‹ Traité de la typographie (volume 3)Chapitre 41 sur 128 · JUSTIFICATION · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION

On ajipélle justification la longueur adoptée invariablement pour toutes les lignes d'un livre. IoA justification est généralement déterminée par le format ; en effet, il est conforme aux règles de Fart que la forme de la page et la distribution des marges soient proportionnées à la dimension du papier ployé. Toutefois il y a des cas auxquels ce principe n'est pas applicable. Far exemple , lorsqu'on cherche à faille im volume avec une matière qui ne le comporterait pas si Ton suivait les propoitions ordinaires à son format, ou quand on veut apporter une Recherche particulière à l'impression d'un ouvrage, on se sert de la justification du format immédiatement inférieur; il en résulte que les pages, qui sont les mêmes que dans le plus petit de ces formats , sont en moindre nombre dans la feuille , et conséquemment que le nombre total de feuilles augmente dans le rapport du nombre de pages de l'un des formats à celui des pages de l'autre. Ainsi , pour faire un volume inoctavo avec de belles marges, on prend \3i justification d'un in-douze. H s'ensuit que les mêmes pages qui tiendraient au nombre de vingt-quatre dans une feuille se réduisent à seize ^ ce qui produit sur le nombre total de

feuillêB une différenoe d'un tien, xm de moitié en sus. On prendrait de la même manière la justification inoctavo pcmr l'in-quarto , celle de Tin-dix-huit pour Tindouze , etc.

Dans un cas contraire, c'est-à-dire dans celui où Ton voudrait serrer le plus possible, pour faire entrer dans un espace donné une matière trop abondante, il faut opérer en sens inverse , et recourir à la justification du format immédiatement supérieur à celui qu'où a adopté; mais ce cas se reproduit plus rarement que l'antre, et en outre il offre de plus grandes difficultés.

Outre ce double moyen que l'on a d'emprunter la justification d'un format inférieur ou supérieur, il existe pour chacun plusieurs grandeurs de lignes, parce que l'on prévoit le fréquent besoin de faire entrer dans un nombre durnié de feuilles une quantité quelconque de copie, ou plusieurs autres circonstances qui exigent différentes modifications dans la^. justification d'un format.

On doit avoir soin toutefois, quand nulle raison n'oblige à faire différemment, de proportionner la justification au caractère, c'est-à-dire de choisir une longueur de lignes qui soit en rapport avec la force du caractère adopté. Par exemple un défaut grave , et qui se présente souvent , tant par manque de goût de la part des personnes qui président au travail des compositeurs et qui les dirigent dans leurs opérations, que par certaines convenances auxquelles on est forcé de céder , c'est l'alliance d'une ^e^te justification avec un gros caractère. D'ab«rd la vue en est choquée, et l'es-

pût «^explique facilemeat la cause de cetle sensation

désagréable. Il en résulte en effet, tantôt des lignes

trop serrées , tantôt d'autres au contraire trop lâches ,

ainsi qu'une multiplicité de divisions qui rend inévitable

la petite quantité d'espace à diminuer ou à augmenter.

Ixnrsque l'on commence l'impression d'un ouvrage

de poésie dans lequel il doit se trouver de grands vers,

on doit avoir soin de prendre une justification un

peu grande, et qui admette facilement lés longs vers

qui se rencontrent plus ou moins fréquemment dans

le cours de ces ouvrages. On peut même prendre cette

précaution sans pour cela allonger la page. En effet, la

plupart des lignes restant toujoura incomplètes, on n'a

pas à craindre le désagrément d'une page qui serait

carrée et lourde dans sa forme. On ne recourt toutefois

à cet expédient que pour obvier à l'inconvénient de

sortir de la justification ^ et de faire mordre la ligne

sur la garniture , ce qui pourrait arriver à chaque page.

On doit donc , avant de commencer un ouvrage de ce

genre, lorsque le caractère est déterminé, composer une

des lignes les plus longues qui s'y rencontrent , et tixer

hk justification d'après cette donnée.

Outre le cas mentionné ci-dessus , où l'on est forcé de sortir de la justification naturelle d'un ouvrage , il s^en présente quelqtiefois d'autres où soit le goût , soit la nécessité, obligent à employer cette ressource extrême. Par exemple, pour ce qui regarde le goût en matière typographique , on a souvent à faire entrer dans un titre une ligne qui dxât ressortir parmi les autres ; dans ce cas on peut agrandir des deux côtés, mais le

lOO PARTIE I, CHAPITRE III.

mohu possible, Ia Justification reçue. Les diveraes csiiv constances où cela se fait par nécessité sont celles où il faut renfermer dans une seule ligne une opération de mathématiques, placer dans le milieu d'un texte ou dans le corps d^un ouvrage des tableaux qui demandent plus d'extension, etc. Pn doit user avec le plus de réserve possible de cette licence , qui entraîne le double inconvénient de ùâre modifier les garnitures et de prendre sur les maires ordinaires du papier; on doit se rappeler toujours que Finvariabilité de la Justification est un principe constant en typographie, et que des cas exceptionnels, loin de le détruire, ne font que le ooniirmer.

hcB Justifications sont généralement déterminées par des interlignes , qui , étant fondues suivant une mesure donnée qui sert d^uuîté commune, sont ordinairement d'une seule pièce pour les formats jusqu'à Tin-quarto , et quelquefois de deux pour les formats supérieurs.

On açipàle Justifier une ligne, la mettre de longueur avec les autres; cela se fait au moyen du composteur, qui sert de mesure pour toutes les lignes d'une Justi" fictttion.

On justifie une ligne de prose en jetant des espaces on en diminuant celles qui y sont, de manière à tomber juste à un mot , ou à une bonne division de mot , et en ayant soin que cette réparation des espaces soit toujours régulière. La même difficulté n'existe pas pour les lignes de poésie ; il suffit de mettre primitivement des espaces ^ales; ensuite, comme la ligne est rarement pleine, à quelque point de hi Justification qu'elle

se termine, on remplit Pexcédant avec des espaces ou des cadrats, suivant le besoin.

On justifie une ligne perdue en plaçant au milieu de la justification les mots qu^elle contient y et en remplissant, de cadrats les blancs latéraux.

Justifier le composteur , c^est le monter à xme Justin fication reçue, quelle qu^eUe soit.

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