‹ Traité de la typographie (volume 3)Chapitre 37 sur 128 · DES SOINS A PRENDRE EN IMPOSANT · texte numérisé non relu

DES SOINS A PRENDRE EN IMPOSANT

Avant de commencer une imposition nouvelle, et afin d'établir les garnitures de telle sorte qu'il n'y ait plus rien ou au moins fort peu de chose à y changer , il faut se munir d'une feuiUe de papier destiné au tirage de l'ouvrage qu'on impose. Les dimensions des papiers sont tellement variables jusque dans le même format , que la connaissance de cette dernière condition ne doit pas dispenser d^une précaution aussi essentielle.

Lorsque les pages ont été placées sur le marbre , suivant la disposition requise par leur format , on doit vérifier cet arrangement , afin de remédier sur-le-champ aux transpositions ou aux autres erreurs, que l'imposition rendi*ait plus difficiles à rectifier. Si c'est une feuille que l'on impose , les deux châssis servant à ses deux formes doivent être parfaitement assortis quant aux dimensions, et notamment quant àl'épaisseur de la barre . S'il existait entre eux la moindre différence à cet égard , il faudrait la faire disparaître au moyen d'interlignes également distribuées aux deux côtés de la plus faible des deux barres ; on comprend facilement que la justesse du registre au tirage dépend en grande partie de cette conformité. Les porte-pages doivent être enlevés , pour plus de facilité , avant que le châssis soit couché sur le marbre. Ou ne doit délier les pages que lorsque la totalité des garnitures est placée, et entourée des biseaux. Sans une pareille précaution , il arriverait que, les pages n'étant pas maintenues également de toutes paris , des lettres s'en détacheraient , et ralentiraient le travail de l'imposition. Après que

les ficelles qui lient les pages ont été toutes enlevées , il faut, pouV ramener les garnitures et les pages vers la tête et la barre du châssis, pousser en même temps les deux biseaux de chacun de ses côtés. Cette opération étant faite avec soin , on choisit les coins, on les place légèrement, et on serre alternativement chacun des quatre côtés de la for/ne où sont placés les biseaux , en n^employant pas d^abord trop de force pour chasser les coins , et en ne recourant que plus tard au déoognoir.

L'imposition des ouvrages de ville n'est assujettie à aucune règle. La grande variété de ces travaux exige des châssis et des ramettes de toutes les dimensions. Les garnitures ne servent en pareil cas qu'à remplir le châssis et à maintenir la composition. Il est seulement à femarquer qu'on doit toujours l'imposer dans le côté gauche du châssis , qui est celui du premier coup de la platine pour les anciennes presses.

DE L'éffiEUVS.

h'épreuve est le premier tirage que subit une forme après son imposition. Cette opération se réitère à diffé* rentes reprises avant l'impression définitive , suivant la quantité des changements apportés successivement par les auteurs aux feuilles qu'on leur présente.

La première épreuve d'une feuille doit être lue a l'imprimerie par un correcteur qui la collationne avec la copie pour voir si le compositeur s'y est exactement conformé, en même temps qu'il relève les fautes qai peuvent exister sur l'original même. Cette opération

faite, Gin remet Véprèupe au compositeur, qni doit exécuter punctaellement toutes les corrections indiquées , pais faire tirer une deuxième épreuve. Si Touvrage do t la feuille fait partie n'est qu^une réimpression pure et simple , à laquelle il ne doive être fait aucun changement, on se contente de iàire relire cette seconde a rimprimerie, et le tirage dé6aiitif peut se faire après cette dernière lecture. Quant aux ouvrages d^auteurs vivants, qui sont susceptibles de subir entre la composition et rimpression des modifications plus ou moins importantes, plus ou moins multipliées, il est nécessaire de faire pour chaque feuille autant à*épreuueê successives qu^il se présente de nouvelles corrections à exécuter , et jusqu'à ce que l'auteur , l'éditeur , ou toute antre personne qui en ait le droit, autorise le tirage.

Dans tons les cas , et quelle que soit la quantité d^épreuves qui se tire sur une même feuille , l'imprimeur ne doit que deux lectures. L'une a toujours lieu pour la première de toutes les épreuves , qu'on appelle première typographique ; l'autre pour la dernière , qui est le hon à tirer.

Il existe encore ime autre espèce d^épreuves postérieure à celles ci -dessus mentionnées. Elle s'appelle tierce, La tierce est le premier exemplaire tiré au moment de l'impi^ession et dès que la forme est sous presse. Elle sert à vérifier les dernières corrections faites au bon à tirer ^ et à s'assui-er s'il ne s'est pas commis de nouvelles fautes , ou s'il n'est pas tombé quelques lettres pendant le transport ou le lavage de la forme. Quelquefob la tierce ne se relit pas entièrement , et l'on' ne

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fait qu'y jeter un coup d^œU. rapide; cependant, oamme il est malheureiuement vrai de dire qu^un volume sans tache est une perfection idéale, et qu'on ne saurait revoir trop souvent les épreupes -pcfar purger un livre des fautes qui peuvent encore y rester , on ne doit pas considérer comme une opération inutile la lecture des tierces, La correction d'un livre étant la plus réelle et la plus durable des qualités qu'ail peut réunir , on ne doit négliger aucun soin , aucun sacrifice , pour lui assurer ce genre de mérite.

Le tirage des épreupes est assez important dans.'SeB résultats pour que Ton y apporte plus de soin qu'on ne le fait généralement. La facilité de leur lecture dépend de cette condition ; et comme beaucoup d'autres causes exposent le travail du correcteur an risque d'être plus ou moins négligé , osa. ne doit point lui refuser cette chance de perfectionnement. Le tirage des épreuves doit être fait sur une presse affectée à cet usage, et par un ouvrier soigneux et expérimenté. La conservation des formes dépend beaucoup des précautions qu'on y apporte.

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