‹ Traité de logique;Chapitre 103 sur 228 · PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE IX

exige avant tout une impartialité , une liberté d'esprit , qui laissent pleine facilité de consulter sincèrement l'expérience et l'observation , de nous rendre à la vérité quand elle se manifestera, ou même de renoncer à nos hypothèses dès qu'on nous présentera quelque chose de meilleur, de plus simple, de plus propre à expliquer ce qui est proposé. Mais il est vrai d'ajouter que cette sage circonspection est rare ; et qu'il n'est que trop fréquent de voir les inventeurs des hypothèses s'en entêter au point de ne pouvoir plus y renoncer. La plupart d'entre eux , ou par prévention , ou par esprit de système , ou par la difficulté qu'il y a à distinguer une grande probabilité de l'évidence, ont donné à de simples hypothèses, souvent fausses et jamais contrôlées, le même acquiescement qu'à la vérité. Or, une fois séduit par un principe hypothétique, on se préoccupe vivement des conséquences qui en découlent , et on est mal disposé à bien voir la vérité. Persuadé qu'on la possède et qu'on n'a pour la développer qu'à raisonner et à conclure, on n'observe pas, ou on observe mal. On ne se soucie pas d'expériences , on ne se soucie que de raisonnement. Cependant les faits sont là qui restent malgré tout. S'ils ne rentrent pas dans le prétendu principe, le raisonnement a beau faire , il ne peut les y ramener : on le sent et on s'en irrite , on les mutile ou on les rejette , on les altère et les maltraite de toute façon en leur faisant violence pour les accommoder à l'explication qu'on prétend avoir trouvée ; au lieu de refaire son opinion sur la vérité, on veut réformer la vérité sur son opinion, et ainsi, on manque à tout jamais la science qu'on poursuivait. Il y a plus, une fois qu'on regarde une hypothèse imaginée comme l'expression exacte de ce qui est, comme la dernière limite de ses recherches, on ne cherche plus à en former de meilleures , ni même à trouver les preuves de celle qu'on adopte. Cette hypothèse vient-elle à éprouver des contradictions , on la soutient parce qu'on l'a trouvée -, l'amour-propre remplaçant ainsi l'amour de la vérité , on préfère le mensonge , dont on est l'inventeur, à la

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vérité découverte par un autre • et l'on nuit d'autant plus aux progrès de la science que l'on met plus d'art et de talent à faire valoir son hypothèse.

Ces considérations sont graves, et, comme elles ne sont malheureusement que trop vraies, elles doivent nous engager à mettre la plus grande prudence et la plus grande sincérité dans l'emploi de l'hypothèse. Les résultats de l'abus des hypothèses sont si fâcheux pour la science qu'ils ont porté plusieurs auteurs des plus distingués à vouloir bannir de l'acquisition de la science toute hypothèse et tout emploi semblable de l'imagination. Mais, encore une fois, la sagesse ne consiste pas à repousser l'emploi de cette faculté , mais à savoir la diriger.

171. On peut résumer en deux mots toutes les règles de l'imagination à l'égard de la science , ou de l'hypothèse : 1° Vraisemblance dans l'invention ; 2° Vérification continuelle et sincère de ce qui a été inventé

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