‹ Traité de la typographieChapitre 87 sur 199 · RANG · texte numérisé non relu

RANG

Le rang est une table inclinée en forme de pupitre, garnie d’un épais rebord le long de sa partie inférieure , et soutenue à ses deux extrémités par un tréteau. C’est sur cet échafaudage que la casse est montée. On dispose horizontalement au-dessous du

2oO

pupitre une ou plusieurs tablettes sur lesquelles on place les paquets de composition ou de distribution, les pages préparées pour rimposition, et généralement tout ce qui est à F usage du compositeur. Ces tablettes régnent d’un tréteau à l’autre. 11 y a des )‘ancjs d’une ou de plusieurs casses ; ces derniers sont soutenus par des tréteaux intermédiaires. .

La table et les tréteaux d’un rang étant destinés à supporter des poids souvent considérables, un bois épais est nécessaire pour leur établissement. Les tablettes sont ordinairement en sapin.

La galéc est une planche de forme rectangulaire, garnie en dessus d’un tasseau qui règne dans toute la longueur des deux côtés formant l’angle inférieur de droite, et en dessous de deux chevilles placées à des angles correspondants, et qui servent à la fixer. Elle a pour objet de recevoir les lignes qui sortent du composteur, jusiiu’à ce qu’elles soient en nombre suffisant pour faire une page. Les deux tasseaux placés en angle droit servent d’appuis aux lignes (lu’on dépose dans la galée.

Son épaisseur est proportionnée à ses dimensions et à la masse des caractères qu’elle doit contenir; elle varie de deux à quatre centimètres. Sa surface, (|Lii éprouve des variations plus notables, est déterminée par le format des pages à f usage desquelles elle est destinée.

La galée, telle que nous venons de la décrire, est celle dont l’emploi est le plus général. Elle sert pour

COMPOSITION

lous les petits formats et jusqu’à l’in-octavo inclusivement, parce ({ue dans tous ces cas on peut facilement enlever la page avec les deux mains pour la transporter ailleurs. Mais celles dont on se sert pour les compositions in-quarto et in-folio sont d’une construction dinercntc ; et voici ce qui les distingue des autres , outre la supériorité de leur dimension.

Un troisième côté de la galée, celui qui concourt à former l’angle supérieur de droite, est bordé d’un tasseau semblable à celui des deux autres ; en sorte qu’il ne reste qu’un côté découvert. La partie qui forme le corps de la galée est à double fond : elle se compose de deux planches, dont l’une est fixe; l’autre, celle de dessus, en forme de tiroir, entre et sort au moyen de rainures pratiquées sous les tasseaux et d’une poignée attenante au côté ouvert. A l’aide de cette seconde planche, qu’on nomme coulisse J on enlève facilement la page que les deux mains du compositeur ne pourraient contenir, et on la glisse rapidement sur le porte-page, ou sur le marbre si l’on doit l’imposer aussitôt.

On place sa galée dans un sens diagonal, sur la partie droite du haut de casse, qui est d’un usage beaucoup moins fréquent que le reste, et l’on a soin de l’arrêter solidement en l’accrochant aux cassetins par les chevilles, et de lui donner une position telle que les lignes ne soient pas exposées à tomber.

Les galées exigent un grand soin dans leur confection. Elles doivent être dressées avec une extrême précision , surtout aux angles des tasseaux , où

ré(|Licrrc doit cire d’une justesse parfaite. Sans cette condition, le compositeur, qui repasse souvent dans la (jalcc la justification de ses lignes, pourrait être trompé par l’irrégularité de l’angle et des côtés; il se livrerait à un travail dont il reconnaîtrait ensuite l’inutilité, et se verrait plus tard obligé de rétablir les choses dans leur premier état. 11 est aussi très -important qu’on emploie à leur falirication un bois de chêne bien sec, qui ne soit pas de nature à se fendre ou à se courber, en un mot, qui soit le moins possible sujet à travailler. On se sert aussi de galées doublées d’une plaque métalli(pic , laquelle obvie aux inconvénients du bois. Les bords de la galée n’ayant d’autre objet ({lie de maintenir les lignes, il n’est pas nécessaire (ju’ils aient plus d’un centimètre de hauteur; et meme l’excédant se'rait nuisible , il empêcherait l’ouvrier de manier librement, ou de reprendre à sa volonté , les lignes qu’il a placées dans la galée.

11 y a une autre espèce de galée, qui consiste simplement dans une planche à rebords placée en pente, et plus ou moins longue et large, suivant ({Lie le permet l’emplacement qui y est destiné. Elle sert aux metteurs en pages, qui ont des parties de composition à conserver, telles que les lignes de pied, titres courants, pages blanches, etc.', ({ui peuvent redevenir nécessaires dans le cours de l’ouvrage. Ces galées servent aussi à recevoir les gros caractères et les lettres de deux [)()ints, (pii, plus faciles à endommager à cause de leurs parties fines, se détériorent par le frottement dans des casses ou dans des casseaux. A cel

COMPOSITION

effet, on établit, au moyen de réglettes minces, des séparations verticales dont rintervalle est mesuré sur la force de corps des lettres ; on place dans cliacunè de ces casses les différentes sortes par ordre alphabétique, .en mettant Toeil en dehors; il se trouve ainsi préservé du contact des autres lettres.

COÜLISSE

La coulisse est une petite planche très -mince au moyen de laquelle on fait couler sur le marbre une page trop grande pour qu’on puisse , sans danger du moins, l’enlever avec les doigts. Les coulisses s’enchâssent dans des galées construites à cet effet.

On se sert aussi de coulisses isolées pour placer dans des rayons des compositions que l’on conserve, lorsque leur dimension ne permet pas qu’on les pose sur des porte -pages.

TAQUOIR

Le taquoir est un petit morceau de bois , de forme rectangulaire, dont la surface plane et bien dressée porte environ dix - huit centimètres sur douze, l’épaisseur quatre centimètres. Cet ustensile a pour objet de niveler toutes les lettres d’une forme en abaissant celles qui ne porteraient pas sur le marbre.

Voici de quelle manière on se sert du taciuoir. On le tient de la main gauche, et l’on frappe légè-

rement dessus avec un marteau qu’on tient de la droite. On promène ainsi le taquoir sur chaque page successivement J et même on répète cette opération, afin que les lettres qui n’auraient été qu’ébranlées la première fois soient entièrement abaissées à la seconde, et retombent au niveau commun.

11 y a différentes circonstances où il est nécessaire de taquer les formes. En imposant , on procède à cette opération lorsque les pages sont déliées et que, sans être serrées, elles sont seulement contenues par les coins, en laissant assez de jeu entre toutes les lettres pour ([u’elles cèdent facilement à l’action du taquoir, parce que la moindre résistance pourrait écraser l’œil de la lettre ou endommager ses parties fines. On renouvelle cette opération toutes les fois qu’on est obligé de desserrer les formes pour corriger les épreuves.

Lorsqu’on met une forme sous presse, on doit la taquer après l’avoir desserrée, et ensuite lorsqu’elle est' resserrée. Dans ce dernier cas, il faut y apporter encore plus de précaution , parce que la lettre cède plus difficilement, et qu’une pression un peu forte suffirait pour la gâter tout à fait. Cette opération a une grande utilité au tirage; une forme mal taquée olfre toujours des aspérités qui font que certaines lettres plongent dans le papier plus profondément que les autres, et que celles qui sont à côté deviennent d’autant moins apparentes.

Les ouvriers soigneux s’attachent à tenir leur taquoir constamment propre, afin qu’aucune ordure ne pénètre dans l’œil de la lettre; on le garnit même quelquefois de papier, ce qui ménage encore plus

COMPOSITION

le caractère. On doit avoir soin de redresser ou de renouveler cet ustensile dès que la surface qui est en contact avec les caractères commence à présenter des inégalités.

Le taquoir est fait avec deux couches différentes : rune en bois blanc, pour le côté qui porte sur la lettre; l’autre en bois dur, pour résister aux coups de marteau.

Le décognoir est un morceau de buis d’environ quinze centimètres, plus gros par un bout ({ue par l’autre, servant à chasser les coins pour serrer ou desserrer les formes. Il ne doit pas être trop mince par le bas, ce qui le fait fendre en deux dès que l’on commence à s’en servir ; ni d’un buis tendre qui s’émousse promptement et forme un bourrelet, ce qui nuit beaucoup à son usage. En un mot, on doit s’attacher à ce qu’il soit bien confectionné , de manière qu’il puisse tenir contre le double choc du marteau qui frappe et du coin qui résiste.

On a des décognoirs en fer pour les formes qui sont serrées avec des coins très -minces.

Page 1