‹ Traité de la typographie (volume 5)Chapitre 97 sur 126 · PAPIERS · texte numérisé non relu

PAPIERS

La connaissance des papiers est un des éléments de rinstruction typographique. Un imprimeur doit avant tout savoir les qualifier sous le rapport de leur format; il doit savoir les apprécier au tact et à la vue. Il y a dans ce g^enre de fabrication une foule de défauts dont aucun ne doit échapper à son inspection , et que Tœil doit avoir relevés avant qu'ils ne se soient manifestés au tirage.

Les principales qualités d'un papier sont celles qui constituent sa régularité , telles que Fégalité des feuilles quant à la dimension , à l'épaisseur et ' à la nuance. C'est à ces trois conditions qu'il faut surtout s'attacher, comme étant celles dont l'omission est le plus préjudiciable à la confection des livreis. L'inégalité de dimension» détruit la combinaison des blancs , et diminue d'autant les marges extérieures ; celle de l'épaisseur opère dans le foulage , et par conséquent dans l'impression , une différence sensible ; enfin l'inégalité de nuance occasione de ces disparates qui déparent et déshonorent un volume. Indépendam-

ment de ces défauts , on doit examiner si les feuilles sont terminées bien carrément , si elles ne contiennent pas de ces plis qui se forment à la fabrication , €t qui , ne pouvant disparaître au tirage , divisent les lettres qui portent dessus f si elles n'ont pas de ces parties faibles formées par des gouttes d'eau qui tombent sur la pâte encore liquide, et qui reproduisent infailliblement les mêmes faiblesses dans le tirage.

Comme il y a des papiers de diverses qualités et de divers choix, il serait injuste d'exiger pour tous la même perfection ; mais il n'en est pas mmns vrai que oeux qui ne réunissent pas les différente^ conditions que nous venons d'indiquer nuiisent plus ou moins au tirage , dont la qualité dépend en grande partie de la nature de cet élément.

Il existe une quantité considérable de formats de papiers ; nous nous bornerons à donner ici la nomenclature de ceux qui sont le pins usités dans l'imprimerie , et dont les autres ne sont en quelque sorte que des modifications. Us sont ci-après désignés suivant la progression ascendante de leurs dimensions.

Tellière , Couronne, Ecu, Carré , Cavalier, Grand- Raisin , Jésus , Colombier , Grand - Aigle , Grand- Monde.

Avant d'entrer dans quelques détails sur l'emploi le plus fréquent de ces différentes espèces de papiers, et de présenter les particularités relatives à chacune d'elles , nous ferons remarquer les deux distinctions principales à établir dans un même format , savoir

le papier vergé et \e papier vélin. Les vergeures sont de petits linéaments horizontaux et très-rapprochés dont Tempreinte est opérée sur les feuilles par les fils de laiton qui composent le tissu des formes sur lesquelles la pâte s'étend et se fige à la fabrication. U y a une autre marque distinctive dans les papiers vergés; ce sont des lignes parallèles entre elles et perpendiculaires aux vergeures , 'qu'on appelle pantusêaux. Les pontuseaux sont également distants dans une même feuille ; mais cet intervalle , qui n'est déterminé par aucun motif d'utilité , est entièrement arbitraire quant à sa fixation primitive.

Le papier vélin né porte ni vergeures i^i pontuseaux. Le tissu de la forme qui sert à sa fabrication est plus fin et plus serré , et ne laisse apercevoir de linéaments dans aucun sens. Ce genre de papier est ordinairement fait avec la pâte la plus fine, et fabriqué avec des soins particuliers.

Le papier tellière , vulgairemept appelé papierministre , sert aux impressions de bureau. Il en est de

même des deux formats supérieurs, la couronne et

1» f ecu.

Le carré est de tous les papiers d'impression le plus

généralement usité. On peut évaluer sa consommation

à soixante-quinze rames sur cent de tous les fi>rmats.

U y a une sorte de carré collé que l'on appelle coquille,

et qui est d'un emploi assez fréquent) notamment

pour les impressions d'ouvrages de ville. Le carré,

comme tous les papiers d'impression qui n'ont point

à recevoir récriture , est ordinairement sans colle ou légèrement collé. La colle donne de la consistance 9M papier; mais elle nuit quelquefois à sa blancheur ^ et souvent elle lui donne une rudesse qui le rend moins accessible à Fencre, dont il doit s'imboire sans effort.

Le cavalier est un format récemment admis , et qui est intermédiaire entre le carré et le grandraisin.

Le grand-ràisin est, après le carré, le format le plus fréquemment employé. On s'en sert , soit pour des ouvrages imprimés avec un certam luxe typographique y tels que les parties d'éditions qu'on appelle grands -papiers, soit pour des volumes compacts ou à colonnes , et dans le cas où la dimension du carré serait insuffisante.

Les autres formats , c'est-à-dire lejésus, le colom-bier^ \e grand-aigle et le grand-monde, sont de moins en moins usuels en raison de l'accroissement de ces dimensions. Ils ne servent guère qu'à de grands registres , à des textes de gravures , à des placards ou à des tableaux.

Nous n'étendrons pas plus loin nos observations sur les différents papiers usités dans l'imprimerie. Nous avons dû nous borner à présenter ces produits sous le rapport de leur application à l'art typographique , et omettre les détails relatifs à leur fabrication.

RAllË, Ki^IN y FEUILLE.

La rame se compoae de cinq cgdXs feuilles , disposées ordinairement par cahiers de vingt-cinq ^ai'Z&f chacun que l'on appelle mains.

Certaines fabriques ont Thabitude de laisser les feuilles ouvertes; et souvent dans ce cas elles en font des paquets de mille. Cet arrangement a quelques avantages , et notamment celui d'éviter le pli du milieu, qui disparait difficilement, malgré la trempe, sans laisser des rides ^ et qui porte sur l'impression dans certains formats, tels .que l'in-douze et l'atlas.

Mais le bénéfice de cette méthode est loin de compenser les inconvénients qu'elle peut occasioner, et avant tout celui de rendre impraticable la vérification du nombre Aa feuilles , la perte de temps qu'elle nécessite en forçant à les compter une à une y et les risques auxquels elle expose d'opérer des tirages incomplets.

Il faudrait , pour obvier à ces inconvénients tout en conservant ces avantages , que les fabricants eussent le soin, en tenant \es feuilles ouvertes, de séparer chaque muin par une marque. Cettç précaution préviendrait toute erreur.

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