface de vésicatoire à des termes différents de durée; tandis ser dans la balanite consécutive à une syphilide qui s’est développée sur le gland ou à la face interne du prépuce, ces ulcérations , qu’on observe en même temps que les éruptions cutanées secondaires , Sont bien définies, comme celles-ci, et présentent la forme arrondie. Dans la balanite simple ulcéreuse ou non, comme dans celle qui accompagne les accidents secondaires de la syphilis, on ne peut rien produire par l’inoculation, ce qui distingue ces cas de ceux que complique une ulcération virulenté primitive ou chanëère, dont la matière est toujours inoculable, k P. Riconn.
DE LA GONORRHÉE. 207 de l’urètre ni écoulement de pus, ni sensation douloureuse. Le cas suivant en est un. exemple.
Un jeune Irlandais coucha avec une femme à Bristol, et une quinzaine de jours après il eut commerce avec une autre femme à Londres. Ce dernier rapprochement eut lieu un lundi, et le mardi, c’est-à-dire le lendemain , il aperçut un écoulement à l’extrémité de sa vergé quand elle était recouverte par le prépuce. Le samedi suivant il vint me consulter. A l'examen des parties, je reconnus que l’écoulement provenait de la face interne du prépuce , dans le voisinage du gland ; la couronne du gland, ainsi que la portion du prépuce qui est située en arrière dé cette couronne, se montraient dans un état douloureux d’excoriation, et couvertes de pus. Le malade me dit qu’il avait eu déjà auparavant une gonorrhée, et lorsque je lui demandai si le siége de la maladie avait été le même, ül répondit affirmativement. Ne sachant jusqu’à quel point cette affection devait étre considérée comme vénérienne, je demandai au malade s’il avait été sujet à de pareilles excoriations avant d’avoir vu des femmes. Sà réponse fut négative; et il ajouta qu’il n’était pas affecté de cette manière toutes les fois qu’il sé livrait au coït, mais que cela ne lui était arrivé que deux fois, ainsi qu’il vient d’être dit, et que c’était cette circonstance qu’il l'avait porté à regarder cet état comme un symptôme syphilitique. |
Je soupconne que lé gonflement du prépuce, qui s’observe souvent dans les cas de gonorrhée de l’urètre et qui produit un phimosis, dépend de ce que la même maladie a aussi son siége à la face interne de ce repli; n'ayant pas en ce point assez d'intensité pour donner naissance à des ulcérations, elle ne fait pas de progrès ultérieurs. Il est très-probable que cette inflammation appartient à l’érysipèle, et c’est une circonstance qu’il est très-nécessaire de connaître pour le traitement.
Lecanalde l’urètre est le siége le plus fréquent de la gonorrhée ne Bien que linflammation qui accompagne la maladie, dans cette région, présente plusieurs des phénomènes ordinaires de l’inflammation, cependant la gonorrhée mérite à peine l’épithète d’inflammatoire quand elle a peu d'intensité, du moins ne détermine-t-elle pas constamment tous les effets de l’inflammation commune, quoiqw’elle ait de la téndance à les produire. Les parties affectées offrent rarement tous les symptômes caractéristiques de l’inflammation : ainsi, on n’y perçoit point de battements; 1l n’y a que peu de douleur, excepté celle qui résulte du contact irritant de l’urine et de la distension des parties; l’inflammation ne s’étend guère au delà de la superficie des tissus, d’où il résulte que ceux-ci se tuméfient et s’épaississent rarement. On serait tenté de croire que c’est l’effet d’une erreur de lieu à la surface de l’urètre, comme dans l'injection sanguine de l'œil.
La formation du pus, avec si peu d’inflammation , est peut- -être due à ce que les parties malades ont pour condition naturelle de sécréter, de sorte que la transition d’une sécrétion normale à une sécrétion morbide s'opère avec une grande facilité. Toutefois, il arrive quelquefois que les tissus s’enflamment considérablement et que l’inflammation pénètre pro-
fondément dans le tissu cellulaire, ou plutôt réticulaire, du corps spongieux de lurètre, surtout auprès du gland. Parfois même elle se propage plus loin le long du corps spongieux de l’urètre, et produit de la tuméfaction, c’est-à-dire une extravasation de lymphe coagulable : telle est la cause commune de la cordée. Il est à remarquer, en général, que dans la plupart des cas ; inflammation décroît dès que la suppuration se forme. L’inflammation qui envahit le tissu réticulaire des parties environnantes ue s'arrête pas toujours à la période adhésive; en effet, on voit quelquefois des suppurations se former dans ces parties, principalement au périnée, et je suppose que ces suppurations ont leur siége dans les glandes, ainsi que j'aurai occasion de le faire remarquer ci-après. La gonorrhée ne se développe pas toujours dans des urètres sains d’ailleurs, ou chez des sujets chez lesquels les organes qui ont des connexions avec l’urètre sont dans leur état d’intégrité. Ainsi on voit la gonorrhée survenir chez des personnes qui sont affectées de rétrécissements, qui. ont la prostate tuméfiée , dont les testicules sont malades ou très-disposés à le devenir; toutes ces circonstances compliquent la maladie et nécessitent une plus grande attention relativement aux moyens thérapeutiques qui doivent être employés. Les maladies coexistantes sont tantôt amendées , tantôt exaspérées par la gonorrhée.
$ VI. Des symptômes les plus ordinaires de la gonorrhée et de l’ordre suivant lequel ils apparaissent.
Bien que l’irritation doive toujours exister la première ; on ne peut dire quel est, parmi les symptômes qui sont la conséquence de cette irritation, celui qui apparaîtra le premier, car chacun d’eux peut se montrer isolément des autres, ce qui du reste est rare. Le premier symptôme, quand le malade porte son attention de ce côté, c’est ordinairement une démangeaison qui a son siége à l’orifice de l’urètre, et qui s’étend quelquefois à toute la surface du gland (*); en même temps, il y a un peu de tuméfaction aux lèvres de l’orifice urétral. Les effets ordinaires de l’inflammation s’observent ensuite, et bientôt après on voit apparaître un écoulement. Le prurit se transforme en douleur, surtout au moment de la sortie de l’urine. Souvent la douleur n’est perçue qu’un certain temps après l'apparition de l'écoulement et des autres symptômes ; et dans beaucoup de cas elle est presque nulle, lors même que l’écoulement est très-abondant. D'autres fois la douleur, ou plutôt une cuisson très-vive, se fait sentir longtemps avant qu'aucun écoulement se soit établi (**)..
À cette époque, la verge est généralement tuméfiée , surtout au niveau
@) Ces symptômes sont observés avec plus de soin par les personnes qui sont en proie à la crainte d’avoir contracté la maladie, et qui pour cette raison épient la moindre sensation percue dans les parties intéressées. J. Hunrer.
éd) Dans l'édition de Home la phrase est terminée par ces mots : « Et s’étend plus
ou moins loin le long du canal, J'ai vu des cas où cette sensation était perçue dans la moitié de la longueur du canal de l'urètre. »
DE LA GONORRHÉE. 209 du gland; mais elle n’est pas aussi distendue que dans l'érection, et elle se montre plutôt dans un état de demi-érection. Outre cette turgescence, le gland offre une sorte de transparence, principalement auprès de l’orifice de lurètre, où la peau est tendue, polie et rouge, et rappelle la couleur d’une cerise mûre; cet aspect dépend de ce que le tissu réticulaire est gorgé alors de sérosité extravasée , et de ce que les vaisseaux sont remplis de sang. Dans beaucoup de cas, il existe à l’orifice de l’urêtre une excoriation évidente, qui est indiquée par l'interruption de l’épiderme au pourtour de cet orifice. La surface du gland est souvent aussi dans un état de demi-excoriation, qui y détermine plus ou moins de sensibilité, et donne lieu à l'écoulement d’une espèce de pus, comme il a été dit plus haut (*). Le canal de l’urètre se rétrécit, ce qui se reconnaît au jet d’urine qui est moins gros qu'à l'ordinaire. Ce rétrécissement résulte de l’engorgement général de la verge, du gonflement inflammatoire de la membrane muqueuse , et d’un état spasmodique du canal. Indépendamment de ces modifications matérielles, la crainte du malade tandis qu'il urine, contribue à diminuer la grosseur du jet. Celui-ci est ordinairement brisé et s'éparpille au moment même où il sort du canal. Ce phénomène est causé par l’altération de forme qu’a subie l’urètre; il n'appartient point exclusivement à la gonorrhée vénérienne, mais il est commun à toutes les maladies qui détruisent la régularité du canal de l’urètre, lors même que l’altération de forme est située très-loin de l’orifice externe du canal. C’est ce qu’on observe dans beaucoup de cas de maladies de Ia prostate (**):
Il se fait souvent une hémorragie par l’urètre. Ces hémorragies proviennent de la distension des vaisseaux, surtout quand il y a une cordée ou une disposition à la cordée.
On observe souvent aussi de petites tumeurs le long de la face inférieure de la verge, sur le trajet de l’urètre. Je pense que ces petites tumeurs sont formées par les glandes de l’urètre qui sont assez engorgées pour être manifestement senties extérieurement. Dans quelques cas leur inflammation est si violente qu’elles suppurent; alors, conformément aux lois de l’ulcération , le pus est porté vers la peau, et forme un ou deux. abcès, ou un plus grand nombre, le long de la face inférieure de l’urètre ; lorsque quelques-uns de ces abcès s’ouvrent au dedans du canal, il en résulte ce | qu'on appelle des ulcères internes. J'ai observé plusieurs fois à la face inférieure de la verge, sur le trajet de l’urètre, une tumeur qui acquiert
(*) On lit ici dans l'édition de Home : « Mais cet état s’observe plus manifestement chez les personnes dont le gland est habituellement recouvert par le prépuce, car
lorsque le gland reste découvert, cr pee plus épais, et la surface est moins facilement irritée. »
(**) On lit dans l'édition de He à la fin de ce paragraphe : « Dans quelques cas, les premiers symptômes, consistent dans des sensations inaccoutumées de la verge, surtout lorsque le malade urine, qui se font ressentir peu de jours après l'infection, . et qui s’'accompagnent d’une irritabilité générale, de sensations pénibles dans. les testicules, au col de la vessie et à l'anus; ces sensations persistent pendant environ dix jours ; à cette époque, l’écoulement se manifeste et elles disparaissent. »