‹ Traité de la typographie (volume 2)Chapitre 59 sur 124 · RENFONCEMENT · texte numérisé non relu

RENFONCEMENT

Renfoncer une ligne , c'est la rentrer intérieurement à la justification, à l'aide de cadrats, cadratins ou demicadratius.

Le mode de renfoncement , à ti'ès-peu d'exceptions près , est généralement déterminé , et assujetti à des régies positives.

Une ligne de litre , bien que souvent elle laisse du ])lanc de cliaque côté dans la justification, ne passe cependant pas pour être renfoncée. Cette qualification ne s'applique que dans très-peu de cas à celles dont la rentrée est arbitraire ou fortuite ; elle est donc spécialement réservée aux lignes dont le commencement laisse avec celui de la justification une distfmce calculée suivant certaines proportions établies.

Dans la prose , la mesure du renfoncement de l'alinéa et du sommaire est le cadratin , quelquefois cependant le demi-cadratin seulement pour le sommaire.

Dans la poésie, il est sujet à de plus grandes variations, occasionées par la diversité de mesure que les vers peuvent présenter. La métliode la plus généralement

suivie à cet égard est établie de manière à ce que les vers de même mètre , étant alignés entre eux , se trouvent , le plus approximativement ^xissible, dans le milieu de lu justification. Elle consiste à renfoncer les vers d'un demi - cadratin par syllabe qu'ils ont de moins que l'alexandrin ; c'est-à-dire , le vers de dix d'un cadratin , celui de luiit de deux cadratins, celui de sept de deux cadratins et demi , et les autres suivant la même progression.

Si l'on voulait établir une balance entre le nombre moyen de lettres que diminue la progression d'une syllabe et le blanc qu'on lui substitue tant au commencement qu'à la fin de la justification , il est certain qu'on trouverait une difTérence en moins du côté du renfoncement. Cette disproi)ortion cependant est nécessaire ; et il vaut mieux que le vers inférieur soit un peu en-deçà qu'audelà de son supérieur. Le vers de dix féminin , par exemple , est endécasyllabe ; et , lorsqu'il est placé auprès d'un vers de douze masculin, la différence devient beaucoup moir.dre. Du reste, à part ces motifs qui sont fondés, il serait déraisomaable de vouloir tout réduire en théories; et dans les arts l'expérience est souvent un meilleur guide que le calcul le plus rigoureux : or ce sont des résultats que nous présentons ici.

Les mêmes principes que nous venons d'énoncer son t applicables à la composition des Aers latins.

Les citations de vers, pour lesquelles on emploie ordinairement un caractère inférieur à celui du texte, se renfoncent suivant le degré de celui dont on se sert, dans les proportions indiquées, et toujours de manière à

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se trouver placées vers le milieu de la justification. Celte méthode est impérieusement exigée par le bon goût pour la régularité du coup-d'œil.

Les renfoncements ;i peu près arbitraires sont ceux des vers doublés , des signatures , etc.

Cette dis}X)sition est d'un fréquent usage dans les tableaux, dans les ouvrages scientifiques, et dans tous ceux d'une composition irrégtdière. Levir diversité la moditie à Tinfini.

La sortie est vme licence typographique à laquelle on recourt quand , un vers étant trop long poiu- être contenu dans la justification, on est obligé de le faire empiéter sur la marge. Quand on use de cette ressource, il faut le dissimuler le plus possible , et espacer faiblement les mots afin que la ligne dépasse d'autant moins sa limite naturelle. Ce défaut ( car c'en est un ) a pour but d'en faire éviter un pire , l'irrégularité qu'un vers doublé donne à l'aspect d'une page. Lorsqu'il se trouve dans mie page ime ligne à sortir , il faut , si l'ovivrage est interligné , placer cette ligne entre deux interlignes de toute sa longueur, et garnir le côté de la page, en-dessus et en-dessous de la sortie , de cadrats dont la force de corps soit égale à l'excédant de la justilication sortante.

S'il y a plusieurs sorties dans la même page , il faut prendre pour justification commune la plus grande d'entre elles. Ces précautions sont nécessaires pour que les lignes sortantes ne chevauchent pas à leur extrémité, et

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ne Iraliisseîit pas ainsi un défaut qu'il est possible de cacher. Quand on se sert de cet expédient, la garniture dans laquelle se fait la sortie doit naturellement être diminuée de la différence des deux justifications.

TAULEAUX.

De tous les genres de composition, les tableaux sont ceux qui offrent le plus de variété, et par conséquent le plus de difficultés dans leur confection. Cette dénomination générique comprend tous les ouvrages à colonnes, à filets et à accolades, tels que registres, états, prix-courants , factures, etc.

La diversité constante de ces sortes de travaux ne nous permet pas d'établir des principes généraux pour leur composition; le nombre des exceptions excéderait infailliblement celui des règles que nous prétendrions établir.

Nous nous contenterons de dire que des ouvrages de cette nature ne doivent être confiés qu'à des ouvriers expérimentés et doués d'un goût sûr. La régularité de la justification, l'observation des proportions indiquées, le choix des caractères, la taille des filets , la disposition et l'harmonie des différentes parties entre elles , sont les principales qualités à rechercher dans la composition des tableaux.

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