LETTRE
La lettre a la forme d'im hexaèdre , et sa substance est un alliage métallique. L'une de ses extrémités se termine par un talus portant en relief à son sommet l'un des signes en visage dans l'écriture et dans l'imprimerie, tels que ceux de l'alphabet, les chiffres, les ponctuations, etc. Ce relief, devant produire sur le
papier Timage du srgiie qu'il reprcsenle, esl Gguré sur le métal dans un sens dllFérent; il esl, non pas re- UHirné, suivant une assertion erronée et ti'op souvent reproduite, mais ren\ersé de la tête au pied, sans transposition des parties latérales,
La lettre a les trois dimensions des corps géométriques, savoir longueur, largeur el hauteur. Nous substituerons aux deux premières les termes de force de corps et épaisseur , qui sont les dénominations adoptées en typographie.
liA force de corps d'une lettre a pour mesure la distance comprise entre deux lignes parallèles dont l'une serait menée perpendiculairement au sommet d'un signe à jambagç supérieur (comme le d), et l'autre perpendiculairement à la base d'iui signe à jambage inférieur (comme le p). Bien qu'un grand nombre de lettres n'ait ni l'une ni l'autre de ces parties, qui sortent de la hauteur fondamentale de l'œil et qui n'en sont que le prolongement fortuit, il a fallu néanmoins, pour conserver le double alignement des lettres et l'identité de leurs proportions , prendre pour mesure comminie la perpendicuhiire abaissée du sommet d'une lettre pleine sur sa base. L.a force de corps est une qualité essentielle et distinctive propre à tel ou tel caractère ; aussi est-ce d'elle que cJiacim tire sa dénomination, laquelle est déterminée par le nombre de points contenu dans le corps de la lettre. Les autres sont, ou d'une application générale, ou relatives entre elles.
U épaisseur d' mit' lettre est le rapport qui existe entre
elle et les autres, considérées dans'leur position horizontale , et daiis la proportion de l'espace qu'elles occupent respectivement lorsqu'elles sont léunies. Par exemple, le m, qui a trois jambages, est plus large (ou a plus d'épaisseur) que l'i, qui n'en a qu'un. Cette relation toutefois n'a lieu que d'une lettre à xme autre du même caractère, et non pas entre les caractères euxmêmes. Comme cette dimension n'a point pour mesure commune une unité quelconque, il en résulte que certaines lettres sont incommensurables, ce qui entraîne de graves et de fréquents inconvénients dans la composition, et notamment dans celle des tableavix. Pour parer autant que possible à ce vice organique de fonte , on a fondu sur une même épaisseur, qui est le demicadratin du corps, les dix chiffres de chaque caractère. La lettre n est regardée comme celle dont l'épaisseur peut servir de tei'me moyen parmi les autres.
La hauteur d'une lettre est la distance qui sépare Vœil de cette lettre de la face qui lui est parallèle et qui s'appelle le pied. Cette hauteur est invariable pour toutes les lettres du même caractère; et l'on sent que cela est nécessaire pour qu'elles marqvient toutes également. Elle n'est cependant pas tovijours exactement la même pour les caractères entre eux, notamment dans le cas où ils ne sortent pas de la même fonderie ; inconvénient des plus graves, lorsqu'on veut combiner dans la même page plusieurs caractères différents, et auquel on ne peut remédier qu'avec un nombre plus ou moins gi-and de hausses, La hauteur des caractères
varie donc suivant les imprimeries, et même quelquefois dans la même maison. Quelles que puissent être ces variations , on peut regarder comme une règle générale que la hauteur est de dix lignes et demie.
Les cadrais , cadratins , demi-cadratins et espaces sont plus bas d'environ trois lignes que les lettres , vu qu'ils ne servent qu'à séparer les mots, compléter les lignes, etc. ; et que, dans aucim cas, ils ne doivent marquer sur le papier , lorsqu'on procède au tirage.
Cette dimension s'appelle aussi hauteur en papier , pour indiquer qu'elle s'entend bien du sens de la lettre dans lequel se trouve la partie qui sert à l'impression.
Uceil de la lettre est son relief, c'est-à-dire l'extrémité saillante, bien qu'iuiieàsa surface , laquelle, étant enduite d'encre d'imprimerie, laisse son empreinte et forme ce qu'on appelle l'impression. Quoiqu'en règle générale l'oeil de la lettre doive correspondre à la force de corps , il y a cependant certains cas où le corps est , comparativement aux projwrtions oïdinaires, ou plus faible ou plus fort que l'œil. Alors la lettre , comme tout le caractère dont elle fait partie, ajoute à sa dénomination ordinaire la qualification de petit- œil ou de grosœil.
Le talus de la lettre est cette partie taillée en biseau qui est située sous l'œil. Cette pente a pour objet de laisser l'œil se détacher entièrement du reste de la lettre , et d'empêcher que les coins de la face sur le sommet de laquelle il est placé ne marquent au tirage ;
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elle est plus ou moins prononcée suivant le degré de consistance de la composition métallique ; dans celle où le cuivre et le régule dominent elle se prolonge davantage; Foeil y a plus de soutien parce que la matière en est plus dure. Ce talus règne en dessus et en dessous de l'œil de la lettre , quand il n'a point de partie inférieure ou supérieure , auquel cas il est le même des deuK côtés de l'œil; mais, pour les lettres qui ont un prolongement quelconque, soit en haut, soit en bas, le talus n'existe point du côté où ce prolongement a lieu; ainsi les lettres pleines, c'est-à-dire celles dont l'œil règne sur toute l'étendue du cx)rps, n'ont pas de talus.
Le cran est une marque qvie porte la lettre pour indiqtier au compositeur le sens dans lecfuel il doit la tourner quand il la place dans le composteur. C'est une petite entaille pratiquée près du pied de la lettre et dans sa force de corps , et opérée par une partie saillante placée dans le moule où elle se fond. Le placement du cran est simplement de convention ; mais lorsqu'il a été fixé , il doit être maintenu pour tous les caractères, autant que la nécessité n'oblige point à contrevenir à cette règle: car chaque changement apporté à sa position exige une nouvelle étude de la part du compositeur. En France on a l'habitude de mettre le cran du côté de la tête de la lettre , et conséqueimnent en dessous dans le composteur; cette manière est préférable cà l'autre en ce qiie l'ouvrier aperçoit promptement ou sent avec le doigt vme lettre retournée dont le
COMPOSITION. Ib
cran se trouve en dessus : mais il y a beaucoup de pays où l'usage est contraire. Souvent , pour distinguer deux caractères du même corj>s,mais d'œil différent ou dont la fonte n'est pis la même , le fondeur ajoute avec un rabot un ou deux crans placés soit dans le liaut, soit dans le bas de la lettre , et ordinairement du même côté de Tœil c|ue le premier. C'est ainsi que l'on dit, Cicéro deux crans. Philosophie trois crans , etc.
n y a dans chaque caractère trois espèces de lettres , qui sont : celles du bas-de-casse , les grandes et les petites capitales.
Les lettres du bas-de-casse sont les lettres ordinaires, celles <iui servent au texte d'un ouvrage quelconque, et celles , par conséquent , dont l'usage est plus fréquent que celui de toutes les autres. Elles sont ainsi nonunées à cause de la place qu'elles occupent dans la casse, et par opposition aux deiix autres espèces , qui se partagent le casseau supérieur. Outre les lettres de l'alphabet , on comprend dans cette espèce les voyelles accentuées, quoique le ba j-de-casse ne les contienne pas toutes, mais parce qu'elles vont avec les autres dans la composition , qu'elles leur sont entièrement semblables à l'accent près , et que ce signe modilicatif semble ne pas faire corps avec la lettre, et n'en être qu'une partie additionnelle qu'elle s'adjoint au besoin.
11 se trouve dans le bas-de-casse deux lettres doubles qui sont le fi et le fl (i). On est obligé de fondre ces lettres
(i) Up certain nombre de fonderies ont conservé le l( , le ffi , le ffl.
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ensemble et de les réunir en une seule , parce que la rencontre du f , qui est créné , avec l'i ouïe 1 entraineraitla perte de Fune des deux lettres , si elles n''étaient séparées par une espace, chose également contraire aux règles de l'approche et aux convenances typograpliiques, qui n'admettent point la séparation de deux lettres du bas-decasse faisant partie du même mot, quelque légèrement (jumelle puisse êlre marquée. Il y a encore quelques lettres doubles , mais qui se ti'ouvent à la fois dans les trois espèces dont il est question ici : telles sont les diplithongues œ , £6 , et le w. Ces deux dernières sont toujours fondues d'une seule pièce. Quant à la première, jwur les grandes et petites capitales, on la compose quelquefois avec un O créné qu'on adapte à un E sùnple.
Les grandes capitales ou majuscules excèdent de près de moitié le corps de la lettre ; elles suivent son alignement ordinaire par le bas, et, par le haut, celui du prolongement supérieur. Comme les lettres ont fort peu de talus en tète , on a supprimé les voyelles accentuées dont l'usage n'est pas absolument indispensable poiir l'intelligence des mots où elles sont employées; on n'a consers'é avec les accents que les E, qiii forment le cas d'exception ci-dessus mentionné ; encore ce signe n'est-il que faiblement indiqué; il existe même des caractères dans lesquels les capitales ne portent aucun talus en tête ; alors le fondeur est obligé de faire créner l'accent ; inconvénient grave, car souvent, dès le commencement du tirage , cette partie , n'ayant aucun soutien pour résister au mouvement répété de la touche, se détache de la
lettre , el occasione une faute qu'on ne peut attribuer qu'à rimpriiucur.
Le mot majuscules ne s'emploie plus que pour exprimer les capitales des caractères imil;int l'écriture, tels t{weY anglaise , la ronde , la gothique , etc.
hespetites capitales, ou minuscules, ont la forme des grandes capitales et la grosseur des lettres du bas-de-casse. Elles sont toutes susceptibles de prendre l'accent, parce qu'elles portent en haut et en bas un talus égal. Cette espèce existe dans tous les caractères romains , rarement dans les italiques et dans le grec, jamais dans les caractères d'écriture.
Outre ces trois sortes de lettres , cliaque caractère contient les différents signes de la ponctuation, et quelques autres en usage dans l'iraprimerie , qui tous , matériellement parlant, sont des lettres , quoique, d'après le sens qu'on y attache vulgairement , ils ne soient pas considérés comme tels.
11 existe dans chaque caractère des lettres qu'on appelle supérieures , parce que , étant beavicoup plus petites d'oeil que celles de leur corps, elles ne s'alignent avec elles que par le haut. Elles ne servent ordinairement que comme signes d'abréviation. Les plus usitées sont 1'*=, 1'° , le ■" et le ^ ; aussi n'y a-t-il guère que ces sortes-là qui fassent partie des fontes. Les autres ne sont en usage que pour les ouvrages de mathématiques, et elles se commandent spécialement pour des cas semblables.
Les lettres de deux points sont de la forme des capi-
iS PARTIE I, CHAPITRE I.
laies. On en place une au commencement d'un volume ou de chacune de ses grandes divisions.
Celle dénominalion , peu exacle il est vrai , vient de ce que leur force de corps étant du double , ou à peu près , de celle du caractère qu'elles accompagnent, elles occupent environ la ^ aleur de deux lignes.
Elles sont aussi ajipelées initiales ; et ce nom est plus significatif. On les nomme encove lettres montantes ; et cela, parce qu'étant, comme nous venons dele dire, «juant à l'œil et au corps, à peu près le double des capitales du caractère auquel elles s'adjoignent , elles s'alignent néanmoins avec lui par le bas et ne le dépassent que dans la partie supérieure.
On se sert de ces lettres pour la composition des lignes des titres.
Le mot commencé par vme lettre de deux points se continue en petites capitales.
Les lettres ombrées s'emploient ordinairement dans des titres. L'usage qui s'en était perdu quelque temps devient plus fréquent de jour en jour. Il y en a de plusieui's espèces. Les unes sont ornées de dessins réguliers travaillés dans les parties pleines delà lettre ; les autres ne sont que légèrement indiquées par des lignes qui en tracent les contours ; et leurs formes sont répétées par des ombres dirigées, soit plus liant, soit plus bas, mais dans un sens uniforme.
La lettre , en terme d'imprimerie , se prend dans une acception générique pour exprimer l'ensemble du cai'ac-
1ère affecté à lui ouvrage. C'est dans ce sens que Ton dit la lettre abonde , la lettre manque , etc.
La casse est une boite à compartùnents serrant à contenir les lettres employées dans la composition , et toutes appartenant à lui même corps de caractère. Sa forme est carrée ; sa dimension , déterminée ord'mairement par la grosseur des caractères qu'elle doit recevoir, est de deux et demi à trois pieds. Elle est formée de deux parties égales , qu'on appelle casseau inférieur et casseau supérieur , ou bas-de-casse et haut-de-casse. Elle est divisée en autant de compartiments qu'il y a de lettres, et généralement de signes usités dans l'impiimerie ; ils s'apjiellent cassetins.
La capacité des cassetins est en raison de l'emploi des lettres auxquelles ils sont destinés ; et la même échelle de proportion établie pour la fonte des caractères sert également de guide pour la construction de la casse.
Cette division proportionnelle des cassetins n'est cej>endant que d'une justesse approxiniative, attendu que, pour donner à la casse un aspect régulier, on a conservé aux cassetins la forme carrée ou rectangulaire. A cet effet , l'on a pris pour mesure commune la capacité du petit casse lin ; et, suivant le degré d'usage auquel se trouvaient classées les différentes lettres de l'alphabet, on a multiplié par deux, par quatre, et par six l'unité fondamentale. Mais celte répartition , qui a paru la plus
égale pour les ouvrages français , perd plua ou moins de son exaclitiide lorsque les idiomes changent ; et telle lettre qui dominait dans une langvie devient, dans une autre, d'un usage moins fréquent. Ainsi, par exemple, Ve dans le français, l'u et le m dans le latin , Vi, l'o et Fa dans l'italien , dans l'espagnol et dans le portugais , dans l'anglais le f ^ le h etVy se présentent plus souvent que les autres lettres. Cette variation se fait sentir jusque dans le même idiome , suivant la nature des ouvrages ; et la poésie française consomme plus d'e que sa prose, eu égard à ce genre de style qui multiplie les voyelles , et au retour alternatif des vers féminins.
Le liaut-de-casse se compose de quatre-vingt-dix-huit cassetins égaux ; savoir, quatoi-ze sur la base et sept sur la hauteur. Les grandes capitales, ou majuscules, commencent au premier cassetin à gauche de la rangée supérieure, et continuent, par ordre alphabétique, jusqu'au septième inclusivement; après lequel elles reprennent à la seconde rangée , et ainsi de suite jusqu'à la fin de l'alphabet. Entre les septième et huitième cassetins de chaque rangée horizontale, la séparation est plus fortement indiquée par un morceau de bois plus épais qui règne sur toute la ligne verticale , et divise le casseau en deux parties égales. Cette séparation a pour but de marquer le commencement des petites capitales, et de les isoler des gr;mdes auxquelles elles correspondent dans les cassetins de la seconde moitié. Le complément de l'une et de l'autre partie contient les lettres accentuées et autres signes d'un usage peu fréquent et quelquefois nul dans certaines compositions.
Les signes employés dans les opérations algébriques , et dans les ouvrages de mathématiques en général , sont ti-op nombreux pour trouver place dans une casse ordinaire. Us font l'objet d'un casseau particulier , que l'on garde dans les réserves de l'imprimerie. Lorsque l'ouvrage en composition impose la nécessité de s'en servir, on les place dans les cassetins les moins usuels , en séparant les deux sortes avec du papier, ou en coupant le cassetin en deux parties par une interligne posée diagoualement.
La construction du bas-de-casse diffère entièrement de celle du haut-de-casse , d'abord en ce que les cassetins sont d'inégale grandeur, puis en ce que l'ordre alphabétique n'y est pas observé. La distribution des cassetins a été combinée , d'après les données de l'expérience , de telle sorte que la proximité ou l'éloignement de chacun fussent proportioimés à la nécessité d'y recoiirir plus ou moins fréquemment; que leur distance de la main qui doit s'y porter fût en rapport avec l'emploi plus ou moins répété des lettres qu'ils contiennent. Ainsi le bas-de-casse, qui se trouve plus à la portée de la main que le casseau supérieur, comprend toutes les minuscules ou lettres ordinaires ( auxquelles il a donné son nom ) , les chiffres, les espaces et les cadra ts. Toutes ces sortes sont d'un usage incontestablement plus commun , puisque le texte de chaque ouvrage en est presque entièrement composé.
Le cassetin des e est sextuple ; ceux des lettres suivantes, a, c , dj {, m, n, o, r, s, t , u, des espaces et
des cadrats sont quadi'uples ; il y en a de doubles , tels que ceux dont la nomenclature suit, savoir -b ,f,g, h, l, p, q,v , é, points et virgules. Les cassetins des autres lettres, ainsi que ceux des dix cliilTres, sont simples.
11 y a en outre plusieurs cassetins de réserve , destinés à recevoir, quand le besoin l'exige, les signes particuliers aux différents idiomes.
Nous n'entreprendrons |K)int de décrire ici la position respective de chaque cassetm : ce travail serait également fastidieux pour le lecteur et pour nous. Le modèle de casse placé ci-après rendra la chose intelligilile à chacun , beaucoup mieux que ne le ferait l'explication la plus claire et la plus détaillée. Seulement, comme il est utile de donner une idée précise de la capacité relative des cassetins, nous avons jugé à propos de placer ici l'exact relevé des quantités de lettres contenues dans chacun d'eux. On xercA que la proportion est déterminée non par la dianension des cassetins , mais par l'épaisseur des lettres qu'ils contiennent; et que des cassetins égaux quant ii l'espace diffèrent considérablement quant au contenu. Ce travail n'a été fait que pour le bas-de-casse , qui est la partie dont il est le plus difficile de connaître les proportions, à cause de sa construction irrégulière. Le liaut-de-casse étant consacré à recevoir des sortes toutes plus ou moins rares , il est beaucoup moins essentiel de l'étudier à fond ; c'est ce qui nous a déterminé à ne pas le comprendre dans nos évaluations.
Nous avons choisi pour cette opération le caractère
Cicéro, dont la force de corps lient le milieu entre celles des autres caractères.
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La casse est invariable dans sa disposition pour tous les caractères romains, ainsi que pour leurs italiques; mais elle est d'une construction toute différente pour les caractères d'écriture, tels que V anglaise , et la ronde. H en est de même de la casse grecf[ue , dont la quantité de cassetins surpasse de plus du double ceux de la casse ordinaire , eu égard au nombre de voyelles qui y est plus grand que dans le caractère romain , et parce que toutes peuvent recevoir les accents grave et aigu, les esprits doux et rude , et la plupart l'accent circonflexe , le tréma et Viota souscrit. Avant la suppression des ligatures et abréviations, la casse était encore beaucoup plus compliquée; maintenant il ne reste plus un seul de ces signes collectifs; et la casse est réduite à sa plus grande simplicité pùssil)le.
La casse est entièrement construite en bois. L'imprimeur doit avoir soin que les casses ne soient pas en lx)is blanc , ce qui est contraire à leur solidité et à leur durée; il n'est pas non plus nécessaire qu'elles soient en chêne, parce que leur poids, joint à celui des caractères , nuirait à l'ouvrier , qui a sans cesse besoin de les transporter d'mi endroit à l'autre, et qu'il pourrait faire fléchir la planche qui lui sert d'appui. On doit s'attacher à ce que la tablette du fond et les tasseaux qui forment la bordure soient d'une épaisseur proportionnée à la dimension de la casse , et à ce qu'elle soit consolidée dans le milieu par de fortes traverses. Il faut veiller aussi à ce que les séparations des cassetins joignent bien et soient fortement assujetties , et à ce que l'intérieur de chacun soit tendu d'un papier épais , afin
que les lettres minces ne se glissent pas de Tiin dans l'autre.
La casse se place sur une planche en forme de pupitre , dont les deux extrémités portent sur des tréteaux , et qui s'appelle le rang. Le liaut-de-casse est retenu par le l)as-de-casse , sjms (ju'il y ait aucun intervalle.
La destination de quelques cassetins est sujette à des modifications, suivant les j)ays et même suivant les maisons ; mais il est imiiortant qu'elle soit invariable pour toutes les ca55e5 d'une imprimerie.
On dit monter ou dresser vme casse , c'est-à-dire la placer dans la jjosition où elle doit être lorstjue l'ouvrier y travaille. Pour exprimer l'action contraire , c'est-à-dire la mettre de côté quand on n'en a plus besoin , on se sert du mol démonter.
Bien que la casse ne représente qu'une partie du travail de la composition, ce mot se prend néanmoins dans ime acception générale , et s'applique à l'ensemble de celte branche de la typograpliie. Ainsi l'on dit u)i ouvrier à la casse , |K)ur désigner un ouvrier compositeur; et travailler à la casse signilie remplir les fonctions relatives à la comjxjsilion. Le substantif cassier , qu'on employait autrefois dans ce sens par opposition à celui de pressier, est tombé en désuétude et a été banni des ateliei-s.
Les espaces sont de petits morceaux de matière moins hauts que les lettres , et destinés, ainsi qvie leur nom l'indique , a établir entre elles les séparations convenables.
Cliaque caractère a des espaces fondues ( i ) sixr son corps eL de différentes épaisseurs. Pour donner à la composition cette régularité d'espacement qui en fait le principal mérite, et pour en aider le travail, il est nécessaire d'avoir , dans les caractères moyens et dans les petits, des espaces de toutes les proportions, suivant la progression d'un demi-point, depuis celle d'un point, ou espace mince j jusqu'au demi-cadratin. Cette facilité si précieuse pour le compositeur ne lui serait d'aucun secours si, en distribuant, il n'avait le soin de les distinguer. Il doit donc , sinon affecter un cassetin à chaque sorte, ce qui serait difficile cà observer pour certains caractères dans lesquels elles sont très-multipliées, au moins disposer pour cet usage de tous ceux du bas-decasse qui restent libres , en réservant à la sorte la plus courante d'entre elles le cassetin des espaces proprement dit.
Il arrive quelquefois que les espaces d'un point , quoique les plus fines que l'on pviisse fondre , aient encore trop d'épaisseur eu égard au blanc qvie portent certaines lettres. Dans ce cas on taille en forme à^ espaces du papier plus ou moins fort, povir obtenir des distances égales.
CADRAT , CADRATES! , DEMI-CADRATIN.
Les cadrais sont des pièces de fonte, moins hautes que les lettres , mais de même corps. Ils servent à com-
(i) Ce mot, dans le langage didactique de la typographie, est du genre féminin,
pléter les lignes où la lettre ne remplit pas la justification , à établir les lignes de pied et de blanc , en général à remplir les vides de toute espèce qui peuvent se trouver dans une page.
On fond des cadrats de diflërentes épaisseurs ; mais il est très-imi)ortanl pour la composition qu^elles aient toutes ime mesure commune, telle que le demi-cadratin. Si le fondeur néglige cette condilion, les renfoncements, qui se font à l'aide des cadrats , sont souvent inégaux , et les alignements imparfaits.
Le cadratin est un cadrât dont l'épaisseur est égale à sa force de corps.
Le demi - cadratin a pour épaisseur la moitié de sa force de corps. C'est la plus forte des espaces , ou le plus faible des cadrats,