GALÉE
La galée est une planche de forme rectangulaire ^ garnie en dessus d'un tasseau qui règne dans toute la longueur des deux côtés formant l'angle inférieur de la droite, et en dessous, de deux chevilles placées à des angles correspondants , et qui servent à la fixer. Elle a pour objet de recevoir les lignes qui sortent du composteur, et c[ui sont appuyées sur son rebord , jusqu'à ce que , étant en nombre sufiSsant pour former une page, on les lie ensemble pour les chanjg^er de place.
L'épaisseur de \si galée doit être proportionnée à la force et au poids des caractères qu'elle doit contenir; elle est , dans son n^inimum , de six lignes , et de dix-^ huit dans son maximum. Quant à sa dimension , qui éprouve des variations plus marquées , elle est déter-p minée ordinairement par le format des pages à l'usage desquelles elle est destinée. La galée y telle que nous venons de U décrire , est celle dont l'emploi est le
phis général. Elle sert dans tbus les petits formats et jusqu'à rin-octavo inclusivement , parce que dans tous ces cas on peut facilement enlever la page avec les deux mains pour la transporter ailleurs. Mais celles dont on se sert pour les compositions in-quarto et infolio sont d'une construction différente; et voici ce qui les distingue des autres, outre la supériorité de leur dimension. Le côté de la galée qui est parallèle à sa base, c'est-à-dire celui qui concourt à for^ner l'angle supérieur de la droite, est également bordé d'un tasseau semblable à celui des deux autres , en sorte qu'il ne reste qu'un côté découvert. La partie qui forme le corps de la galée est à double fond ; elle se compose de deux planches , dont l'une est fixe : l'autre , en forme de tiroir, entre et sort au moyen de rainures pratiquées sous les tasseaux et d'une poignée attenant au côté ouvert. A l'aide de cette seconde planche , que Ton nomilie coulisse , on enlève facilement la page que les deux mains du compositeur ne pourraient embrasser, et on la glisse rapidement sur le porte-page , ou sur le marbre si l'on doit l'imposer de suite. On4)lace sa galée dans un sens diagonal , sur la partie droite du haut-de-casse , qui est d'un usage beaucoup moins fréquent que le reste , et l'on a soin de l'arrêter solidement en l'accrochant aux cassetins par les chevilles , et de lui donner une position telle que les lignes qu^elle contient ne soient pas exposées à tomber.
Les galées exigent le plus grand soin dans leur
confection. Elles doivent étve dressées avec une justesse extrême , surtout dans les angles , où Téquerre doit être parfait. Sans cette condition y le compositeur, qui repasse souvent dans la galée la justification de ses lignes /pourrait être induit en erreur par Tinégalité du coin et des côtés ; il se livrerait à un travail dont il reconnaîtrait ensuite l'inutilité , en se voyant obligé de rétablir les choses dans leur premier état« Il est aussi très-important qu'on emploie à leur fabrication un bois qui ne soit pas de nature à se fendre ou à se cintrer, en un mot qui soit le moins possible sujet à travailler. Les bords de Isl galée n'ayant d'autre objet que de maintenir les lignes , il n'est pas nécessaire qu'ils aient plus de cinq lignes de hauteur ; et même l'excédant serait nuisible et empéch^:*ait l'ouvrier de manier librement ou de reprendre à sa volonté les lignes qu'il a placées dans la galée*
Il y a une autre espèce de galée y qui consiste simplement dans une planche à rebords placée en pente , et plus ou moins longue et large , suivant que le permet l'emplacement qui y est destiné. Elle sert aux metteurs en pages , qui ont des parties de composition à conserver, telles que les lignes de pied , titres courants , pages blanches , etc. , qui peuvent redevenir nécessaires dans le cours de l'ouvrage. Ces galées servent aussi à recevoir les gros caractères et les lettres de deux points^ qui, plus faciles à endommager , se détériorent promptement dans des casses ou dans des casseaux. A cet effet, on établit, au moyen
de réglettes minces , des séparations yerticales dont rinteryalle est mesuré sur la force de corps des lettres ; CD place dans chacun de ces cassetins les différentes sortes par ordre alphabétique , en mettant Tœil en dehors ; elles se trouvent ainsi préservées du contact des autres lettres.