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INTRODUCTION

Herpétisme {ipitriç, dartre) est le nom donné à un état général de certains malades, suivant lequel une affection herpétique ou dartreuse ayant disparu reparaît bientôt sur un autre point.

Cette définition, tirée du Dictionnaire de médecine de Nysten, revu et corrigé par Littré et Ch. Robin, est vague et peu précise, puisqu’elle ne nous renseigne nullement sur la nature de l’état général qui constitue l’herpétisme ; aussi les auteurs ont-ils donné cette dénomination à des désordres bien différents et, chacun l’emploie aujourd’hui dans le sens qui lui convient le mieux.

Rapprochant ce nom de ceux qui servent à la désignation des maladies chroniques, tels que les mots syphilis, impaludisme, saturnisme, etc., qui ont aujourd’hui un sens défini et s’appliquent à des maladies connues tant dans leurs manifestations symptomatiques que dans leurs désordres anatomiques et dans leur évolution, nous définissons l’herpétisme comme il suit :

« Une maladie constitutionnelle à longues périodes,

LANCEREAUX. 1

TRAITÉ DE L’ÜEHPÉTISME.

esseiUiellemenl héréditaire, non contagieuse, caractérisée par des désordres dynamiques des trois grandes fonctions nerveuses et des lésions trophiques des téguments, des systèmes locomoteur et sanguin. »

Nous entendons par maladie constitutionnelle une maladie inhérente à l’organisation de l’individu, une sorte de manière d’être permanente, commençant et finissant avec la vie. Une telle maladie, on le conçoit, est forcément héréditaire, et de plus, elle ne peut avoir sa source que dans un désordre primitif de l’innervation. Ainsi le système nerveux est le lien qui resserre les différentes manifestations de l’herpétisme et en fait l’unité; c’est à sa nature même que les herpétiques doivent de constituer dans l’espèce humaine une variété ayant tout à la fois des aptitudes physiques et intellectuelles particulières et des tendances morbides spéciales.

Maladie des plus anciennes, l’herpétisme n’a pas été jusqu’ici l’objet d’une étude suivie. Les médecins de l’antiquité ne connaissaient guère que des symptômes; cela se comprend, puisque, avant de chercher l’explication et la filiation des phénomènes morbides, il fallait nécessairement commencer par les étudier. Ainsi on ne trouve chez eux, malgré leur génie d’observation, aucune notion précise sur les maladies a longue échéance qui se composent d’une série d’accidents morbides. Néanmoins ils nous ont laissé la description exacte d’un certain nombre de symptômes ou de syndromes qui vraisemblablement se rattachent à l’herpétisme et dont ils faisaient autant de maladies distinctes. C’est de la même façon que, sans avoir la moindre conception de la syphilis , plusieurs d’entre eux , et Gelse en

INTKODUCTION.

particulier, avaient fort bien décrit les caractères de certains ulcères dont la nature syphilitique ne peut être mise en doute.

Les œuvres d’Hippocrate, celles d’Arétée et de plusieurs autres médecins anciens, renferment des études intéressantes sur des symptômes ou des syndromes dont nous aurons à parler dans le cours de ce travail. Telles sont diverses éruptions cutanées, la mélancolie, l’hypochondrie, l’affection hémorrlloïdaire, etc. Ce qui, en somme, fait défaut aux anciens, ce n’est pas tant la connaissance des manifestations morbides de l’herpétisme que le lien qui les réunit en un faisceau unique, de façon à constituer une maladie proprement dite. Mais d’ailleurs ce même défaut de conception , nous le retrouvons chez les auteurs du moyen âge et même chez ceux des temps modernes.

Au moyen âge, comme dans l’antiquité, la plupart des affections cutanées étaient désignées sous le nom de dartres, terme générique dont le sens était des plus vagues. N'ayant aucune notion exacte sur la nature des dartres, les médecins de cette époque en étaient arrivés à redouter la disparition de ces accidents, et de là le grand nombre d’écrits sur la répercussion et le danger de leur guérison. Mercurali en 1576, Turner en 1714, cherchèrent à donner une signification plus précise au mot dartre, et plus tard Lorry le remplaça par celui d'herpès. Accordant plus d’attention à la lésion anatomique de la peau, Plenck d’abord et ensuite Willan mirent de côté cette expression qui tombait dans l’oubli et la remplacèrent par d’autres qui avaient pour origine la lésion anatomique. Hardy, tout en adoptant la classifica-

TRAITÉ DE L’IIERPÉTISME.

lion de Willan, essaya de réhabiliter le mot dartre, et décrivit sous ce nom toute une classe d’alïections cutanées qu’il s’elTorça de dilTôrencier des scrol'ulides, des syphilides et de toutes les lésions artificielles, congénitales, traumatiques ou parasitaires de la peau.

Bazin, à qui la science doit des recherches intéressantes sur les afieclions cutanées, groupa ces affections sous quelques chefs ; syphilides, scrofulides, arthritides etherpétides, réunissant ainsi les diveï’ses manifestations de la syphilis, de la scrofule, du rhumatisme et de la dartre, tout en cherchant à préciser le caractère particulier de chacune d’elles. Malheureusement ce médecin, dont nous ne pouvons trop louer le bon sens et le jugement, n’avait pas des connaissances anatomiques et physiologiques suffisantes pour arriver à la détermination exacte de ces affections. C’est ainsi qu’il a donné le nom d’arthritide à des lésions absolument distinctes, se rapportant les unes à la goutte, les autres au rhumatisme, et celui d’herpétide à des désordres d’une origine parfois différente. Aussi l’obscurité n’a pas cessé de régner sur ce point de la science médicale, et les mots herpétisme et arthritisme ont toujours une signification vague sur laquelle on ne parvient pas à s’entendre. En outre, la plupart des auteurs ayant négligé l’étude des lésions matérielles qui se rattachent à l’herpétisme, il en résulte une ignorance presque complète des manifestations viscérales de cette maladie, et l’impossibilité de saisir leur ordre de succession. Toutefois l’un de nos maîtres, le docteur Noël Queneau de Mussy, dans son remarquable traité de l’angine glanduleuse, et plus lard dans un mémoire intéressant sur les affections herpétiques de

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