MISE SOUS PRESSE
Tous ces soins ayant été pris, et avant de mettre sous presse , on se fait une mesure qui indique l’endroit où tombe l’extrémité des pinces On procède ensuite à la mise sous presse, au calage des formes et au placement des cordons. Après avoir placé les formes sur le marbre, les coins en dehors, on prend une feuille pour faire la marge ; on la plie comme il a été indiqué pour la presse manuelle, en donnant dix-huit à vingt-quatre points de prise , selon que l’approche des pinces à la transmission est plus ou moins rapprochée. On remplit ensuite le vide qui peut exister entre les châssis et la gorge du marbre avec des cales en bois ou en fonte.
Le calage des formes est un point essentiel ; il faut qu’il soit consolidé avec soin. Il se fait ordinairement comme il suit ; deux petites cales à la gorge pour chaque forme; à la sortie, des cales en fonte réunies par un biseau double , qui se serre au moyen de coins chassés avec force L
1 On obtient cette mesure, qu’on appelle pige, en marquant les sangles avec du blanc à l’endroit de la gorge où les pinces se terminent. Après avoir fait un tour à la main, le blanc qui a décalqué sur les bandes de support des marbres indique juste l’endroit jusqu’où l’on peut descendre les formes sans courir le risque de les écraser avec les pinces.
2 Nous signalons ici le calage Derriey, qui est aussi très -solide, et offre plus de sécurité que le calage Boildieu. Il consiste en garnitures en fonte s’emboîtant les unes dans les autres, et serrées au moyen de vis qui ne peuvent se desserrer pendant le tirage.
Avant de serrer les cales définitivement, il importe de desserrer la forme, de mettre le châssis d’aplomb sur le marbre, et de taquer très-doucement; puis il faut serrer en se servant du décognoir en bois, afin d’éviter les coups' de marteau sur le marbre ou les pages et les châssis qui lèvent. On devra ensuite s’assurer si rien n’est exposé à être entraîné par les rouleaux.
Soit que la machine marche en double, c’est-àdire à deux feuilles à la fois, soit qu’elle marche en simple, on doit arrêter les formes des quatre côtés, de façon que la trépidation ne puisse les déplacer dans aucun sens. S’il y a des gravures dans les formes sous presse, on doit procéder à la mise de hauteur avant de serrer et de passer au côté de première. Le conducteur doit avoir dans son outillage un pont de hauteur. C’est une plaque de fonte ou de cristal sur laquelle s’élèvent deux tiges à la hauteur de la lettre ; une tige transversale en fonte repose sur les deux premières, et forme un pont sous lequel on passe le cliché, qu’il est facile alors de mettre de hauteur au moyen d’épaisseurs de papier.
Il est indispensable de tenir les bois un peu plus hauts que le texte. Dans un bois où il y a un ciel, on devra tenir la partie où est le ciel plus basse que le premier plan. Ces différences doivent être très-peu sensibles, et surtout ne pas compromettre l’aplomb du bois sur le marbre \ ce qui pourrait
1 On remédie aux inconvénients que présentent les clichés dont les blocs auraient joué, ou se seraient déjetés, en faisant donner quelques traits de scie dans le pied de ces blocs, ce qui permet de les mettre plus facilement d’aplomb.
TIRAGE
occasionner du papillotage ou du plissage sur certaines parties de la gravure. Les bois étant de hauteur, la forme bien serrée , le coup d’œil du maître doit être donné. Nous entendons par là que le conducteur, avant de faire faire un tour à la machine, doit visiter toutes les parties où il a pu déposer un outil quelconque, ou des interlignes, des cales, etc. Cela fait, et le marbre du côté de première étant amené, on procède au placement des cordons. Pour cela il faut avoir une règle, de la largeur du marbre, sur'laquelle on aura indiqué les blancs au côté de deux. Il est facile alors de placer les bagues et de fairé mouvoir les cordons et leurs poulies juste au point qu’ils doivent occuper pendant le tirage. Les cordons placés, on fait pour les formes du côté de première ce qu’on a fait pour celles du côté de deux, en les plaçant aussi juste que possible aux points indiqués par la pige établie au côté de deux.
Lorsque les formes sont arrêtées et calées, on procède à la justification des pinces. Avant de mettre les rouleaux, on engage une feuille dans les pinces, les taquets de la marge ayant été approximativement fixés. On fait faire un demi -tour, et la feuille imprimée en blanc montre si les formes et les taquets sont bien placés. Il est important de ne pas trop rapprocher les formes de la gorge du cylindre , de façon à ne pas avoir trop de prise lorsqu’on régularise la marge , et à ne pas courir le risque de voir les pinces écraser le caractère sur les bords des pages. Un conducteur prévoyant doit pourvoir à tous ces détails, et tenir compte de ce qui fait l’objet
des observations précédentes , avant de commencer sa mise en train. Les pinces jouent un très -grand rôle dans le registre , et après qu’elles ont été arrêtées à leurs places respectives, c’est-à-dire s’emboîtant les unes dans les autres, on doit s’assurer qu’elles prennent bien la feuille d’ensemble et sans la faire goder, qu’elles la transmettent exactement sans que les pinces du côté de première buttent contre la feuille ou les pinces du côté de deux; il faut aussi qu’elles serrent également et avec force sur les caoutchoucs des poupées. On doit éviter qu’une pince se trouve en face ou trop près d’un cordon, ce qui ferait déchirer la feuille.
Il existe différents systèmes de pinces; mais les pinces en cuivre de Normand et Perreau sont préférables à toutes les autres. Leur principal mérite est leur solidité, et leur résistance lorsque la feuille est en pression. Les caoutchoucs sur lesquels les pinces s’appuient fortement empêchent la feuille de glisser et d’éprouver du retard au côté de première , ce qui arrive très-souvent avec les pinces en acier reposant sur des poupées en cuivre cannelé.