I. D. 'l'Ii. Opnsr. I
AYEUTISSEiMENï \\I
propres à donner quelque idée de tout ce qui se passe dans cet état d'union intime de l'àme avec Dieu : et ils le pouvaient avec d'autant plus de liberté que les Pères de l'Eglise saint Denys, saint Bernard, Richard de Saint-Victor, et, dans le dernier siècle, l'incomparahlo sainte Térèse, s'en étaient servis ; les personnes de piété qui s'appli([uaient à ce saint exercice n'ayant pas d'ailleurs sujet de se défier que, sous ces termes, on eut tendu des pièges pour les tromper.
Mais la malice de l'homme ayant perverti ces pratiques innocentes, la corruption s'ctant glissée sous le Aoile de l'oraison, et l'oisiveté ayant pris la place du véritable repos de l'àme ; il est maintenant nécessaire de faire voir les choses à découvert, autant qu'il est possible, pour détromper les uns, et pour affermir les autres dans le chemin du ciel. Comme les personnes d'une véritable piété marchent toujours avec crainte et avec une grande défiance d'elles-mêmes, il semble qu'après ce qui vient d'arriver, elles auraient quelque sujet d'augmenter leur appréhension, si l'on ne s'expliquait pas clairement en ces matières douteuses, et si l'on ne développait le sens catholique que l'on doit entendre sous ces
AVEUTISSEMENT
termes devenus équivoques par le mauvais usage qu'on en a fait.
C'est ce que nous avons résolu d'accomplir dans ce petit ouvrage. Nous y parlerons selon toutes les règles de la plus exacte Théologie, et nous découvrirons quelques erreurs qu'on a voulu cacher sous le manteau d'une plus parfaite dévotion. Cette explication, comme je l'espère, mettra premièrement les âmes dans une grande paix et dissipera toutes leurs craintes ; puisqu'on leur montrera clairement les écueils qu'elles doivent éviter, et le chemin assuré dans lequel elles pourront entrer, et courir sans aucun danger. On pourra aussi connaître par là, que si l'on trouve dans les livres des Pères ou des Saints quelques manières de parler dont les contemplatifs oiseux ont voulu corrompre le sens, on ne doit pas pour cela, selon la remarque de saint Thomas, « les mépriser ou les rejeter, mais les expliquer avec respect ». Les hérétiques n'ontils pas abusé de l'Ecriture Sainte, qui est la première règle de notre foi ? Faudra-t-il rejeter, dit saint Augustin, l'image de beaucoup de fruits, parce qu'ils nuisent lorsqu'on n'en use pas avec modération ? On ne laisse pas d'armer les soldats,
AVEHTlSSEMEiNT XXllI
qu()i([no plusieurs se soient servis des armes contre leur prince Irgilime ' !
C'est une règle générale, nécessaire dans tous les états de la vie, que partout où il y a mélange de bien et de mal, d'utile et d'inutile, de perfection et de défaut, il faut faire un juste discernement, comme parle saint Paul aux Thessaloniciens -, avant de se déterminer à une chose ou à une autre, ot prendre seulement ce qui est bon, qiiod homiin est tenetc. Mais combien trouve-t-on d'esprits qui ne sauraient se conserver dans ime sage médiocrité ? c'est ce qu'ont fait tous les hérétiques, qui. sous prétexte de combattre une hérésie, sont tombés dans une autre. Et ne voit-on pas aussi maintenant que plusieurs, tlans la crainte de tomber dans les erreurs des Quiétistes, abandonnent entièrement l'exercice de l'oraison et entrent dans luie défiance mortelle au seul nom de contcmjilation ? Ainsi le démon gagne de tous côtés, en jetant les uns dans l'erreur, et les autres dans le trouble et l'incertitude.
Il s'en rencontre même qui, pour excuser leur