‹ Traité de la syphilisChapitre 32 sur 70 · II · texte numérisé non relu

II

pubis , et l'extrémité inférieure vers le rectum. Cette fente était formée par les masses latérales de la prostate, simplement tuméfiées. La por: tion droite était la plus tuméfiée des deux ; sa face urétralé était convexe. La portion gauche s’adaptait exactement à la première ; sa face était excavée en proportion. La saillie conique de là prostate était tellement développée qu’elle pénétrait d’arrière en avant dans la cavité de la vessie, et qu’elle en oblitérait entièrement le col. Ea vessie elle-même était considérablement agrandie et ses paroïs étaient épaissies. Elle contenait environ vingt pierres, dont la plupart étaient situées derrière la saillie formée par cette portion de la prostate. Les autres étaient logées dans de petits sacs formés par la membrane intéfne, qui était poussée entre les faisceaux des fibres musculaires.

Lorsque la glande prostate est tuméfiée, son tissu devient, en général, plus consistant. Les effets de cette tuméfaction sont très-graves ; les parois latérales de l’urètre sont rapprochées lune de l’autre, et le lobe moyen, par la saillie qu’il fait, empêche en partie l’urine de pénétrer dans l’urètre, et même dans plusieurs éas oblitère complétement l’orifice de ce canal. L’induration du tissu de la prostate empêche cette glande de céder à Peffort de Furine, qui ne franchit qu’en petite quantité où même ne peut franchir cet obstacle. Il n’est pas nécessaire de décrire les symptômes partieuliers qui naissent de cette maladie; cè sont ceux que produit tout obstacle au passage de l'urine qui détermine l’irritabilité de la vessie.

Lorsque l’émission de l’urine devient difficile , c’est à l'emploi des bougies que le chirurgien à recours naturellement, et lorsqu'il trouve le passage libre, ce qui arrive souvent dans les cas qui nous occupent, il est très-porté à soupconner l'existence d’une pierre. Si dans l'exploration de la vessie on ne trouve aucun calcul, on doit soupconñer une maladie dé la prostate , surtout si l'extrémité de la sonde ; ou de Pinstrament dont on se sert , se trouve arrêtée ou ne passe qu'avec quelque difficulté au niveau du col de la vessie. Il faut alors examiner la prostate : pour cét examen, il est nécessaire d'introduire dans l’anus le doigt enduit d’un corps gras, dont on dirige la face antérieure du côté du pubis. Si les parties, dans le point le plus éloigné où le doigt puisse atteindre; sont dures ét forment une éminence d'avant en arrière dans la cavité du rectum, de sorte qu’on soit obligé de porter le doigt d’un côté à l’atitre pour explorer toute l'étendue de la tumeur , et qu’en outre la saillie s’éténidé au delà du point qui est à la portée du doi où peut être Certain que la prostate est considérablement tuméfiée, ét qu’elle est la principale cause dés symptômes.

J'ai vu des cas où l’on a fait pénétrer une sonde ofdinaire dans la vessie, à travers la partie proéminente de la prostate, ét où l'urine a été Rue de cette manière. Chez un malade où l’on avait agi ainsi, le sang qui s’écoula de la plaie faite à la glande tomba dans la vessie et augmenta la quantité de liquide qui était renferméé dans ce viscère. On recourut une seconde fois au cathétérisme , ét l'opération n’ayant pas réussi, je fus appelé en consultation, J” introduisis la sonde nt Vobstaclé; et

COMME UN EFFET DE LA GONORRHÉE. 371 alors, soupconnant que la partie moyenne de la pro$tate faisait une saillie d’arrière en avänt, j’introduisis un doigt dans l'anus, et je reconnus qui la prostate était en effet considérablement tuméfiée. Abaissant alors le pavillon de la sonde, ce qui naturellement en éleva le bec, je fis passer linstrument par-dessus la tumeur. Mais le sang qui avait coulé dans la vessie s’y était coagulé, et il boucha les yeux de la Sonde, qu’il mê fallüt rétirer plusieurs fois pour la nettoyer. Je renouvelai le cathétérisme plusieurs jours de suite; mais pensant que le caillot finirait par déterminer la mort, je proposai l’opération de la taille, Le malade mourut avant qu’on eût pu pratiquer cette opération dans des conditions convenables, et l’on reconnut à l'inspection cadavérique les lésiens dont j'avais annoncé l'existence. |

Dans des cas où la partie moyenne de la prostate s'était tuméfiée et faisait saillie dans la vessie, la sonde ne donnait issue à aucun liquide; bien qu’elle parût avoir pénétré; et lorsqu’après la mort des malades, on a examiné les parties, on a pensé que dans le cathétérisme pendant la vie, l'instrument s'était enfoncé dans la tümeur ; de sorte que ses ouvertures s’y étaient trouvées oblitérées (PI. 15.)

D’après ces faits, toutes les fois que je ñe vois point l’urine couler immédiatement après que la sonde a pénétré dans la vessie, j’abaisse son pavillon en la poussant de manière que son bec atteigne le fond de Ia vessie, et je réussis constamment. Poûr que l'introduction de l’instrument soit plus facile, on peut se servir d’une sonde qui ne soit flexible qu’à son extrémité interne dans l’étendue d’un pouce environ; une sonde qui présente cette condition obéit mieux à la main que lorsqu’elle est entièrement flexible.

Si l’on. emploie de préférence une bougie, il faut la faire chauffer, lui donner une courbure très-prononcée à son extrémité interne, et la laisser se refroidir avec cette courbure. Ensuite, il faut la faire passer rapidemént, la concavité tournée en haut, avant qu’elle ait perdu sa courbure dans son passage. Mais la bougie ne remplit pas l'indication aussi bien que là sonde ; parce que les portions latérales de la glande tuméfiée se rapprochent de nouveau dès qu’on la retire. J’ai vu des cas où l’urine s’écoulait avec plus de facilité en suintant le long des côtés de la bougie pendant que celle-ci était en place, que lorsque la bougie était retirée du canal, parce que la présence de cet instrument donnait à la portion ré: trécie de l’urètre une rectitude qu’elle n’a plus dès que la bougie en est retirée.

L'observation suivante est un etemple frappant des dangèrs qui nes compagnent la tuméfaction de la prostate.

Un homme fut atteint de suppression d'urine; une sonde ayant pu passer , on eut recours à à une bougie, et l'emploi de cet instrument le soulagea. 11 continua à être bien perdant cinq ännéés. Mais alors, la même maladie s'étant reproduite, il ne fut plus possible de faire pénétrer une bougie, et la maladie fut considérée cornme un rétrécissement. Cependant une sonde pénétra, bien qu'avec beaucoup de difficulté, et la

372 MALADIES QUI SONT. CONSIDÉRÉES bougie, ayant été présentée un grand nombre de fois, ne put passer qu'une seule fois, immédiatement après qu’on venait d'introduire -la sonde. Ayant été appelé auprès du malade, j’essayai avec aussi peu de succès à faire pénétrer la bougie, et je fus obligé d’avoir recours à une algalie. J’introduisis cet instrument avec beaucoup de facilité, et lurine fut évacuée. Le docteur Tomkyns, qui avait une bougie de Daran, fut appelé. Ayant échoué dans ses tentatives, il fut obligé comme moi de . présenter une algalie; mais il mit une telle violence dans l'opération , qu’il s’écoula de l’urètre une grande quantité de sang , et après tout il ne réussit point. Je fus appelé de nouveau, et j'introduisis une algalie, mais avec beaucoup plus de difficulté que la première fois, ce qui me fit penser que le canal avait été assez gravement déchiré. Après avoir retiré l'algalie, je fis pénétrer une grosse bougie dans la vessie avec beaucoup de facilité ; je la laissai en place pendant trois jours , et le malade urina assez abondamment le long des côtés de cet instrument. Dès que j’eus retiré la bougie , j'essayai d’en passer une autre, mais je ne pus y parvenir, bien que je donnasse à la seconde bougie la courbure naturelle du canal. En retirant les bougies qui ne pouvaient pénétrer, je remarquai qu’elles avaient toutes, à leur extrémité interne, une courbure contraire à la direction du canal. Je conclus de cette circonstance que l'obstacle qui arrétait la bougie était situé à la face postérieure de lurètre, et qu’au moment où la pointe de la bougie venait heurter contre lui, la bougie s’arquait en avant dans le canal, de manière que cette pointe se retournait naturellement en arrière. En conséquence , je pris une bougie épaisse, et ayant de introduire je lui donnai une courbure extrêmement forte, afin que son extrémité interne ne püt atteindre la face postérieure de l’urètre, sur laquelle je supposais que siégeait l'obstacle. La pointe de cette bougie frotta tout le long de la face antérieure et supérieure de l'urètre ; par ce moyen, elle ne vint point au contact de la face postérieure du canal, et elle pénétra avec beaucoup de facilité dans la vessie. Le malade urina le long des côtés de la bougie, comme auparavant. Depuis quelque temps , il était tourmenté par des accès de fièvre intermittente, qui d’abord avaient été très-irréguliers, mais qui ensuite s'étaient montrés plus régulièrement. Dans le frisson d’un de ces accès, la bougie qui était placée dans lurètre lui causa une douleur si vive, qu’il ne put résister au besoin de la retirer , ce qui lui procura un soulagement immédiat. D’après la sensation qu’il éprouvait, il lui semblait que la bougie mettait le canal dans un état de distension trop forte, et il ne la retira qu’avec difficulté. Ce fait tend à prouver que le frisson s’accompagne de la contraction de l’urètre aussi bien que de celle des vaisseaux de la peau; cette disposition morbide existe donc profondément. En donnant aux bougies la courbure considérable que j'ai indiquée plus haut, le malade les introduisit ensuite facilement lui-même. Je dois ajouter, qu’en portant le doigt dans l’anus, je trouvai la prostate très-tuméliée. Plusieurs malades éprouvent une vive douleur , une sensation brûlante, dans l’éjaculation de la semence, quand ils sont atteints de l’une des af-

COMME UN EFFET DE LA GONORRHÉE. 373 fections de l’urètre qui viennent d’être décrites, quelle qu’elle soit , et quelquefois même après qu’ils en sont guéris. Ce symptôme est l’effet de Pirritabilité des muscles de la partie, dont l’action propre est alors extrémement douloureuse {*).

Traitement de la tuméfaction de la prostate.

Les moyens thérapeutiques employés dans les cas qui viennent d’être décrits ne procurent qu’un soulagement temporaire; cependant il faut . y avoir recours afin de prévenir les conséquences fâcheuses d’une rétention trop prolongée de l'urine. On doit prescrire les lavements opiacés une ou deux fois par jour , comme propres à dissiper momentanément la douleur et à faire cesser le spasme. Je ne pense pas qu’on ait encore découvert une méthode certaine de guérison.

J’ai vu la cigue produire de bons effets dans plusieurs cas; elle était administrée dans la supposition d’un état serofuleux de la constitution. D’après la même idée, j’ai conseillé les bains de mer, et j’en ai retiré de grands avantages. J'ai même obtenu par ce moyen deux guérisons de quelque durée.

Dans un cas pour lequel je fus REA le chirurgien avait remarqué que l'emploi de l’éponge brûlée avait amené une diminution considérable de la glande tuméfiée.

La tuméfaction de la prostate, de même que les rétrécissements de l’urêtre, est une cause de maladies pour la vessie. Mais ici la vessie est,

(*) Depuis E. Home, aux travaux duquel M. Babington renvoie avec raison pour ce qui a trait aux maladies de la prostate, les anatomistes ne sont pas restés d'accord sur la conformation de ce corps glandulaire, et particulièrement sur la région inférieure que Home a considérée comme formant un lobe moyen. Mais, quoi qu'il en soit de cette partie, que sa séparation apparente ne soit due qu’au sillon creusé par les vaisseaux éjaculateurs, ou qu’elle soit vraiment distincte, comme quelques faits d’anatomie comparée ou des arrêts de développement sembleraient le faire croire, il est important, comme le fait observer Hunter , d’être prévena des états pathologiques dont elle peut être Le siége isolé. D'un autre côté, je rappellerai une remarque faite par Sir Everard Home, que j'ai eu occasion de vérifier, et qui constate que le côté gauche de la prostate, ou, si l’on veut, le lobe gauche, est plus souvent affecté d’hypertrophie ou d’altérations morbides, que le droit; condition importante à connaître, pour donner des courbures convenables aux instruments, en cas de cathétérisme.

J'ajouterai que lorsqu'il s'agit de maladies de cet organe, ou d’opérations à pratiquer sur les parties qu’il avoisine ou entoure, on ne saurait avoir trop présentes à l'esprit, non-seulement ses conditions pathologiques, mais encore quelques variétés anatomiques mieux signalées dans ces derniers temps. La prostate peut manquer, ou bien être d’un très-petit volume , tandis qu’on la voit quelquefois acquérir un grand développement, sans altération morbide. Chez quelques sujets, elle n’euveloppe pas complétement l’urètre et le col de la vessie, et alors la partie qui manque en dessus est remplacée, selon M. Amussat, par des fibres de nature musculaire. M. Senn a signalé une autre anomalie dans laquelle la région supérieure de la prostate est plus épaisse que l’inférieure, de telle façon que lurètre et le col de la vessie se trouvent beaucoup plus près du rectum que dans l’état normal; M. Lisfranc possède et a souvent montré dans ses cours d'opérations deux belles pièces d'anatomie qui se rapportent à cette variété, P, Rrcorn.

374 MALADIES QUI SONT CONSIDÉRÉES en général, plus irritable, peut-être parce que la cause est plus rapprochée de ce viscère.

On parle beaucoup des maladies des vésicules séminales, mais je n’en ai jamais vu d'exemples. Dans des cas d’induration considérable de la prostate et de la vessie, où les parties environnantes étaient très- -gravement compromises , j'ai vu ces poches enveloppées aussi dans la maladie générale; mais je n’ai jamais vu un cas où elles parussent avoir été primitivement affectées (*). Ô

Dans un cas de tuméfaction de la prostate, ayec symptômes d’irritabilité de la vessie, chez un jeune homme d'environ vingt ans, M. Earle tenta l'application d’un vésicatoire au périoes ; Mais n ‘obtenant pas de ce moyen l’effet qu'il désirait, et jugeant qu’une irritation et un écoulement considérables étaient nécessaires , il plaça un séton dans la direction de la région périnéale. Les deux ouvertures de ce séton étaient éloignées l’une de l’autre d'environ deux pouces. Les symptômes d'irritabilité de la vessie commencèrent à diminuer, et au bout d’un certain temps , ils disparurent entièrement. En examinant la prostate de temps en temps, on observa qu elle décroissait graduellement jusqu à ce qu’enfin elle fût revenue à peu de chose près à son volume naturel. Le malade conserva le séton pendant quelques mois, et Jorsqu’ on l’eut retiré les symptômes se reproduisirent. On jugea à propos de le replacer ; mais cette nouvelle application ne fut pas suivie des mêmes effets que la première (**).

(*) Les lésions des vésicules séminales sont peut-être beaucoup plus fréquentes qu'on ne le pense. Ces vésicules sont toujours plus ou moins affectées dans ce que j'appelle les épididymites de succession, c’est-à-dire celles dans lesquelles les voies spermatiques sont prises depuis urètre jusqu'aux épididymes. Entre autres faits d'anatomie A je rappelierai ceux présentés par M. Gaussail, et ceux que moi-même J'ai montrés à l'Académie royale de médecine. 11 résulte de mes observations » que les vésicules séminales sont susceptibles des états morbides les plus variés , depuis l'inflammation simple et la suppuration jusqu'aux diverses dégénérescences , dont une des plus communes est la dégénérescence tuberculeuse, soit que les tubercules se soient isolément développés dans ces poches, ou qui ils s’y soient formés en même temps que dans d’autres régions , et plus particulièrement dans les cas de sarcocèle scrofuleux. Un bel exemple emprunté au service de mon savant collègue, M. Cullerier, | a été publié dans les bulletins de la Société anatomique, et moi-même j'en ai montré plusieurs à à ma clinique. À P. Ricorp.

__{##) La tuméfaction de la prostate qui a lieu chez les vieillards ne cède que rarement, ou même jamais , au traitement chirurgical. Cependant on peut faire beaucoup pour prévenir ou pour diminuer les effets funestes qu'elle produit dans les organes voisins. Ce sont, en réalité, ces effets seulement qui donnent de l'importance à à la maladie. Le développement morbide de la prostate ne donne naissance dans la plupart des cas à aucun symptôme que l'on puisse rapporter à la glande elle-même; mais il

eut mettre obstacle à l'écoulement de l'urine, produire une inflammation chronique

de! la vessie, et consécutivement une maladie des reins, ou déterminer une irritabilité

douloureuse du rectum. Le mode suivant lequel sont produits ces effets consécutifs,

et le traitement qu’on doit leur opposer, sont exposés d’une manière remarquable dans

l'ouvrage de Sir E. Home, sur les maladies de la prostate, auquel je renvoie le lecteur. Pr Gui

Page 1