ACIDE ARSÉNIEUX
L'acide arsénieux est un corps blanc, pulvérulent, de densité considérable (5 fois et demie celle de l'eau). Il est presque sans saveur, ce qui facilite singulièrement son administration par les empoisonneurs. A dose considérable, il a une saveur alliacée. Ce corps est très peu soluble dans l'eau. D'après Taylor, l'eau à la température ordinaire n'en dissout que ^-^ à yo-^ de son poids; l'eau chaude, jj^-g. La présence des matières organiques (thé, café, bouillon, diminue encore sa solubilité. Ses meilleurs dissolvants sont les liquides alcalins (eau de Vichy), etc. Cette faible solubilité explique pourquoi l'acide arsénieux est presque toujours ingéré à l'état pulvérulent.
La dose toxique de l'acide arsénieux est assez variable suivant les sujets. D'une manière générale, on peut dire que 10 à 15 centigrammes de cette substance constituent une dose mortelle. Une dose moindre (5 à 7 centigrammes) suffit pour amener des accidents redoutables. D'autre part,Taylor affirme qu'on peut guérir après en avoir pris plusieurs grammes, Orfila a vu guérir une personne qui avait ingéré 2 grammes d'acide arsénieux. Cette variabilité des doses toxiques s'explique par la faible solubilité de l'acide et par la précocité plus ou moins grande des vomissements.
Il faut également tenir compte de laccoutumance possible. On sait, en effet, que certains montagnards de la Styrie et du Tyrol ont l'habitude d'absorber de l'acide arsénieux d'une manière régulière. Ces montagnards attribuent à l'arsenic des propriétés merveilleuses; ils prétendent que son absorption régulière facilite les ascensions, rend la respiration plus libre et supprime le mal des montagnes.
Quoi qu'il en soit de cette explication, un certain nombre de Styriens et de Tyroliens prennent régulièrement de l'arsenic pendant de longues années sans éprouver de troubles appréciables de la santé. D'après Tschudi, les mangeurs d'arsenic débutent par la dose de 2 centigrammes et arrivent à absorber jusqu'à 20 centigrammes d'acide arsénieux dans une journée. Quelques arsénicophages succombent rapidement, mais la plupart arrivent à la dose de 15 ou 20 centi-
AHSEXIC. (-,7,
^vamnios, en une l'ois, sans pi'éscnlcr de symplùincs (rcniitoisoiHU'nicnl. 13ion plus, il n'y a pas sculemcnl accouUunancc, mais boscun impt-ricux lin poison. Les nuingcurs d'arsenic arrivenl à ne |)lus pouvoir se passer de leur poison; dès ([u'ils en suspendent l'usage, ils juésenlent des signes d'empoisonnemenl. Pour comballre ces accidents, le mieux est de reprendre l'usage de l'arsenic.
L'empoisonnement aigu par l'acide arsénieux est prestpjc toujours consi'culif à l'absorption de cette substance par le tube digestif. Très exceptionnellement, l'intoxication aiguë peut être consécutive à l'absorption de l'air cliai-gc de vapeurs arsenicales, ou à l'application sur la peau de substances causticpies renfermant de l'acide arsénieux. Nous aurons surtout en vue les effets consécutifs à l'absorption du poison par le tube digestif.
L'empoisonnement rapide par l'acide arsénieux peut revêtir deux formes : une forme aiguë, si le poison a été administré à doses fortes, rapidemeni mortelles; une forme subaiguë, si le poison a été donné à doses faibles et suffisamment espacées. Des exemples d'empoisonnement arsenical subaigu ont été fournis par les empoisonnements d'Hyères, causés par des vins falsifiés et chargés d'acide arsénieux et par les empoisonnements du Havre (affaire Pastré- Beaussier, rapport de ^DL Brouardel et Pouchel)(').
Signes cliniques de l'empoisonnement aigu. — Les symptômes de l'empoisonnement aigu par l'arsenic se montrent en général d'une manière rapide (un quart d'heure à une demi-heure) après l'ingestion du poison. Quand le poison a été administré dans un liquide qui le dissout faiblement ou même gêne sa dissolution déjà si difficile, les accidents peuvent n'apparaître qu'après un assez long temps. Le sommeil peut en retarder l'apparition de quelques heures. C'est ainsi que Ghristison, cité par Orfila, explique l'apparition tardive des accidents, 8 heures après l'administration du poison dans un fait observé par lui.
D'une manière générale, les symptômes de lempoisonnement commencent à se manifester une heure après l'absorption du poison.
Le début est annoncé par une sensation d'àcreté dans la bouche et par la constriction de la gorge et du pharynx.
Presque immédiatement après, les malades accusent de la douleur et des brûlures dans la région épigastrique. Bientôt se déclarent des vomissements abondants, accompagnés d'etforts et de nausées. Les matières vomies sont composées d'aliments, de bile et de mucus. Exceptionnellement, elles sont sanguinolentes. La plupart du temps, elles renferment des fragments d'acide arsénieux non dissous; aussi est-il du plus haut intérêt de les examiner avec soin quand elles ont été conservées.
Les souffrances de l'intestin se traduisent par des coliques incessantes, par une sensibilité excessive du ventre et bientôt par des évacuations répétées d'un liquide diarrhéique, renfermant souvent des grumeaux épilhéliaux, ([ui ont pu être comparés aux selles riziformes des cholériciues. La ressemblance est quelquefois si grande (ju'on a pu prendre un empoisonnement par l'acide arsénieux pour une attaque de choléra asiatique.
Ces signes sont ceux d'une gastro-entérite intense. Ils s'accompagnent d un
(') BnouARDEL el PoucnET, Ann. c/Vif/;/- et de utéd. lé'j., 1880.
[H. RICUARDIÈREl
<''tat général grave. Les Irails sonl altéi-és. Les battements du cœur sonl précipités, souvent très faibles. Dans quelques cas, on observe des syncopes mortelles. La respiration est anxieuse. 11 existe souvent un hoquet pénible. Il n'y a pas de fièvre. La peau est froide et couverte de sueurs glacées: la face est «yanosée.
L'intelligence reste intacte. Les phénomènes nerveux relèvent plutôt d'une -altération de la moelle et des nerfs périphériques; ils consistent en crampes musculaires et en secousses convulsives.
Les sécrétions sont fréquemment altérées. Les urines sont le plus souvent peu abondantes. Quelquefois il y a anurie complète.
L'ictère a été signalé.
La forme de l'intoxication arsenicale aiguë, qui se traduit par des phénomènes g^astro-intestinaux assez prononcés pour mériter d'être appelée cholériforme n'est pas la seule.
Dans la forme, dite nerveuse, les phénomènes nerveux dominent la scène morbide. L'empoisonnement débute alors par des maux de tête, des vertiges, des douleurs dans les membres, une hyperesthésie extrême de la peau et des muscles. Les malades ont les pupilles dilatées. L'intelligence est altérée ; le délire ■est fréquent. Il y a des convulsions des membres ou des paralysies. Comme précédemment, une syncope peut terminer brusquement cette forme d'empoisonnement.
Quelquefois, quand la dose a été considérable, l'empoisonnement peut être presque latent (Ettmùller, Laborde, Chaussier).
Une jeune fille, observée par EttmûUer, mourut en 12 heures sans avoir présenté le moindre symptôme. Laborde a cité le fait d'une femme qui n'eut que des vomissements sans éprouver la moindre douleur et mourut en 9 heures sans agonie. Macaulay (de Leicester) a observé un cas d'empoisonnement où la mort survint en 2 heures sans que la victime ait eu autre chose que de la somnolence.
A côté de ces formes latentes, terminées par la mort, il convient de placer les cas d'intoxication incomplète par insuffisance de la dose. Ces intoxications incomplètes se manifestejit le plus souvent par des vomissements passagers, suivis d'une somnolence assez longue, pendant laquelle les malades se plaignent surtout de faiblesse. Quelques malades ont, à la suite de troubles digestifs passagers, des éruptions vésiculaires, un gonflement considérable de la peau du scrotum (Brouardel et Pouchet), parfois une desquamation de la peau en larges plaques. On a signalé enfin des intoxications incomplètes, dans lesquelles les accidents dominants furent l'angine ou le coryza.
Quand la dose a été suffisante pour amener des accidents graves, la mort est la terminaison la plus ordinaire de l'empoisonnement. Si la guérison survient, la convalescence est toujours très longue. En pareil cas, le poison s'élimine par toutes les voies d'excrétion (urine, salive, bile, etc.). On peut en retrouver dans les urines pendant six semaines (Hugounenq).
Le traitement de l'empoisonnement aigu par l'arsenic varie suivant qu'il s'agit d'une intoxication récente ou remontant à un certain temps. Dans le premier cas, il faut évacuer le contenu de l'estomac à l'aide des vomitifs (ipéca, solutions d'apomorphine, eau chaude), ou à l'aide des évacuants mécaniques (pompe de Kussmaul, tube de Faucher).
Dans le deuxième cas, on devra s'elforcer de neutraliser lacide arsénieux à l'aide du peroxyde de fer, préconisé par Bunsen (de Gœttingue) ; l'arsénite de
. AHSi-Mc. on:.
l'cr ainsi l'orme dans rcstoinac esl à jxmi |»irs in^oliil.lc i-l iix.lTrn^ir. On Irvacuera ullérieurcmonL à l'aide do vomilils.
On emploiera [)his avanlag-eusemenl encore la magnésie hydraté»^ donnée abondamment. La magnésie, préconisée par Hnssy, l'orme, avec Tar-lrle arsénieux, de l'arsénite de magnésie presque complèlcmenl insoluble.
Si l'intoxicalion remonle à une épo(|ue Irop éloignée p(»Mr (pi'il soil possible d'amener l'évacnalion du poison, on devra combattre le collapsns el les effets hyposténisants à l'aide des stimulants ordinaires (alcool, injections d'éthcr el de caféine), etc., etc.
Intoxication subaiguë. — L'intoxication subaiguë se voit dans les cas où les malades absorbent le poison à doses intermittentes, insuffisantes pour amener la mort rapide, mais assez répétées pour causer des accidents graves. Elle peut être consécutive à une intoxication aiguë, dont les premiers accidents graves ont été conjurés, et dont la convalescence est traversée par des accidenis analogues à ceux de l'intoxication lente.
L'intoxication subaiguë se manifeste par des troubles digestifs et par des troubles nerveux.
Les troubles digestifs sont les premiers en date et peuvent èlre longtemps les seuls. Parmi eux, figurent les vomissements qui, caractère important, deviennent plus intenses et plus abondants à la suite de toute nouvelle absorption de poison. Ces vomissements ne cessent jamais complètement. Généralement peu douloureux, ils s'observent à tout moment de la journée, principalement à la .suite des repas. La diarrhée est beaucoup plus rare.
Parfois on observe une salivation exagérée et une sensation constante d'amertume dans la bouche.
L'ictère a été noté.
Les troubles nerveux se montrent. le plus souvent au bout de (pie](pie< ■semaines. Ils consistent essentiellement en paralysies, (pie leurs caractères permettent de considérer comme d'origine périphérique (Jaescke, Da Costa. Brissaud, Brouardel et Pouchet). Scolosouboff, Alexander, G. Brouarde! oui rt-alis»'' <ces paralysies expérimentalement.
Les paralysies arsenicales débutent par de rengourdissenienl dans les membres, par des démangeaisons pénibles, surtout inlens(>s pendant la nuit. Ouelquefois, elles sont précédées par des douleurs fulgurantes. Dans (pielques ■cas, les troubles de la motilité débutent brusquement; les malades s'atl'aissenl sur eux-mêmes, tombent et ne peuvent plus se relever.
Les paralysies sont surtout motrices; elles frappent de préférence les membres inféi'ieurs, mais peuvent se généraliser et occuper les quatre nuMubres, même les muscles du dos. Les muscles extenseurs sont intéressés de préférence.
Les muscles paralysés s'atrophient rapidement, quelquefois dès le (piaforzième jour.
Les réflexes tendineux disparaissent. La contractililé faradi(pii' e<l aliolie ou diminuée. La contractililé galvaniciue persiste, mais il faut un giand nombre d'éléments pour obtenir des contractions.
Presque toujours les malades se plaignent de douleui-s vives dans b's membres. La sensibilité persiste, mais alïaiblie, parfois assez obtuse pour que les attouchements et les pressions superficielles ne soient plus perçus. Les sensibilités spéciales sont normales.
[H. RICHARDIÈRC]
Dans certains cas, les troubles de la molililé, l'abolition des réflexes, l'afTaiblissement de la sensibilité, l'existence du signe de Roinberg ri'nlisent le tableau clinique du pseudo-tabes (Seeligmuller).
Les paralysies arsenicales guérissent assez rapidement quand la cause d'empoisonnement est écartée. Quelquefois, cependant, elles peuvent persister longtemps ; à la suite d'un empoisonnement arsenical causé par les vins frelatés d'Hyères, un prêtre polonais était encore paralysé un an après le début de l'intoxication (').
LÉSIONS ANATOMiouEs DE l'intoxication AIGUË. — Lcs cadavrcs des individus qui ont succombé à l'intoxication arsenicale sont presque toujours dans un état de conservation remarquable. La putréfaction ne se développe qu'avec une extrême lenteur.
A l'examen extérieur du cadavre, on constate fréquemment l'existence de taches livides, inégalement réparties, qui paraissent dues à la paralysie vasculaire, qui a existé pendant la vie.
Les premières voies digestives sont saines. La bouche, le pharynx et l'œsophage ne présentent aucune particularité, si ce n'est parfois la présence de grains d'acide arsénieux déposé à l'état pulvérulent dans les interstices des dents ou sur les muqueuses du pharynx et de l'œsophage.
La surface péritonéale de l'estomac est fortement injectée. Les vaisseaux du péritoine sont remplis de sang. L'estomac renferme un mucus épais, gélatineux. La muqueuse gastrique est gonflée et ramollie, non ulcérée. On voit seulement à sa surface des plaques ecchymotiques, disposées par îlots, dans l'intervalle desquelles la membrane interne de l'estomac garde son aspect normal. Il n'est pas rare de trouver des grains d'arsenic, à l'état pulvérulent, à la base des plis et des mamelons de la muqueuse. Ces grains d'arsenic, de couleur blanchâtre, devront être examinés au microscope pour ne pas être confondus avec des débris d'épithélium.
La muqueuse de l'intestin est gonflée et ramollie dans toute son étendue. Il existe assez souvent une véritable psorentérie, due au gonflement général de tous les follicules solitaires (Tardieu). Les plaques de Peyer sont également tuméfiées. Aucune ulcération ; parfois seulement des ecchymoses comme sur la muqueuse gastrique.
D'après Pistorius(^), les lésions de l'intestin seraient plus importantes que celles de l'estomac. Elles commenceraient à I centimètre ou 1 centimètre et demi au-dessous du pylore et consisteraient en dépôts pseudo-membraneux^ ressemblant à du frai de grenouille. Ces dépôts sont formés par des agglomérations de cellules épithéliales. Les cellules sont englobées dans une masse gélatineuse transsudée, dans laquelle on trouve des bactéries, des masses hyalines et des détritus granulo-graisseux. Au-dessous de ces masses, la muqueuse a une teinte rouge pourpré. Il n'y a pas de vraies ecchymoses, mais seulement une injection du réseau capillaire des villosités.
Après les lésions du tube digestif, la lésion la plus caractéristique de l'empoisonnement arsenical aigu est la stéatose de la plupart des organes. La stéatose
(') Rappelons que contrairement à l'opinion de Scolozouboff, qui les considérait commedues à une myélite centrale, les paralysies arsenicales sont en rapport avec des lésions des. nerfs périphériques.
(-) PiSTORius, Archio. f. experim. Pathol. und Pharmak., Band XVI, 1882.
ARSENIC. (irj
est suiloul apprrciahlc (|iiini(l rciiiixtisoiiiicmcnl ,1 ('■xoIik'- ;i\cc une ccrhiiiir' Icntoui"; elle occupe le Toie, les reins, le ((nii-. le- iniixlcs. prcsrpic lotis les épilhéliums,enpai'liciilierrcpilli<''liimi des alvéoles |)iiliii()iiaires((:(»inil cl liriinU), les organes lyniplioïdes (ganglions lyuii)liali(jU('s), de.
Gomme lésions moins constantes et moins importantes, on a sif^nal*'- (]>•< ecchymoses multiples sur les séreuses (plèvres, j)éricanle, méninges), des épanchements séreux, en particulier dans la cavité des plèvres el du péricarde (Pistorius).
L'examen anatomique doit être suivi de Tcxamen cliimi(iu<î des organes, (pii a une importance capitale, car il permet de retrouver des traces infinitésimales du poison avec une sûreté presque infaillible.
Le poison doit être recherché par l'analyse ciiimicpic dans la plupart des organes (estomac, intestins, foie, rein, cerveau, cœur, muscles, dans les os, dans les ongles et dans les cheveux). Dans l'affaire des empoisonnements du Havre, MM. Brouardel et Pouchet ont pu retrouver de l'acide arsénieux dans les os du crâne et dans les cheveux, alors qu'il n'en existait plus dans les autres organes (autopsie de la femme IMorisse).
La recherche toxicologique du poison est faite à l'aide de l'appareil de Marsh, universellement adopté aujourd'hui. Cet appareil d'une sensibilité extrême permet de mettre en évidence Yhi) ^^^ milligramme d'arsenic. Le principe de cet appareil repose sur la formation d'un anneau arsenical après sublimation. Des réactions chimiques permettent de caractériser d'une manière précise la nature de lannêau.
Arsenicisme chronique. — L'arsenicisme chronique peut être causé par une intoxication professionnelle ou accidentelle.
Professionnel, il s'observ'e chez les ouvriers employés à l'extraction du minerai arsenifère. Il est rare, chez les ouvriers qui travaillent à l'extraction même ilu minerai dans les galeries de mines, mais il est fréquent chez ceux ipii sont employés au broyage (bocardage) et au grillage.
Le grillage des minerais de cobalt (arséniure de cobalt) est égalemenl dangereux pour les ouvriers (Layet).
L'intoxication chronique se voit chez les ouvriers de cci'laincs fabriipies de fuchsine et d'aniline, dans les fabriques de vert arsenical (arsénite de cuivre) (verts de Scheele et de Schweinfurth), dans les fabriques de |)ai)iers peinl^ el di^ fleurs artificielles, dans lesquelles on emploie des couleurs arsenicales.
Les ouvriers employés à la taxidermie peuvent en être également victimes ainsi que les ouvriers employés à la fabrication des bougies stéariques, lorscpTon emploie l'arsenic pour blanchir le suif et rendre la mèche plus condnislible, pratique d'ailleurs interdite en France.
On a signalé des faits d'arsenicisme chronique chez les ouvriers ipii nelloient ks cheminées des hauts fourneaux; la suie de ces cheminées peu!, en elVel, contenir une certaine (pianlilé d'arsenic, dégagé i)ar la cond)uslion de la houille, renfermant des pépites arsenifères.
L'arsenicisme accidentel a été observé chez des indixidii- jubihinl <l;ui< le voisinage des centres d'extraction du minerai dai-senic. on bn\anl le^ eaux de puits altérées par des infiltrations d'arsenic provenani de faliritiiK"' (raiiilin<' ou de vert de Schweinfurth, situées dans le voisinage.
L'emploi des papiers colorés au vert d'arsenic qui servent à envelopper les jouets ou les bonbons, le séjour dans tLes pièces recouvertes de papiers de
[H. BICHARDIÈRE.1
teinture colorés avec le même ])ro(luil, oui pu amener des accidenls d'arsenicisme.
L'arsenicisme chronique peut encore èlre du à des alimenls renleinianl de l'acide arsénieux ou colorés avec de la fuchsine, accidentellement arsenifère. Rappelons, à ce propos, les accidents occasionnés par le vinaig^re additionné d'acide sulfurique renfermant de l'arsenic.
Cette étiologie complexe et si disparate montre quil peut être souvent très difficile de trouver la nature et l'origine d'un empoisonnement chronique par larsenic.
Les accidents de l'arsenicisme chronique sont assez variables. Ils peuvent différer chez des individus victimes d'une intoxication contractée à la même origine. Ces accidents peuvent frapper tous les appareils, mais surtout la peau et la muqueuse des voies respiratoires.
Parmi les lésions cutanées figurent des pigmentations anormales, plus ou moins intenses de la peau et des ongles (Manssurow, Hoffler). Cette pigmentation a pour siège la couche la plus superficielle de l'épiderme. Elle est ordinairement en plaques plus ou moins étendues, souvent très foncées. Chez quelques malades, elle rappelle la pigmentation de la maladie d'Addison; elle respecte toutefois la muqueuse. Elle peut disparaître, si les malades sont soustraits à rinfluence de l'arsenic. D'après Brown et Davis, cette pigmentation existerait encore dans l'intestin.
La pigmentation est plus rare que les éruptions arsenicales, qui peuvent revêtir toutes les formes connues en pathologie cutanée. C'est ainsi qu'on peut observer des éruptions érythémateuses , papuleuses, ortiées, vésiculeuses , huileuses. Les plus fréquentes sont les éruptions pustuleuses, qui deviennent facilement ulcéreuses. Ces ulcérations arsenicales siègent de préférence au niveau des doigts et des orteils, dans la bouche, dans les régions inguino-scrotales, au creux poplité,dans les plis de flexion, etc. Elles paraissent dues (au moins celles des mains et de la face) au contact de la peau avec les poussières arsenicales. Ces ulcérations profondes, avec des bords taillés à pic, rappellent les ulcérations syphilitiques.
J. Hutchinson croit que l'action de l'arsenic sur la peau peut encore avoir d'autres conséquences graves. Il attribue à ce poison la propriété de développer aux mains et aux pieds des productions papillomateuses ayant la structure et la malignité du cancer. Les cas qu'il cite ont été observés chez des individus atteints de psoriasis (').
Les muqueuses peuvent être atteintes dans l'arsenicisme chronique. La conjonctive présente quelquefois une inflammation intense. La muqueuse buccale, atteinte plus rarement, est surtout enflammée au niveau des gencives et de la langue.
La muqueuse olfactive subit fréquemment les effets de lintoxication arsenicale chronique. Ses lésions se traduisent par un coryza chronique avec sécrétion muco-purulente. Objectivement, on constate souvent des ulcérations de la muqueuse; parfois même, les os du nez sont atteints d'inflammation. Dans un fait observé par Cartaz, chez un ouvrier qui manipulait le vert de Schweinfurth, il y avait destruction complète de la cloison cartilagineuse, des érosions de la muqueuse, et une destruction des cornets. Chez ce malade, âgé de 48 ans, le
(*) D. Hutchinson, Brit. med.Jounu. iS87,
IMiOSIMKtIii;. fi7,,>
coryza avail drhulr à l'n<.(. ,l,. 17 .,„^ \ cliiKiiic iiilciiiii.lion dans le Imv.-iil, !<coryza rclrocédail, pour reprendre dès que l'ouvrier reeomuieneail ;'. Irav.iilln-.
Souvent le coryza arsenical s'accompac^nc diinr ;iiit:iiic dr' uirmc nalniv. d'accès d'asthme et de bronchite chronicpic
Les paralysies arsenicales s'observeni dans linloxication fjironi.pie. Kljrs ollrent les mêmes caractères que dans lintoxicalion subaif^uë.
L'intoxication arsenicale chronique s'accompa^^ne encore souvcul de I roubles digestifs (vomissemenls, diarrhée), de (roubles urinaires (albuminurie, lénesnie vésical), et d'un état cachectique qui peut se terminer par la mori si le malade reste soumis à l'influence du poison.