VIGNETTE
On comprend sous ce nom générique les cadres , fleurons , culs-de-lampe, ou autres accessoires qui ne servent qu'à Tembellissement d'un livre. Autrefois lusage des vignettes était beaucoup plus répandu que de nos jours. Presque tous les livres , quel qu'en fut le sujet , portaient sur leur frontispice et en tête Ae leurs parties principales des ornements emblématiques. Des dessins en festons de toute la longueur des lignes traversaient fréquemment les pages , et couronnaient les titres qui marquaient les divisions du livre. Quant au fleuron placé sur le frontispice, cette habiteide venait de ce qu'alors les libraires et les imprimeurs prenaient une enseigne et quelquefois une devise, et que l'un ou l'autre , en revêtant le livre de cette marque j lui donnait un caractère de propriété qui pouvait en rendre la contrefaçon plus difficile. Maintenant ils y placent simplement leur chiffre ou initiales entrelacées ; encore tous ne le font-ils pas. Il arrive parfois qu'à la fin des différentes pièces contenues dans un livre on mette quelques ornements de ce genre. Il y a plus d'un écueil à éviter pour savoir les rendre agréables. On doit d'abord apporter un discernement scrupuleux dans le choix qu'on a à en faire , et s'attacher autant que possible à ce que les sujets qu'ils représentent soient toujours appropriés à la matière qui les précède. Si cela ne peut se faire , par ime
raison quelconque , il vaut mieux dans ce cas employer des vignettes insignifiantes, telles que des rosaces , des arabesques , ou autres dessins empruntés à l'architecture , et qui , si elles n'ont pas le mérite de cette conformité avec le sujet, n'ont pas du moins l'inconvénient dechoquer Ik^ vue par leur discordance. Il £Biat aussi avoir toujours soin d& proportionner la dimension des vignettes à l'espace qui doit les recevoir. On les place au milieu de la justification , et on laisse un peu moins de blanc en tête qu'en pied.
Tous les ouvrages ne sont pas également propres à admettre des ornements ; il y en a même un grand nombre dont le genre grave et sévère exclut ces frivolités , qui y produiraient une sorte d^ contradictipn. Dans tous les cas , et en supposant qu'ils ne soient pas inopportuns , il faut en user sobrement , •et n'employer que ceux qui puissent satisfaire tous les yeux sbu^ le double rapport de leur dessin et de leur gravure.
L'usage des ornements est- du reste une chose toutà'fait arbitraire , et à l'égard de laquelle on ne peut établir aucune règle positive. C'est aux compositeurs , ou aux chefs qui les dirigent dans leurs travaux , à faire, relativement à leur placement, tel choix ou telle combinaison qu'ils jugeront susceptibles de plaire par une originalité exempte de bizarrerie ou par une simplicité de boii goût.
Il existe un genre de vignettes composé de dessins continus et qui servent d'encadrements. Elles sont
fondues sur toutes sortes de corps , depuis la Nompareille jusqu'au Triple-Canon , et même au-delà.