ALINÉA
Quoique ce mot s'explique de lui-même , et semble n'avoir pas besoin de définition ^ il est nécessaire toutefois de faire connaître les variations qu'il peut
recevoir, tant dans sa valeur même y que dans sa disposition typographique.
L'alinéa sert à marquer dans le discours une pause plus prononcée y plus définitive que le point, qui est dans la ponctuation le signe de la plus grande valeur. Ainsi y lorsque Ton passe d'un fait ou d'un raisonnement à un autre j ou d'une partie de sujet à une autre partie , il ne suffit pas d'indiquer que la phrasé est terminée ; il faut encore séparer non*seulement par un point d'arrêt plus marqué , mais même par un certain intervalle, les dififérentes périodes du discours: tel est le but 'de l'alinéa.
Dans la prose , il sert bien , comme son nom le fait entendre , à reporter à une autre ligne la suite du sujet que l'on traite; mais il serait peut-être ctHive"nable qu'il eût , pour la poésie , une dénominaticoi difiEérente, puisque chaque vers commence de fait une nouvelle ligne. Quoi qu'il en soit de son impropriété dans ce dernier cas, admettons «le ou plutôt maintenons^le ici comme terme de convention , tout en regrettant le mot couplet [déjk reçu, en ce sens, dans le langage littéraire ) , ou quelque mot analogue qui nous semblerait plus exact et plus conforme à ce genre de texte.
Dans les ouvrages en prose et dans les pièces de vers dennême mesure , la première ligne des alinéas est renfoncée d'un cadratin. QuelqudTois, lorsque cette ligne est trop serrée , on se permet de prendre quelques points sur le cadratin pour jeter un peu plu5
d'espace entre les mots. Il est , en effet , moins ridicnle de voir ce blanc un peu diminué que des mots trop rapprochés les uns à,es autres ; cependant c'est encore une licence dont il faut s'abstenir le plus possible.
DansJes pièces en vers libres , où les renfoncements îndiqueQt^es différences de mesures, on marque les alinéas par une ligne de blanc. Dans la poésie divisée par strophes , ou par stances y on les sépare par un nombre plus ou moins grand d'interlignes déterminé par la longueur de la page , mais approchant autant que possible de la valeur d'une ligne.
Quelquefois dans la prose même on sépare certains alinéa^ par une ligne de blanc y loi*sque l'ordre du discours exige une transition plus marquée.
On ne commence pas une page par la dernière ligne d'un aUnéa, à moins qu'elle ne soit pleine.
TITEE.
n y a dans la typographie plusieurs espèces dt titres* Les trois principales sont le lûre proprement dit on /roniisptce , \e faux-tUre , et le titre courant.
Le titre oa ffùntispice d'un ouvrage est une page qui se place au commencement d'un volume y pour faire connaître et la dénomination de l'ouvragH y et la matière qu'il traite , ^ loi nom de son auteur. Cette page est naturellement la jplus remarquable de tout le volume, parce que c'est sur elle que se porte d'abordl
rattention et qu'elle inmte le plus, tant pour le fond que pour la forme. Comme c'e«t le tare d'un ouvrage qui^ sous ce double rapport , en donne au lecteur la première idée , et que cette sensation primitive , soit qu'elle flatte , soit qu'elle offusque l'esprit ou les yeux , y laisse souvent une impression plus ou moins durable , l'auteur et le typographe doivent réunir leurs efforts pour opérer une prévention favorable. L'un 9 par la simplicité et la brièveté qu'il mettra dans la rédactioA du titre, doit donner une idée complète autant que possible du contenu de l'ouvrage , en s'attachant toutefois à stimuler la curiosité du lecteur; l'autre , par l'heureuse combinaison des lettres et l'habile disposition des lignes , doit offrir à l'œil du connaisseur un aspect régulier sans monotonie j et agréablement varié. Sans élever nos prétentions jusqu'à vouloir donner aux écrivains des préceptes de style , nous nous permettrons , à titre de conseil ou simplement d'observation , de leur recommander y seulement pour les titres de leurs productions, la précision et la clarté. Souvent la forme de cette page, qui au fond est d'un intérêt trèssecondaire, acquiert une importance majeure par l'influence qu'elle exerce sur cette masse de lecteurs frivoles qui n'achètent des livres que pour satisfaire leurs yeux , ou qui cèdent à la séduction du titre.
Ce conseil ne saurait s'appliquer, sans doute, aux productions du génie, consacrées par le temps et par un mérite incontestable , et dont le succès est indépea*
dant de ces faibles considérations ; mais il s'adresse surtout aux ' anteurs qui y débutant dans la carrière littéraire y et privés des avantages d'une grande réputation y livrent à un public léger et généralement mal prévenu la frêle existence de leur premier-né. Pour nous, que l'expérience a instruits à. juger ces différents effets y qui sommes continuellement à portée de' passer en revue et d'envisager d'un œil indifférent et impartial les ouvrages de tous genres auxquels nous procurons les honneurs de la publicité ^ nous nous permettrons de leur interdire cet amas de mots ambitieux y cet étalage de titres et de qualités ,'^ui donnent souvent au livre un vernis défavorable ; et nous les engagerons à se. renfermer dans les bornes d'une modestie bien entendue, quant à ce qui les concerne personnellement, comme à ne rien dire au-delà de ce qui est rigoureusement nécessaire pour faire connaître au lecteur l'objet de leujr ouvrage.
Quant à la partie typographique da litre, quoiqu'on ne puisse guère lui appliquer une théorie invariable à cause de la grande diversité et des difficultés non^breuses qui s'y rencontrent , nous nous efforcerons néanmoins de réunir et de présenter ici les différentes dispositions sanctionnées par l'usage et par le goût , afin d'en former, s'il est possible , un corps de principes pour cette partie. Si cette méthode ne peut suppléer entièrement au tact qui manque souvent aux ouvriers chargés de composer les iûres et aux correcteurs qui négligent d'en rectifier les défauts ,
nous espérons que les uns et les autres y puiseront des préceptes généraux qui , s'ils yeuléîit bien s'en pénétrer ayee quelque attention , les empêcheront du moins de s'écarter des premières notions du bon goût. Nous allons donc établir et développer les principales règles qui concernent la disposition des tares. ''
Le premier soin d'un ouvrier qui a un /2/r« àr com* poser doit être de lire attentivement la matière que ce iilre doit contenir , et , après s'être pénétré du degré d'importance de chacune de ses parties , de distribuer les mots , et de former les lignes de manière à faire émaner de l'importance apparente de ces indications l'importance réelle des idées qu'elles présentent , le lecteur devant naturellement proportionner son attention à l'impression transmise à son esprit par Torgane visuel. La disposition que nous prescrivons ici est souvent contrariée par la nécessité de se conformer aux usageâ de la typographie , ou au moins de respecter des règles dont on ne s^est jamais écarté. Dans des cas semblables ( et ces cas se reproduisent fréquentiment , surtout dans les pet,its formats où la gêné de l'ouvrier a cet égard est encore aggravée par le défaut d'espace ) , le grajid talent du compositeur, ou de celui qui le dirige dans ce travail , est de concevoir et d'exécuter ui^e distribution de lignes telle que le^ liiots qtie renferme chacune d'elles offrait un sens, complet autant que possible , et y figurait suivant Timportaïice de leur obJÈft, en con-
serrant toutefois un aspect agréable et régulier : il conciliera ainsi l'utilité du tare avec l'intérêt de Tart.
Il serait impossible de prescrire une marche invariable pour> la composition des titres. La diversité des matières y celle du nombre de lignes, et beaucoup d'autres circonstances de tout genre s'opposent à ce que rarement deux titres soient faits d'après les mêmes bases; aussi serait-il ridicule de prétendre indiquer comme règles les caractères et les dispositions à adopter pour chaque format. On ne peut donner à cet égard que des préceptes négatif ^ c'està-dire signaler les défauts qu'il convient d'éviter, toutes les fois qu'il n'en résultera pas , sous d'autres rapports , des effets trop choquants.
On se gardera donc : 1* de commencer un titre par une ligne pleine ou par celle qui offrirait les plus gros caractères de la page ; dans le cas de nécessité absolue ) il faut chercher à prévenir cet inconvénient en plaçant l'article seul en ligne perdue, si cela est possible , ou par tout autre moyen auquel on pourra recourir ; 2*" de composer du même caractère deux ou plusieurs lignes consécutives , à moins qu'elles ne forment un sommaire ; car dans un titre soigné , on n'emploie jamais deux fois le même caractère , lors-* qu'il y a moyen de s'en dispenser; 3** de faire deux ou plusieurs lignes consécutives ou rapprochées de même longueur, si ce n'est encore dans un sommaire ; or , il est toujours possible d'éviter cette faute*
en grossissant ou en aiFaiblissant les lignes atÛTant le besoin; 4° de donner à trob lignes consécutives, ou plus, la forme d'un cul-de lampe, c'est-à-dire d'un cône droit ou renversé. Cette diqK>8itioD n'est supportable que pour la partie inférieure de la page, laquelle peut se terminer en pointe. La forme ovale est celle qu'il convient de donner , autant que possible, au contour du titre.
Pour qu'un tUre soit bien fait et qu'il, flatte l'œil du lecteur , ou plutôt de l'amateur , il ne suffit donc pas que la combinaison des différents caractères soit telle qu'elle doit être d'après les règles d&la typographie^ et que les lignes , considérées isolément, offrent toutes les convenances relatives ; il faut encore que la réunion de ces lignes présente , par une <tistributioii agréable et bien conçue , un ensemble barmcHiieax , semblable à ces productions des beaux -arts qui excitent en nous une admiration spontanée , et font naitre dans notre imaginaticm le sentiment du beau. Or, pour arriver à ce degré de perfection où doivent tendre les efforts d'un typographe zélé , il y a dem conditions essentielles à observer , ce sont la proportion des caractères, relativement au format c% à leur position respective; puis la répartition bien combinée des interlignes et des espaces.
U serait superflu , ainsi que nous venons de le dire , d'indiquer les caractères à employer pour les titres dans les différents formats. La force des caractères est déterminée et par la largeur des pages et par le
contenti des lignes ; seulement on doit toujours avoir soin de les approprier les uns aux autres , de les espacer convenablement, et de conserver entre les lignes un intervalle raisonnable. Leur proportion réciproque exige la même attention ; elle doit toujours être réglée par le degré d'importance relative des idées exprimées par chacune des lignes. L'usage et le goût suppléeront à ^impossibilité où Ton est de donner à cet égard des règles positives et invaria'bles, à cause de la multiplicité et de la diversité des circonstances qui peuvent se présenter , et dont l'influence inévitable , en y apportant autant de changements et de modifications , détruiraient cette théorie.
Les distances des lignes entre elles doivent aussi être proportionnées au nombre de lignes du litre , mais toujours de façon que les différentes parties dont il se cofnpose soient bien distinctes , et que leur séparation soit indiquée par un blanc un peu plus fort. Nous enteiidons par ces mots parties du litre , les divers membres de phrases susceptibles d'être présentés isolément comme servant de transition d'un objet à un autre. Tels sont le titre proprement dit, ou la dénomination de l'ouvrage; les idées accessoires qui s'y rattachent, comme les sommaires ou développements dont il est souvent accompagné ; le nom de l'auteur et ses qualités ; celui dé l'éditeur , annotateur ou traducteur; la cote du volume; le lieu et la date de l'impression; le nom de l'imprimeur ou lip libraire-éditeur ; le millésime , etc.
Lorsqu'un titre est chargé , c'est-à-dire quand la matière en est abondante , il faut ^pour le simplifier à l'œil autant que possible, ne mettre en lignes saillantes et détachées des autres que les mots qui doivent indispensablement ressoitir , et réduire en sommaires les parties d'un intérêt secondaire , tels que les développements du titre placés ordinairement sous la rubrique d'un de ces mots : précédé , accompagné, suivie etc. Cette méthode a le double avantage de conserver les espaces nécessaires , et de fticiliter la lecture en réunissant dans un seul caractère un certain nombre de lignes qui , étant distinctes Tune de l'autre et paraissant offrir chacune un intérêt particulier, fatigueraient et la vue et l'esprit. De même que l'auteur ne doit dire que ce qui est strictement nécessaire , et en outre l'exprimer avec toute la brièveté possible ; de son côté, le typographe doit centraliser les idées de même catégorie , les resserrer dans le cadre le plus étroit possible , et , de concert avec l'auteur , s'attacher à ne présenter à l'œil que des sommités.
Dans le cas contraire , c'est-à-dire lorsque la rédaction en est naturellement simple et brève , alors il est permis démultiplier les lignes; mais cette nudité apparente , lorsqu'elle est déguisée avec art , devient une simplicité noble ^ que l'homme de goût apprécie et recherche. Néanmoins , comme la disposition da titre exige quelquefois que l'on fasse une ou plusieurs lignes de plus pour que la page présente une forme
ag;réable, il est permis de mettre en ligne perdue soit Tarlicle le^ la, les, qui peut précéder le tare , soit la particule conjonctive de ou la préposition par, qui lient deux parties de phrase , soit la conjonction ou, qui est le signe d'un double titre. Il est permis aussi j dans le cas où le titre est composé d'un trèspetit nombre de lignes , et qu'il y a trop d'intervalle entre elles , de raccourcir la page, pour faire disparaître les blancs ridicules ou superflus qui résulteraient d'un excès de laconisme.
Les mots qui servent à distinguer les différentes périodes du titre, tels que précédé, accompagné, suivi, et autres également en usage j se mettent ordinairement en lignes perdues ; et comme ils ne servent qu'à indiquer la transition d'une partie à une autre , on peut se servir , pour les composer , de petites capitales très-fines.
La tomaison du volume se place après la sérié entière des diverses portions du titre , et préfcède immédiatement le fleuron ou filet qui sépai'e le haut de la page de sa partie inférieure.
Cette partie inférieure contient ordinairement lé nom de la ville où l'ouvrage s'imprime , ou le lieu de la mise en vente ; au-dessous> le nom de l'imprimeur , ou y de préférence , celui du libraire chargé du débit. Lorsqu'il y a plusieurs noms à placer y chacun doit être rangé séparément , et sur autant de lignes. On place à gauche le mot chez , auquel aboutit une accolade qui embrasse la totalité des lignes dénomina-
tives ; ou bien on ne le met qu'à la première y et on le remplace aux suivantes par un moins. Quelquefois même on retranche la préposition ou le signe équi* valent j ce qui donne plus d'élégance. Si le nomlw.e de ces lignes était trop considérable, il vaudrait mieux ne mettre au bas de la page que le nom de l'imprimeur, et rejeter au verso Axk faux4ilre , c'està-dir^ en regai*d du titre , le nom de la vUle et ceux des libraires. Si ces derniers noms peuvent se placer au litre , ce qui est plus convenable , on mefc au verso à\k fauX'titr^ le nom dé l'imprimeur. Dans tous les cas , il faut toujours mettre au titre même le nom de la ville , soit qu'il se rapporte au lieu d^ rimpression de l'ouvrage ou bien à celuidesapublicatiqa. Le naillésime, qui sert de date à l'impression , termine la page , et doit être séparé par un filet de l'indication précédente. On le met, soit en chiffires arabes , soit en chiffres romains. Cette seconde manière est préférable pour la grâce du titre \ l'autre , pour la faci* lité de la lecture* Les chiffres arabes, souvent inégaux sous le rapport de la hauteur, privent de régularité la base du frontispice , celle de toutes les parties qui semble en avoir le plus de besoin.
Lorsqu'une ligue , dont l'importance dans \m titre exige qu'elle soit présentée d'uue manière très«€tail« lante, contient trop de lettres pour entrer dans la justification , soit à cause de la longueur des mots dont elle se compose , soit par leur trop grand Qoiubre , il vaut mieux allonger un peu la justification y sH toute*