‹ Traité de l’herpétismeChapitre 2 sur 46 · MS · texte numérisé non relu

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Les maladies aiguës sont aujourd’hui pour la plupart nettement délimitées et définies, mais il n’en est pas de même des maladies chroniques qui, par suite de la lenteur de leur évolution et en raison du grand nombre et de la diversité de leurs manifestations, n’ont pas encore été étudiées d’une façon complète. C’est pourquoi les traités les plus récents jjlacent l’asthme et le ramollissement cérébral sur le môme rang que la goutte, le diabète et la syphilis, assimilant ainsi le syndrome et l’affection à la maladie, comme si la partie pouvait égaler le tout. Il est juste de reconnaître cependant que, depuis ces dernières années, des efforts ont été faits en vue d’arriver à une connaissance plus exacte des maladies chroniques, et que celles qui dépendent d’une cause matérielle, comme la syphilis, l’alcoolisme, le saturnisme, ont été l’objet de recherches importantes. On est arrivé, non seulement à déterminer leurs dififé-

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rciiLes manifeslations, mais à recoiiiiaîlrc qu’elles olli’cnt, malgré la multiplicilé de leurs localisai ions, des caraclères analomiques constants et qu’elles ont une évolution nettement définie

La syphilis, par exemple, quel que soit l’organe atteint, se traduit toujours par des lésions semblables, qui évoluent de la même façon et affectent spécialement le système lymphatique. Sa marche est dans tous les cas identique; elle offre trois phases successives, dites primitive, secondaire et tertiaire, chacune entièrement distincte. Ainsi il est facile de diagnostiquer sûrement les moindres traces de cette maladie, à la condition de s’appuyer sur la connaissance de ses manifestations morbides et de sa manière d’évoluer, et non pas, comme cela se fait trop souvent, sur une simple coïncidence, sur la sentence antiscientifique post hoc, ergo propice hoc, ou même, ce qui peut-être surprendra bien des personnes, sur la statistique.

Ce que nous disons de la syphilis s’appli(|ue à la lèpre, à l’alcoolisme, au saturnisme et même à l’impaludisme. Chacune de ces maladies se révèle par des désordres tout ii fait spéciaux, et présente deux phases distinctes, caractérisées, la première par des

1. C’esl là un point que, pour mon compU-, j’ai cherche à mettre en lumière dans mes travaux (voyez Traité historique et pratique de la sijphilis. — Art. Alcoolisme du Dict. ennjcinp. des Se. médic. — Atlas et Traité d’anatomie pathologique).

l'RÉrACE.

troubles dynamiques, la seconde par des lésions matérielles toujours identiques.

A côté de ce premier groupe des grands processus morbides chroniques, il en est un autre composé de maladies non moins dissemblables par leurs manifestations pathologiques, mais plus obscures dans leur étiologie. Ce groupe comprend la tuberculose, la scrofulose, le scorbut, etc. 11 ne s’agit plus ici d’une cause spécifique ou spéciale, mais de conditions hygiéniques défectueuses, mauvaises, d’un ensemble de circonstances étiologiques, conduisant fatalement aux mêmes résultats pathologiques. Ces maladies se distinguent, comme les précédentes, chacune par une évolution particulière et toujours semblable, et par des lésions anatomiques constantes; aussi peut-on les considérer comme étant parfaitement définies.

11 existe enfin, dans le cadre des maladies chroniques, un troisième groupe de processus morbides généraux qui reconnaissent pour origine non plus des agents spécifiques ou des conditions hygiéniques nettement déterminées, mais qui sont avant tout soumis

à l’influence de l’hérédité. Ce sont les maladies véri-

tablement constitutionnelles, dans lesquelles le système nerveux joue le rôle prédominant. A ce groupe appartiennent le rhumatisme, la goutte, l’obésité, le diabète gras, la gravelle urique, la carcinose, etc.

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EiïeL ordinaire de l’aclion prolongée du froid humide, le rhumalisme aigu ou fièvre rhumalismale relie en quelque sorte ce groupe au précédent. 11 est caractérisé par des inHammations exsudatives ou prolifératives des tissus fibro-séreux auxquelles succèdent des rétractions scléreuses tout à fait spéciales et qui ont pour siège ordinaire les valvules cardiaques. La goutte, confondue à tort avec cette maladie, s’en distingue cependant par l’évolution de ses manifestations et par sa lésion anatomique, qui consiste dans l’infdtration uratique des tissus peu vasculaires et en particulier des tissus cartilagineux et iibreux. Envisagée au point de vue pathologique, elle ne peut être séparée du diabète gras, pas plus que de certaines formes d’obésité eide gravelle urique; ce sont là autant de manières d'être différentes d’un même processus pathologique, comme le prouvent, non seulement leur existence dans une même famille, mais encore leur coexistence chez le même individu.

L’herpétisme, qui est l’objet de ce travail, rentre dans ce dernier groupe : sous cette dénomination nous avons réuni toute une série de modifications morbides, dynamiques et matérielles, qui se succèdent dans le cours de la vie d’un même individu, avec un ordre tel qu’il ne peut être douteux qu’un lien de parenté les unit et les rattache à une même

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condiLion pathologique générale, de façon à former une seule et unique maladie. Ces manifestations sont depuis longtemps connues, quelques-unes même ont été parfaitement étudiées, et il ne nous coûte pas d’avouer que nous ajoutons peu de chose à ce que l’on en sait déjà; aussi notre principal but dans ce travail est-il de montrer la succession de tous ces désordres, et de faire toucher le lien qui les resserre et en constitue l’unité. Effectivement, s’il n’est pas question de l’herpétisme dans la plupart des ouvrages classiques, la description des manifestations de cette maladie, l’une des plus fréquentes du cadre nosologique, ne s’y rencontre pas moins; c’est à tel point qu’il serait possible de dire que les détails en sont partout, l’ensemble nulle part. Cette maladie se retrouve d’ailleurs en partie dans l’étude qui a été faite de l’aribritisme (Bazin, etc.), dans celle qui concerne l’état nerveux (Sandras), le nervosisme (Bouchut), la neurataxie (Iluchard). Chacun de ces auteurs a vu quelque chose de l’herpétisme, mais aucun d’eux n’en a saisi l’ensemble.

Assurément les manifestations de l’herpétisme ne sont pas toujours faciles à séparer des alTections similaires ressortissant à d’autres maladies; la névralgie et l’arthrite herpétiques, par exemple, ont de grandes analogies, l’une avec la névralgie impaludique, l’autre avec l’arthrite goutteuse. Néanmoins,

PHÉKACK.

les caracLères eL la marche de ces alleclions présentent des diirérences qui permettent d’arriver au diagnostic de la maladie dont elles dépendent; mais celui-ci repose en outre sur la connaissance de la succession des accidents et même jusqu’à un certain point sur les résultats fournis par la thérapeutique, En effet, rapprochant la toux quinteuse et coqueluchoïde observée dans l’herpétisme de la névralgie propre à cette maladie, je fus conduit à combattre cette toux par le sulfate de quinine, et le succès que j’en obtins me confirma dans l’idée que cette toux a la même origine que la névralgie.

L’herpétisme, de même que la plupart des maladies chroniques, traverse deux phases successives, caractérisées, l’une par des désordres purement dynamiques : migraines, névralgies, spasmes, hypochondrie, etc; l’autre par des lésions matérielles qui affectent d’une façon spéciale les téguments et les tissus peu vasculaires, tels que poils, ongles, cartilages, aponévroses, endartère.

Cette localisation spéciale est une preuve saillante du rapprochement qu’il convient d’établir entre les nombreuses affections que nous rattachons à l’herpétisme; la transmission réciproque, par l’hérédité, de ces diverses manifestations est une autre preuve non moins importante. Effectivement, si les désordres multiples fonctionnels et matériels réunis dans ce

l'RÉFACE.

travail n’existent pas tous chez le même individu, ils se rencontrent du moins chez les ascendants ou les descendants, et de la sorte ils constituent de véritables maladies de famille. Des parents migraineux, hémorrhoïdaires, catarrheux ou asthmatiques, engendrent des enfants qui peuvent avoir les mêmes manifestations, mais qui souvent aussi sont atteints de varices, d’arthrites déformantes, de lésions athéromateuses des artères, comme si la maladie, pour accomplir son cycle, avait besoin de plusieurs générations. D’un autre côté, il n’est pas rare de voir des parents rendus infirmes par l’affection désignée sous le nom de rliumatisme chronique et dont les enfants sont tout à In fois migraineux, hémorrhoïdaires, asthmatiques, sujets aux névralgies, à l’eczéma, au psoriasis, etc. Quelquefois enfin, il y a prédominance de ces désordres vers un seul ou plusieurs organes : telle famille, par exemple, se fera remarquer par des localisations 'Cutanées et articulaires; telle autre par des migraines, des hémorrhoïdes; telle autre par des lésions artérielles, rénales ou cérébrales. Ainsi, dans une famille de ma connaissance, les membres de deux générations, sujets aux migraines et aux hémorrhoïdes, ont disparu à la suite d’hémiplégies liées, soit à une hémorrhagie, soit à un ramollissement du cerveau. Les faits de ce genre sont nombreux, et pourtant on ne peut mettre en doute le lien

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de parenté des alTecLions qui nous occupent : ce sont autant de rejetons d’une même souche qu’il est impossible de séparer en nosograpliie.

Ce travail de généralisation et de classification aura, je l’espère, l’avantage de simplifier l’étude de maladies chroniques. Si en effet cette étude est restée obscure et difficile, cela tient uniquement à l’absence de toute idée philosophique et d’une classification naturelle. 11 importe de savoir que le jour où l’on cessera de décrire comme maladies des états semblables en apparence, mais différents quant à leur origine, pour grouper et réunir des affections diverses quoique de même provenance, ce jour-là, l’étiologie et la pathogénie serviront de base à la médecine, et, en s’appuyant sur cette base, on parviendra à constituer dans le cadre des maladies chroniques des types aussi nettement définis que ceux qui font partie du domaine des maladies aiguës, et à donner au pronostic et à la thérapeutique une certitude qu’ils n’ont pu avoir jusqu’ici.

Sans doute, notre conception de l’herpétisme trouvera de nombreux contradicteurs; peut-être même dira-t-on que nous attribuons à ce grand processus pathologique toutes les maladies. Nous en appelons à l’observation ultérieure pour répondre à ces objections; mais, du reste, il se rencontrera parmi nos lecteurs des personnes qui n’auront qu’à s’examiner

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