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CONCEPTS OPPOSES, CONTRADICTOIRES ET CONTRAIRES

56. — L'opposition des concepts est l'opposition de leurs jugements virtuels. Il n'y a nulle contradiction là où il n'y a nulle assertion. Il en est de même de la contrariété et, en général, de l'opposition. La théorie des oppositions est beaucoup plus nette dans la logique du jugement que dans la logique du concept, parce que dans celle-ci les jugements opposés ne sont pas apparents, mais virtuels et latents. C'est, au fond, la même théorie.

Deux concepts sont contraires lorsqu'ils ne peuvent être simultanément affirmés d'aucun sujet. Soient deux concepts P et Q. Dire qu'ils sont contraires, c'est dire que si S est P, S n'est pas Q, si S est Q, S n'est pas P quel que soit le sujet S.

Deux concepts sont contradictoires lorsqu'ils ne peuvent être ni affirmés ni niés simultanément d'aucun sujet, en sorte qu'aux deux jugements précédents s'ajoutent les deux suivants :

n LOGIQUE DU CONCEPT

si S n'est pas P, S est Q si S n'est pas Q, S est P quel que soit le sujet S.

Quatre jugements sont donc nécessaires pour que deux concepts soient contradictoires, deux seulement pour qu'ils soient contraires. Ces jugements peuvent résulter de leurs définitions.

Deux concepts sont nécessairement contradictoires si l'un est le négatif absolu de l'autre. En effet si Q =rr non P, les quatre jugements ci-dessus sont tautologiques. Il n'y a pas à la rigueur contradiction, mais seulement contrariété entre le concept positif et le concept privatif. Car les deux concepts étant alors s -F et s - non P, les deux premiers jugements sont tautologiques, les deux autres ne sont pas nécessairement vrais; il est possible que S ne soit ni 5-P ni s- non P, parce qu'il est possible que S ne soit pas s. Mais il est d'ordinaire sous-entendu que les sujets S doivent être pris dans la classe s ; et alors l'opposition du concept positif et du concept privatif est une contradiction. « Tout ce qui n'est pas vers est prose, tout ce qui n'est pas prose est vers », s'il est entendu qu'il ne s'agit que de langage parlé ou écrit, et non pas, par exemple, d'une mélodie instrumentale.,

Lorsque deux concepts sont contraires, aucun d'eux ne se réduit à la négation ni à la privation de l'autre, mais l'un contient la négation de l'autre. Le non-blanc comprend le noir, mais comprend aussi le rouge, le vert, le bleu, le jaune, etc. 11 y a difTérence, mais non contrariété entre blanc et rouge, blanc et bleu, comme entre rouge et bleu ; il y a contrariété entre blanc et noir. C'est que diverses couleurs contiennent diverses radiations simples, le blanc les contient toutes, le noir n'en contient aucune. Tandis que la contradiction est l'opposition de l'afErmation et de la négation, la contrariété est l'opposition du tout et du rien. Les contraires sont donc beaucoup plus éloignés l'un de l'autre que les contradictoires ; ils admettent entre eux des intermédiaires. Mais l'opposition des contradictoires est plus tranchée et par conséquent plus claire, justement parce qu'entre eux il n'y a pas de milieu.

57. — Il y 21 (les contraires qui n'admettent qu'un seul terme moyen : plus grand — égal — plus petit. Ils se

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ramènent aisément à deux couples de contradictoires : il suffit pour cela de réunir en un terme unique l'un des termes et le moyen

Contradictoires : Plus grand — Non plus grand Contraires: Plus grand — [Egal| — Plus petit

Contradictoires : Non plus petit — Plus petit

Quand il y a plusieurs intermédiaires, on peut réunir en un seul concept l'un des deux contraires et tous les intermédiaires ; on obtient ainsi une contradiction :

Contradictoires : Blanc — Non blanc Contraires : Blanc — [Coloré] — Noir

Contradictoires : Non noir — Noir

On se rend aisément compte par ces deux tableaux : i® que ni les concepts contradictoires, ni les concepts contraires ne peuvent être affirmés d'un même sujet ; 2° que, de plus, les concepts contradictoires ne peuvent être «fV^d'un même sujet, tandis que les contraires sont niés simultanément de tout sujet auquel convient le concept intermédiaire placé entre crochets.

58. — On peut encore former une contrariété en réunissant en un concept unique une partie des intermédiaires et en formant un autre concept de tous les autres intermédiaires. On a ainsi deux concepts P et Q qui ne peuvent être affirmés simultanément d'aucun sujet; en effet, si P est affirmé de quelque sujet, Q doit en être nié, puisque, par définition, Q se compose de tout ce qui n^est pas P ; et si Q est affirmé de quelque sujet, P doit en être nié, puisque, par définition, P se compose de tout ce qui n'est pas Q. Mais les deux concepts ne sont pas contradictoires, car il peut exister quelque sujet auquel conviennent à la fois des concepts appartenant aux deux groupes. Ainsi deux couleurs complémentaires, par exemple le rouge et le vert, qui pour l'expérience sensible sont simplement hétérogènes et tout au plus capables de produire sur la sensibilité une impression de contraste, sont contraires pour l'intelligence qui sait que chacune d'elles est faite de toutes les radiations qui ne sont pas dans l'autre. Cette contrariété

n'est pas contradiction, car quelque couleur, par exemple l'orangé, peut être faite de radiations qui appartiennent à l'un et à l'autre des deux groupes. On peut appeler concepts complémentaires ceux qui présentent ce genre d'opposition.

59. — Aristote a remarqué avec raison que les contraires appartiennent au même genre : il n'y a pas d'opposition dans rhétéroo"ène. Les contraires sont des espèces extrêmes. Il en résulte qu'ils sont toujours composés : on y peut toujours distinguer deux concepts, celui du genre, qui est commun à tous les deux, et qu'il est toujours imprudent de laisser imparfaitement déterminé, celui de la différence qui est l'affirmation et la négation d'un même caractère. Il en résulte en outre que les contraires sont l'objet d'une même science.

Les difficultés célèbres soulevées par les Eléates au sujet de l'opposition de l'être et du non-être embarrassèrent l'esprit grec parce qu'il n'avait pas distingué entre les diverses sortes d'oppositions de concepts. Aristote les résolut en distinguant la privation de la négation, la contrariété de la contradiction. Cette dernière distinction renferme encore quelques obscurités. Mais il est impossible d'étudier l'opposition des concepts autrement qu'en considérant l'opposition des jugements virtuels qui constituent ces concepts. Cette étude se fera beaucoup mieux en considérant des jugements actuels, d'autant que les deux jugements impliqués par deux concepts contraires, les quatre jugements impliqués par deux concepts contradictoires, sont des jugements hypothétiques, et que ces jugements seront étudiés plus loin. La théorie de l'opposition des concepts appartient, en réalité, à la logique du jugement.

60. — Un concept est dit contradictoire en lui-même, « implique contradiction )), quand l'analyse peut le décomposer en deux concepts contradictoires.

On a dit qu'un concept contradictoire est un pseudo-concept, un mot qui semble signifier quelque chose et ne signifie rien, car deux concepts contradictoires ne peuvent s'unir en un concept unique : on ne peut former une idée en posant et en excluant tout à la fois le même terme. Aucun concept ne répond au rapprochement de ces deux mots cercle carré. Contradictoire veut dire inconcevable.

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